Que des élèves soient tenus à l’écart d’un programme, non pas parce qu’ils n’ont pas les habiletés, mais parce que leurs parents sont incapables d’assumer les coûts, ne semble pas déranger le ministre Roberge.

Au-delà des kleenex et des flûtes à bec

CHRONIQUE / Des «kleenex», une flûte à bec, des romans et deux sorties pédagogiques «gratis». C’est le prix de consolation que réserve le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, aux élèves dont les parents n’ont pas les moyens de payer des centaines de dollars, voire des milliers, pour qu’ils puissent suivre un programme particulier (sports, langues, arts, éducation internationale) dans une école publique.

M. Roberge a présenté jeudi le projet de loi 12 «visant à préciser la portée du droit à la gratuité scolaire et à permettre l’encadrement de certaines contributions financières pouvant être exigées».

Ce projet s’avère nécessaire, car les commissions scolaires n’ont pas manqué d’imagination au fil des ans pour refiler aux parents la facture d’activités et de matériel qui normalement devraient être gratuits dans nos écoles publiques.

Lorsque les subventions de Québec ne couvrent pas tous les besoins dans les écoles, il faut combler le vide et les parents ont été appelés à contribuer davantage de leurs poches pour acheter grammaire, roman, calculatrice scientifique, tablette électronique, matériel de laboratoire. 

Des commissions scolaires ont exagéré. Des parents ont donc intenté un recours collectif contre elles devant les tribunaux et décroché 153 millions $ de remboursement dans une entente hors cour.

Le ministre ne veut pas que l’histoire se répète.

Son projet de loi vise à dissiper le flou, à poser des balises, à mettre fin aux disparités dans les écoles.

Ségrégation maintenue

M. Roberge met de l’ordre dans les frais scolaires, il allège la facture des parents ce qui est très bien, mais malheureusement, il perpétue aussi la ségrégation scolaire.

Que le système scolaire du Québec soit devenu le plus inégalitaire au Canada avec ses écoles privées et ses écoles publiques à deux vitesses (projets particuliers et classes ordinaires), comme le déplorait en 2016 le Conseil supérieur de l’éducation, est manifestement le cadet de ses soucis et ceux du gouvernement Legault. 

Le ministre Roberge propose de modifier la Loi sur l’instruction publique pour spécifier que le droit à la gratuité des services éducatifs ne s’étend pas aux services éducatifs dispensés dans le cadre de projets pédagogiques particuliers.

Que des élèves soient tenus à l’écart d’un programme de sport ou de langue, non pas parce qu’ils n’ont pas les habilités ou les notes pour passer à travers les matières scolaires dans un temps limité, mais bien uniquement parce que leurs parents sont incapables d’assumer les coûts d’un tel programme, ne semble pas poser de problème pour lui.

«La situation actuelle, elle est correcte. Elle est acceptée par les Québécois», a répondu M. Roberge devant la presse parlementaire. Il en veut comme preuve les résultats de la consultation en ligne que son ministère a menée. «Les parents nous disent : C’est correct la répartition des frais».

Soixante-sept % des répondants à un questionnaire ont indiqué qu’ils étaient favorables à certains frais pour les projets particuliers pédagogiques.

L’histoire ne dit cependant pas si la mère monoparentale sur l’aide sociale, les gagne-petit et les parents avec trois enfants d’âge scolaire sont du même avis.

Retenons que pour le gouvernement Legault, un avis du Conseil supérieur de l’éducation est sur le même pied qu’une consultation en ligne, lancée sans mettre en contexte les enjeux liés à la gratuité scolaire, à l’accessibilité, à l’égalité des chances.

Si une consultation en ligne révèle que 60 % des parents disent «grosso modo» que la facturation actuelle leur convient, le gouvernement ne sent pas le besoin de voir un peu plus loin.

Égide Royer, un professeur à l’Université Laval maintes fois cité par les caquistes lorsqu’il s’agit de l’implantation des maternelles quatre ans, écrivait en janvier dans La Presse que 42 % des élèves du secondaire fréquentent une école privée ou publique à projet particulier au Québec.

Il indiquait que ces élèves ont «deux fois plus de chances d’accéder au cégep, et respectivement, neuf et six fois plus de chances d’aller à l’université que ceux inscrits à une école «ordinaire» publique». 

Bien sûr, il y a plus d’un facteur qui explique le cheminement scolaire d’un jeune et son désir de poursuivre ou non des études supérieures.

On s’attend toutefois d’un gouvernement qui dit défendre les intérêts du «monde ordinaire» et de la classe moyenne, qui fait de l’éducation une priorité, qui prétend de plus vouloir que chaque enfant développe son plein potentiel, qu’il se préoccupe des milliers d’enfants qui n’ont pas accès à des projets motivants et formateurs parce que leurs parents n’ont pas d’argent.

M. Roberge estime que les écoles peuvent prendre «un paquet de moyens», notamment créer des fondations, pour rendre les projets particuliers davantage accessibles. 

Aussi bien dire qu’il s’en fout.

Il peut imposer aux écoles deux récréations de 20 minutes pas jour, mais il s’en remet à elles pour donner la même chance à tous.

Pour le ministre, le compte y est. Des mouchoirs, des flûtes à bec, des romans, des dictionnaires, deux sorties pédagogiques par année, des calculatrices scientifiques «gratis», c’est bien assez pour les enfants des familles moins aisées.

Le libre choix des parents, si cher aux politiciens lorsqu’il s’agit des services de garde ou des maternelles quatre ans, n’existe pas à l’école primaire ou secondaire. 

La classe «ordinaire», qui n’a plus rien de régulier et d’ordinaire parce qu’elle regroupe trop d’élèves en difficulté et pas assez d’élèves «performants», est l’unique voie pour des milliers d’enfants.

L’accessibilité aux études et à l’éducation est dans le «top 2» des préoccupations exprimées lors de la consultation en ligne, rapporte pourtant le ministre. Dommage qu’il accepte si aisément que des élèves aient accès à des programmes et d’autres non. 

Chronique

Tenez bon, M. le ministre

CHRONIQUE / Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, dit vouloir resserrer la garde en milieu familial. Enfin, la Coalition avenir Québec (CAQ) se soucie de protéger les enfants, de leur fournir un service de garde éducatif et sécuritaire, plutôt que de défendre un «modèle d’affaires» comme elle le faisait dans l’opposition.

Dans un Québec qui se prétend «fou de ses enfants», il est nécessaire d’avoir un permis pour vendre de la crème glacée et pour garder des animaux, mais non pour «garder» six enfants de 0 à 5 ans à la maison.

Qui plus est, le Québec accorde des crédits d’impôt — des millions de dollars par année — aux parents qui optent pour des services de garde non régis pour lesquels le ministère de la Famille a bien peu d’exigences et dont il n’évalue pas la qualité. 

Les personnes qui offrent des services de garde non régis doivent fournir une attestation d’absence d’empêchement d’antécédents criminels, une attestation de réussite d’un cours de secourisme adapté à la petite enfance, une police d’assurance responsabilité, et le comble, elles doivent par écrit aviser les parents utilisateurs de leurs services qu’elles ne sont pas soumises à l’entièreté de la Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance.

Il y a longtemps que ce non-sens est dénoncé, notamment par le Parti québécois et sa députée Véronique Hivon. 

Le ministre Lacombe a manifesté mardi l’intention d’apporter les correctifs, car il juge qu’on a «un fichu problème de qualité et de sécurité» dans les services de garde en milieu familial qui ne sont pas régis par son ministère. 

Obligation dorénavant d’obtenir un permis pour garder des enfants à la maison et d’être rattaché à un bureau coordonnateur pour avoir accès à du soutien pédagogique? Il faudra voir évidemment quels changements administratifs et législatifs le ministre proposera d’ici le printemps pour juger du sérieux de sa volonté. 

Mais déjà, sa préoccupation et ses propos sont rassurants et tranchent avec les positions tenues par sa formation politique lorsqu’elle était dans l’opposition.

En 2017, le chef François Legault et la députée Geneviève Guilbault, alors porte-parole en matière de famille, se montraient plus préoccupés de la tarification des services de garde, du modèle d’affaires et de l’entrepreneuriat des garderies privées non subventionnées que de la qualité des services de garde éducatifs et de la formation du personnel qui veille au quotidien sur des milliers de tout-petits.

Depuis qu’ils ont pris les rênes, les caquistes se déploient sur plusieurs fronts pour améliorer le sort des enfants et assurer leur bon développement.

Le gouvernement veut que chaque enfant puisse exploiter son plein potentiel. Pour ce faire, il met en place un programme de dépistage précoce des troubles du développement, il veut implanter des maternelles 4 ans et non seulement dans les milieux défavorisés, il investit aussi pour créer davantage de places dans les centres de la petite enfance.

Il a également mis sur pied, après le décès d’une fillette de Granby, une Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse — présidée par Régine Laurent — pour éviter que des enfants échappent au système et soient maltraités, négligés au point d’en mourir.

Un gouvernement qui se porte à la défense des enfants et qui souhaite pour eux ce qu’il y a de mieux ne peut fermer les yeux sur la hausse du nombre de plaintes visant des garderies privées en milieu familial.

«Les services éducatifs à la petite enfance engendrent des effets positifs seulement s’ils sont de grande qualité, à commencer par les milieux où l’on retrouve les enfants les plus vulnérables en plus grand nombre. Il est question ici d’équité et d’égalité des chances. Nous sommes d’avis qu’une meilleure qualité sera atteinte si les exigences de formation sont rehaussées et si une évaluation de la qualité, couplée à un accompagnement pédagogique, est réalisée de façon soutenue», écrivait en février 2017 la Commission sur l’éducation à la petite enfance, présidée par André Lebon.

Ce dernier est maintenant vice-président de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse. 

La Presse rapportait en début de semaine que le ministère de la Famille avait retenu un millier de plaintes contre les services de garde non régis en 2018-2019. Il y aurait 15 fois plus de plaintes que dans les milieux de garde régis.

Ces derniers mois, les médias ont fait état de cas troublants. Une gardienne ivre, une autre qui a laissé ses petits clients sous la responsabilité d’un mineur. Ailleurs, trois enfants privés de surveillance. 

Québec évalue qu’il existe entre 3000 et 5000 services de garde non régie et qu’environ 19 000 enfants les fréquentent. 

En 2017, au moment où le ministre libéral de la Famille, Luc Fortin, pilotait son projet de loi 143 sur les services de garde éducatifs, certains groupes évaluaient plutôt leur nombre à 40 000. 

Ce sont beaucoup de jeunes qui passent sous le radar du ministère de la Famille. Espérons que Mathieu Lacombe jouisse d’un soutien indéfectible de la part du premier ministre et de ses collègues pour corriger la situation.

Chronique

Surplus budgétaires: ni aux syndicats ni à la CAQ

CHRONIQUE / Remplir des engagements électoraux paraît plus important pour le gouvernement Legault que de s’assurer que les conditions de travail des employés du secteur de la santé, de l’éducation et de la fonction publique sont à la hauteur et permettent à l’État de tirer son épingle du jeu dans un contexte de rareté de main-d’œuvre. Un choix discutable.

Non, les surplus budgétaires du Québec n’appartiennent pas aux syndicats et aux groupes de pression. 

Mais, ils n’appartiennent pas non plus aux caquistes pour leur permettre de dire à la fin de leur mandat qu’ils ont livré toutes les promesses qu’ils ont formulées lors de la campagne électorale de 2018.

Les intérêts partisans de la Coalition avenir Québec (CAQ) ne doivent pas faire perdre de vue aux députés l’intérêt public et le bien commun. 

Le premier ministre François Legault a déjà avisé les employés du secteur public et les syndicats les représentant qu’ils devaient limiter leur appétit dans le cadre du prochain renouvellement des conventions collectives. Ils devront se contenter de hausses salariales limitées au taux d’inflation. 

M. Legault prévoit des exceptions pour les préposés aux bénéficiaires et pour les enseignants en début de carrière.

C’est de bonne guerre une telle mise en garde. Les organisations syndicales préparent leur cahier de revendications et les négociations débuteront au cours des prochains mois. Québec tente de guider l’opinion publique et d’avoir la population de son bord si un affrontement survient lors des discussions.

Les propos de M. Legault font cependant sourciller lorsqu’il explique que malgré les importants surplus budgétaires (4,4 milliards $ l’an dernier), il n’a pas de marge de manœuvre une fois qu’il a rempli des engagements électoraux plus coûteux que prévu (et mal évalué), comme de baisser la taxe scolaire, d’augmenter les allocations familiales, de mettre fin à la modulation des tarifs de services de garde et d’implanter des maternelles 4 ans sur tout le territoire.

Le gouvernement Legault ne voit aucun problème à retourner de l’argent dans les poches de contribuables riches et bien nantis, notamment par des baisses de taxes scolaires. Il vit bien également avec un coûteux dédoublement de services pour les enfants de 4 ans. 

Mais, il se soucie peu de bonifier et d’améliorer les conditions de travail — non seulement les salaires — des employés de l’État pour s’assurer d’avoir une main-d’oeuvre compétente et stable pour donner des services aux Québécois dans les établissements de santé et de services sociaux, les écoles, les cégeps, les ministères et les organismes publics. 

Comme si le défi d’attractivité et de rétention de la main-d’œuvre s’arrêtait aux dirigeants de sociétés d’État et ne concernait pas aussi des salariés syndiqués.

Pourtant, comme employeur, le gouvernement ne doit pas devenir un club-école où les municipalités, l’administration fédérale et les entreprises privées viennent recruter les employés expérimentés dont elles ont grandement besoin.

Comme employeur, le gouvernement ne peut non plus être indifférent aux importants coûts reliés à l’assurance salaire et aux congés de maladie de longue durée. Le ratio d’heures en assurance salaire a augmenté de 18 % en 2017-2018 par rapport à 2015-2016 dans le secteur de la santé. Une facture supplémentaire de 555 millions $ pour l’État mais qui ne se traduit pas par plus de services pour les Québécois. 

On peut également se demander comment les caquistes feront pour stabiliser les équipes de professionnels travaillant à la protection de la jeunesse s’ils ne rendent pas la charge et les conditions de travail de ces derniers plus attrayantes. 

En novembre dernier, l’Institut de la statistique du Québec a relevé que le salaire des employés de l’administration québécoise était inférieur de 13,7 % à celui des autres salariés québécois, et de 10,6 % à celui des salariés du secteur privé œuvrant dans des entreprises de 200 employés et plus. 

Certes, l’écart rétrécit ou disparaît lorsque l’Institut considère la rémunération globale par heure travaillée (salaire, avantages sociaux et heures de présence au travail). L’écart s’avère de 6,6 % par rapport à l’ensemble des autres salariés , et une parité est observée avec le secteur privé. 

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, dans un contexte où les millénariaux n’ont pas les mêmes attentes et le même rapport au travail que les générations précédentes, le gouvernement devrait faire preuve de plus de doigté et de vision lors des prochaines négociations avec les syndicats d’employés. 

Il peut difficilement se limiter à améliorer les conditions de travail des préposés aux bénéficiaires et de hausser les salaires des enseignants qui entrent dans la profession. 

Dans le cas de ces derniers, Statistique Canada indiquait en 2017 que les enseignants du Québec étaient les moins bien payés au Canada en début de carrière, mais aussi les moins bien payés après 10 ans de pratique et au maximum de l’échelon. 

Des difficultés de recrutement et de rétention n’existent pas uniquement non plus pour les préposés aux bénéficiaires. Informaticien, ingénieur et comptable trouvent souvent plus avantageux de travailler dans le secteur privé que dans le secteur public.

Rappelons que la perte d’expertise dans le secteur public peut s’avérer coûteuse pour le gouvernement et les contribuables. La commission Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a très bien exposé les dangers qui guettent un ministère des Transports lorsqu’il perd ses ingénieurs d’expérience au profit du privé.

M. Legault a également indiqué la semaine dernière qu’il était favorable à des «augmentations différenciées» selon les catégories d’emploi et qui tiennent compte notamment de la réalité du marché du travail.

Pour qu’une telle approche soit appliquée, encore faut-il qu’elle soit transparente et basée sur des faits et des indicateurs fiables. Il faut également que les syndicats soient partie prenante. Sinon, l’exercice risque d’être arbitraire et encore là, de répondre davantage à des intérêts partisans qu’à l’intérêt public.

Brigitte Breton

L’espoir d’une mère

CHRONIQUE / Margo Ménard a accompagné son fils Sébastien pour que celui-ci, atteint de sclérose en plaques, puisse mourir en Suisse comme il le désirait. Cela fait deux ans et demi. «Il ne peut rien m’arriver de pire dans la vie», dit-elle. La décision que vient de rendre la juge Christine Beaudoin sur l’aide médicale à mourir la soulage toutefois, l’aide à faire son deuil et à atteindre plus de sérénité.

«S’il vous plaît, n’allez pas en appel de ce jugement», demande la femme de Québec aux élus provinciaux et fédéraux. «S’il vous plaît, ne mêlez pas les dossiers des malades aptes à prendre une décision éclairée et ceux des malades inaptes, des mineurs ou des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Ne mêlez pas les enjeux pour noyer le poisson».

Mme Ménard a été des années auprès de son fils malade pour répondre à ses besoins primaires, mais aussi, pour l’accompagner dans ses démarches auprès de Dignitas, en Suisse. Son fils avait 43 ans et ne voulait pas finir sa vie et attendre la mort dans un CHSLD. Ne pouvant recevoir l’aide médicale à mourir au Québec puisqu’il n’était pas en fin de vie et que sa mort n’était pas «raisonnablement prévisible», il a opté pour le suicide assisté et un aller simple pour la Suisse.

«Ce fut un long cheminement. J’étais bien au fait de la détresse de Sébastien. Je la voyais dans ses yeux. J’ai respecté sa souffrance au lieu d’être égoïste et de vouloir le garder à tout prix».

Un cheminement qui ne se réalise pas sans peine.

La maladie d’un enfant, qu’importe son âge, est difficile à vivre et à accepter pour un parent. La mort d’un enfant, même si elle est souhaitée par celui-ci, car il estime que c’est la meilleure issue pour lui, est cruelle.

Recevoir l’urne de son fils comme un simple colis commandé chez Amazon cinq semaines après son décès en Suisse a été un choc et a incité Mme Ménard à s’engager, comme elle l’avait promis à Sébastien, pour qu’aucune autre famille québécoise n’ait à refaire ce parcours douloureux.

La récente décision de la cour supérieure est pour Mme Ménard un immense soulagement. «C’est plein d’espoir. Enfin une lumière au bout du tunnel».

La juge a déclaré invalides et inopérantes les dispositions du Code criminel et de la Loi sur les soins de fin de vie qui liaient l’accès à l’aide médicale à mourir à des critères de mort raisonnablement prévisible et de fin de vie. Selon la cour, de tels critères contreviennent à la Charte canadienne des droits et libertés.

Sébastien Gagné-Ménard est mort le 10 mars 2017. La juge Beaudoin donne six mois aux législateurs du gouvernement du Québec et du gouvernement fédéral pour apporter les correctifs au Code criminel et à la Loi sur les soins de fin de vie.

«Cela nous mène au 10 mars 2020, au troisième anniversaire du décès de mon fils». Elle y voit un signe, une preuve que le fait d’unir sa voix à celles d’autres malades et d’autres proches de grands souffrants a porté ses fruits, a contribué à faire avancer le délicat dossier.

Mme Ménard rappelle que lorsque les élus tardent à prendre des décisions et à légiférer, ils font porter un poids très lourd aux personnes gravement malades et souffrantes, notamment celles atteintes de maladies dégénératives incurables.

Dans une lettre transmise au Soleil, la mère endeuillée exprime sa gratitude et son admiration pour Nicole Gladu et Jean Truchon qui ont mené leur cause devant les tribunaux.

Elle aussi mérite notre admiration pour le soutien apporté à son fils et son implication pour remplir la promesse d’éviter que d’autres malades doivent se rendre à l’étranger, sans leur famille, leurs proches et leurs soignants, pour mourir dans la dignité. 

Brigitte Breton

Débrayer et désobéir pour la planète?

CHRONIQUE / Un jour de grève et une paye amputée pour la survie de la planète? Aucun appel des grandes centrales syndicales (FTQ, CSN, CSQ) pour obtenir un mandat de grève de leurs membres le 27 septembre. Grève sociale, grève climatique, désobéissance civile et grève illégale ne sont pas à l’ordre du jour.

En suivant mardi la conférence de presse de La Planète s’invite au Parlement, c’est à croire que des milliers de syndiqués du Québec déclencheraient une grève le 27 septembre pour participer à la manifestation de Montréal avec la jeune Suédoise Greta Thunberg, ou à un autre rassemblement dans 17 villes du Québec.

La réalité est bien différente. Tant à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) qu’à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), des porte-parole précisent que leur organisation n’a aucunement l’intention de défier les lois du travail du Québec. 

«J’ai été étonné par les propos tenus par Dominic Champagne», indique Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ. 

Loin de lui l’idée de nier l’urgence climatique. Il estime toutefois qu’une grève illégale n’est pas le bon moyen pour lutter contre les changements climatiques et opérer une transition vers une économie verte. 

M. Cadieux se défend de protéger les intérêts de ses membres qui travaillent dans des secteurs énergivores et polluants. Il soutient qu’une transition énergétique est nécessaire, mais que celle-ci doit se réaliser avec des mesures de soutien pour les travailleurs. Il rappelle également que le Fonds de solidarité de la FTQ a «décarbonisé» son portefeuille. 

Les trois centrales syndicales soulignent qu’elles défendent elles aussi la cause environnementale et souhaitent que leurs membres s’impliquent dans le mouvement planétaire du 27 septembre. Elles participeront d’ailleurs à l’organisation des manifestations, comme elles l’ont fait en mars. Elles prônent toutefois une participation citoyenne plutôt que la désobéissance civile.

Les conséquences pour un étudiant de sécher des cours ne sont pas les mêmes que pour un travailleur qui quitte la fonderie sans en avoir le droit. Ni pour un professeur de cégep qui ne sera pas en classe le 27 septembre parce que ses étudiants sont en grève, note M. Cadieux.

Même sans appel à la grève de la part des centrales syndicales, la journée du 27 septembre est néanmoins une excellente occasion de montrer aux gouvernements québécois et canadien que les citoyens ne sont pas indifférents au sort de la planète. 

L’an dernier, les Québécois ont élu une formation politique qui n’avait pas dans ses priorités l’environnement et la lutte au réchauffement climatique. L’intérêt pour le dossier est apparu après l’élection et bien timidement pour le gouvernement caquiste majoritaire.

Avec des élections fédérales le 21 octobre, le message doit être clair pour les candidats qui souhaitent gouverner à Ottawa, mais aussi pour les citoyens. 

«L’indifférence n’est pas une option», a affirmé hier Dominic Champagne, le porte-parole du Pacte pour la transition, signé par plus de 280 000 personnes. 

Avec raison et cela vaut pour tout le monde. Qu’importe le parti, l’âge, le sexe, les revenus et qu’importe que l’on soit politicien, étudiant, travailleur ou retraité, il est irresponsable de rester les bras croisés et de ne pas prendre le virage qui s’impose malgré les difficultés qui l’accompagne.

Quel parti est prêt à s’engager à «écouter la science» et qui est prêt à voter pour lui? À suivre.

Chronique

Suicide: l’état d’urgence

CHRONIQUE / Si une stratégie se révèlait des plus efficaces pour réduire le nombre de décès sur les routes, le nombre de cancers ou de maladies cardiovasculaires, il y a fort à parier qu’aucun gouvernement ne s’en priverait et ne renoncerait à préserver des vies. Pourquoi est-ce différent lorsqu’il s’agit de prévention du suicide?

Le paradoxe est flagrant.

«Si le suicide compte parmi les principales causes de mortalité dans le monde, il ne figure toujours pas au rang des priorités de santé publique. La prévention du suicide et la recherche sur le suicide ne bénéficient pas des ressources financières et humaines dont elles ont désespérément besoin», relève l’Organisation mondiale de la santé, dans Prévention du suicide, l’état d’urgence mondial, un premier rapport sur ce thème pour l’organisation, rendu public lundi. 

Toutes les 40 secondes, une personne se suicide dans le monde. Total pour une année : 800 000. 

Au Québec, 80 personnes tentent chaque jour de mettre fin à leur vie. Chaque jour au Québec, trois personnes décèdent par suicide.

Chaque fois, 7 à 10 personnes sont endeuillées et portent leur fardeau de culpabilité, d’impuissance, d’incompréhension et parfois d’insatisfaction à l’égard d’un réseau de la santé et de services sociaux qui n’a pas su répondre adéquatement et promptement aux appels à l’aide. 

Ces décès et leurs lourds effets collatéraux ne sont pas des accidents. Il est possible de les éviter. 

Le Collectif pour une stratégie nationale en prévention du suicide a rappelé lundi qu’après 1999, le taux de suicide a diminué de 4,1 % chez les hommes, et ce, pendant dix ans, de 2,6 % par année chez les femmes et de 9,6 % en moyenne chez les jeunes.

La raison de ces bons résultats? Québec s’était doté en 1998 d’une stratégie québécoise d’action pour contrer le suicide, «S’entraider pour la vie». Les années suivantes, le taux de suicide a reculé dans certaines catégories d’âge. 

Depuis 15 ans, le Québec est privé d’une telle stratégie. Le nombre de suicides par jour est aujourd’hui le même qu’il y a 40 ans. 

Ici, le sujet n’est plus tabou comme auparavant et comme cela le demeure dans d’autres pays du monde où les tentatives de suicide sont toujours pénalisées.

Mais à quoi sert d’en parler et d’inciter son frère, son collègue ou sa conjointe à demander de l’aide si celle-ci n’est pas au rendez-vous ou se résume à un médicament ou à un suivi avec un spécialiste dans six mois?

La présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, la Dre Christine Grou, souligne que «nous avons travaillé depuis de nombreuses années à diminuer les tabous autour de la santé mentale. Les gens réclament des services, mais ceux-ci ne sont pas toujours au rendez-vous… ce qui peut entraîner un geste de désespoir». 

Plus de 25 organisations œuvrant en prévention du suicide et en santé mentale demandent au gouvernement de François Legault d’instaurer une stratégie nationale en prévention du suicide. La ministre de la Santé, Danielle McCann doit également produire un plan d’action en santé mentale pour 2020-2025. Va-t-on y prévoir enfin un accès accru aux services de psychothérapie qu’un collectif réclame depuis 2015 en s’inspirant de l’expérience australienne?

Les attentes sont grandes en santé mentale et ce depuis fort longtemps. M. Legault et son équipe se targuent d’être à l’écoute de la population. Voilà une belle occasion de le démontrer. 

Le 12 août dernier, le roman Le fleuve de l’actrice Sylvie Drapeau figurait parmi les quatre livres québécois achetés par le premier ministre Legault. En cette journée mondiale de prévention du suicide, je lui suggère de poursuivre la tétralogie de Mme Drapeau avec «L’enfer», qui raconte l’histoire d’une grande sœur dont le jeune frère schizophrène se suicide. C’est l’histoire familiale touchante de Mme Drapeau. C’est une histoire qui ressemble à celle d’autres familles du Québec et qui mériterait une plus belle fin.

Chronique

Combien coûte cette promesse?

CHRONIQUE / Pour savoir si les politiciens vous donnent l’heure juste et savent compter, recherchez le «sceau» du directeur parlementaire du budget sur leurs prochaines promesses électorales. Combien ça coûte? Trop beau pour être vrai? Insupportables pour les finances d’Ottawa, les promesses formulées par les Trudeau, Scheer, Singh, May ou Blanchet d’ici le 21 octobre?

Pour la première fois au Canada, les électeurs pourront savoir cette année si la promesse d’un parti a obtenu une évaluation des coûts de la part du directeur parlementaire du budget (DPB), un tiers indépendant.

Les électeurs de l’Australie et des Pays-Bas ont cet éclairage depuis plusieurs années. Le gouvernement Trudeau a procédé au changement législatif qui permet maintenant au DPB de procéder à ce type d’exercice. Les libéraux l’avaient promis en 2015. 

Pour Steve Jacob, directeur du Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval, ce regard extérieur est une plus-value et contribuera à donner confiance à la population lors de la prochaine campagne électorale. 

Il y voit un sceau de crédibilité, une façon pour un parti de montrer le sérieux de sa réflexion avant de soumettre une proposition à l’électorat.

C’est également une source de données supplémentaire pour l’électeur qui veut s’informer avant d’aller aux urnes et de faire son choix.

Depuis le 23 juin, les formations politiques peuvent s’adresser au DPB afin qu’il évalue le coût financier d’une mesure qu’elles envisagent de promouvoir en campagne.

Même si le directeur a obtenu des ressources supplémentaires, il est évidemment impossible qu’il passe à travers toutes les plates-formes des différents partis. 

Steve Jacob rappelle que les libéraux de Justin Trudeau avaient formulé plus de 350 engagements en 2015. 

Les partis politiques feront donc un tri des promesses qu’ils veulent soumettre à l’examen du directeur parlementaire du budget. 

Ils détermineront aussi forcément laquelle est susceptible de leur faire gagner des points dans l’électorat si elle passe la grille du DPB. 

«Jusqu’où va-t-on faire rêver et miser sur l’émotion plutôt que sur la raison et la saine gestion?» s’interroge M. Jacob.

Le spécialiste se demande aussi jusqu’à quel point les partis et les candidats tenteront d’instrumentaliser et de politiser le travail réalisé par l’équipe du DPB, Yves Giroux.

Les guerres de chiffres, fréquentes en période électorale, prendront peut-être une autre forme. 

L’exercice a des qualités, encore faut-il que l’électeur s’attarde attentivement à la promesse d’un parti et regarde les résultats de l’analyse du DPB que le parti a réclamée.

L’électeur est loin d’être toujours très rationnel. 

S’il est fidèle à un parti depuis des décennies qu’importe son programme et son chef, si son but est de sanctionner le gouvernement sortant, s’il cherche le changement et la nouveauté, le fait que le coût de certaines promesses soit évalué avec plus de justesse et de façon impartiale risque de ne pas peser dans la balance.

Justin Trudeau va-t-il regretter d’avoir donné un rôle supplémentaire au directeur parlementaire du budget?

C’est sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper que le poste de DPB a vu le jour. Dans un souci de transparence et de responsabilisation, les conservateurs avaient créé cette nouvelle fonction.

Ce qui n’a pas empêché les conservateurs de vouloir mettre des bâtons dans les roues du premier titulaire du poste, Kevin Page, dont les évaluations s’avéraient parfois fort embarrassantes pour le gouvernement.

Rappelons que le DPB estimait viable le Régime de pensions du Canada alors que les conservateurs soutenaient qu’ils devaient forcément hausser l’âge de la retraite. Il avait également conclu que le gouvernement Harper sous-évaluait l’acquisition des chasseurs F-35.

Sous le gouvernement libéral de Justin Trudeau, le bureau du directeur parlementaire du budget a eu aussi à batailler. Jean-Denis Fréchette avait dû menacer de recourir aux tribunaux pour obtenir des données de l’Agence du revenu du Canada et évaluer le manque à gagner fiscal du Canada. 

Plus récemment, le DPB a signalé que les déficits à Ottawa seraient plus importants que ceux prévus par le gouvernement libéral et son ministre des Finances, Bill Morneau. Il suggérait par ailleurs de regarder du côté de l’évasion fiscale, de l’évitement fiscal et des paradis fiscaux à l’étranger pour tenter de regarnir la colonne des revenus. 

Le DPB a aussi révélé que la taxe sur le carbone devrait doubler après 2022 pour que le Canada atteigne les cibles de l’accord de Paris.

En scrutant les promesses électorales de diverses formations politiques, le DPB sera à même de voir celles qui tiennent compte de ses évaluations et celles qui s’en tiennent à leurs propres chiffres.

Chronique

La fée des dents

CHRONIQUE / Les Québécois assument la plus grosse facture de soins et ont la moins bonne santé buccodentaire. Lorsque les ordres professionnels se chamaillent depuis 20 ans à propos de leur champ de compétences et que l’État se désengage, difficile de s’en étonner.

Le projet de loi 29 (Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions notamment dans le domaine buccodentaire et celui des sciences appliquées) comporte des avancées. Notamment parce qu’il prévoit une plus grande autonomie pour les hygiénistes dentaires.

Mais ce n’est pas une panacée. Ni la garantie que jeunes, adultes et aînés auront un accès accru à des services pour préserver la santé de leurs dents et de leur bouche.

La ministre Sonia Lebel a souligné mardi au début de la commission parlementaire chargée d’étudier son projet que son gouvernement veut, comme cela a été fait dans le cas des infirmières et des pharmaciens, améliorer les services de première ligne et la prévention. Le bon service donné au bon endroit, par le bon professionnel et au meilleur coût possible.

Les hygiénistes dentaires sont les «infirmières de la bouche», disait d’ailleurs mardi la présidente de l’Ordre des hygiénistes du Québec, Diane Duval. Celle-ci souhaite qu’à l’instar des médecins, les dentistes lâchent du lest.

Mme Duval compare son combat à celui des infirmières et des infirmières patriciennes spécialisées qui ont dû batailler pendant des années avant que les médecins consentent à reconnaître leur formation, leur expertise et leur autonomie pour certains actes.

Comme le faisaient les infirmières, la présidente de l’Ordre des hygiénistes rapporte que dans le reste du pays, notamment chez notre voisin ontarien, les hygiénistes qui ont une formation équivalente à celle du Québec disposent d’une marge de manœuvre plus grande.

Que Québec permette dorénavant aux hygiénistes de se rendre dans les écoles, les centres d’hébergement et de soins de longue durée et les résidences pour aînés pour faire de la prévention et procéder à des «nettoyages» sans un dentiste à leur côté, c’est bien.

Il paraît toutefois illusoire de penser que ce changement réussira à lui seul à améliorer considérablement le bilan de santé buccodentaire des Québécois. Contrairement à l’Association des chirurgiens dentistes du Québec, l’Ordre des dentistes approuve l’autonomie des hygiénistes dentaires.

Le président de l’ordre professionnel, le Dr Barry Dolman, signale néanmoins que le véritable accès aux soins buccodentaires existera lorsque ceux-ci seront intégrés à la couverture de soins universelle.

«Lorsque vous vous présentez à l’hôpital avec un bras cassé, vous êtes couvert, mais ce n’est pas le cas quand vous souffrez d’une infection dentaire aiguë. C’est un non-sens.»

S’il souffre d’un abcès, s’il a besoin d’une obturation dentaire, le patient sans le sou ou sans assurance privée pour payer le dentiste sera au même point après l’adoption du projet de loi.

Québec a coupé depuis belle lurette (1992) dans le programme de soins dentaires pour les enfants qui prévoyait lors de sa création une couverture pour les moins de 16 ans. À moins d’être bénéficiaires de l’aide sociale, seuls les enfants de moins de 10 ans sont aujourd’hui couverts par le régime public. La Régie de l’assurance-maladie n’assume toutefois pas les coûts d’un nettoyage, d’un détartrage, d’une application de fluorure ou d’un scellement de puits et de fissures.

Les revenus de l’État n’étant pas sans limites et le secteur de la santé gobant déjà une bonne partie des fonds publics, ce n’est pas demain la veille que le gouvernement va inclure les soins dentaires dans le panier de services.

À moins que Québec solidaire forme un jour le gouvernement... Lors de la dernière campagne électorale, la formation politique de Manon Massé promettait une assurance dentaire publique et universelle.

Le gouvernement Legault mise sur la prévention et l’hygiène, et vise principalement les enfants, les adolescents et les personnes âgées. Il faut bien commencer quelque part. Reste à voir maintenant si les budgets suivront année après année et si les hygiénistes auront vraiment les moyens de faire une différence.

Chronique

Inutile, un diplôme?

CHRONIQUE / La prospérité économique n’est pas sans risque. Si les jeunes pensent qu’un diplôme n’est plus nécessaire parce qu’il y a des jobs en masse et si les employeurs ne se soucient pas qu’ils terminent leurs études parce qu’ils veulent combler à court terme leurs besoins de main-d’œuvre, le Québec risque de se tirer dans le pied.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain et le Réseau réussite Montréal ont fait lundi un appel à la vigilance pour éviter que la pénurie de main-d’œuvre fasse augmenter le décrochage scolaire. 

Le message vaut pour l’ensemble du Québec. 

«C’est toute la société qui est interpellée. Les entreprises ont elles-mêmes un rôle essentiel à jouer, ne serait-ce qu’en insistant auprès de leurs jeunes employés pour qu’ils poursuivent leurs études jusqu’à l’obtention de leur diplôme. Elles doivent leur offrir des horaires flexibles qui tiennent compte du rythme des exigences des études tout au long de l’année. Le milieu de l’éducation doit lui aussi se mobiliser. Il faut faciliter l’arrimage entre l’organisation de la formation dans les établissements et les possibilités de stages et de formation en entreprise», a affirmé Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Ce discours n’est pas nouveau au Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

Dès la fin des années 1990, le Centre régional de prévention de l’abandon scolaire (CRÉPAS) s’est penché sur les atouts et les risques de la conciliation études et travail, et a contribué à accroître la responsabilité des communautés, y compris des employeurs comme partenaires de la réussite scolaire.

Leurs initiatives ont depuis fait des petits à travers le Québec.

«Jusqu’en 2015, le Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire avait l’impression de prêcher dans le désert», a raconté lundi en entrevue téléphonique Pascal Lévesque, professionnel en intervention au CRÉPAS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

Avec la rareté de main-d’œuvre, certains ont compris qu’il était important de valoriser davantage l’éducation au Québec, mais aussi la formation qualifiante et les diplômes.  

«Si on reste le nez collé sur la vitre, si on ne vise qu’à combler des besoins à court terme, on va en payer le prix dans 10-15 ans», estime  M. Lévesque. «Les restaurateurs auront de la main-d’œuvre, mais pas de clients.» 

Le professionnel croit que ce sont les étudiants inscrits à la formation générale des adultes qui risquent le plus de décrocher et de se laisser séduire par un emploi autour de 15 $ de l’heure et des conditions de travail attrayantes. 

«Ceux-ci en sont à leur ixième tentative pour obtenir un diplôme. Leur parcours a toujours été difficile et ils manquent d’estime de soi». Dans l’immédiat, ils peuvent donc calculer qu’ils améliorent leur sort en travaillant davantage d’heures par semaine plutôt qu’étudier. À plus long terme, ils risquent de perdre et de se retrouver en marge du marché du travail, de faire les frais de l’automatisation, de la quatrième révolution industrielle.

M. Lévesque juge qu’il y a davantage de bons que de mauvais employeurs.

Parmi les bons, ceux qui vont offrir des stages à un étudiant et payer sa sixième session au cégep s’il accepte de travailler deux ans pour l’entreprise.

Du côté des mauvais, l’employeur qui embauche un jeune avant qu’il décroche son diplôme et qu’il lui dit qu’il complétera lui-même sa sixième session par de la formation dans l’entreprise. Une formation souvent non transférable chez un autre employeur. 

Le milieu des affaires se mobilise et prône la persévérance scolaire. Reste à voir comment chaque employeur se comportera.

Chronique

L’heure du réveil au cégep

CHRONIQUE / De nombreux jeunes s’inscrivent au cégep, mais trop peu — 63 % — en sortent avec un diplôme en main. Le taux de diplomation stagne depuis 20 ans. Il serait temps de s’en préoccuper davantage.

Ce décrochage coûte cher individuellement et collectivement, et prive également le Québec d’une main-d’œuvre qualifiée dont il a grandement besoin pour accroître sa productivité et être compétitif.

On se désole du taux de décrochage à l’école secondaire. Depuis des années, le ministère investit et les écoles tentent de différentes façons de mener plus de jeunes à la fin de leurs études secondaires avec succès. 

Cette mobilisation doit se poursuivre et s’intensifier au-delà du cinquième secondaire. 

«Cinquante pour 100 de nos besoins de main-d’œuvre seront comblés par les finissants des écoles, des cégeps et des universités», indiquait vendredi en entrevue le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay. 

Puisque l’autre moitié des postes à combler ne peut l’être seulement avec l’immigration, le maintien en emploi des travailleurs plus âgés et l’insertion en emploi de gens à l’écart du marché du travail, il estime que le Québec n’a pas le choix de former et de diplômer plus de jeunes et d’adultes.

M. Tremblay fait valoir que sur les 90 000 emplois créés en 2017, plus de 80 % exigeaient une formation postsecondaire, selon les données d’Emploi-Québec.

Les cégeps ne sont plus menacés de fermeture. Québec a même modifié et rehaussé le financement pour donner de l’oxygène aux établissements en région. La Coalition avenir Québec a pris le pouvoir et ne parle plus d’abolir les cégeps que François Legault qualifiait en 2011 de «maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue».

Le premier ministre répète qu’il veut davantage d’emplois payants au Québec. Son ministre du Travail et de l’Emploi mène une Grande corvée pour trouver des solutions aux pénuries de main-d’œuvre. Même si le ministre de l’Éducation est bien accaparé par l’implantation des maternelles quatre ans et la rareté de main-d’œuvre dans les écoles primaires et secondaires, il ne doit pas négliger les cégeps. 

Lorsqu’il était ministre péquiste de l’Éducation, François Legault avait introduit des plans de réussite. Depuis deux ans, la Fédération des cégeps souhaite une réflexion plus large sur la réussite. «Qu’est-ce qui marche et qu’est-ce qui ne marche pas? Comment faire pour que plus de gars, d’autochtones, de francophones et de jeunes de milieu socio-économique plus faible viennent au cégep et décrochent un diplôme?» 

Certains craindront sûrement que les collèges deviennent des manufactures à main-d’œuvre pour les entreprises et que la formation générale dispensée dans les cégeps prenne le bord. 

Bernard Tremblay se veut rassurant. Il note que la pensée critique, la capacité de séparer le vrai du faux et un plus haut niveau de littératie et de numératie sont des compétences de plus en plus recherchées. La formation générale (littérature-français, philosophie, éducation physique, anglais ou français langue seconde) dispensée aux étudiants inscrits dans une technique ou au pré-universitaire est là pour rester, dit-il, sans toutefois exclure quelques modifications. 

La Fédération étudiante collégiale prône pour sa part «une modernisation de la formation générale dans une perspective d’attractivité pour la population étudiante». Pour les cours de français et de philosophie, elle voudrait notamment des «contenus thématiques qui seraient plus attrayants pour les cégépiens». À suivre et à préciser. 

Le ministre de l’Éducation a affirmé cette semaine au Journal de Québec qu’il était ouvert à revoir la formation générale. «[…] mais d’aucune façon je suis ouvert à ce qu’on la diminue, qu’on l’amenuise, qu’on la rende optionnelle ou facultative». 

Sur une tablette de son ministère, Jean-François Roberge peut sans doute retrouver le rapport de Guy Demers produit à la suite du sommet sur l’enseignement supérieur tenu par le gouvernement péquiste après le conflit opposant des étudiants et le gouvernement Charest au printemps 2012.

Dans un rapport portant sur l’offre de formation collégiale, Guy Demers écrivait en 2014 que la formation générale «a bien servi le modèle collégial jusqu’ici, mais son déphasage avec l’évolution de la société depuis les 50 dernières années compromet la valeur de son apport pour les années à venir». 

«Même si une remise en question de la formation générale est une opération éveillant de grandes sensibilités et touchant un nombre important d’enseignants dans tous les collèges, le Québec ne peut se permettre de faire l’économie d’une telle réflexion : ce dossier est prioritaire pour nos étudiants et, plus largement, pour notre société qui aura plus que jamais besoin des diplômés de la formation collégiale au cours des prochaines décennies».

Jusqu’où ira le ministre Roberge dans sa révision?

Chronique

L’éducation yo-yo

CHRONIQUE / Quand les petits Québécois qui entreront sous peu à la maternelle sont nés, le ministre de l’Éducation de l’époque ne voyait aucun problème à ce que les écoles achètent moins de livres. Que des élèves en difficulté soient privés de services professionnels à cause de la rigueur budgétaire n’ébranlait pas non plus le gouvernement libéral.

Cette année, deux adultes auront la responsabilité de onze enfants, en moyenne, dans les classes de maternelle 4 ans, et le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, assure que les autres élèves des écoles ne seront pas négligés. Québec promet aussi davantage de places dans les centres de la petite enfance (CPE) et plus de services de dépistage et de suivi pour les 0-4 ans.

Pourquoi ce rappel aujourd’hui, cette comparaison?

Pour illustrer que les priorités des élus, les finances publiques et le contexte économique peuvent changer considérablement en l’espace de 4-5 ans, et modifier tout aussi considérablement une mission aussi sensible, aussi fondamentale et aussi déterminante pour une société que l’éducation. 

Le gouvernement précédent coupait à l’aveugle en éducation.

Le gouvernement de François Legault dépense sans compter lorsqu’il s’agit d’implanter les maternelles 4 ans. 

Un petit retour dans le passé récent permet également de voir comment une idée fixe, un objectif qu’un gouvernement veut atteindre à tout prix peut lui faire perdre de vue des enjeux importants et engendrer des effets collatéraux non désirables.

Ce fut le cas du gouvernement de Philippe Couillard et sa détermination à rétablir l’équilibre des finances publiques. Un objectif louable qui a entraîné des conséquences négatives chez les plus démunis et les plus vulnérables parce que le gouvernement a agi rapidement et fait fi des mises en garde. 

Le gouvernement Legault et son ministre de l’Éducation sont bien partis pour faire le même type d’erreur avec leur promesse d’instaurer à travers le Québec 3000 classes de maternelles 4 ans d’ici cinq ans. 

Qu’importe les coûts, qu’importe le manque de personnel enseignant ou d’éducatrices en service de garde, qu’importe les effets sur les autres classes des écoles primaires et secondaires et sur les services de garde à la petite enfance que l’État finance également, qu’importe les préférences des parents, qu’importe que le transport scolaire ne soit pas adapté pour des petits de 4 ans, qu’importe que les municipalités ne soient pas prêtes à accueillir les tout-petits dans leur camp de jour d’été, qu’importe l’avis des experts qu’ils n’ont pas payés. Ils ne dérogent pas de leur plan. 

Comme le mentionnait en commission parlementaire la députée péquiste Véronique Hivon, le discours du gouvernement serait tenable dans un système où les ressources sont illimitées. Mais ce n’est pas le cas. 

Rappelons que la croissance des dépenses en éducation, en hausse cette année de 5,1 %, descendra à 3,8 % les années suivantes. Le prochain renouvellement des conventions collectives pourrait bien par ailleurs faire grimper les coûts de système. Il y a aussi les imprévus qui marquent chaque mandat d’un gouvernement. 

Il faut donc «hiérarchiser les besoins» en éducation comme dans d’autres secteurs, éviter de vampiriser les centres de la petite enfance, cesser de faire croire aux parents qu’ils auront toujours le libre choix entre la maternelle 4 ans et les services de garde éducatifs. 

Que Québec prévoit la création de 12 500 places en CPE ne rassure pas la députée Christine Labrie de Québec solidaire puisqu’on ignore si ces places seront pour les poupons, les 1- 2- 3 ou les 4 ans. Si l’accès à une maternelle 4 ans devient un droit et que le service de garde éducatif ne l’est pas, le gouvernement veillera toujours à assurer et à financer d’abord les maternelles pour éviter les poursuites.

La députée libérale Marwah Rizqy expose également le double standard dans le réseau scolaire. Des classes de maternelle 4 ans aménagées qu’importe les dépassements de coûts, des classes «de luxe» pour les uns tandis que d’autres élèves passeront l’année dans des roulottes ou mangeront leur lunch dans des corridors. 

Double standard, mais aussi double discours de la part du ministre Roberge. 

Dans ses remarques préliminaires lors de l’étude du projet de loi 5, le ministre de l’Éducation dit agir dans un souci d’équité, dans un souci de justice sociale, de justice régionale. Il soutient qu’il y a autant d’enfants qui sont vulnérables en milieu défavorisé qu’ailleurs et que Québec doit donc implanter partout des maternelles 4 ans. 

«Grosso modo, partout au Québec, que les parents fassent 20 000 $ par année ou 120 000 $ par année, il y a deux à trois jeunes sur 10 qui arrivent en maternelle cinq ans, pas prêts». 

Très bien, mais il est dommage que le souci d’équité et de justice sociale qui anime le ministre et le gouvernement ne se transpose pas pour tout le parcours scolaire des jeunes Québécois.

Avec ses écoles privées fortement subventionnées et ses écoles publiques à deux vitesses (programmes particuliers — sports, langues, arts, éducation internationale, nouvelles technologies — et classes ordinaires), le système scolaire québécois est devenu le plus inégalitaire au Canada, signalait en 2016 le Conseil supérieur de l’éducation. 

Environ 42 % des élèves du secondaire fréquentent une école privée ou publique à projet particulier au Québec. Ceux-ci ont deux fois plus de chances d’accéder au cégep, et respectivement neuf et six fois plus de chances d’aller à l’université que ceux inscrits à une école ordinaire publique.

C’est Égide Royer, professeur à l’Université Laval, expert québécois apprécié du gouvernement Legault, et favorable à la maternelle 4 ans qui le dit.

Le ministre de l’Éducation fait bien peu pour corriger cette iniquité. Il se contente d’ajouter des activités parascolaires. Pourtant, mardi, il répétait que chaque jeune doit pouvoir développer «son plein potentiel». 

M. Roberge se demandait aussi mardi si le Québec vivrait la même pénurie de main-d’œuvre s’il avait diplômé plus de jeunes. Pour lui, la maternelle 4 ans contribuera à diminuer le décrochage scolaire. Très bien, mais son ambition doit aller au-delà de l’école secondaire. 

Brigitte Breton

Demandez des congés aux mamans

CHRONIQUE / Si les nouveaux papas veulent plus que cinq semaines de congés de paternité, ce n’est pas vers le gouvernement qu’ils doivent se tourner, mais vers les mamans.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, préfère inciter les parents d’un nouveau-né à un partage plus équitable des 32 semaines du congé parental plutôt que de modifier le régime québécois d’assurance parentale (RQAP) pour allonger le congé de paternité.

Alexandre Leduc, le porte-parole de Québec solidaire en matière de travail, de solidarité sociale, de justice et de sécurité publique, vient d’écrire au ministre pour lui demander de bonifier de trois semaines le congé de paternité.

Étant donné les surplus du régime d’assurance parentale, Québec solidaire souhaiterait que le congé réservé exclusivement aux pères passe de cinq à huit semaines, et que le couple continue de partager à sa guise le bloc de 32 semaines du congé parental.

Selon le député solidaire, mieux vaut utiliser les surplus en bonifiant ainsi le régime, plutôt que de baisser de 6 % le taux de cotisation des employeurs et des travailleurs à partir de janvier 2020. Il précise toutefois que sa position sur les surplus n’est pas dogmatique. 

Irréaliste de réclamer trois semaines de congés supplémentaires pour le père alors que plusieurs entreprises s’arrachent déjà les cheveux pour combler leurs besoins de main-d’œuvre et pour faire les remplacements lorsqu’un employé ou une employée part en congé de paternité, de maternité ou parental? 

Pour M. Leduc, qui a profité du «faussement appelé congé parental» de 32 semaines, l’ajout de trois semaines pour le père ne sera pas «terrible» à gérer par les ressources humaines des entreprises. «Ce ne sera pas la mer à boire».

Il estime que l’intérêt visé doit être le bien de l’enfant et l’harmonie de la famille. Valoriser la paternité va, selon lui, en ce sens. 

Le ministre Boulet veut bien lui aussi valoriser le rôle des pères. Mais pour lui, cela passe par un partage plus équitable des 32 semaines du congé parental. Il y a, selon lui, trop peu de négos dans le couple. 

En entrevue, il rappelle que le régime d’assurance parentale du Québec est l’un des plus généreux au monde. 

Dans sa lettre, le député Leduc signale toutefois que l’Espagne vient de hausser le congé de paternité de cinq à huit semaines, qu’il passera à 12 semaines l’an prochain, puis à 16 semaines à 2021, rejoignant l’exemple des pays scandinaves.

M. Boulet promet néanmoins des bonifications au régime d’assurance parentale. Il compte toujours présenter un projet de loi à cette fin cet automne. Il juge que des pistes contenues dans le défunt projet de loi libéral sont intéressantes. Les libéraux ne proposaient pas non plus de congés supplémentaires pour les papas.

Le ministre rappelle que la Coalition avenir Québec a promis de remettre de l’argent dans les poches des citoyens. «Avec la diminution de 6 % du taux de cotisation au RQAP, c’est 141 millions $ de plus dans l’économie québécoise».

En 2015, le Conseil du statut de la femme avait réclamé un ajout de trois semaines au congé de paternité. Il suggérait cependant qu’il soit pris à même le congé parental, qui plus est, le Conseil prévoyait que le congé de paternité soit prolongé à condition que le père soit le seul prestataire du RQAP durant ces trois semaines, «afin de développer le sentiment de compétence parentale des pères et de favoriser un plus grand partage des soins aux enfants». Il préconisait un essai de cinq ans de cette nouvelle mesure.

Au lieu d’écrire noir sur blanc que les pères auront davantage de congés pour s’occuper de leur nouveau-né, le ministre Boulet invite plutôt les pères et les mères à une meilleure discussion entre eux sur ce sujet. Son ministère pourrait y contribuer, dit-il, en faisant de la pédagogie et en menant des campagnes de sensibilisation. 

Si tous les gouvernements précédents avaient misé uniquement sur la pédagogie et la sensibilisation, bon nombre de Québécoises seraient encore à la maison pour s’occuper de leurs enfants pendant que les papas travaillent. Des femmes devraient encore mettre leur carrière en veilleuse, ou en danger, pour profiter de la maternité. On ne parlerait pas de conciliation travail-famille.

Sans loi et sans politique gouvernementale, des hommes hésiteraient encore à prendre congé pour s’occuper de leur petite marmaille et vaquer aux tâches domestiques au quotidien, et des employeurs leur diraient encore de «demander à leur femme» de rester avec les «petits».

Si les pères prennent aujourd’hui cinq semaines de congés à l’arrivée d’un enfant et s’impliquent davantage, c’est notamment parce que le régime d’assurance parentale prévoit et facilite cette implication. 

Un petit coup de pouce est parfois nécessaire pour faire changer les mentalités, les pratiques et atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes. La sensibilisation a des limites.

Chronique

Futurologie et vitalité régionale

CHRONIQUE / Ne comptez pas sur le professeur Majella Simard pour prédire quel village du Québec sera rayé de la carte et quelle municipalité fermera d’ici 2025.

M. Simard refuse de joueur les futurologues et ne lit pas dans une boule de cristal.

Il est professeur de géographie à l’Université de Moncton et Ph. D. en développement régional. La fragilité des petites localités rurales du Québec et du Nouveau-Brunswick, il la connait. 

«Qui peut vraiment prédire que telle petite municipalité va fermer?», affirme M. Simard lors d’une entrevue téléphonique.

Le professeur a été étonné par la déclaration du président du Groupe Ambition, Pierre Bernier, qui soutenait récemment dans le Journal de Québec que 200 municipalités dévitalisées étaient «en fort danger de fermeture» d’ici 2025, dont Percé, Trois-Pistoles, Saint-Siméon, Murdochville.

«Ça ne tient pas la route», affirme Majella Simard.

Certes, il existe des tendances structurelles lourdes, des statistiques et des données démographiques et économiques inquiétantes, mais le professeur estime que des variables impondérables devraient inciter à la prudence avant d’annoncer la disparition d’un village. «L’arrivée d’une famille peut tout changer». L’inverse est vrai aussi. 

De jeunes nouveaux arrivants dans une localité peuvent permettre de garder l’école ouverte. Le départ d’une ou deux familles peut signifier que les quelques enfants qui restent devront être scolarisés à l’école du village voisin. 

Un second souffle peut venir du tourisme, d’activités de plein air, d’une microentreprise, de la diversification économique.

La combativité, la créativité, l’économie sociale et le leadership de la population locale peuvent également réussir à maintenir en vie un patelin.

M. Simard ne se met pas pour autant la tête dans le sable. Vingt pour cent des municipalités ne vont pas bien au Québec à cause de leur déclin démographique et économique, note-t-il.

Il déplore que le gouvernement se désengage et se préoccupe uniquement des régions en période électorale. Il se désole de l’absence de politiques de ruralité et démographiques fortes alors que des lumières rouges sont allumées depuis des années, notamment dans le Bas-Saint-Laurent où, selon lui, la situation est sur certains points plus catastrophique qu’en Gaspésie.

Dévitalisation

De son côté, le consultant Pierre Bernier n’en démord pas.

La dévitalisation de certaines municipalités s’accentuera avec le vieillissement de la population et la rareté de la main-d’œuvre et commandera des décisions difficiles et déchirantes. Les bris de services deviendront de plus en plus fréquents.

Le sort de certaines municipalités s’avèrera de plus en plus incertain. Il prévoit une ère de réorganisation, de fusions. «Pourquoi autant de villages et de municipalités au Québec? A-t-on encore besoin de ça?», demande-t-il lors de notre entretien. Sans relève, sans activité économique, cela lui parait fort difficile de maintenir en vie des localités fortement dévitalisées. 

M. Bernier n’est ni géographe ni démographe. Détenteur de certificats universitaires en administration, en ressources humaines et en marketing, il analyse des indicateurs, notamment l’indice de vitalité économique fourni par l’Institut de la statistique du Québec, et les vulgarise pour ses clients.

Le débat sur la fermeture des municipalités est très émotif, selon lui. Le sentiment d’appartenance est grand chez ceux qui restent. D’autres sont dans le déni. «Ils n’acceptent pas les faits, les statistiques.» 

M. Bernier soutient toutefois que certains acteurs municipaux sont rationnels. Quand la revitalisation d’une municipalité ne se réalise pas malgré maints efforts, quand le point de bascule ne vient pas, quand les bris de services s’accumulent, la fermeture devient un scénario envisagé.

Le président du Groupe Ambition doute que la «nature» puisse convaincre un lot de jeunes de rester ou d’aller s’installer dans de petites localités en région. Il voit aussi les limites du télétravail et du numérique. 

Les emplois de qualité, les loisirs et les services, c’est la ville centre qui les offre. M. Bernier rappelle que 17 % des petites communautés du Québec de moins de 1000 habitants n’ont plus aucun commerce. En 2006, 11 % étaient confrontées à cette réalité.

«Pour moi, une communauté qui est fragilisée se doit d’avoir des données et statistiques pour prendre des décisions. Les chiffres sont là pour se mesurer, stimuler une communauté et prendre des décisions. Le choix appartient au milieu et c’est la conscientisation et le dynamisme de la population qui feront la différence», écrivait le consultant dans une lettre transmise aux médias à la fin de juillet pour répondre à ses détracteurs. 

On verra en 2025 qui avait raison et combien de municipalités compte toujours le Québec.

Chronique

Préposés: deux poids, deux mesures

CHRONIQUE / «Le gouvernement abandonne 15 000 personnes vulnérables». «Manque scandaleux de considération». «Indécent». Les termes utilisés par l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec sont durs. Mais malheureusement, ils sont justifiés.

Trois ministres — Santé et Services sociaux, Aînés et Proches aidants, Travail, Emploi et Solidarité sociale — ont annoncé cette semaine un programme de bourses pour les préposés aux bénéficiaires. Québec offrira 2000 bourses de 7500 $ aux personnes qui suivront une formation de préposés et qui s’engageront à travailler deux ans dans un établissement public. 

L’idée est bonne, bien qu’il faudra plus qu’une bourse pour retenir les préposés si les conditions de travail ne sont pas à la hauteur dans deux ans. Mais le gouvernement pose des gestes et investit 15 millions $ pour attirer plus de préposés auprès des malades. Personne ne s’en plaindra.

Le hic est que le nouveau programme risque de dégarnir les ressources intermédiaires qui elles aussi doivent prendre soin de malades et de personnes vulnérables.

Ces résidences ont déjà du mal à recruter du personnel parce que le salaire qu’elles versent au préposé tourne autour du salaire minimum, alors que le secteur public offre 10 $ de plus l’heure. Si en plus une bourse de 7500 $ s’ajoute, le choix entre deux employeurs ne sera pas difficile à faire. 

Or, les quelque 1000 ressources intermédiaires (RI) sont bien utiles pour désengorger les urgences et pallier le manque de places dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Quelque 15 000 personnes vulnérables vivent dans ces résidences «intermédiaires» entre le domicile, l’hôpital et le CHSLD.

Ce sont elles qui en payeront le prix si les RI perdent leur personnel ou peinent encore plus à recruter, estime la directrice générale de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec, Johanne Pratte.

Celle-ci se demande si les personnes vulnérables et les préposés dans les ressources intermédiaires valent moins que les personnes vulnérables et les préposés dans un CHSLD ou un hôpital.

Les RI représentent une économie pour le gouvernement. Héberger des aînés en perte d’autonomie ou des personnes avec un handicap physique ou une déficience intellectuelle dans ce type de résidence coûte à l’État 125 $ par jour, comparativement à 325 $ par jour dans un CHSLD, souligne Mme Pratte. 

Le nombre de personnes que les CISSS dirigent vers les ressources intermédiaires n’est pas en baisse, note cette dernière. Elle craint toutefois que certaines doivent abandonner leurs activités si Québec les vide de leur personnel.

Elle appréhende un roulement de personnel accru. «C’est désagréable pour une personne âgée quand le préposé qui l’aide à prendre son bain change constamment». Ça risque d’empirer.

L’Association a, jeudi, sollicité par lettre une rencontre dans les plus brefs délais avec la ministre des Aînés, Marguerite Blais. 

«Notre réseau est de plus en plus fragilisé et nous estimons qu’il devient de plus en plus indécent de maintenir les ressources intermédiaires dans une position de survie, alors que le travail effectué par les préposés aux bénéficiaires est équivalent, voire impliquant plus de responsabilités», écrivent Mme Pratte et le président du conseil d’administration, Michel Clair.

En conférence de presse mercredi, le ministre du Travail et de l’Emploi, Jean Boulet, a indiqué que les résidences privées pour aînés reçoivent de l’aide sous d’autres formes, notamment dans le cadre de la Grande corvée. 

Participer à une journée de recrutement dans le cadre de la Grande corvée où une ressource intermédiaire se retrouvera à côté du kiosque d’un hôpital ou d’un CHSLD qui propose 21 $ l’heure, ce n’est pas champion selon Mme Pratte. Son association souhaiterait avoir accès au programme de bourses et obtenir de l’aide pour faire du recrutement à l’étranger. 

Elle voit aussi des limites à un programme financé en partie par les partenaires du marché du travail visant à former des réfugiés, des personnes handicapées ou des gens présentement hors du marché du travail, afin qu’ils deviennent préposés aux bénéficiaires.

Mme Pratte n’est pas seule à pointer les faiblesses du programme gouvernemental. Des représentants syndicaux ont aussi exprimé des critiques. 

«La pénurie de main-d’œuvre n’est pas causée par les coûts de formation, mais plutôt par les conditions déplorables des travailleurs et des travailleuses», selon le syndicat des Teamsters, qui réclame un décret pour réduire la disparité entre le privé et le public.

Avec les négociations à venir, la population pourra voir jusqu’où le gouvernement de François Legault est prêt à aller pour améliorer le sort des aînés, des malades et des personnes qui prennent soin d’eux.

Ces lieux qu'on aime

Ces lieux qu'on aime: à vélo entre fleuve et champs sur la Côte-du-Sud

Pour certains, l’été et les vacances sont synonymes de festival d’été, de plages, de glissades d’eau ou de clubs de golf. Pour moi, un plaisir estival est de parcourir à vélo Saint-Michel de Bellechasse, Saint-Vallier, Berthier-sur-Mer et Saint-François-de-la Rivière-du-Sud.

Une sortie d’une soixantaine de kilomètres sur la rive sud du Saint-Laurent impossible à faire en gardant les yeux rivés sur sa roue ou sur celle de la personne qui nous précède.

Aucune ambition d’améliorer quelque peu son chrono lors de cette randonnée sur la route 132, les rues principales de villages parmi les plus beaux du Québec, le chemin Lemieux, la route de Saint-François, la route 228 et la Montée de la Station. Ce sont les yeux qui sont surtout sollicités pour ne rien échapper. 

Vous ne faites pas de vélo ou vous préférez les pistes cyclables où vous n’avez pas à vous préoccuper des automobiles? Pas de problème. Prenez la voiture et arrêtez-vous en chemin. 

À vélo ou en auto, on éprouve une succession de petits bonheurs à réaliser ce parcours qui conjugue fleuve, terre et patrimoine.

Le fleuve Saint-Laurent et ses îles. Le décor qui change au gré des marées. Les marinas. Les fermes prospères. Les champs qui se déclinent en différents tons de vert avant de passer au doré. Des villages fiers de leur passé et leurs maisons ancestrales joliment fleuries. Quelques commerces qui proposent des produits du terroir.

Des occasions de se remplir les yeux, les narines et le ventre.

Je ne suis pas seule à faire ce type de pèlerinage estival dans ce coin du Québec. À la crèmerie Glaces et Délices, à Saint-Michel de Bellechasse, j’ai croisé en juillet une femme venue de Montréal sur sa moto pour admirer une fois de plus le village où elle a été pensionnaire pendant trois ans au couvent des sœurs de Jésus-Marie, aujourd’hui le collège Dina-Bélanger.

Peggy Hayes, la jeune soixantaine, se rappelle le bonheur d’avoir profité enfant de la proximité du fleuve et d’une vue sur l’île d’Orléans au quotidien. La sévérité de certaines religieuses n’est qu’un lointain souvenir, mais non la beauté et la douceur du village de Saint-Michel. 

Brigitte Breton

Élections et zone de turbulences

CHRONIQUE / Le résultat du référendum est sans ambiguïté. Les citoyens de Saint-Roch-de-l’Achigan, dans Lanaudière, rejettent à 96 % le projet d’aérodrome sur leur territoire. À moins que l’approche des élections fédérales vienne changer la direction du vent, il est loin d’être assuré que le gouvernement Trudeau ira dans le même sens qu’eux et que plus aucune municipalité ne risquera de se retrouver avec un aérodrome dont elle ne veut pas.

En cette matière, c’est le fédéral «le boss». L’aéronautique est sa compétence et l’équipe de Justin Trudeau, comme celle de Stephen Harper avant lui, est avare de gestes d’ouverture et de coopération lorsque Québec et des municipalités contestent un projet d’aérodrome privé.

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Ottawa peut ignorer les lois provinciales, notamment celle sur la protection du territoire et des activités agricoles et celle sur la qualité de l’environnement au Québec, les règlements municipaux et la volonté de la population lorsqu’il s’agit d’autoriser un nouvel aérodrome ou l’activité de parachutisme à une installation existante. 

Malgré leurs efforts, des ministres provinciaux, des maires et des citoyens de Neuville et de Lévis ont échoué ces dernières années à faire modifier la dynamique. 

Ottawa tient à sa compétence en matière d’aéronautique. La Cour suprême a aussi décidé en mai dernier qu’elle n’entendrait pas la Ville de Lévis qui s’oppose depuis 2012 aux activités de parachutisme à l’aérodrome de Pintendre. Le changement doit venir du politique. 

Même si 52 % des résidents ont participé au référendum et que 96 % d’entre eux rejettent le projet, même à l’approche des élections fédérales d’octobre, les opposants à un aérodrome à Saint-Roch-de-l’Achigan n’ont pas encore gagné la partie.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, a indiqué lundi que la sécurité et l’intérêt public dicteront sa décision d’autoriser ou non la relocalisation de l’aérodrome à Saint-Roch-de-l’Achigan comme le souhaite le promoteur Aérodrome SRA. 

M. Garneau a dit qu’il tiendrait compte du résultat du référendum. C’est toutefois un élément parmi d’autres qui s’ajoutera au rapport que lui soumettra le promoteur. Le ministre disposera d’une trentaine de jours pour faire sa propre analyse et prendre une décision.

À quelques semaines des élections, le ministre Garneau et les libéraux tenteront sûrement d’éviter les zones de turbulences. Avec la population de Lanaudière, mais aussi avec d’autres municipalités et d’autres citoyens du Québec qui trouvent de plus en plus aberrant de voir que les lois provinciales et les règlements municipaux peuvent être ignorés par des promoteurs persuadés qu’Ottawa ne cédera jamais du terrain.

La réponse du gouvernement Trudeau à ce type de dossier qui rebondit périodiquement doit aller au-delà du jour du scrutin. 

En juin, le président général de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) et le président de la fédération de l’UPA de Lanaudière ont écrit au premier ministre Trudeau afin qu’il intervienne et empêche «une incursion inacceptable dans notre garde-manger».

L’aérodrome privé serait en effet construit en zone agricole. Ce n’est pas très vert de sacrifier des champs et de la terre pour permettre à des avions de s’y poser. Les deux hommes estiment que d’autres endroits sont plus appropriés pour ce type d’activités.

«Les considérations constitutionnelles d’un autre temps ne doivent plus être invoquées pour permettre de telles invasions en zone agricole», concluent Marcel Groleau et Marcel Papin. 

Les libéraux, comme tous les autres partis politiques qui solliciteront l’appui des Québécois en octobre, doivent préciser où ils logent. Le premier ministre François Legault doit également ajouter ce dossier à sa liste de demandes à Ottawa.

chronique

L'été entre deux maternelles

CHRONIQUE / Que feront l’été prochain les enfants de 4 ans qui auront fréquenté la maternelle? Si les camps de jour des municipalités ne sont pas prêts à les accueillir, le congé scolaire estival risque d’être un casse-tête pour bien des parents et des grands-parents.

Les parents de jeunes enfants ont intérêt à s’assurer que Québec et les municipalités auront trouvé une façon de répondre adéquatement aux besoins des enfants qui ne sont plus inscrits à des services de garde parce qu’ils vont à l’école, mais qui sont jugés trop jeunes pour fréquenter les camps de jour des villes. 

Trois ministères travaillent sur le dossier de concert avec les municipalités : celui de la Famille, celui de l’Éducation, et celui des Affaires municipales. 

Un comité a été formé, deux rencontres ont déjà eu lieu et les travaux doivent se terminer cet automne, nous a-t-on précisé cette semaine au ministère de la Famille. 

À l’Union des municipalités du Québec (UMQ), un porte-parole nous indique pour sa part que les préoccupations soulevées par l’organisation en commission parlementaire, en juin, jouissent d’une bonne écoute.

Et pour cause.

L’UMQ a mis en évidence une difficulté qu’entraîne l’implantation de la maternelle 4 ans : la possible découverture des services de garde pour les enfants de 4 ans durant la période estivale. C’est, selon elle, l’angle mort du projet de loi 5 du gouvernement Legault sur les maternelles 4 ans.

La très grande majorité des municipalités accueillent les jeunes dans leur camp de jour à partir de 5 ans, voire 6 ans. 

Déjà, elles estiment avoir du mal à répondre à la demande et à absorber les frais de cette activité. Les coûts d’inscription assumés par les parents ne représenteraient que 50 % des frais de fonctionnement.

Les services de garde des écoles ferment à la fin des classes. Si des milliers d’enfants n’ont plus accès à des garderies ni à des centres de la petite enfance (CPE), qui veillera et animera les petits de 4-5 ans en entendant les vacances de papa et maman? 

Ce ne sont pas tous les parents qui jouissent de plusieurs semaines de vacances ou qui peuvent payer la facture d’un camp de jour privé qui accueille les tout-petits.

Est-il souhaitable que les très jeunes enfants aient accès aux camps de jour municipaux? Si la réponse est oui, alors appartient-il aux municipalités de prendre seules la charge financière de ce service? Ce sont les questions posées par l’UMQ qui note que le camp de jour est de plus en plus considéré par de nombreux parents comme un service de garde essentiel, et non comme un simple service de loisir.

Pour l’UMQ, la réponse à la dernière question est non. 

Elle rappelle dans son mémoire que les municipalités n’ont aucune obligation légale d’offrir des camps de jour durant l’été. Elle évalue à 26 millions $ la facture supplémentaire à payer par les villes si les camps de jour sont ouverts aux enfants de 4 ans.

L’organisation souligne aussi que les villes doivent de plus relever le défi de l’intégration des enfants ayant des handicaps physiques ou intellectuels, des troubles de comportement ou d’apprentissage. Les ratios enfants/accompagnateur doivent être abaissés dans ces cas. La formation des jeunes animateurs doit par ailleurs être revue à la hausse.

À la Ville de Québec, le coût du programme d’accompagnement particulier se chiffre à plus de 2 millions $ par année, rapporte l’UMQ.

Celle-ci prévoit des coûts supplémentaires à l’arrivée des enfants de 4 ans, moins autonomes. Dans ce cas aussi, la formation des animateurs — qu’il faudra dénicher dans un contexte de rareté de main-d’œuvre — devra être bonifiée et les ratios ajustés pour que le camp de jour soit enrichissant et sécuritaire pour les plus petits.

La disponibilité de locaux adaptés serait également un problème pour certaines villes, dont Laval et Montréal. 

Les municipalités exposent des enjeux réels.

Bien des gens ont intérêt à surveiller leur angle mort avant l’été prochain.

Le gouvernement Legault est convaincu des bienfaits de la maternelle pour les enfants de 4 ans. Il ne ménage aucun effort pour que tous les enfants de cet âge y aient accès partout au Québec, qu’ils vivent dans un milieu défavorisé ou non.

Son souci pour le bien-être et le développement des tout-petits doit aussi se manifester pour la période estivale qui précède leur entrée à la maternelle 5 ans.

Chronique

Au-delà de la job

CHRONIQUE / À la résidence de Colombe Grégoire et de Christian Saint-Pierre, à Lac-Etchemin, il n’y a pas que des photographies de leurs cinq enfants — dont trois ont été adoptés à Haïti — et de leurs petits-enfants qui ornent les murs du salon. S’y trouvent également celles des nouveaux arrivants haïtiens qu’ils ont parrainés, hébergés, dépannés et initiés à la vie québécoise et rurale au cours des huit dernières années et qui vivent et travaillent toujours dans Bellechasse et en Beauce. (2e de 2)

Pour Mme Grégoire, copropriétaire avec son conjoint d’un centre jardin et professeur de yoga, il est clair qu’il est nécessaire d’aller «au-delà de la job» pour retenir les immigrants en région et réussir à les intégrer aux communautés rurales.

«Trois ans d’engagement et d’encadrement de la part d’une famille et c’est fait. Les nouveaux arrivants sont “biculturels” et “sécures” après un an et demi. L’autre année et demie, ils sont autonomes, acquièrent une sécurité financière et contribuent à la collectivité», estime la femme de 63 ans qui a parrainé trois Haïtiens en plus d’en épauler et d’en héberger d’autres. 

Il y a des limites, selon elle, à ce que peuvent faire un employeur, une commission scolaire et un organisme communautaire ouvert de 9 à 5. «Il faut être dans la quotidienneté et dans l’immédiateté avec les nouveaux arrivants. La communication directe est importante. Ils ont besoin de coach». 

Sinon, le découragement risque de prendre le dessus et la tentation de prendre le chemin de la ville et de s’installer dans un ghetto peut être grande.

Des exemples des actions et du coaching du couple Grégoire-Saint-Pierre formé lors d’un stage au Sénégal dans les années 70? 

Organiser un cours de conduite automobile pour 12 Haïtiens, parce qu’en région, faute de transport en commun, il faut savoir conduire et posséder une voiture.

Trouver au quotidien un transport aller-retour Lac-Etchemin-Saint-Georges pour leur «filleul», Vladimir Louis, en formation au Centre intégré de mécanique industrielle de la Chaudière, grâce à une bourse d’études. Encourager cet Haïtien à persévérer dans ses études malgré les difficultés. Celui-ci occupe depuis quelques années un emploi de mécanicien industriel chez Rotobec, à Sainte-Justine. Sa conjointe, Maline, a également un emploi. Le couple a fondé ici une famille et a acheté une maison. 

Aider les nouveaux arrivants à se retrouver dans toute la paperasse administrative, à cuisiner à la québécoise sur une cuisinière électrique et sans tout faire baigner dans l’huile, à chauffer en hiver, même au bois. Les guider aussi pour qu’ils obtiennent des soins de santé, à se défendre si un employeur contrevient aux normes du travail.

Veiller sur un poupon, le conduire ou le récupérer à la garderie pour donner un coup de main à une jeune maman qui retourne au travail, c’est également cela l’engagement d’une famille accompagnatrice.

C’est aussi conseiller l’immigrant dans l’achat d’une voiture usagée, voire lui avancer des fonds si son acquisition est nécessaire pour se rendre au travail. 

S’ajoute à la liste les préparatifs d’un mariage, y compris aider la mariée à dénicher une robe.

Selon Mme Grégoire, ce n’est pas dans une semaine ou après un cours de quelques heures que les immigrants peuvent «penser en québécois» et être au fait de la vie et des façons de faire au Québec. «Il y a trop à dire, trop à comprendre».

Colombe Grégoire n’insiste pas sur la lourdeur de la tâche et les difficultés rencontrées. Pour elle, cela va de soi. Le travail ne la rebute pas, mais elle souhaiterait cependant que des familles comme la sienne puissent «s’accoter» de temps en temps sur d’autres, sur un réseau d’aidants.

Elle insiste davantage sur la satisfaction ressentie à voir les nouveaux arrivants prendre de l’autonomie et voler de leurs propres ailes. «Aujourd’hui, je les vois recevoir leurs parents, fonder leur famille. On se fréquente, on se rassemble.» Pour les plus jeunes, elle est leur «grand-mère du Québec».

«On a ramé Christian et moi. J’ai débité bien du travail, mais si c’était à refaire, je recommencerais. Ce sont de très belles années riches d’échanges. Je fais une vie hors du commun. On ne s’appauvrit pas en faisant ça. Au contraire, c’est une richesse humaine extraordinaire.»

Elle aimerait que plus de gens, notamment les décideurs et ceux qui tiennent les cordons de la bourse, reconnaissent qu’une contribution comme celle de sa famille est efficace et profitable.

«C’est une très belle façon d’intégrer les nouveaux arrivants, de les rendre “biculturels” et de garnir notre ruralité», croit-elle. «C’est d’une grande simplicité, d’une grande efficacité et c’est faisable si du monde s’implique». 

Elle prend soin toutefois de souligner que «c’est une job qui se fait à deux et il faut que les deux dans le couple soient bons». 

Elle est prête à aider ceux qui voudraient faire comme elle et son conjoint, et accompagner de nouveaux arrivants «compatibles» avec eux. 

Une femme lui a déjà dit : «Mes journées sont longues. Les tiennes Colombe, sont pleines». Cela ne semble pas sur le point de changer. Mme Grégoire les préfère manifestement ainsi.

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Chronique

De l'Amérique latine à... Bellechasse

CHRONIQUE / L’emploi attire, mais le milieu retient, disent certains. Pour Christine Orain, agente de liaison au service d’accueil et d’intégration des personnes immigrantes dans Bellechasse, cela ne fait aucun doute. La population a aussi un rôle à jouer pour que les nouveaux arrivants s’établissent pour longtemps en région. (1er de 2)

Les médias font abondamment état de la créativité et des efforts déployés par les employeurs pour attirer de la main-d’œuvre en région. C’est le cas notamment dans Bellechasse, en Chaudière-­Appalaches, où le taux de chômage est très bas. 

Le gouvernement de François Legault arrive aussi avec sa vision de l’accueil, de l’intégration et de la francisation des immigrants, avec la promesse que la régionalisation de l’immigration se concrétisera enfin à travers le Québec.

Si les employeurs et les petites municipalités ne veulent pas que cette précieuse main-d’œuvre, recrutée souvent à grands frais pour faire rouler les entreprises et l’économie locale, rebrousse chemin vers Lévis, Québec, Mont­réal ou d’autres grandes villes du Québec ou du Canada, les «locaux» et les «de souche», doivent également être de la partie. 

«On a besoin de la population», affirme Mme Orain. «Préparer les collègues de travail à l’arrivée des travailleurs étrangers ne suffit pas. Il faut élargir à l’ensemble de la communauté.»

En d’autres mots, mettre toutes les chances de son côté pour que la population ne se sente pas envahie, que les nouveaux arrivants se sentent bienvenus et que le recrutement de la main-d’œuvre ne soit pas un éternel recommencement. 

Si le Costaricain, le Mexicain, le Philippin, le Brésilien ou l’Africain n’a que son emploi à l’usine, s’il n’a aucun contact avec les gens de la communauté hors de son lieu de travail, si personne ne le salue et ne l’invite chez lui ou à des activités, il risque fort de plier bagage et de retourner en ville où il retrouvera aisément du boulot, mais également, des personnes de son pays d’origine.

L’équipe de Liaison immigration Bellechasse cherche à mettre la population locale en lien avec les immigrants en dehors des heures de travail afin de créer des occasions de rencontres, des contacts, des réseaux. 

Au programme? Des repas communautaires, des soirées musicales, des activités sportives, un jardin rassembleur. «La bouffe et la musique, c’est une bonne façon de mettre les gens en relation», constate l’agente de liaison. 

Ce printemps, 150 personnes ont participé à une soirée interculturelle — le tour du monde des saveurs — à Saint-Lazare de Bellechasse. Chaque participant apportait un plat de son pays.

En juin, lors des Fêtes de la pêche dans Bellechasse, Floro, originaire des Philippines, était invité à parler de sa passion avec les pêcheurs d’ici. Est-ce que les pêcheurs philippins ont comme ceux d’ici tendance à exagérer la taille de leurs prises? C’est à vérifier.

Cet automne, Liaison immigration Bellechasse veut joindre les personnes âgées de la région pour les sensibiliser et les conscientiser à la réalité des nouveaux arrivants. 

Des gens de 46 nationalités différentes vivent maintenant sur le territoire de la MRC de Bellechasse. Quelque 700 citoyens qui n’ont pas des noms de famille comme Rouillard, Laliberté, Roy, Bilodeau ou Poulin.

Christine Orain est à même de comprendre les personnes qui débarquent dans un milieu où les immigrants se comptent sur les doigts d’une main. Arrivée de l’Île de la Réunion, elle était considérée comme «une étrange» lorsqu’elle a abouti à Saint-­Damien de Bellechasse il y a 26 ans. Même francophone, tout n’allait pas de soi.

Selon elle, il faut aller plus loin que quelques activités ponctuelles dans l’année. «Tu fais quoi la fin de semaine à Saint-Damien si tu n’as pas de voiture? Tu fais quoi l’hiver dans Bellechasse si tu ne fais pas de raquette, pas de ski, que tu ne possèdes pas de skidoo? Tu fais quoi l’été quand les collègues de travail sont sur le bord de la piscine avec leur famille ou au chalet?»

La réponse est prévisible si personne ne tend la main au nouveau venu. Ce dernier risque de flâner dans un village désert le dimanche, de s’ennuyer à mourir et de rêver du jour où il pourra enfin déménager dans un milieu urbain et y retrouver des gens de la même nationalité que lui, en plus d’une foule d’activités.

Mme Orain souhaite que la population se mobilise. «Ça prend tout un réseau de bénévoles pour intégrer les nouveaux arrivants.»

Elle constate que les citoyens se montrent encore plus accueillants et plus compréhensifs à leur égard lorsqu’ils réalisent ce que ces personnes ont vécu auparavant et toute la paperasse qu’elles doivent remplir lorsqu’elles s’installent ici.  

Les entreprises, les services publics, les épiceries, les banques, les caisses populaires, les bureaux de poste en région doivent répondre à de nouvelles demandes, à de nouvelles réalités.

Des ajustements sont nécessaires de part et d’autre dans différentes sphères de la vie quotidienne. 

Par exemple, Liaison immigration Bellechasse fournit maintenant un document en trois langues aux propriétaires qui louent un appartement ou une maison aux immigrants. Ces derniers sont incités à actionner la hotte lorsqu’ils cuisinent, à déposer un plat chaud sur un sous-plat pour ne pas abîmer table et comptoir, à activer le ventilateur de la salle de bain lorsqu’ils prennent une douche. Des conseils de base qui peuvent éviter des conflits entre propriétaires et locataires. En cas de mésentente, Liaison immigration Bellechasse peut dans certains cas intervenir comme médiateur.

Si l’agente de liaison estime que l’intégration des nouveaux arrivants se déroule bien dans les écoles, elle constate par ailleurs que le réseau de la santé ne répond pas encore parfaitement aux besoins des immigrants dans Bellechasse.

«Certains vivaient dans des pays en guerre. Ils ont vécu des situations traumatisantes et la région n’est pas outillée pour répondre à ce type de cas dramatiques.» Le centre intégré de santé et de services sociaux travaillerait à combler cette lacune.

L’absence de transport en commun est aussi un problème sérieux et récurent pour les immigrants en région. Le milieu rural n’a pas le choix d’être créatif en ce domaine s’il veut les retenir. Mme Orain remarque que c’est la première difficulté relevée par ceux qui s’installent dans Bellechasse.

La deuxième? Le coût de l’épicerie. Dans les petites localités, il n’y a souvent qu’un seul marché d’alimentation. «Ils trouvent que le coût de la vie est élevé. Ils ont beaucoup d’espoir en venant ici. Le salaire est bon, mais plusieurs ont un choc lorsqu’ils voient toutes les déductions sur leur paie.»

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Chronique

GRC, déco, bistro

CHRONIQUE / Un jardin sur le toit. Une vue sur le fleuve et l’île d’Orléans. À droite, le clocher de l’église qui se dessine à travers les arbres. C’est l’environnement de travail de Marie-Hélène Côté, sur la terrasse de son bistro La Mauve, dans le village de Saint-Vallier de Bellechasse. Un milieu bien différent de celui de la GRC.

Mme Côté a été pendant 29 ans enquêtrice à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Dix ans avant de prendre sa retraite, elle a suivi une formation en design intérieur. Depuis qu’elle a quitté la police et acquis une maison à Saint-Vallier, elle met celle-ci en pratique. 

Mais depuis trois étés, Marie-Hélène Côté est également à la barre d’un petit bistro situé au deuxième étage de la Coopérative La Mauve, sur la rue Principale.

«Une enfant adoptée de Saint-Vallier. Une immigrante», c’est ainsi que se décrit la femme originaire du Lac-Saint-Jean.

L’intégration dans son cas semble réussie.

Qui peut en effet compter sur des «bénévoles» pour faire rouler un café? 

Mme Côté embauche bien sûr des employés, mais des amis, qu’elle appelle ses «alliés», lui donnent également un bon coup de main. 

Le toit végétal sur la terrasse est l’œuvre de Marie et Claude. La carte du bistro étant composée de produits locaux de Bellechasse, d’autres alliés s’occupent d’aller chercher le pain à la boulangerie de Berthier, le village voisin, ou des bouteilles d’alcools de petits fruits du Ricaneux, à Saint-Charles. Un autre ami veille aux communications et à la visibilité du bistro, un autre à réparer une porte qui ferme mal. 

Mme Côté explique cette solidarité au fait que les villageois ont trouvé cela difficile il y a quelques années lorsqu’ils ont perdu le seul endroit dans le centre du village où ils pouvaient se retrouver pour prendre un café et casser la croûte. 

«Lorsque la Levée du jour a fermé, les gens ont constaté que le village était moins animé, moins fréquenté. Les cyclistes, les passants ne s’arrêtaient plus pour prendre une bouchée». 

La «Levée du jour» est une boulangerie-pâtisserie qui a existé pendant plus de 30 ans à Saint-Vallier. Mme Côté dit lui donner «une deuxième vie» au-dessus de la Coopérative La Mauve. Des éléments de l’ancien commerce ont été récupérés pour son bistro.

Celui-ci est ouvert de juin à la fin d’octobre, mais la propriétaire reprend ponctuellement du service pour des événements spéciaux comme pour la Saint-Valentin. Elle constate que les gens sont heureux de se retrouver en dehors de la période estivale. 

Mme Côté savoure son environnement de travail et l’esprit de collaboration qui anime les producteurs de Bellechasse et les citoyens. L’ancienne enquêtrice y participe aussi. 

Si vous vous arrêtez à son café, elle vous suggérera notamment de ne pas rater le Verger Corriveau, d’arrêter au presbytère converti en gîte ou de vous rendre au Domaine Pointe-de-Saint-Vallier. Elle vante aussi la table et la terrasse du Bleu Citron, à Saint-Charles de Bellachasse. 

La fille adoptive de Saint-Vallier n’a que de bons mots pour sa nouvelle famille qui lui permet d’exploiter son côté créatif en cuisine et en design. «Un côté créatif qu’on ne peut pas développer dans la police.»

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Mobilisés pour garder leur village vivant

CHRONIQUE / «Nos services, moi j’y tiens!» À Saint-Léon-de-Standon, dans Bellechasse, la formule prend tout son sens et n’est pas qu’un slogan creux. Près de 100 000 $ viennent d’être amassés en quelques semaines auprès des 1128 résidents et propriétaires afin de conserver une épicerie dans le village et avoir à nouveau une station d’essence dans la municipalité.

Pour les personnes vivant en ville où les services sont variés et rapidement accessibles, où des campagnes de financement participatif sont menées pour différentes causes, mais rarement sinon jamais pour un poste d’essence ou une épicerie, une telle mobilisation étonne. 

Pas pour les gens «de la place». Pour eux, c’est la survie de leur municipalité qui est en jeu. 

«Si les services essentiels commencent à partir, on va tout perdre», explique Jacques Roy, président du comité provisoire formé afin de créer une coopérative de solidarité qui pourrait acquérir l’épicerie existante et assurer la desserte en essence.

Au lieu d’être défaitiste et de voir le village mourir à petit feu, la population locale se mobilise et accepte de sortir de l’argent de sa poche avant de frapper à d’autres portes pour obtenir du soutien financier, deux fois plutôt qu’une. 

Les citoyens ont déjà été sollicités afin de doter la municipalité d’une résidence pour personnes âgées. Et le but a été atteint. Les aînés du village n’ont pas à déménager en ville ou dans une autre municipalité le jour où ils doivent quitter leur maison. Ils peuvent s’installer dans leur village, sur le bord de la rivière Etchemin, à la Villa des Méandres.

«Les gens ne sont pas durs à convaincre. Ils tiennent à leur paroisse. Ils veulent conserver leurs acquis. Ils savent que s’ils ne se mobilisent pas, s’ils ne se prennent pas en main, ils risquent de tout perdre et de devoir se déplacer pour tout», raconte M. Roy.

Depuis l’an dernier, les résidents de Saint-Léon n’ont plus accès à une station d’essence. Ils doivent rouler une quinzaine de minutes et plus vers les municipalités voisines pour faire le plein, acheter de l’essence pour leur tondeuse ou leur tronçonneuse.

Saint-Léon a encore une petite école primaire. Une caisse populaire Desjardins ouverte deux jours par semaine. Un casse-croûte. Un gîte : «Au vieux presbytère». Une quincaillerie, dont M. Roy a été copropriétaire pendant 25 ans et où il travaille toujours. 

«Si le village perd des services, c’est aussi des emplois qui disparaîtront. Six-sept emplois dans une paroisse de 1100 habitants, ça paraît».

Le quincaillier, qui a été également chef pompier pendant de nombreuses années, dit comprendre que le monde aime aller magasiner en ville dans les Costco et Walmart. 

«Je leur dis cependant : “Vous aimez ça Saint-Léon, vous trouvez ça beau Saint-Léon. Mais êtes-vous prêts à déménager? ” Le jour où il n’y aura plus de services de proximité, c’est le danger qui guette». 

Qui veut rester, venir s’établir, ou même s’arrêter dans un village où il n’y a aucun service?

La municipalité de Saint-Léon-de-Standon a beau être surnommée «la petite Suisse», les vallons et la rivière sinueuse ne suffissent pas à combler les besoins des citoyens.

Propriétaire d’une résidence dans cette petite localité, j’ai été invitée à acheter des parts dans la future coopérative.

Même s’il reste beaucoup à faire pour que le projet se concrétise, même si les ristournes ne sont pas pour demain, bien des «gens de la place» et des «non permanents» répondent positivement. Selon M. Roy, il ne manque que 10 000 $ pour que l’objectif de 100 000 $ soit atteint. 

«C’est comme un don», dit le président du comité. Un don pour des services de proximité, pour des emplois et la survie d’un village. Une cause qui en vaut bien d’autres.

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Loi du silence et de l’indifférence

CHRONIQUE / Après un autre rapport dévastateur de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), il ne fait aucun doute que le Québec doit revoir ses services de protection de la jeunesse. Il ne fait aucun doute également qu’il faut briser la loi du silence et de l’indifférence.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, s’est dit vendredi scandalisé et troublé à la lecture du rapport d’enquête systémique sur les services dispensés aux enfants en famille d’accueil de la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec, du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2016.

Avec raison. 

Les droits de plusieurs enfants ont été bafoués. Loi et règlement n’ont pas été respectés. Des décisions du tribunal n’ont pas été suivies. Dans certains dossiers, l’application de règles administratives a primé sur l’intérêt et les besoins des enfants. 

Le travail de divers acteurs n’a pas toujours été réalisé avec toute la rigueur exigée et le suivi attendu lorsqu’il s’agit de la protection d’un enfant, si bien que plusieurs jeunes garçons et filles ont subi de mauvais traitements physiques et psychologiques dans des familles d’accueil. 

Comment un système aussi défaillant a-t-il pu s’instaurer et perdurer dans un domaine aussi délicat que celui de la protection de l’enfance?

C’est aussi cela qui est troublant et scandaleux. 

La Commission des droits a rappelé vendredi qu’elle a déclenché son enquête de sa propre initiative, «à la suite d’une décision judiciaire mettant en lumière des lacunes majeures dans les services offerts à un enfant hébergé en famille d’accueil».

Il paraît impensable que pendant des années, personne n’ait sonné la moindre petite alarme pour dire que des choses fonctionnaient tout croche à la DPJ de la Mauricie-Centre-du-Québec et dans ses points de service.

Si personne n’a parlé, si tout le monde a fermé les yeux sur l’inacceptable, si des gens ont jugé qu’il était vain de dénoncer ou de se plaindre, la situation est encore plus sérieuse et plus problématique qu’on le pense. Personne ne se sent responsable de rien. Personne n’a de comptes à rendre si le système dérape et «scrape» la vie d’enfants. 

Il devait bien y avoir des gestionnaires et des intervenants sociaux témoins de décisions douteuses et à courte vue, de façons de faire qui n’avaient pas d’allure, de pratiques qui contrevenaient aux lois et qui s’appliquaient au détriment d’enfants vulnérables que la direction de la protection de la jeunesse avait le devoir de protéger. Tout le monde ne pouvait être en congé de maladie ou en transition de carrière? Il devait bien y avoir quelques personnes d’expérience dans la boîte pour dire que l’organisation se dirigeait vers un mur? 

Pourquoi l’absence d’écho, d’ajustements et de coups de barre sur le terrain, au CIUSSS ou au ministère de la Santé et des Services sociaux? 

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, le syndicat qui représente bon nombre d’employés des DPJ, soutient que les lacunes rapportées sont dénoncées depuis longtemps. 

Le centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec, ainsi que le nouveau directeur de la protection de la jeunesse de la région reconnaissent par ailleurs que les services sur leur territoire n’ont pas été exemplaires, mais que des correctifs ont déjà été apportés et que les recommandations de la CDPDJ seront suivies.

À Québec, le ministre Carmant s’est aussi fait rassurant. «Comme j’ai dit dans le passé, je n’attendrai pas 18 mois avant de poser des gestes concrets pour soulager la charge de travail des gens sur le terrain. D’ici la fin de l’été, une annonce en ce sens aura lieu».

Tout le monde veut faire mieux dans l’avenir.

Il est dommage que cet objectif ne soit pas aussi vif lorsque les médias détournent l’attention. Il est aussi préoccupant que le décès tragique d’un enfant et le dépôt d’un rapport accablant soient nécessaires pour inciter les acteurs à combler des lacunes persistantes. 

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, mise sur pied par le premier ministre François Legault, permettra de faire le point sur l’organisation et le financement des services offerts aux enfants et aux familles vulnérables et en détresse, ainsi que de suggérer des moyens pour les améliorer.

Mais lorsque les services à l’enfance auront été scrutés sous tous les angles et lorsque des ajustements seront suggérés en novembre 2020, quel suivi ferons-nous de leur application sur le terrain et au quotidien? 

Si les cadres et les employés concernés n’osent parler de crainte de perdre leur emploi ou de nuire à leur avancement professionnel, s’ils suivent bêtement des règles administratives même si celles-ci vont à l’encontre du bien et de la sécurité des enfants, si un gouvernement impose des restrictions budgétaires dans un secteur où la réduction des ressources humaines et financières a des conséquences majeures dans la vie de jeunes vulnérables, si les appels à l’aide sont ignorés à tous les paliers, les médias risquent de faire encore les manchettes dans dix ans avec un rapport accablant visant la protection de la jeunesse.

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Chronique

De machiniste à maraîchère

CHRONIQUE / Au fil des dernières saisons, Cindy Pomerleau, une machiniste de 38 ans, s’est métamorphosée en maraîchère. Elle a quitté l’usine où elle travaillait depuis 15 ans. Elle a troqué la machine à commande numérique pour la grelinette, le motoculteur, les binettes et les filets afin de produire — sept jours sur sept — des légumes sans pesticide et sans herbicide à Sainte-Claire de Bellechasse.

Cindy Pomerleau avait besoin de changement dans sa vie professionnelle. «J’étais tannée de mon milieu de travail, d’être enfermée cinq jours par semaine et de ne voir la lumière du jour qu’à travers le petit «châssis» de l’usine. Je me disais : «C... que je serais bien dehors!»» 

Comme bien des hommes et des femmes à un moment de leur vie, deux questions lui revenaient en tête : Qu’est-ce que je peux faire d’autre? Qu’est-ce que j’aimerais faire d’autre?

Son chum, Simon Comtois, couvreur entrepreneur, lui a fourni une partie de la réponse en réalisant un de ses rêves à lui : acquérir une cabane à sucre. Il a suggéré à sa compagne de faire la transformation du sirop d’érable.

Quelques heures de formation et elle relevait le défi de l’amoureux. Beurre d’érable, bonbons, cornets, vinaigrette, etc., ont d’abord été testés auprès des amis et de la famille avant qu’elle ne mette une pancarte sur le bord de la route, au 385, route Bégin, pour inviter les passants à acheter les produits de «La Cabane Comtois».

C’est bien bon le sirop d’érable et tout ce qu’on peut en tirer, mais ça ne comble pas le désir de Cindy Pomerleau de changer de job pour ne plus passer 40 heures devant une machine à confectionner des moules.

Le jour où elle a entendu le populaire jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier dire qu’une ferme maraîchère d’un hectare pouvait être rentable, il s’est produit un déclic chez elle. «Je triperais avoir ça». 

Elle a alors vu d’un autre œil le lopin de terre près de la cabane à sucre. Elle a réalisé son potentiel. 

Elle a visité les jardins La Grelinette de Jean-Martin Fortier, à Saint-Armand, ainsi que les Jardins d’Inverness. Elle a suivi un peu de formation. Et petit à petit, rang par rang, elle a lancé les «Jardins des Abénakis». 

Six jardins de 100 par 70 pieds qu’elle cultive avec l’aide de son conjoint pour les «gros travaux» et de sa mère Carmelle, retraitée, qui accueille les clients et donne aussi un coup de main à sa fille pour les semis et le sarclage.

Chronique

Une campagne verte?

CHRONIQUE / L’environnement sera la question de l’urne, l’enjeu incontournable aux prochaines élections fédérales. Une vague verte pourrait même déferler sur le Canada. Vraiment? Entre ce que disent les sondages et les politiciens en juin et ce que révélera le scrutin d’octobre, plusieurs nuances de vert existent.

L’urgence climatique et le signal d’alarme du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) commanderaient bien sûr que la lutte aux changements climatiques et la protection de l’environnement soient au cœur de la prochaine campagne électorale à travers le Canada. 

Les sondages révèlent que ce dossier préoccupe grandement les Canadiens. 

Selon la firme Nanos, l’environnement est la préoccupation première de 21,8 % des répondants à un de ses sondages.

L’économie, le marché de l’emploi, la santé, l’éducation, l’immigration et la taxation figurent après ce thème dans la liste des Canadiens. 

La montée des verts dans les sondages ou lors d’élections à travers le pays ces derniers mois, l’arrivée d’un deuxième député du Parti vert aux Communes, Paul Manly, peuvent également présager une avancée pour la formation d’Elizabeth May. Au point de provoquer une vague verte, une «percée historique», comme le souhaite la cheffe? C’est à suivre. Il est difficile de prévoir quatre mois avant les élections générales sur quel élément reposera vraiment le choix des électeurs.

La firme Nanos note que c’est au Québec que la population exprime le plus grand intérêt pour les questions environnementales.

Cela fait quelque peu sourire. Les Québécois ont élu majoritairement l’automne dernier un parti, la Coalition avenir Québec, qui ne faisait pas une très grande place dans son programme à l’environnement et à la lutte aux changements climatiques. 

Ce n’était pas dans la liste de priorités de François Legault et de son équipe. Ce n’est qu’une fois à la tête du gouvernement que le chef caquiste a exprimé une «sincère préoccupation pour les défis environnementaux».

Il n’avait pas mis non plus sa recrue la plus solide à l’Environnement. Il faudra aussi patienter encore quelques mois pour connaître son futur plan d’électrification et de changements climatiques 2020-2030. 

Ce qui n’empêche pas le gouvernement Legault d’avoir une excellente cote de popularité malgré que le temps file et que les actions concrètes se font attendre.

«Nous sommes un gouvernement pragmatique et efficace. Avec l’aide du public, d’experts scientifiques et de représentants des milieux d’affaires, syndical et associatif, ainsi que d’un fort contingent de jeunes du Québec, nous allons élaborer un plan qui créera de la richesse tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre», soulignait mardi dernier le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoît Charette. 

Son gouvernement va-t-il réussir à rattraper le temps perdu? 

Il faut mettre certains bémols aux sondages mesurant l’importance qu’accorde l’électorat aux questions environnementales. Ou du moins, il est sage de connaître également les efforts que les citoyens-électeurs sont prêts à déployer pour que leur province et leur pays améliorent leur bilan en la matière.

Radio-Canada rapportait la semaine dernière les résultats d’un sondage commandé par CBC News auprès de Public Square Research montrant que la préoccupation pour les changements climatiques est marquée chez la majorité des répondants. Mais, la moitié d’entre eux ne seraient pas prêts à faire des sacrifices personnels ou financiers majeurs pour lutter contre eux. Ils ne dépenseraient pas plus de 100 $ par année en impôts dans ce combat.

Certes, les formations politiques ne peuvent pas passer à côté des enjeux environnementaux lors de la prochaine campagne électorale. Cependant, chacune dose jusqu’où elle peut aller pour ne pas faire fuir les électeurs mais bien en gagner le jour du scrutin. 

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, admet que les changements climatiques sont réels. Pour les limiter, il mise sur «des technologies vertes, pas des taxes». Ce message sera maintes fois répété d’ici le jour des élections.

De leur côté, les libéraux de Justin Trudeau qui défendent la taxe sur le carbone — détestée et contestée par plusieurs provinces — essaient de transmettre un message positif en disant qu’une partie de l’argent ainsi recueilli sera acheminée dans les écoles.

Et nous ne sommes qu’en juin. Et la campagne électorale n’est pas encore lancée.

Chronique

Des stagiaires sur le carreau

CHRONIQUE / Les étudiants stagiaires ne sont pas tous égaux aux yeux du gouvernement. Mieux vaut étudier en soins infirmiers ou en éducation spécialisée, qu’en physiothérapie, en nutrition ou en technologie de radiodiagnostic, pour obtenir un meilleur soutien financier de l’État.

La persévérance et la réussite des étudiants stagiaires comptent plus dans certains secteurs que dans d’autres pour le gouvernement caquiste et son ministre de l’Éducation.

Jean-François Roberge a répondu mardi aux associations étudiantes qui réclament depuis une dizaine d’années une rémunération ou du moins une compensation financière pour les stages que les étudiants doivent effectuer dans le cadre de leur formation professionnelle, technique ou universitaire. 

Le ministre de l’Éducation est loin de répondre à toutes leurs attentes et à mettre fin à l’iniquité de traitement entre les stagiaires de différentes disciplines.

Bon nombre d’étudiants auraient souhaité toucher une paye, comme en reçoivent dans la majorité des cas les futurs ingénieurs ou comptables lorsqu’ils réalisent un stage dans un ministère ou une entreprise privée, qui elle a droit à un crédit d’impôt pour accueillir un stagiaire. 

Québec n’a pas retenu cette formule. Le gouvernement compte plutôt sur une bonification de l’aide financière aux études. Il crée de plus un Programme de bourses de soutien à la persévérance et à la réussite des stagiaires et y consacre 35 millions $.

Ce modèle se défend très bien. Son défaut est que Québec laisse en septembre beaucoup de stagiaires sur le carreau. 

Dès la rentrée, des jeunes inscrits dans 16 programmes de formation professionnelle, technique ou universitaire pourront recevoir une compensation variant entre 900$ et 4000$, selon leur niveau d’études et la durée du stage.

La Fédération étudiante du Québec et l’Union étudiante du Québec ont salué l’effort fait rapidement par le ministre pour améliorer les conditions de stage, mais elles relèvent que plusieurs programmes d’études ont été «oubliés».

Par exemple, dans les cégeps, quelque 133 programmes de formation sont offerts et la majorité d’entre eux comportent un stage. Les nouvelles bourses pour soutenir la persévérance et la réussite des stagiaires seront disponibles cependant dans seulement cinq programmes. 

Le critère de pénurie de main-d’oeuvre retenu par le ministre ne peut expliquer à lui seul le choix des programmes sélectionnés.

Il existe en effet des pénuries dans d’autres secteurs du réseau public et non seulement dans l’assistance à domicile, les soins infirmiers ou les techniques d’éducation à l’enfance ou d’éducation spécialisée. 

La persévérance aurait aussi avantage à être valorisée par une bourse dans des secteurs où les employeurs viennent chercher les étudiants avant qu’ils ne complètent leur formation et obtiennent leur diplôme.

La Coalition montréalaise pour la rémunération des stages a dénoncé dans un communiqué le «choix arbitraire des programmes qui seront compensés».

Elle juge aussi bien maigres les compensations prévues par Québec. «Dans le cas des programmes de stages universitaires, la compensation rembourse à peine les frais de scolarité payés pour les sessions de stage. On est donc loin de payer nos factures ou notre loyer alors que nos stages nous empêchent d’occuper un travail salarié».

Façon de faire habile

La façon de faire du ministre Roberge et du gouvernement est néanmoins habile. 

L’annonce se fait par simple communiqué en juin lorsque les cégeps et les campus universitaires sont quasi déserts.

Jean-François Roberge disait cet hiver que le statu quo était le seul scénario exclu. Il peut dire maintenant qu’il a fait avancer le dossier qui a constitué le cheval de bataille des associations étudiantes après la crise sur les droits de scolarité. Le ministre du Travail, Jean Boulet, promet aussi d’agir au cours de l’automne pour répondre aux demandes de protections légales des stagiaires.

Le gouvernement prend les moyens de ne pas se mettre à dos les étudiants et de revivre d’autres grèves comme celles de l’automne et de mars où 34 000 jeunes sont descendus dans la rue.

Le gouvernement prend soin également de ne pas refiler une facture aux hôpitaux, aux écoles et aux organismes communautaires qui accueillent la majorité des stagiaires dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux. Le travail des stagiaires est précieux à bien des endroits, mais il n’est pas rémunéré. Les femmes sont nombreuses dans ces milieux de travail.

Tenir compte de la pénurie de main-d’oeuvre permet également au gouvernement caquiste de faire d’une pierre plusieurs coups. 

Il limite la portée de son programme et ainsi les fonds publics qu’il doit y consacrer.

Il peut par ailleurs espérer susciter un attrait pour certains secteurs en forte demande comme l’assistance à domicile, les soins infirmiers et l’enseignement, et dire qu’il agit pour contrer les pénuries de main-d’oeuvre, et ce, dans des secteurs prioritaires pour la population, mais aussi pour la CAQ, la santé et l’éducation.

Jean-François Roberge envoie par ailleurs le message que certaines formations ont plus de valeur que d’autres, y compris en santé et en éducation, et que la persévérance et la réussite sont plus importantes dans certaines disciplines.

Les formations professionnelles, techniques et universitaires favorisées aujourd’hui par le gouvernement seront-elles celles dont la société québécoise aura besoin à l’avenir? Sa vision en cette matière doit aller au-delà de 2022.

Chronique

Aînés: donnez l’heure juste Mme Blais

CHRONIQUE / Quelles sont les exigences que le gouvernement dictera pour prévenir un autre décès tragique et évitable comme celui d’Hélène Rowley Hotte Duceppe dans une résidence privée pour personnes âgées? Jeudi dernier, la ministre des Aînés, Marguerite Blais, indiquait que «certains irritants» seraient bientôt enlevés dans la certification des résidences privées pour aînés. Il presse que Québec donne l’heure juste aux personnes âgées et à leur famille.

La compassion et les bons mots exprimés par les élus lors d’un décès d’un aîné ou lors du dépôt du rapport du coroner ne suffisent pas pour prévenir des manquements humains et techniques comme ceux relevés par la coroner Géhane Kamel. 

Personne ne voudrait vivre ce qu’ont vécu Hélène Rowley Hotte Duceppe et les membres de sa famille. La femme de 93 ans a passé six heures dehors alors qu’il faisait - 35 °C et qu’une caméra captait ses efforts pour sortir de la cour sans pour autant qu’un membre du personnel l’aperçoive et se porte à son secours. 

Aucun employé du Lux Gouverneur n’a fait le décompte des résidents après l’alerte d’incendie pour s’assurer qu’aucun d’entre eux n’était encore à l’extérieur en ce matin glacial de janvier. Mme Rowley Hotte n’avait pas non plus le bon code de couleur pour signifier que ses problèmes d’audition exigeaient un soutien particulier de la part du personnel. 

Quel est le plan du gouvernement Legault et de sa ministre des Aînés pour éviter ce type d’événement qui n’est pas le premier à se produire? D’autres aînés ont connu une fin similaire à cause d’une porte qui se verrouille automatiquement derrière eux.

La construction d’une trentaine de maisons des aînés — promesse de la CAQ en campagne électorale — est loin de répondre à l’ensemble et à la variété des besoins des Québécois de plus de 65 ans, autonomes, semi-autonomes ou non, de plus en plus nombreux.

Quelque 450 résidences privées pour aînés ont fermé leurs portes depuis 2014, rappelait la semaine dernière la ministre Blais, à l’Assemblée nationale. 

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) a déjà indiqué que «l’augmentation importante des dépenses d’exploitation des résidences pour aînés et le resserrement des exigences gouvernementales font partie des facteurs qui expliquent cette situation». L’association pointe également du doigt la capacité de payer limitée des aînés. 

Comme les centres d’hébergement publics pour personnes âgées, les résidences privées doivent également composer avec le manque de main-d’œuvre. 

Quel est le plan?

Dans ce contexte, quelle est la stratégie du gouvernement pour assurer la santé et la sécurité des 140 000 personnes âgées qui ont quitté leur domicile pour s’établir dans 1800 résidences privées comme le Lux Gouverneur et d’autres plus modestes en région? 

Quels sont les irritants dans la certification que Mme Blais souhaite corriger? Elle a signalé jeudi à l’opposition qu’un nouveau programme de gicleurs serait annoncé «très prochainement». Un tel programme existe depuis qu’un incendie a fait 32 victimes à la résidence du Havre de L’Isle-Verte, en janvier 2014.

Mais encore? 

Est-elle prête à apporter du soutien financier aux résidences pour qu’elles répondent aux exigences de la certification ou à baisser les normes de certification?Songe-t-elle à aider financièrement les aînés moins favorisés afin qu’ils puissent assumer les frais d’une résidence sécuritaire?

Mardi, le cabinet de la ministre a refusé la demande d’entrevue qui aurait permis d’en savoir plus sur les intentions de Mme Blais. Il fallait se contenter d’une déclaration transmise par courriel, une annonce aura lieu en temps et lieu.

«Mes premières pensées vont à la famille de Mme Rowley Hotte Duceppe et à tous ses proches. Nous prenons acte du rapport de la coroner Me Géhane Kamel de façon sérieuse et approfondie. Même si le rapport ne comporte aucune recommandation à l’égard du MSSS, nous appuyons les recommandations de la coroner afin d’éviter la récurrence d’un tel événement malheureux. À titre de ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, ma priorité est d’assurer le bien-être et la sécurité en RPA, comme dans tous les types d’hébergement.»

Vous êtes rassurés et confiants pour la suite des choses?

Il ne faut pas attendre un autre décès tragique pour évaluer le travail accompli par le gouvernement et les résidences privées.

Dans son rapport sur la tragédie de L’Isle-Verte, feu le coroner Cyrille Delâge, signalait avoir rencontré en 2014 les mêmes obstacles que ceux qu’il déplorait 20 ans plus tôt. 

Mardi, l’avocat de la famille Duceppe mentionnait que nous sommes devant un enjeu de société important. En effet, le Québec vieillit et il ne peut prendre à la légère la sécurité des personnes âgées. 

Chronique

Écoute à deux vitesses

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault se targue d’être à l’écoute de la population, mais force est de constater que les parents d’enfants handicapés n’ont pas l’écoute et l’attention qu’ils méritent de sa part.

Oui, je sais, Québec a annoncé la semaine dernière une bonne nouvelle aux parents d’enfants handicapés. Le gouvernement caquiste a ajouté non pas 22 millions $ comme promis, mais bien 30 millions $ pour soutenir davantage de familles.

Il a aussi allégé quelque peu la procédure de demandes d’aide, prévu une rétroactivité et il donne un peu d’oxygène aux proches aidants en ajoutant également des fonds pour eux. 

C’est un bon début, mais il presse de livrer toute la marchandise promise en campagne électorale aux parents d’enfants handicapés. 

Les mères, les pères ou les proches d’enfants handicapés, notamment ceux devenus adultes, devront attendre encore pour voir la concrétisation de la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’établir une équité entre les familles naturelles et les familles d’accueil qui veillent sur des gars et des filles qui ne sont pas devenus autonomes et indépendants le jour de leur majorité.

Selon le tableau fourni par la firme Raymond Chabot Grant Thornton au Réseau d’entraide pour parents d’enfants handicapés L’Étoile de Pacho, une famille naturelle touchait en moyenne 20 458 $ de soutien gouvernemental en 2016, comparativement à 35 454 $ en moyenne pour une famille d’accueil. Si la personne handicapée devait se retrouver en milieu hospitalier, l’État déboursait 62 056 $ par année pour elle.

Le gouvernement Legault assure qu’il tiendra sa promesse et trouvera une formule plus juste. «On n’a qu’une seule parole», a déclaré le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Le hic, est que le ministre et le premier ministre signalent que leur gouvernement a quatre ans pour respecter son engagement.

Quatre ans, c’est long pour des parents dont la tâche quotidienne est énorme, voire intenable.

Quatre ans, c’est long lorsque vous expliquez depuis des années aux députés, aux ministres et à la population que la situation actuelle n’a pas d’allure et qu’elle pénalise les parents qui veulent s’occuper de leurs grands enfants à la maison. 

«Cet enfant, c’est le mien. Je veux m’en occuper. Je ne veux pas déléguer mes responsabilités à l’État. Ce que je veux, c’est que l’État m’aide à supporter ma famille. […] C’est un plaidoyer pour garder les familles unies», témoignait au printemps 2017 Martin Houle, un père de famille membre de Parents pour toujours.

M. Houle participait à ce moment à une conférence de presse tenue au Parlement avec le député caquiste François Paradis qui appuyait la cause de Parents pour toujours et pressait le gouvernement Couillard d’agir.

Autre gouvernement, même attente

Deux ans plus tard, la voix du père de famille se fait une fois de plus entendre à Québec.

Chronique

L’art de faire taire un fonctionnaire

CHRONIQUE / On pouvait difficilement imaginer mieux que ce qui s’est passé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour inciter les fonctionnaires et les employés de l’État à se taire et à fermer les yeux sur des pratiques qui leur semblent contraires à l’intérêt public.

Le lanceur d’alerte Louis Robert a été congédié en janvier dernier alors que la personne qui n’a pas su assurer la confidentialité de sa divulgation au MAPAQ, Geneviève Masse, a été promue sous-ministre adjointe. 

À LIRE AUSSI: Legault présente des excuses au nom de l’État à Louis Robert

Qui plus est, après un rapport accablant de la Protectrice du citoyen, le sous-ministre Marc Dion part un mois d’avance à la retraite avec 33 000$ en poche et le ministre André Lamontagne réfute toute part de responsabilité.

Quel employé d’un ministère ou du réseau la santé, de l’éducation ou des services sociaux a envie de dénoncer une situation qui lui paraît incorrecte et potentiellement contraire à l’intérêt public après ça? 

Malgré les excuses fort bienvenues du premier ministre François Legault à l’agronome congédié, malgré les efforts de la protectrice du citoyen pour rétablir la confiance des employés et des citoyens dans la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles l’égard des organismes publics et malgré la volonté exprimée par le président du Conseil du Trésor pour réviser dès l’automne et non seulement en 2020 cette loi, les Louis Robert ne risquent pas de se bousculer dans les ministères.

Des failles dans la protection des lanceurs d’alerte existent ailleurs qu’au MAPAQ, reconnaît la protectrice Marie Rinfret. Elle invite d’ailleurs les divulgateurs à frapper à sa porte.

Qui voudra en effet s’exposer à revivre les difficultés de Louis Robert, être pointé du doigt dans son milieu de travail et voir sa réputation ternie sur la place publique? 

Loyal à qui?

Il faut beaucoup de courage, de détermination et avoir un grand sens du bien commun pour signaler une situation qui peut s’avérer embarrassante pour soi, les collègues, les patrons et le gouvernement. 

Il y a conflits de loyauté pour certains. Loyauté envers le public ou loyauté envers son employeur et ses supérieurs hiérarchiques.

Des loyautés apparaissent plus payantes que d’autres. Du moins au MAPAQ.

Il y a des manquements de rigueur et de non-respect d’une loi qui ne portent pas à conséquence et qui ne risquent pas de freiner une progression de carrière. Du moins au MAPAQ.

C’est ce que retiendront probablement bon nombre de fonctionnaires et d’employés du secteur public. 

Et ce, même si la protectrice du citoyen a souligné en conférence de presse que les graves manquements constatés au MAPAQ sont des erreurs de bonne foi, de jugement, un «problème d’ordre structurel plus que des problèmes personnels». Les responsables ont perdu de vue le principal objectif de la loi qui est la protection du lanceur d’alerte, selon elle. 

Dans son rapport d’enquête, la protectrice écrit cependant que «le facteur de la nouveauté n’atténue en rien la portée des responsabilités d’une administration à l’égard d’une allégation d’acte répréhensible». 

Elle poursuit : «Au surplus, le fait d’être peu familier avec ce domaine doit plutôt inciter les personnes qui assument un nouveau rôle à se questionner, à se documenter et à développer une compétence à cet égard». 

L’examen des faits l’amène à conclure que l’appropriation de la loi et des directives du MAPAQ pour son application «n’a pas été faite avec rigueur par les autorités du MAPAQ et par les personnes les plus concernées par la mise en œuvre de la Loi».

Le député péquiste Sylvain Roy a parlé de «sabotage opérationnel». 

Les faiblesses de la loi sur la protection des lanceurs d’alerte sont en effet indéniables avec le traitement réservé à la divulgation de l’agronome Louis Robert qui dénonçait l’influence du lobby des pesticides dans la recherche publique.

La Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics a été adoptée seulement en 2017, bien que certains réclamaient une telle législation depuis 2009.

La commission d’enquête Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics a forcé le gouvernement libéral de Philippe Couillard à agir. Un premier pas a été franchi mais manifestement, il en faudra d’autres de la part du gouvernement de François Legault. 

Depuis le dépôt du rapport spécial de la protectrice du citoyen, le gouvernement caquiste manifeste la volonté d’apporter les correctifs nécessaires.

Il est souhaité que cette détermination demeure ferme et que le message descende et passe bien dans toute la machine administrative.

Chronique

Hydro: plus que le client en demande

CHRONIQUE / La grogne des consommateurs d’électricité et des électeurs qui se sentaient floués par la Coalition avenir Québec a fait plier le gouvernement Legault. Une grande victoire pour les clients d’Hydro et les électeurs? On verra dans cinq ans qui en sortira vraiment gagnant.

Évidemment, tout le monde aime payer le plus bas et le plus juste prix possible pour un service. Les caquistes feront donc de nombreux heureux avec l’annonce de mercredi. Hydro sera aussi ravie que Québec éloigne le regard de la Régie de l’énergie. 

Mais un gel tarifaire en 2020 et une augmentation limitée à l’inflation entre 2021 et 2024, est-ce vraiment une si bonne affaire et un si bon signal à envoyer aux Québécois énergivores et aux clients potentiels hors Québec?

L’analyste en énergie Jean-François Blain rappelait mardi sur les ondes de Radio-Canada que l’augmentation des tarifs d’Hydro avait été bien moindre que le taux d’inflation au cours des dernières années. Les abonnés ont connu des hausses de 0,3, 0,7 et 0,9 %. 

Pierre-Olivier Pineau, de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, a formulé une observation similaire dans divers médias.

Dans un communiqué, Hydro indique également que depuis près de 60 ans, «la croissance des tarifs équivaut à l’inflation». La Régie y veillait. 

L’expérience passée, en matière d’énergie ou autre, montre par ailleurs que les consommateurs peuvent faire les frais d’un gel tarifaire ou d’une sous-évaluation du coût d’un service. Un jour, ils doivent forcément passer à la caisse.

D’autant plus que les abonnés Hydro-Québec ne paient pas seulement pour l’énergie qu’ils consomment.

Par le biais de leur facture d’Hydro, ils assument aussi une part du coût du développement économique de certaines régions du Québec et les choix politiques de leurs élus.

Si un gouvernement veut qu’Hydro achète des blocs d’énergie d’autres sources (éolien, biomasse, petites centrales hydroélectriques), la société d’État s’exécute même si elle a des surplus d’énergie et même si cela peut influencer à la hausse la note de ses clients. 

Cette situation ne changera pas avec le gouvernement de François Legault qui manifestement n’hésitera pas à utiliser Hydro à des fins partisanes. Le dépôt du projet de loi 34 en est la preuve. 

Au-delà des trop-perçus

«Aujourd’hui, notre gouvernement démontre qu’il est à l’écoute de la population en faisant en sorte que, dès le début de 2020, de l’argent sera remis dans les poches des consommateurs. Le premier ministre a été clair en affirmant qu’il souhaitait une solution qui offrirait une tarification prévisible et transparente, basée sur le taux d’inflation, et c’est justement ce que le projet de loi que j’ai déposé ce matin en chambre vient faire», a soutenu le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Son projet de loi 34, Loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité, pourrait aussi s’intituler Loi visant à «politiser davantage» le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité.

Le ministre Julien en donne plus que le client en demande avec son projet de loi. 

En se libérant du dossier des trop-perçus pour ne pas le traîner comme un boulet, le gouvernement caquiste en profite pour changer les règles du jeu avec la Régie de l’énergie et Hydro. Il va au-delà des écarts de rendement. Il déleste la Régie de certaines responsabilités. Les tarifs seront fixés pour cinq ans et non année après année. 

Bien des reproches ont été formulés par le passé à l’égard de la Régie de l’énergie, notamment par l’Union des consommateurs et la Fédération canadienne des contribuables. 

Encore hier, le porte-parole québécois de la Fédération, Renaud Brossard, soutenait en entrevue que la Régie a fait preuve de nonchalance avec les trop-perçus et qu’elle ne joue pas son rôle de protection des consommateurs. Il préfère tenir le gouvernement imputable de la tarification. 

Le mandat de la Régie ne se résume cependant pas à la protection des consommateurs. Son rôle d’organisme de réglementation est d’assurer la conciliation entre l’intérêt public, la protection des consommateurs et le traitement équitable du distributeur et du transporteur d’électricité. La Vérificatrice générale le rappelait dans son rapport de mai 2018 portant sur l’établissement des tarifs d’électricité d’Hydro-Québec.

Replonger dans ce rapport permet de constater que les consommateurs d’électricité du Québec s’en tirent fort bien si on les compare à ceux de la Colombie-Britannique ou de l’Ontario. 

La hausse moyenne annuelle du prix de l’électricité a été de 1,4 % au Québec entre 2002 et 2017. Durant la même période, elle a été de 3,7 % en Ontario et de 4,6 % en Colombie-Britannique.

Au 1er avril 2018, les tarifs d’électricité résidentiels moyens étaient 49 % plus élevés pour les clients de BC Hydro par rapport à ceux d’Hydro-Québec, et 79 % plus élevés pour ceux d’Hydro One.

Chronique

Une carotte, un médecin de famille

CHRONIQUE / Docteur, aimez-vous les carottes? La ministre de la Santé, Danielle McCann, et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec en proposent pour 46 millions $ aux médecins qui prendront plus de patients en charge. Souhaitons que cette fois-ci, la recette retenue soit également digeste pour les malades et les contribuables.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement québécois sort le chéquier et le plat d’incitatifs financiers pour influencer le comportement des médecins et les inciter à recevoir plus de patients dans leur cabinet. 

Les résultats ont été jusqu’à maintenant plutôt mitigés. Les patients orphelins de médecin de famille se comptent encore par milliers et même ceux qui en possèdent un, n’y ont pas toujours accès rapidement.

En 2015, la Vérificatrice générale avait exposé dans un rapport que le ministère de la Santé et la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) exerçaient un suivi peu serré des sommes versées aux médecins et de l’efficacité des mesures incitatives. À la fin de 2018, la Vérificatrice notait certes des améliorations, mais relevait encore certaines lacunes dans les façons de faire de la RAMQ. 

Est-ce que l’approche retenue par la ministre McCann et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) sera plus bénéfique pour les patients?

Les 46 millions $ auraient pu être versés à tous les médecins en haussant le montant accordé pour une consultation. «Les médecins auraient pu toucher les 46 millions $ sans rien faire de plus», explique le président de la FMOQ, le DLouis Godin. Il dit que la FMOQ a préféré donner plus de services à la population avec cette somme déjà prévue dans l’entente convenue avec le gouvernement libéral. 

La ministre de la Santé estime que l’incitatif financier de 10 $ par dossier — 7500 $ par année de plus pour un médecin qui aura plus de 750 patients inscrits et 15 000 $ pour celui qui en comptera plus de 1000 — permettra à 175 000 Québécois d’avoir enfin un médecin de famille. 

Vraiment? 

Si un médecin gagne déjà 240 000 $ par année, un supplément de 7500 $ va-t-il vraiment le convaincre de prendre trois patients de plus s’il en a déjà 747, ou 250 malades de plus s’il traite présentement 500 patients? 

S’il a toujours l’obligation de consacrer du temps de pratique à l’hôpital ou au centre d’hébergement et de soins de longue durée, s’il préfère cette pratique à celle au cabinet, un médecin sera-t-il vraiment enclin à inscrire des patients supplémentaires pour 7500 $ de plus? Jugera-t-il que sa tâche est déjà bien assez lourde, que sa paye est déjà suffisante, qu’il préfère avoir plus de temps pour lui et sa famille?

Les critiques des médecins ont été virulentes lorsque Gaétan Barrette, l’ancien ministre de la Santé et ancien président de la Fédération des médecins spécialistes, a voulu leur imposer des quotas de patients pour diminuer le nombre de malades orphelins de médecins de famille. Ils ont dénoncé cette «médecine à la McDo». 

En brandissant d’abord la carotte plutôt que le bâton comme le faisait son prédécesseur libéral, Mme McCann connaîtra-t-elle plus de succès? Le gouvernement de François Legault pourra-t-il se présenter devant l’électorat en disant qu’il a accru l’accès aux soins de première ligne?

Louis Godin rappelle qu’en bonifiant il y a trois ans et demi la rémunération des médecins qui avaient plus de 500 patients, plus d’un million de personnes ont été prises en charge par un médecin de famille. Le président admet toutefois que l’incitatif était plus important que celui mis actuellement sur la table. 

Même s’il est persuadé que l’objectif de 175 000 nouveaux patients inscrits sera atteint, il ne veut toutefois pas d’un thermomètre public pour suivre la progression. «Ce n’est pas une campagne de Centraide. Ce n’est pas une campagne de souscription». 

Le Dr Godin estime que les données de la RAMQ permettent de suivre au quotidien les résultats et qu’il n’est pas nécessaire que les partis politiques s’interpellent de façon partisane pour savoir si la cible de nouveaux patients inscrits est atteinte ou non.

Les relations sont harmonieuses jusqu’à maintenant entre la ministre McCann et le «syndicat» des médecins omnipraticiens. Les parties entameront toutefois sous peu des travaux afin de mettre en place un nouveau mode de rémunération des médecins. Ce n’est pas une «petite affaire», selon M. Godin.

Les deux parties s’entendant pour apporter des changements, mais le sujet demeure délicat et complexe. Quelle sera la part de la rémunération à l’acte, de la capitation, du salariat dans le futur modèle québécois? Le président Godin ne s’avance pas sur ce qu’il considère le modèle idéal. Il juge toutefois que l’Ontario consacre une faible proportion — 15 % — à la rémunération à l’acte. Au Québec, c’est de l’ordre de 70 %. La capitation représente environ 30 % de la rémunération des médecins. 

En 2009, le Commissaire à la santé et au bien-être invitait Québec à revoir le mode de rémunération des médecins, estimant qu’une mixité de modalités (capitation, à l’acte, salariat) favorisait l’interdisciplinarité, notamment avec les infirmières. 

Le Québec se met enfin au travail. Comme il a enfin décidé de faire appel davantage aux infirmières praticiennes spécialisées, comme le font d’autres provinces depuis des années, pour améliorer l’accès à des soins. Il y a de l’espoir.

Chronique

Modèle de base et école publique

CHRONIQUE / Le système scolaire public s’apparente de plus en plus à l’achat d’un «char». Les moins fortunés doivent se contenter du modèle de base alors que les mieux nantis ont plusieurs options et le choix du modèle qui pourra les conduire plus loin.

Le gouvernement Legault aime dire qu’il poursuit le travail amorcé dans les années 1960 par la commission Parent avec son projet de loi sur la laïcité.

Dommage qu’avec son projet de loi 12 sur les frais scolaires, il ne manifeste pas le même souci de poursuivre, voire de préserver, le volet majeur du rapport Parent : la gratuité scolaire et la démocratisation de l’accès à l’éducation.

«Réparons le système et offrons ce qu’il y a de mieux à nos enfants», a dit cette semaine à l’Assemblée nationale le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. 

L’affirmation du ministre est trompeuse.

Lui et son gouvernement acceptent que des élèves aient accès à l’école publique à des programmes stimulants (sports, arts, langues, informatique, éducation internationale) parce que leurs parents ont les moyens de payer les centaines de dollars exigés, tandis que des milliers d’autres enfants ont accès uniquement aux services de base, à la classe «ordinaire». 

«Le droit à la gratuité, là, c’est les matières de base, c’est les services particuliers, c’est tout ce qu’il faut pour amener nos jeunes qui ont soit de la douance, soit une facilité normale ou soit des difficultés, des besoins particuliers, de donner 100 % des services professionnels pour que chaque jeune aille au bout de son potentiel. C’est ça notre mission», a soutenu le ministre.

Le portrait est incomplet. 

Dans une même école publique, d’autres enfants ont tout ça et plus encore, et seulement du fait que leurs parents peuvent assumer une facture qui va au-delà des fournitures scolaires.

Sans aller jusqu’à payer un programme de sports équestres à 10 000 $ par année à tout le monde, le Québec doit rétablir l’équité dans le système scolaire public et ce n’est pas en ajoutant des activités parascolaires et deux sorties culturelles gratuites par année qu’il y parviendra. 

Il coûterait des centaines de millions de dollars pour financer la gratuité et les crédits ne permettent pas de financer cette gratuité, a indiqué le ministre Roberge.

Son gouvernement a pourtant trouvé des crédits pour compenser les commissions scolaires qui perdront des centaines de millions de dollars chaque année, et ce parce que la CAQ a promis de réduire les comptes de taxes scolaires en uniformisant le taux de taxation à celui le plus bas existant au Québec.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a signalé au ministre les brèches que comporte son projet de loi en regard de droit à l’instruction publique gratuite et à l’exercice de ce droit sans discrimination pour les enfants en situation de pauvreté. La Commission a rappelé la mise en garde formulée en 2007. 

Frais illégaux et vice caché

En vain. Même si le ministre lui-même a reconnu qu’il était illégal d’imposer des frais aux parents pour des programmes particuliers et qu’il s’agissait en quelque sorte d’un «vice caché» par les gouvernements précédents, il ne corrige pas le tir et ne voit pas la nécessité de contrer la ségrégation scolaire et l’école publique à deux vitesses.

M. Roberge estime que l’entente conclue entre les commissions scolaires et les parents qui les poursuivaient pour des frais en trop — 153 millions $ — préserve le milieu scolaire d’un autre recours du genre devant les tribunaux. Le but de son projet de loi est aussi de ne pas exposer les commissions scolaires à un autre recours collectif. 

C’est à suivre. Apprenant que le ministère savait que réclamer des frais pour les programmes pédagogiques particuliers était illégal, un père dont le fils a suivi un programme de sport-études-hockey a déposé cette semaine une demande d’action collective au palais de justice de Montréal.

Il est désolant de voir que le gouvernement se limite à réduire la facture des frais scolaires plutôt que de favoriser une véritable égalité des chances. 

Au secondaire, les élèves qui fréquentent une école privée ou un programme particulier dans une école publique ont deux fois plus de chances d’accéder au cégep, et respectivement neuf fois et six fois plus de chances d’aller à l’université que ceux inscrits à une école «ordinaire» publique. C’est le rappel que faisait en janvier le professeur Égide Royer, de l’Université Laval.

Le ministre soutient que son projet de loi a été rédigé en suivant trois principes : la clarté, l’équité et l’accessibilité. 

«L’accessibilité, parce qu’avec l’adoption de ce projet de loi là il y aura plus de gratuité qu’avant, et nos écoles seront plus accessibles. Il y aura moins de frais qui seront chargés aux parents». 

«Plus de gratuité qu’avant» pour l’école qui est obligatoire jusqu’à 16 ans ne rend pas les programmes d’éducation internationale, de sports, de langues, d’informatique, de science ou de musique plus accessibles aux enfants de familles moins nanties financièrement.

«[…] les jeunes aiment ces parcours particuliers, les enseignants les aiment, les parents les demandent», disait mardi le ministre. Il a raison.

C’est d’ailleurs pourquoi plusieurs élèves et leurs parents les préféraient au modèle de base.