Chronique

L’argent ne fait pas le bonheur

Le téléphone va-t-il vraiment se mettre à sonner au bureau de la ministre de la Santé, Danielle McCann, et à celui du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge?

Leur collègue des Finances, Éric Girard a beau prévoir une croissance des dépenses de 5,4 % et de 5,1 % pour leur ministère en 2019-2020, et bonifier le crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience, il est loin d’être assuré que les enseignants, les infirmières et les professionnels qui ont quitté le secteur public pour «écœurite», pour épuisement ou pour une retraite hâtive vont y revenir travailler.

Mme McCann et M. Roberge fondent beaucoup d’espoir sur le retour d’anciens employés pour dispenser et améliorer les services dans les hôpitaux, les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), les soins à domicile, les écoles, et réaliser les promesses électorales de la CAQ et les mesures qui en découlent dans le premier budget du gouvernement Legault.

Aux prises avec une pénurie d’enseignants, Jean-François Roberge disait mardi qu’il aimerait bien avoir le numéro de téléphone de ceux qui ont abandonné l’enseignement pour les inviter à revenir devant les classes.

Jeudi, la ministre de la Santé suivait son exemple et priait à son tour les infirmières et infirmiers qui ont délaissé le réseau de la santé ces dernières années de reprendre du service.

Mme McCann parle d’une grande corvée. Si plusieurs des quelque 1000 infirmières et infirmiers quittant chaque année le réseau y reviennent, même à temps partiel, les heures supplémentaires à réaliser seront moins nombreuses, estime-t-elle.

La ministre est aussi persuadée que la bonification du crédit d’impôt aux travailleurs de plus de 60 ans atténuera l’envie de partir tôt à la retraite.

Est-ce bien réaliste de miser ainsi sur des retraités ou des employés qui ont migré vers d’autres disciplines ou vers le secteur privé?

Mme McCann et M. Roberge débordent d’optimisme. Espérons que ce n’est pas de la pensée magique et souhaitons qu’ils ont déjà en tête un plan B.

Le ministre Jean-François Roberge sent un «retour de l’espoir» en éducation.

Il croit notamment que l’ajout de 150 classes spécialisées dans les écoles va alléger la tâche des enseignants et envoyer un bon signal à tous.

Deux classes par commission scolaire, ça semble pourtant bien peu pour donner du répit à des enseignants débordés.

L’espoir n’anime pas Sonia Éthier, présidente de la CSQ (Centrale des syndicats du Québec). Elle craint que le Québec retombe dans le cercle de l’austérité dès l’an prochain.

De 5,1 %, la croissance des dépenses passera à 3,8 % par la suite, prévoit le ministre des Finances. Québec a aussi accepté de se priver de près de 1 milliard $ en uniformisant la taxe scolaire au plus bas taux existant.

Si l’économie s’essouffle, l’espoir risque aussi de s’amoindrir. Même si le gouvernement investit gros pour construire et rénover des écoles, les retraités ou les recrues en enseignement ne prendront pas le chemin de l’école si les conditions d’exercice ne sont pas améliorées.

Les conventions collectives viennent à échéance en 2020. C’est à suivre.

Même chose en santé, la croissance des dépenses descendra à 4,1 % en moyenne l’année prochaine et la suivante. Les besoins ne seront pourtant pas à la baisse avec le vieillissement de la population.

Le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, admet qu’il y a un enjeu de pérennité.

Mais, après des années de contraintes budgétaires, il savoure le réinvestissement dans son réseau et constate, comme le ministre Roberge, que l’espoir anime enfin le milieu de l’éducation.

Québec couvre cette année les coûts de système dans les cégeps et investit 68 millions $ dans la mise en œuvre d’un nouveau modèle de financement.

Si Éric Girard et le gouvernement caquiste veulent rattraper l’Ontario, leurs efforts en éducation ne peuvent en effet se limiter au préscolaire et aux écoles primaires et secondaires.

Si la volonté de développer le plein potentiel des jeunes s’arrête en secondaire 5, le Québec risque de souffrir encore longtemps d’un déficit de productivité et d’une surabondance de bas salaires.

Chronique

J'me marie, j'me marie pas

CHRONIQUE / Attention couples mariés, une réforme du droit de la famille ne vise pas uniquement les conjoints de fait. Les parents, qu’importe le type d’union, sont aussi interpellés par les consultations menées par la ministre de la Justice, Sonia LeBel.

Depuis le 15 mars, et ce jusqu’au 28 juin, Québec sonde les citoyens en vue de moderniser et d’ajuster le droit de la famille aux réalités conjugales et familiales très diversifiées de 2019.

Oui, il est question de combler le vide juridique entourant l’union de fait. Mais, il est aussi envisagé de revoir le caractère contraignant du mariage. Celui-ci entraînerait toujours l’application de droits et d’obligations, mais des époux pourraient s’y soustraire d’un commun accord au moyen d’un contrat de mariage. Futurs et vieux couples pourraient s’en prévaloir.

Ce qui s’avérait nécessaire dans les années 1980 pour protéger les épouses peu présentes sur le marché du travail et moins autonomes financièrement l’est probablement moins aujourd’hui.

En 1976, 25 % des mères d’un enfant de moins de six ans étaient en emploi. En 2018, 75 %.

Au début des années 1970, 90 % des femmes et des hommes se mariaient au moins une fois dans leur vie. Depuis le milieu des années 2000, 30 % font ce choix.

Le ministère rappelle aussi que la proportion de naissances issues d’un couple en union de fait dépasse maintenant plus de 55 %.

En 2019, une réforme aurait surtout pour but de protéger les intérêts et le droit des enfants, que leurs parents soient mariés ou conjoints de fait lorsque prend fin leur union.

Ce n’est plus le statut conjugal qui déterminerait si les parties composant un couple ont des obligations l’une envers l’autre, mais bien le fait d’avoir un enfant en commun.

Québec parle d’un «régime parental impératif». Le ministère sonde notamment l’intérêt des Québécois pour un nouveau mécanisme de «prestation compensatoire parentale». Celle-ci, explique-t-on dans le document du ministère, permettrait au parent qui s’est appauvri en raison de son rôle de prise en charge d’un enfant d’obtenir de l’autre parent une juste compensation économique.

Consultation en ligne accompagnée d’une solide documentation et d’une synthèse. Consultation publique dans 11 villes du Québec.

La ministre caquiste ne ménage pas les efforts afin d’entreprendre une réforme qui s’impose depuis des années. Les gouvernements précédents ont procrastiné, laissant les couples et les enfants s’en remettre aux tribunaux.

Même si la ministre LeBel ne s’engage pas à tout réviser dans le présent mandat, il deviendra difficile, tant dans un second mandat que pour un autre parti qui prendrait le pouvoir, d’ignorer les avis recueillis lors des consultations et de mettre de côté le travail amorcé.

Alain Roy, professeur de droit à l’Université de Montréal et président du Comité consultatif sur le droit de la famille qui a remis en 2015 une série de recommandations au gouvernement Couillard, est confiant. «Le gouvernement est visiblement sérieux», dit-il.

Le professeur s’attend à des débats houleux et à voir exposer des paradoxes. La ministre aussi.

«Je suis consciente que réformer le droit de la famille apportera des bouleversements dans plusieurs aspects de la vie conjugale et familiale, c’est un sujet qui nous touche tous et qui est très émotif», a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse annonçant les consultations régionales.

Selon Alain Roy, le gouvernement doit aller de l’avant même si le dossier est très complexe et touche des cordes sensibles.

Si le Québec a réussi à discuter de l’aide médicale à mourir et à adopter une loi sur les soins de fin de vie — sujet fort complexe et émotif aussi —, il estime qu’il peut mener à bien une réforme du droit de la famille qui collera mieux aux valeurs d’autonomie et de liberté des Québécois et aux normes sociales d’aujourd’hui.

«Il faut mettre de côté nos repères du passé. Il faut avoir nos filles en tête et non nos mères».

Chronique

Un stage, une paye?

CHRONIQUE / La grève de 35 000 stagiaires déterminés à mettre fin au «bénévolat» des étudiants pose deux questions délicates et potentiellement coûteuses pour le gouvernement de François Legault et son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

À titre d’employeur, le gouvernement est-il prêt à payer dorénavant les étudiantes — le féminin l’emporte ici sur le masculin — qui réalisent gratuitement du travail dans le cadre de stages dans ses écoles et ses établissements de santé? Il rémunère déjà des stages dans la fonction publique, notamment ceux en comptabilité, mais non les stages des infirmières dans les hôpitaux. 

Québec est-il disposé, dans le cadre de son programme d’aide financière aux études, à bonifier les bourses des jeunes qui peuvent difficilement ajouter un job à leurs études et à leur stage pour payer leur loyer et l’épicerie? 

Le gouvernement caquiste hérite de ce dossier qui n’est pas propre au Québec et que l’ancienne ministre libérale de l’Enseignement supérieur, Hélène David, voyait comme un débat social, comme un sujet à l’ordre du jour des prochaines années. 

Le ministre Roberge n’élude pas le sujet. En janvier, il disait être conscient «que des iniquités peuvent être perçues à l’heure actuelle en ce qui a trait à l’encadrement et à la compensation des stages au Québec». Il a présenté un plan de match et la grève de cette semaine ne l’incite pas à changer de cap.

Janvier : collecte de données pour dresser l’état de situation sur les stages au Québec.

Février : analyse des données et rencontres avec des regroupements étudiants et des dirigeants d’établissements.

Mars : Consultation des partenaires du marché du travail et des ministères.

Avril : Présentation des scénarios possibles. 

Un rythme jugé trop lent par un mouvement de coalitions régionales pour la rémunération des stages qui réclame depuis trois ans «le plein salaire et des conditions de travail convenables» pour l’ensemble des étudiants en situation de stage, et ce, à tous les ordres d’enseignement.

C’est bien que des étudiants indiquent au gouvernement qu’ils sont déterminés à obtenir de meilleures conditions de stage. 

Étant donné les enjeux budgétaires pour le gouvernement, il est cependant fort souhaitable que le ministre connaisse très bien l’état de la situation afin de pouvoir proposer des solutions réalistes et pérennes.

Si M. Roberge arrive en avril avec des propositions insatisfaisantes, s’il n’essaie que de gagner du temps et ne voit que les intérêts du gouvernement-employeur et pas ceux des stagiaires, il sera temps pour ces derniers d’augmenter la pression d’un cran. 

«C’est facile de dire : “On va rémunérer tous les stages.” Qu’est-ce qu’un stage? Qu’est-ce que c’est la proportion d’autorité que tu as dans le geste de poser un stage? Qu’est-ce que c’est un stage d’observation? Un stage d’intervention?» demandait en mai dernier l’ancienne ministre Hélène David pour illustrer la complexité du dossier. 

Lors d’une rencontre des partenaires de l’éducation supérieure perturbée par des manifestants, Hélène David notait également que le grand enjeu, la question importante soulevée par les étudiants est celle du travail fait dans le secteur public, par les femmes dans le secteur de la santé, des services sociaux, en éducation, en comparaison avec les métiers traditionnellement masculins, traditionnellement payants.

Une paye ou une bourse

Lorsqu’il avait été chargé en 2016 d’examiner la question de la rémunération des doctorants en psychologie, l’ancien président de l’Ordre des psychologues, Luc Granger, avait soulevé d’autres enjeux. 

Il relevait que considérer un étudiant comme un employé rendait sa syndicalisation possible. M. Granger craignait aussi que les besoins de l’employeur passent avant les besoins de formation. Il avait donc recommandé à Québec de verser une bourse plutôt qu’une paye aux doctorants en psychologie.

La ministre David et le gouvernement Couillard ont opté pour cette voie et promis des bourses de 25 000 $ par année aux étudiants qui réaliseraient leur internat dans le secteur public ou parapublic.

Malheureusement, toutes les ficelles n’étaient pas attachées. Ils manquent de fonds pour honorer toutes les demandes et des délais courent dans le versement de celles obtenues. Les étudiants en psychologie réclament un meilleur traitement depuis plus de 10 ans.

Le gouvernement Legault ne doit pas mener les étudiants d’autres disciplines vers le même cul-de-sac. Il doit prendre le temps de faire les choses correctement. S’il privilégie une compensation plutôt qu’un salaire, elle doit être réelle.

Dans une recherche menée pour deux associations étudiantes, Les stages et les stagiaires du réseau universitaire québécois. Portraits, enjeux et réalités, Charles Carrier-Plante et Cécile Retg, soulèvent par ailleurs la question des crédits d’impôt accordés aux entreprises qui accueillent des stagiaires et qui les rémunèrent. 

Si Québec a des fonds pour aider le secteur privé à recruter et à accueillir des stagiaires, il doit en prévoir aussi pour attirer des recrues dans le secteur public.

Chronique

Vers la conciliation travail-retraite

CHRONIQUE / Ils ont de l’expérience, ils parlent déjà français, ils sont déjà intégrés à la société québécoise et ils sont dispersés sur tout le territoire. Ils pourraient donc combler une partie des besoins criants de main-d’œuvre. Qui? Les travailleurs plus âgés et les «jeunes» retraités.

Les budgets que présenteront la semaine prochaine Ottawa et Québec doivent prévoir des mesures pour inciter les travailleurs expérimentés et plus âgés à rester sur le marché du travail et pour permettre à ceux qui le désirent de concilier retraite et travail.

En 2003, le gouvernement péquiste avait élaboré une stratégie à l’intention des travailleurs de 45 ans et plus afin de préparer le marché du travail aux effets du déclin démographique.

Des ajustements ont été apportés, des crédits d’impôt ont été instaurés au fil des années, mais du chemin reste à faire. La bonne tenue de l’économie a ajouté une pression supplémentaire.

Patronat, syndicats, chambres de commerce, associations d’aînés ont formulé des propositions pour répondre à cet enjeu et pour accélérer un changement des mentalités et des pratiques tant chez les personnes en fin de carrière que chez les employeurs.

Dans un passé pas si lointain, les entreprises poussaient les travailleurs plus âgés vers la sortie. Dehors le «bois mort», les has been, et ceux qui pèsent lourd sur la masse salariale parce qu’ils sont au sommet de l’échelle.

Au moment d’embaucher, certains patrons rejetaient même les CV de candidats de 36 ans parce que trop âgés. Imaginez ceux des personnes de plus de 55 ans, de plus de 60 ans.

Le déclin démographique et les pénuries de main-d’œuvre qu’il occasionne changent la donne et le regard posé sur les travailleurs expérimentés. Dehors, l’âgisme.

L’arrivée d’immigrants ne peut combler tous les besoins. La relève est insuffisante. La population en âge de travailler — les 15 à 64 — est en baisse depuis 2014 et il faudra attendre 2031 pour voir une remontée.

Les «vieux» prennent donc de la valeur, gagnent de l’attrait. Du moins dans certains domaines d’activités.

Aujourd’hui, des employeurs espèrent garder leurs employés âgés au travail le plus longtemps possible, tandis que d’autres comptent sur les quelques heures ou les quelques jours que sont prêts à faire des retraités pour combler leurs besoins de personnel.

La présence des plus de 60 ans sur le marché du travail pourrait cependant être plus grande.

Les taux d’emploi des travailleurs âgés de 60 à 65 ans et de 65 à 69 ans sont plus faibles au Québec qu’en Ontario et plus bas que la moyenne canadienne. Si le Québec atteignait les mêmes taux que son voisin, ce sont 66 000 travailleurs de plus qui pourraient se retrouver sur le marché du travail.

C’est l’estimation fournie par Luc Godbout, professeur au département de fiscalité à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, dans un mémoire présenté au ministère des Finances dans le cadre de ses consultations prébudgétaires.

Mais pour qu’il en soit ainsi, les gouvernements, tant à Ottawa qu’à Québec, sont invités à prendre des mesures fiscales, à modifier les règles des régimes de retraite ou de rentes pour favoriser le maintien en emploi à temps plein ou à temps partiel.

Retarder la retraite ou combiner retraite et emploi doit être payant. Occuper son temps ne suffit pas.

Si Jules, 66 ans, perd par exemple son supplément de revenu garanti parce qu’il occupe deux jours par semaine un poste de commis à l’épicerie, il décidera probablement de rester à la maison, de bricoler ou de faire du bénévolat.

Formation continue

Mais il n’y a pas que la fiscalité et les régimes de retraite à ajuster.

Il ne suffit pas non plus pour les employeurs d’être souples dans l’organisation du travail et de permettre un horaire allégé.

La formation continue des travailleurs âgés est aussi une condition à remplir si les gouvernements et les employeurs veulent que ces derniers restent au bureau ou à l’usine plus longtemps.

C’est se leurrer et faire preuve d’un grand optimisme que de penser que les travailleurs plus âgés peuvent tous rester au travail et s’adapter facilement aux changements technologiques et aux nouvelles méthodes de production de biens et de services.

Pour qu’il en soit ainsi, plusieurs ont besoin de formation.

Dans un mémoire au ministre des Finances, la Fédération des chambres de commerce du Québec rappelle le faible taux de littératie et de numératie de bon nombre de travailleurs.

Selon des données de 2012, 65 % de la population québécoise des 45 à 65 ans n’atteignent pas le niveau 3 de littératie. L’OCDE considère que ce niveau est un seuil minimal pour occuper un emploi dans une économie développée.

Considérant que 42 % des 25 à 44 ans n’atteignent pas non plus le niveau 3, les gouvernements, les employeurs, les établissements d’enseignement ont énormément de boulot à accomplir pour rehausser le bagage de compétences de tout ce monde.

Sinon, les emplois «payants» que fait miroiter le premier ministre Legault ne sont pas pour eux.

Si une véritable culture de formation continue s’instaure au Québec, jeunes et vieux, travailleurs en début et en fin de carrière, pourront en profiter.

Chronique

Les iniquités gommées après quatre ans

CHRONIQUE / Au nom de la lutte au décrochage scolaire et aux iniquités sociales, le gouvernement Legault fait des pieds et des mains et lève les obstacles pour implanter des maternelles 4 ans. Mais après, ça se gâte. Les iniquités semblent devenir tolérables après 5 ans et pour le reste du parcours scolaire.

Après le Conseil supérieur de l’éducation en 2016, c’est maintenant le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) qui invite Québec à assurer une plus grande mixité sociale et scolaire dans ses écoles primaires et secondaires.

Le CTREQ préconise notamment que les programmes particuliers offerts dans les écoles publiques (éducation internationale, sport, langues, arts-études) deviennent gratuits et qu’en conséquence, le ministère finance davantage ses écoles publiques.

Il souhaite aussi la fin de la sélection des élèves basée sur les résultats scolaires ou la performance pour accéder à ces programmes qui constituent trop souvent une «école privée» à l’intérieur de l’école publique.

Conscient que certains élèves auront besoin d’un encadrement supplémentaire pour parvenir à passer à travers le programme, il suggère une modulation.

Claude Lessard, président du conseil d’administration du CTREQ et ancien président du Conseil supérieur de l’éducation, dit que ça vient «le chercher» de voir qu’une école primaire exige des prérequis à un élève de 3e année intéressé par un programme de musique. 

Sans une moyenne de 88 % en français et en maths, pas de piano, de violon ou de guitare.

Pas de piano, de violon ni de guitare non plus si l’élève est fort en français et en maths, mais que ses parents sont incapables de payer les frais reliés au programme particulier.

Réaction décevante

La réponse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, aux propositions du CTREQ laisse peu d’espoir de voir bonifier le projet de loi 12 «visant à préciser la portée du droit à la gratuité scolaire et à permettre l’encadrement de certaines contributions financières pouvant être exigées».

Que le ministre répète qu’il souhaite que les programmes soient plus accessibles n’allège pas la facture de ceux-ci et ne modifie pas les critères de sélection.

Ce n’est pas le gouvernement Legault qui remettra de l’équité dans le système scolaire et permettra à tous les enfants d’exploiter leur plein potentiel, qu’importent les revenus de leurs parents et leurs notes.

Le modèle actuel, avec des écoles privées subventionnées à 60 %, des écoles publiques avec des programmes particuliers sélectifs et onéreux, et des écoles publiques dont les classes ordinaires rassemblent un grand nombre d’élèves en difficulté, n’est pas l’objet d’une remise en question de la part du gouvernement. 

Le ministre de l’Éducation prévoit au mieux offrir plus d’activités parascolaires pour rendre l’école publique et ses classes ordinaires plus attrayantes et favoriser la mixité.

Comme les gouvernements libéraux ou péquistes avant lui, celui de la CAQ n’envisage pas de revoir le financement accordé à l’école privée. L’exemple de l’Ontario, qui ne subventionne pas le réseau privé, n’est pas ici une source d’inspiration. 

Le CTREQ ne retient pas non plus cette voie. Le financement des écoles privées étant un sujet chaud qui suscite de vives réactions, il suggère plutôt une voie qu’il juge plus réaliste, soit que le privé s’engage à accueillir plus d’élèves en difficulté.

En 2010, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, formulait le même souhait.

En 2017, 20,8 % des élèves en difficulté se retrouvaient dans le réseau public, comparativement à 7,4 % au privé. 

La Fédération des établissements d’enseignement privés indiquait mercredi que ses membres sont prêts à accueillir plus d’élèves en difficulté, à condition que le ministère leur accorde le financement nécessaire pour offrir le soutien professionnel requis.

Elle a réitéré sa demande au ministère des Finances dans le cadre des récentes consultations prébudgétaires. La réponse sera connue jeudi prochain.

La porte-parole de la fédération souligne aussi que les écoles privées décernent seulement des diplômes d’études secondaires. Le choix de parcours serait donc limité pour les élèves en difficulté qui peinent à se rendre à la fin de leur cinquième secondaire. 

On tourne en rond.

Les petits Québécois, riches ou pauvres, «bollés» ou «poqués», «de souche» ou immigrants, seront regroupés dans les maternelles 4 ans. Mais pour une courte durée si le gouvernement ne fait pas davantage pour revenir à des classes plus hétérogènes tout au long de leur parcours scolaire.

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L’écho des bélugas

CHRONIQUE / Les lumières sont au rouge clignotant pour les bélugas, mais aussi pour Québec et Ottawa. En voulant concrétiser trop vite des projets comme celui de Gazoduq pour créer des emplois, les gouvernements risquent de compromettre leur acceptabilité sociale, de leur nuire et d’en payer un prix politique. Les ratés de TransCanada à Cacouna et du projet Trans Mountain dans l’Ouest devraient servir de leçon.

Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, soutient que la survie du béluga pourrait être mise en péril par tous les projets de transport maritime, notamment celui de gazoduc et d’usine de gaz naturel liquéfié au Saguenay visant le marché européen.

Dans une récente entrevue à La Presse canadienne, M. Michaud fait appel à la patience et à la prudence. Il invite les autorités à ne pas accorder d’autorisations aux grands chantiers avant que les projets de recherche financés par Québec et Ottawa soient complétés.

Malheureusement patience et prudence vont difficilement de pair avec l’agenda des gouvernements qui disposent de quatre ans pour dresser le bilan de leurs réalisations. 

Pourtant, les élus ont parfois plus à perdre qu’à gagner en agissant à la hâte et en ignorant les signaux d’alarme lancés par les scientifiques, de surcroît lorsqu’il s’agit de l’habitat d’espèces menacées. 

La précipitation peut s’avérer coûteuse et contre-productive.

Vous vous souvenez du projet de port pétrolier de TransCanada, à Cacouna? Le gouvernement libéral de Philippe Couillard a été écorché dans ce dossier. Québec et son ministre de l’Environnement, David Heurtel, ont été rabroués par la cour supérieure parce que le processus d’autorisation n’avait pas été réalisé dans les règles de l’art.

Des travaux de forage avaient été autorisés en plein cœur de la pouponnière de bélugas dans le Saint-Laurent. L’analyse ne tenait pas compte du statut précaire du mammifère.

On connaît la suite. TransCanada a abandonné son projet à Cacouna. Pour redorer son image, le ministre Heurtel a finalement posé des conditions au projet Énergie Est et il a versé 5000 $ au GREMM pour financer de la recherche et adopté symboliquement un béluga prénommé «Écho». 

«En nommant notre béluga Écho, nous disons que nous avons entendu l’écho de son cri et qu’ensemble, nous voulons lui assurer un bel avenir», avait expliqué le ministre libéral.

Même si le GREMM et Pêches et Océans Canada invitent à la prudence pour ne pas nuire au plan de rétablissement du béluga dans le Saint-Laurent, l’écho se rend péniblement à Ottawa et à Québec.

Épaulards 

Le sort des épaulards, une autre espèce menacée, n’avait pas non plus été étudié correctement dans le projet d’expansion de TransMountain. 

En août 2018, la Cour d’appel fédérale a jugé que l’Office national de l’Énergie avait omis d’évaluer les répercussions que le transport maritime du pétrole des sables bitumineux pouvait avoir sur les épaulards au large de la Colombie-Britannique. Ce n’était pas la seule carence relevée. 

La Cour a annulé le décret pour l’expansion de l’oléoduc. L’Office et le gouvernement Trudeau ont dû reprendre le travail. Les résultats de ce réexamen ont été dévoilés à la fin de février.

L’Office admet que les épaulards risquent d’être heurtés par les navires pétroliers plus nombreux, d’être désorientés par le bruit sous-marin du trafic maritime. Ce bruit pourrait les affecter doublement du fait qu’il risque aussi de nuire à la population de saumons chinook dont les épaulards se nourrissent.

Malgré les effets négatifs appréhendés, l’Office conseille à Ottawa d’aller de l’avant avec le projet, car il est d’intérêt canadien. 

La crédibilité des processus d’évaluation est mise à mal et la méfiance s’accroît. 

Vendredi, Ottawa a annoncé qu’il investissait 3 millions $ pour mieux documenter les menaces qui pèsent sur l’épaulard de la côte ouest, le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent et la baleine noire de l’Atlantique. 

Le cynisme n’est pas en voie de disparition.

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Une pétition, c'est efficace?

CHRONIQUE / Des pétitions à signer, en voulez-vous, en v’là! Une pour qu’Hydro-Québec rembourse aux abonnés les trop-perçus. Une pour que l’agronome Louis Robert soit réintégré au ministère de l’Agriculture. Une pour l’injection de vitamine C aux cancéreux. Une pour améliorer le transport en commun au Saguenay, une autre, les services de garde aux Îles-de-la-Madeleine.

Les causes et les signataires ne manquent pas. Même si l’impact des pétitions est mitigé. Même si les politiciens se servent parfois de la revendication des citoyens pour faire du millage et abandonnent par la suite ces derniers en chemin.

Le dossier des trop-perçus d’Hydro-Québec fournit un bel exemple.

Dans l’opposition, la députée Chantal Soucy de la Coalition avenir Québec (CAQ) a déposé une pétition de 48 000 personnes réclamant le remboursement des trop-perçus.

La formation politique ne se contentait pas d’agir comme intermédiaire. Elle n’hésitait pas à parler de taxe déguisée, de taxe sournoise. Elle a même fait miroiter un chèque de 350 $ à chaque abonné d’Hydro. 

La position du gouvernement Couillard et de la société d’État n’a pas été ébranlée. Élus le 1er octobre, les caquistes l’ont fait sienne et mis de côté leur promesse et les 48 000 signataires de la pétition de 2017.

Que plus de 56 000 personnes signent maintenant la pétition mise en ligne par la Fédération canadienne des contribuables, que d’autres centaines apposent leur nom sur celle parrainée par le député Sylvain Gaudreault du Parti québécois et qui se retrouve sur le site de l’Assemblée nationale va-t-il vraiment inciter le gouvernement Legault à revenir à la position qu’il défendait dans l’opposition? J’en doute.

Comme je doute aussi que l’agronome Louis Robert soit réintégré dès maintenant au ministère de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation (MAPAQ) parce que plus de 50 000 personnes le réclament sur le site Change.org. 

Des griefs ont été déposés. C’est un arbitre ou un juge qui décidera du sort de M. Robert. La Protectrice du citoyen examine aussi ce qui s’est passé au MAPAQ. 

Ce qui ne veut pas dire que la démarche du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec est inutile et que les appuis recueillis sur Change.org n’ont aucun poids. Le ministre André Lamontagne a reçu une leçon dans ce dossier et elle servira à d’autres ministres. Le congédiement a aussi ramené dans le débat public la question de la protection des lanceurs d’alerte et celle de l’utilisation des pesticides.

Mais si l’agronome retrouve son poste, ce sera parce qu’un juge ou parce que la Protectrice du citoyen conclut que le ministère n’a pas respecté la convention collective ou la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics. Et non parce que des milliers de personnes ont signé une pétition en ligne.

La cause ou le profil des électeurs? 

La pétition est un outil de mobilisation citoyenne et politique, un exercice démocratique. Elle permet aux citoyens de signifier leurs préoccupations et leurs mécontentements, de sensibiliser les élus à une cause, de réclamer des changements législatifs ou autres.

La pétition met une pression, de force variable, sur les élus. 

Elle nourrit ses bases de données sur les électeurs. Il faudrait en être informé et ne pas le perdre de vue.

L’intérêt des partis ne se limite pas à «la cause» à l’origine de la pétition. Il ne se contente pas de porter le message des citoyens.

Le Directeur général des élections du Québec réclame d’ailleurs un meilleur encadrement législatif afin de mieux protéger les renseignements personnels des électeurs.

Par ailleurs, le fait qu’une pétition se retrouve sur le site de l’Assemblée nationale ne garantit pas que le grief soulevé donnera lieu à une commission parlementaire. 

Professeur au département de science politique à l’Université Laval, Éric Montigny, a examiné les 1585 pétitions traitées par les parlementaires entre 2008-2009 et 2017-2018. 

Dans une conférence prononcée l’automne dernier sur les pétitions électroniques au Québec, il indique que 79 % n’ont connu aucun suivi, 20 % ont fait l’objet de discussion en commission, mais pour mener à la décision de ne pas entreprendre de mandat. Seulement 2 % de l’ensemble des pétitions déposées ont fait l’objet d’un mandat de suivi.

«On note donc une réelle réticence des parlementaires. Les députés ministériels étant majoritaires en commission, il est possible de se questionner sur la possibilité qu’un tel manque d’intérêt relève d’une directive gouvernementale», soutient M. Montigny.

Il sera intéressant de voir, à la fin du mandat du gouvernement Legault, quel traitement celui-ci a réservé aux pétitions des citoyens. Sera-t-il différent de celui des vieux partis?

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Plafond de verre, plafond de mère

CHRONIQUE / «Plafond de verre». Les femmes qui ont voulu accéder à des postes supérieurs dans leur carrière ou en politique, savent c’est quoi et les efforts qu’il faut pour le briser. Mais le «plafond de mère», ça vous dit quelque chose?

J’ai été attirée par un titre dans la récente édition des Cahiers de recherche sociologique. «Au croisement du genre et de la parentalité : le plafond de mère chez les femmes qualifiées». L’article est signé par Émilie Genin, professeure à l’École des relations industrielles, de l’Université de Montréal. 

L’expression «plafond de mère», rappelle-t-elle, est celle utilisée par Marlène Schiappa et Cédric Bruguière, dans «Plafond de mère — comment la maternité freine la carrière des femmes», dans un livre publié en 2015.

Cette semaine, en prévision du 8 mars, Journée internationale des femmes, les données et les bilans abondent pour décrire le chemin parcouru et celui qui reste à faire pour que l’égalité de droit entre les hommes et les femmes devienne égalité de fait, égalité réelle.

La professeure Genin constate, avec études à l’appui, qu’il y a stagnation depuis les 20 dernières années.

Que l’on examine la proportion de femmes dans les postes de gestion, le taux d’activité des femmes sur le marché du travail ou le ratio entre les salaires des femmes et ceux des hommes, les progrès sont lents et souvent minimes. 

Selon le McKinsey Institute, rapporte Mme Genin, il faudra encore près de 180 ans aux Canadiennes pour jouir d’une égalité professionnelle dans les faits.

Il est pourtant révolu le temps où la faible scolarité des femmes expliquait qu’elles n’occupent pas des emplois de qualité ou des postes de direction. Les filles, du moins dans les pays de l’OCDE, mènent maintenant des études plus longues que les garçons.

Les préjugés et les stéréotypes persistants, le boys’ club, le manque de réseautage peuvent encore servir d’explications à la trop faible présence des femmes dans les hautes sphères professionnelles.

Mais, il convient aussi de voir et de réaliser comment la maternité, voire le désir d’avoir un jour un enfant, influence le choix de carrière, le parcours scolaire et professionnel, ainsi que le niveau de responsabilités professionnelles que prennent les femmes.

Il n’est pas toujours facile de concilier travail et famille. Mais l’exercice demeure plus ardu pour les mères puisque la répartition du travail domestique et parental entre les hommes et les femmes n’est toujours pas égalitaire. 

Et on ne parle pas seulement de donner le bain, de préparer les repas et de superviser les devoirs des enfants.

Hélène Lee-Gosselin, directrice de l’Institut Femmes, Sociétés, Égalité et Équité de l’Université Laval, fait valoir que nous sommes trop peu conscients du travail invisible et de la charge mentale des femmes, de surcroît les mères. Logistique, organisation, vigie, anticipation des besoins et des soins reviennent plus fréquemment à celles-ci.

La professionnelle qui doit passer une semaine à Montréal pour le travail s’assurera que le frigo est plein pour la maisonnée et rappellera les rendez-vous des petits avant de partir, donne en exemple Mme Lee-Gosselin. 

«Le plafond de mère se construit donc en partie parce que les femmes sont soumises aux mêmes exigences professionnelles que les hommes [en termes de disponibilité et d’intensité du travail], mais font face à des demandes domestiques et familiales beaucoup plus importantes. En conséquence, elles doivent procéder à des ajustements [que les hommes ne semblent pas devoir faire] et développent des stratégies de conciliation, qui ne sont pas vraiment des choix, mais plutôt les seules options possibles», écrit Émilie Genin.

L’arrivée d’un enfant marque encore souvent le plafonnement professionnel des mères, rarement celui des pères. Un réel choix ou le fait que les attentes à l’égard des mères ne changent pas?

Les obstacles les plus évidents ont été éliminés, mais les obstacles sociaux et les normes de sexe perdurent, soutient Hélène Lee-Gosselin. 

Il est grand le désir de croire que tout a changé, que tout est réglé, que l’égalité professionnelle est acquise. 

Ce n’est manifestement pas encore le cas. Il reste encore du travail à faire, notamment à la maison, au sein des couples et des familles.

Chronique

Vers un printemps «climat»?

CHRONIQUE / Va-t-on avoir un printemps «climat» au Québec?

Bien sûr, une hirondelle ne fait pas le printemps. 

Mais si les signes d’inquiétude et d’impatience  se multiplient et prennent de l’ampleur, si les citoyens sont de plus en plus nombreux à réclamer des mesures concrètes et costaudes pour répondre à l’urgence climatique, le gouvernement de François Legault n’aura pas le choix de sortir de son hibernation et de bouger en matière d’environnement.

Un premier test aura lieu le 15 mars prochain. Combien de jeunes et de supporteurs participeront à la grève étudiante mondiale pour le climat à travers le Québec? 

Si la mobilisation est forte, si des associations étudiantes décident, après le vendredi 15, d’organiser des grèves hebdomadaires comme cela se fait ailleurs dans le monde, la pression s’accentuera sur le gouvernement caquiste. 

Une pression s’exerce aussi sur les municipalités à travers le Québec, et par ricochet, sur Québec. Des citoyens ont signé et déposé la Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique (DUC) à leur conseil municipal. Plus de 265 municipalités et MRC ont adopté la déclaration.

À la mi-février, des représentants de la DUC sont passés au parlement de Québec pour livrer leur message. Pour eux, l’empressement des citoyens n’est pas une mode. «Il symbolise l’inquiétude grandissante de la population au regard de crises climatiques qui l’assaillent : inondations, canicules, tornades, sécheresses, feux de forêt, hiver en dents de scie, érosion des berges, etc., aucune région n’est à l’abri, et dans certaines d’entre elles, les crises s’additionnent les unes aux autres», écrivaient-ils dans un communiqué. 

Ils suggéraient également de retenir trois mots : réduire, s’adapter, souffrir. 

«Moins on va réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), plus on devra s’adapter et plus on va souffrir. Inversement, plus ont va réduire nos GES, et moins on devra s’adapter, et moins on va souffrir». 

Le gouvernement Legault va-t-il retenir ce trio de mots? 

Au début de février, d’anciens ministres de l’Environnement, tant libéraux que péquistes, ont pour leur part publié une lettre dans les médias pour inciter le gouvernement caquiste à adopter un projet de loi visant à assurer le respect des engagements climatiques du Québec.

«Nous avons déjà du retard, et le temps ne nous permet plus d’ignorer ni de retarder les décisions nécessaires pour contenir le réchauffement climatique et éviter l’emballement à venir : la politique des petits pas n’est plus une option, ni pour l’environnement ni même pour l’économie également menacée par ce réchauffement», font valoir les ex-ministres. 

Changement, courage et ambition

La semaine dernière, ce sont les porte-parole de 42 organismes et groupes citoyens, notamment du Pacte pour la transition et Nature Québec, qui ont pris la plume, cette fois pour inviter les caquistes à présenter un budget qui tiendra compte de l’urgence climatique. 

«Admettez que l’urgence climatique n’est pas un poste budgétaire comme un autre. L’urgence climatique doit tout changer. Elle va tout changer, quoi que vous fassiez, mais vous avez le pouvoir d’orienter le changement.»

Voilà bien un domaine en effet où «le changement» que veut tant incarner le gouvernement caquiste serait bienvenu. 

«Vous pouvez laisser le Québec devenir une victime impuissante du chaos économique, sanitaire et social qui s’installera inévitablement au fil des évènements météo extrêmes, ou, au contraire, vous pouvez choisir d’investir massivement dans la résilience de notre société. Soutenir le déploiement des forces du changement qui sont déjà à l’œuvre, partout au Québec. Financer la transition porteuse de justice sociale et intergénérationnelle.»

Nous verrons le 21 mars, jour du dépôt du budget, si le premier ministre et son équipe sont sensibles à ce discours et aux mesures suggérées. Et aussi, si les caquistes ont du courage et de l’ambition, des qualités qu’ils reprochent fréquemment à leurs adversaires de ne pas posséder. 

«L’environnement était l’angle mort de la CAQ; je ne suis pas la seule à le penser», a déclaré l’éphémère ministre de l’Environnement du gouvernement Legault, MarieChantal Chassé, dans une entrevue récente à TVA Nouvelles. 

En effet. Sur ce, les propos de Mme Chassé sont clairs. 

Il peut être parfois très dangereux de ne pas surveiller son angle mort. Les caquistes et le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, ne devraient pas prendre ce risque.

Chronique

Mon enfant est meilleur que le tien

CHRONIQUE / Qu’est-ce qui compte pour un parent? Savoir quels sont les points forts et faibles de son enfant à l’école et comment celui-ci peut s’améliorer, ou savoir si son jeune est meilleur que celui du voisin et s’il pourra entrer un jour en médecine.

Ce n’est pas parce qu’il a été mis de côté par le ministre de l’Éducation quelques heures après son dépôt que le dernier rapport du Conseil supérieur de l’éducation, «Évaluer pour que ça compte vraiment», ne mérite pas que les acteurs du réseau et les parents réfléchissent une fois de plus à la façon dont les élèves sont évalués et à la façon dont cette évaluation est communiquée et reçue.

«Nous ne suggérons pas d’abandonner les bulletins et de mettre des images», précise la présidente du Conseil supérieur de l’éducation, Maryse Lassonde. 

Elle se défend bien aussi de vouloir faire du nivellement par le bas. Au contraire, le Conseil est plutôt d’avis que si l’évaluation des apprentissages avait moins comme but de notifier, de classer, de sélectionner et de hiérarchiser, les écoles pourraient hisser plus d’enfants vers le haut.

Selon l’organisme, l’évaluation devrait servir à donner à chaque enfant une image juste de ses forces, de ses défis et des efforts qu’il doit déployer pour avancer.

Par conséquent, l’évaluation devrait servir à déterminer le soutien dont l’élève a besoin de la part de l’enseignant et de ses parents pour progresser dans ses apprentissages, passer à un autre niveau et atteindre la certification.

Un bulletin dans la forme que nous connaissons, qui indique où se situe un élève par rapport à la moyenne de la classe et affiche les notes obtenues en différentes matières, a-t-il autant de valeur que certains lui accordent? Informe-t-il si bien les parents sur les acquis et les capacités de leurs enfants?

«La note ne dit rien des forces et des faiblesses de la personne et ne renseigne pas sur ce qui peut être ou doit être fait pour la soutenir dans ses apprentissages», écrit le Conseil.

« [...] si la forme que prend la communication des résultats situe l’élève par rapport à une moyenne, elle donne peu d’information sur ce qui manque ou sur ce qui est réussi, si bien que le besoin légitime de savoir si son enfant progresse normalement est parfois confondu avec le désir de savoir s’il réussit mieux que les autres (que la moyenne). Ainsi, les notes et les bulletins tels que nous les connaissons créent précocement une hiérarchie à laquelle il est difficile d’échapper.»

Ce n’est pas parce qu’un modèle est utilisé depuis des décennies qu’il est nécessairement bon. La Colombie-Britannique et l’Ontario, qui inspire beaucoup le gouvernement Legault en matière d’éducation, ont osé réviser leur façon de faire.

À l’autre bout du pays, les tablettes électroniques sont utilisées pour assurer la communication entre l’enseignant et les parents et permettre un suivi plus serré de l’évolution de l’enfant dans ses apprentissages. La comparaison avec les autres élèves de la classe n’est plus jugée nécessaire. 

Certains diront que comparer les enfants prépare à la «vraie vie», que ce n’est pas bon d’élever des enfants dans la ouate. 

Mme Lassonde, neuropsychologue de formation, craint plutôt que la hiérarchisation et la course à la performance ne soient pas étrangères à l’anxiété et au stress de performance qu’éprouvent des jeunes dès l’école primaire. Certains prennent déjà des anxiolytiques. Son équipe prépare d’ailleurs un avis sur le bien-être des élèves du primaire.

Bollé et après? 

Au bout du compte, que rapporte l’exercice de comparaison? Le premier de classe, le «bollé» réussira-t-il mieux sa vie professionnelle et personnelle que celui qui arrivait douzième, voire dernier? 

À ce sujet aussi le Conseil propose une piste de réflexion. Il estime que l’évaluation qui créé une hiérarchie infléchit l’orientation professionnelle prématurément ou ferme des portes de façon définitive.

Ceux qui se trouvent au sommet subiraient une pression sociale pour se diriger vers les programmes élitistes contingentés, plutôt que de choisir leur orientation en fonction de leurs champs d’intérêt, observe le Conseil. 

La médecine, le droit ou le génie, plutôt que la plomberie ou une technique en mécanique. Mais après avoir obtenu le diplôme universitaire, certains se tournent vers la formation professionnelle parce qu’ils veulent gagner leur vie en faisant ce qu’ils aiment.Un grand détour.

Pour relativiser l’importance des notes, le Conseil rapporte aussi un exercice mené chez Google. 

L’entreprise a évalué l’efficacité de ses critères d’embauche en déterminant ce qui est la force principale de ses employés les plus performants. Leurs compétences en science, en technologie, en ingénierie et en mathématiques ne dominent pas. Celles-ci arrivent en huitième et dernière position. 

Leur force tient plutôt à leur esprit critique, à leurs qualités de meneur et de communicateur, à leurs capacités de comprendre les autres, de manifester de l’empathie, de soutenir leurs collègues et à leurs aptitudes à résoudre des problèmes et à traiter des idées complexes.

Intéressant, n’est-ce pas? Ça donne une autre lecture et une autre appréciation de l’évaluation et des bulletins.