La qualité de l’enseignement, plus que tout autre facteur, influence la réussite des élèves selon l’Institut du Québec.

Bonne chance jeune prof

CHRONIQUE / L’opération la plus délicate au cerveau n’est pas confiée au neurochirurgien qui vient à peine de compléter sa formation. L’avocat qui sort de l’École du Barreau n’hérite pas du dossier le plus complexe que doit traiter le cabinet qui vient de l’embaucher. Pourquoi les jeunes enseignants se retrouvent-ils avec 2 , 3 , 4 préparations de cours et des classes difficiles, alors que les plus «anciens» ont des classes «enrichies» ou du même niveau?

Selon Serge Striganuk, doyen de la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, l’insertion professionnelle est l’une des questions qu’il faudra régler pour rendre la profession enseignante plus attrayante et réussir à contrer la pénurie d’enseignants qui affecte le Québec. 

Se contenter d’une «bonne chance», c’est à ton tour, je l’ai déjà fait, ne fonctionne pas, selon M. Striganuk qui préside également l’Association des doyens et doyennes directeurs et directrices pour l’étude et la recherche en éducation au Québec (ADEREQ). 

Il souhaiterait que le principe d’équité prenne davantage de place lorsque vient le temps de déterminer les règles d’affectation des tâches. Pas seulement l’ancienneté.

Brigitte Bilodeau, vice-présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement du Québec (FSE-CSQ), soutient de son côté que c’est un mythe de penser que les jeunes enseignants ont les pires classes, les pires cohortes à cause des syndicats. «Dans la majorité des écoles, c’est la direction scolaire qui a le dernier mot». 

Elle reconnait que les recrues peuvent se retrouver en septembre avec plusieurs préparations de cours afin d’accomplir leur tâche et que cela est difficile et peut représenter une charge supplémentaire.

Mais, elle attribue au fait que l’école publique québécoise est de plus en plus inégalitaire, de plus en plus dépouillée de ses élèves les plus forts attirés par les écoles privées et les programmes particuliers des écoles publiques, que les jeunes enseignants jugent difficile et exigeant leur travail. 

Les classes «ordinaires» sont de plus en plus lourdes. Pour les enseignants en début de carrière et pour les enseignants expérimentés.

Tous sont confrontés au même défi. Celui de devoir composer avec une classe qui compte de nombreux enfants handicapés ou en difficulté d’apprentissage, d’adaptation ou avec des troubles de comportements, et dans certaines écoles, plusieurs élèves issus de l’immigration.

Selon Mme Bilodeau, ce n’est pas la faute des conventions collectives s’il en est ainsi. Il faudrait en effet regarder du côté du ministère de l’Éducation peu prompt à rétablir plus d’équité dans le système scolaire malgré l’appel lancé par le Conseil supérieur de l’éducation qui juge le système québécois le plus inégalitaire au Canada.

L’Institut du Québec, un partenariat entre HEC Montréal et le Conference Board du Canada, a dévoilé en début de semaine Qualité de l’enseignement et pénurie d’enseignants : L’État doit miser sur l’essentiel. Les auteurs parlent bien peu de cette réalité.

Et pourtant, il n’est pas superflu de tenir compte de celle-ci lorsque l’on traite de la formation initiale et continue des maitres, et de la qualité de l’enseignement. 

Ils parlent bien peu aussi des conditions socioéconomiques qui influencent aussi la réussite des élèves. Comme si un prof pouvait à lui seul garantir la réussite de tous les élèves de sa classe. Comme si le faible taux de diplomation dépendait uniquement du travail des enseignants.

«Les aptitudes individuelles et le milieu familial des élèves jouent évidemment un rôle primordial dans leur réussite individuelle, mais ces facteurs échappent en grande partie aux politiques publiques en matière d’éducation», écrivent les auteurs de l’Institut du Québec. Ils indiquent que la recherche des dernières décennies a fait la «démonstration sans équivoque que, plus que tout autre facteur scolaire, la qualité de l’enseignement influence la réussite des élèves».

Qualités d’un bon prof

«Qu’est-ce qu’un bon enseignant», demande le doyen de l’Université de Sherbrooke.

Deux courants s’opposent. Est-ce suffisant d’enseigner sa matière, d’avoir une formation disciplinaire de haut niveau et que la pédagogie et la didactique deviennent accessoires? Est-ce préférable d’avoir une formation disciplinaire et une formation pédagogique et didactique, en plus de 700 heures de stages supervisés? 

«On enseigne à un groupe d’élèves ou on enseigne à des élèves dans un groupe? Dans ce dernier cas, il faut savoir varier nos approches et nos stratégies pour permettre à chaque élève de comprendre et d’avancer», explique M. Striganuk. 

Ce dernier aurait par ailleurs souhaité que l’Institut du Québec soit plus nuancé lorsqu’il traite de la sélection des étudiants en enseignement. Les facultés d’éducation sont remplies d’étudiants faibles? «La moyenne des cotes R se compare à celle que l’on voit en administration et en gestion».

Le doyen n’est pas persuadé que les étudiants affichant les plus hautes notes sauront mieux transmettre la matière, gérer une classe et l’animer.

Si le doyen et la syndicaliste divergent d’opinion sur certains points, ils s’entendent sur l’importance de la formation continue. Ils constatent tous deux que les budgets ne sont pas toujours au rendez-vous.

«L’entente nationale prévoit 240 $ par enseignant régulier à temps plein», note Mme Bilodeau. Une grosse école peut donc se retrouver avec des centaines d’enseignants à statut précaire qui n’ont pas de perfectionnement. 

«Les enseignants en veulent de la formation continue, mais ils veulent aussi qu’elle réponde à leurs besoins. Qu’on ne leur impose pas la même formation qu’ils ont reçue l’année d’avant dans une autre école».

La vice-présidente syndicale souligne de plus qu’à cause de la pénurie d’enseignants, il devient de plus en plus problématique d’être libéré pour recevoir de la formation. Elle constate aussi que les conseillers pédagogiques sont de plus en plus rares.

Le milieu de l’enseignement est en attente de changements. Le ministre de l’Éducation doit proposer un nouveau cadre référentiel de compétences, améliorer la formation continue et l’insertion professionnelle. 

L’Institut du Québec a constaté que le système scolaire navigue trop souvent à vue lorsqu’il s’agit de la planification des effectifs et de la qualité de l’enseignement. 

Il serait souhaitable que cela soit chose du passé. 

Lorsque l’on voit la façon dont le gouvernement Legault a évalué le cout et la faisabilité de l’implantation des maternelles 4 ans, force est malheureusement de constater que le coup de barre n’a pas encore été donné.