Chronique

Mobilisés pour garder leur village vivant

CHRONIQUE / «Nos services, moi j’y tiens!» À Saint-Léon-de-Standon, dans Bellechasse, la formule prend tout son sens et n’est pas qu’un slogan creux. Près de 100 000 $ viennent d’être amassés en quelques semaines auprès des 1128 résidents et propriétaires afin de conserver une épicerie dans le village et avoir à nouveau une station d’essence dans la municipalité.

Pour les personnes vivant en ville où les services sont variés et rapidement accessibles, où des campagnes de financement participatif sont menées pour différentes causes, mais rarement sinon jamais pour un poste d’essence ou une épicerie, une telle mobilisation étonne. 

Pas pour les gens «de la place». Pour eux, c’est la survie de leur municipalité qui est en jeu. 

«Si les services essentiels commencent à partir, on va tout perdre», explique Jacques Roy, président du comité provisoire formé afin de créer une coopérative de solidarité qui pourrait acquérir l’épicerie existante et assurer la desserte en essence.

Au lieu d’être défaitiste et de voir le village mourir à petit feu, la population locale se mobilise et accepte de sortir de l’argent de sa poche avant de frapper à d’autres portes pour obtenir du soutien financier, deux fois plutôt qu’une. 

Les citoyens ont déjà été sollicités afin de doter la municipalité d’une résidence pour personnes âgées. Et le but a été atteint. Les aînés du village n’ont pas à déménager en ville ou dans une autre municipalité le jour où ils doivent quitter leur maison. Ils peuvent s’installer dans leur village, sur le bord de la rivière Etchemin, à la Villa des Méandres.

«Les gens ne sont pas durs à convaincre. Ils tiennent à leur paroisse. Ils veulent conserver leurs acquis. Ils savent que s’ils ne se mobilisent pas, s’ils ne se prennent pas en main, ils risquent de tout perdre et de devoir se déplacer pour tout», raconte M. Roy.

Depuis l’an dernier, les résidents de Saint-Léon n’ont plus accès à une station d’essence. Ils doivent rouler une quinzaine de minutes et plus vers les municipalités voisines pour faire le plein, acheter de l’essence pour leur tondeuse ou leur tronçonneuse.

Saint-Léon a encore une petite école primaire. Une caisse populaire Desjardins ouverte deux jours par semaine. Un casse-croûte. Un gîte : «Au vieux presbytère». Une quincaillerie, dont M. Roy a été copropriétaire pendant 25 ans et où il travaille toujours. 

«Si le village perd des services, c’est aussi des emplois qui disparaîtront. Six-sept emplois dans une paroisse de 1100 habitants, ça paraît».

Le quincaillier, qui a été également chef pompier pendant de nombreuses années, dit comprendre que le monde aime aller magasiner en ville dans les Costco et Walmart. 

«Je leur dis cependant : “Vous aimez ça Saint-Léon, vous trouvez ça beau Saint-Léon. Mais êtes-vous prêts à déménager? ” Le jour où il n’y aura plus de services de proximité, c’est le danger qui guette». 

Qui veut rester, venir s’établir, ou même s’arrêter dans un village où il n’y a aucun service?

La municipalité de Saint-Léon-de-Standon a beau être surnommée «la petite Suisse», les vallons et la rivière sinueuse ne suffissent pas à combler les besoins des citoyens.

Propriétaire d’une résidence dans cette petite localité, j’ai été invitée à acheter des parts dans la future coopérative.

Même s’il reste beaucoup à faire pour que le projet se concrétise, même si les ristournes ne sont pas pour demain, bien des «gens de la place» et des «non permanents» répondent positivement. Selon M. Roy, il ne manque que 10 000 $ pour que l’objectif de 100 000 $ soit atteint. 

«C’est comme un don», dit le président du comité. Un don pour des services de proximité, pour des emplois et la survie d’un village. Une cause qui en vaut bien d’autres.

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Loi du silence et de l’indifférence

CHRONIQUE / Après un autre rapport dévastateur de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), il ne fait aucun doute que le Québec doit revoir ses services de protection de la jeunesse. Il ne fait aucun doute également qu’il faut briser la loi du silence et de l’indifférence.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, s’est dit vendredi scandalisé et troublé à la lecture du rapport d’enquête systémique sur les services dispensés aux enfants en famille d’accueil de la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec, du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2016.

Avec raison. 

Les droits de plusieurs enfants ont été bafoués. Loi et règlement n’ont pas été respectés. Des décisions du tribunal n’ont pas été suivies. Dans certains dossiers, l’application de règles administratives a primé sur l’intérêt et les besoins des enfants. 

Le travail de divers acteurs n’a pas toujours été réalisé avec toute la rigueur exigée et le suivi attendu lorsqu’il s’agit de la protection d’un enfant, si bien que plusieurs jeunes garçons et filles ont subi de mauvais traitements physiques et psychologiques dans des familles d’accueil. 

Comment un système aussi défaillant a-t-il pu s’instaurer et perdurer dans un domaine aussi délicat que celui de la protection de l’enfance?

C’est aussi cela qui est troublant et scandaleux. 

La Commission des droits a rappelé vendredi qu’elle a déclenché son enquête de sa propre initiative, «à la suite d’une décision judiciaire mettant en lumière des lacunes majeures dans les services offerts à un enfant hébergé en famille d’accueil».

Il paraît impensable que pendant des années, personne n’ait sonné la moindre petite alarme pour dire que des choses fonctionnaient tout croche à la DPJ de la Mauricie-Centre-du-Québec et dans ses points de service.

Si personne n’a parlé, si tout le monde a fermé les yeux sur l’inacceptable, si des gens ont jugé qu’il était vain de dénoncer ou de se plaindre, la situation est encore plus sérieuse et plus problématique qu’on le pense. Personne ne se sent responsable de rien. Personne n’a de comptes à rendre si le système dérape et «scrape» la vie d’enfants. 

Il devait bien y avoir des gestionnaires et des intervenants sociaux témoins de décisions douteuses et à courte vue, de façons de faire qui n’avaient pas d’allure, de pratiques qui contrevenaient aux lois et qui s’appliquaient au détriment d’enfants vulnérables que la direction de la protection de la jeunesse avait le devoir de protéger. Tout le monde ne pouvait être en congé de maladie ou en transition de carrière? Il devait bien y avoir quelques personnes d’expérience dans la boîte pour dire que l’organisation se dirigeait vers un mur? 

Pourquoi l’absence d’écho, d’ajustements et de coups de barre sur le terrain, au CIUSSS ou au ministère de la Santé et des Services sociaux? 

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, le syndicat qui représente bon nombre d’employés des DPJ, soutient que les lacunes rapportées sont dénoncées depuis longtemps. 

Le centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec, ainsi que le nouveau directeur de la protection de la jeunesse de la région reconnaissent par ailleurs que les services sur leur territoire n’ont pas été exemplaires, mais que des correctifs ont déjà été apportés et que les recommandations de la CDPDJ seront suivies.

À Québec, le ministre Carmant s’est aussi fait rassurant. «Comme j’ai dit dans le passé, je n’attendrai pas 18 mois avant de poser des gestes concrets pour soulager la charge de travail des gens sur le terrain. D’ici la fin de l’été, une annonce en ce sens aura lieu».

Tout le monde veut faire mieux dans l’avenir.

Il est dommage que cet objectif ne soit pas aussi vif lorsque les médias détournent l’attention. Il est aussi préoccupant que le décès tragique d’un enfant et le dépôt d’un rapport accablant soient nécessaires pour inciter les acteurs à combler des lacunes persistantes. 

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, mise sur pied par le premier ministre François Legault, permettra de faire le point sur l’organisation et le financement des services offerts aux enfants et aux familles vulnérables et en détresse, ainsi que de suggérer des moyens pour les améliorer.

Mais lorsque les services à l’enfance auront été scrutés sous tous les angles et lorsque des ajustements seront suggérés en novembre 2020, quel suivi ferons-nous de leur application sur le terrain et au quotidien? 

Si les cadres et les employés concernés n’osent parler de crainte de perdre leur emploi ou de nuire à leur avancement professionnel, s’ils suivent bêtement des règles administratives même si celles-ci vont à l’encontre du bien et de la sécurité des enfants, si un gouvernement impose des restrictions budgétaires dans un secteur où la réduction des ressources humaines et financières a des conséquences majeures dans la vie de jeunes vulnérables, si les appels à l’aide sont ignorés à tous les paliers, les médias risquent de faire encore les manchettes dans dix ans avec un rapport accablant visant la protection de la jeunesse.

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De machiniste à maraîchère

CHRONIQUE / Au fil des dernières saisons, Cindy Pomerleau, une machiniste de 38 ans, s’est métamorphosée en maraîchère. Elle a quitté l’usine où elle travaillait depuis 15 ans. Elle a troqué la machine à commande numérique pour la grelinette, le motoculteur, les binettes et les filets afin de produire — sept jours sur sept — des légumes sans pesticide et sans herbicide à Sainte-Claire de Bellechasse.

Cindy Pomerleau avait besoin de changement dans sa vie professionnelle. «J’étais tannée de mon milieu de travail, d’être enfermée cinq jours par semaine et de ne voir la lumière du jour qu’à travers le petit «châssis» de l’usine. Je me disais : «C... que je serais bien dehors!»» 

Comme bien des hommes et des femmes à un moment de leur vie, deux questions lui revenaient en tête : Qu’est-ce que je peux faire d’autre? Qu’est-ce que j’aimerais faire d’autre?

Son chum, Simon Comtois, couvreur entrepreneur, lui a fourni une partie de la réponse en réalisant un de ses rêves à lui : acquérir une cabane à sucre. Il a suggéré à sa compagne de faire la transformation du sirop d’érable.

Quelques heures de formation et elle relevait le défi de l’amoureux. Beurre d’érable, bonbons, cornets, vinaigrette, etc., ont d’abord été testés auprès des amis et de la famille avant qu’elle ne mette une pancarte sur le bord de la route, au 385, route Bégin, pour inviter les passants à acheter les produits de «La Cabane Comtois».

C’est bien bon le sirop d’érable et tout ce qu’on peut en tirer, mais ça ne comble pas le désir de Cindy Pomerleau de changer de job pour ne plus passer 40 heures devant une machine à confectionner des moules.

Le jour où elle a entendu le populaire jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier dire qu’une ferme maraîchère d’un hectare pouvait être rentable, il s’est produit un déclic chez elle. «Je triperais avoir ça». 

Elle a alors vu d’un autre œil le lopin de terre près de la cabane à sucre. Elle a réalisé son potentiel. 

Elle a visité les jardins La Grelinette de Jean-Martin Fortier, à Saint-Armand, ainsi que les Jardins d’Inverness. Elle a suivi un peu de formation. Et petit à petit, rang par rang, elle a lancé les «Jardins des Abénakis». 

Six jardins de 100 par 70 pieds qu’elle cultive avec l’aide de son conjoint pour les «gros travaux» et de sa mère Carmelle, retraitée, qui accueille les clients et donne aussi un coup de main à sa fille pour les semis et le sarclage.

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Une campagne verte?

CHRONIQUE / L’environnement sera la question de l’urne, l’enjeu incontournable aux prochaines élections fédérales. Une vague verte pourrait même déferler sur le Canada. Vraiment? Entre ce que disent les sondages et les politiciens en juin et ce que révélera le scrutin d’octobre, plusieurs nuances de vert existent.

L’urgence climatique et le signal d’alarme du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) commanderaient bien sûr que la lutte aux changements climatiques et la protection de l’environnement soient au cœur de la prochaine campagne électorale à travers le Canada. 

Les sondages révèlent que ce dossier préoccupe grandement les Canadiens. 

Selon la firme Nanos, l’environnement est la préoccupation première de 21,8 % des répondants à un de ses sondages.

L’économie, le marché de l’emploi, la santé, l’éducation, l’immigration et la taxation figurent après ce thème dans la liste des Canadiens. 

La montée des verts dans les sondages ou lors d’élections à travers le pays ces derniers mois, l’arrivée d’un deuxième député du Parti vert aux Communes, Paul Manly, peuvent également présager une avancée pour la formation d’Elizabeth May. Au point de provoquer une vague verte, une «percée historique», comme le souhaite la cheffe? C’est à suivre. Il est difficile de prévoir quatre mois avant les élections générales sur quel élément reposera vraiment le choix des électeurs.

La firme Nanos note que c’est au Québec que la population exprime le plus grand intérêt pour les questions environnementales.

Cela fait quelque peu sourire. Les Québécois ont élu majoritairement l’automne dernier un parti, la Coalition avenir Québec, qui ne faisait pas une très grande place dans son programme à l’environnement et à la lutte aux changements climatiques. 

Ce n’était pas dans la liste de priorités de François Legault et de son équipe. Ce n’est qu’une fois à la tête du gouvernement que le chef caquiste a exprimé une «sincère préoccupation pour les défis environnementaux».

Il n’avait pas mis non plus sa recrue la plus solide à l’Environnement. Il faudra aussi patienter encore quelques mois pour connaître son futur plan d’électrification et de changements climatiques 2020-2030. 

Ce qui n’empêche pas le gouvernement Legault d’avoir une excellente cote de popularité malgré que le temps file et que les actions concrètes se font attendre.

«Nous sommes un gouvernement pragmatique et efficace. Avec l’aide du public, d’experts scientifiques et de représentants des milieux d’affaires, syndical et associatif, ainsi que d’un fort contingent de jeunes du Québec, nous allons élaborer un plan qui créera de la richesse tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre», soulignait mardi dernier le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoît Charette. 

Son gouvernement va-t-il réussir à rattraper le temps perdu? 

Il faut mettre certains bémols aux sondages mesurant l’importance qu’accorde l’électorat aux questions environnementales. Ou du moins, il est sage de connaître également les efforts que les citoyens-électeurs sont prêts à déployer pour que leur province et leur pays améliorent leur bilan en la matière.

Radio-Canada rapportait la semaine dernière les résultats d’un sondage commandé par CBC News auprès de Public Square Research montrant que la préoccupation pour les changements climatiques est marquée chez la majorité des répondants. Mais, la moitié d’entre eux ne seraient pas prêts à faire des sacrifices personnels ou financiers majeurs pour lutter contre eux. Ils ne dépenseraient pas plus de 100 $ par année en impôts dans ce combat.

Certes, les formations politiques ne peuvent pas passer à côté des enjeux environnementaux lors de la prochaine campagne électorale. Cependant, chacune dose jusqu’où elle peut aller pour ne pas faire fuir les électeurs mais bien en gagner le jour du scrutin. 

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, admet que les changements climatiques sont réels. Pour les limiter, il mise sur «des technologies vertes, pas des taxes». Ce message sera maintes fois répété d’ici le jour des élections.

De leur côté, les libéraux de Justin Trudeau qui défendent la taxe sur le carbone — détestée et contestée par plusieurs provinces — essaient de transmettre un message positif en disant qu’une partie de l’argent ainsi recueilli sera acheminée dans les écoles.

Et nous ne sommes qu’en juin. Et la campagne électorale n’est pas encore lancée.

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Des stagiaires sur le carreau

CHRONIQUE / Les étudiants stagiaires ne sont pas tous égaux aux yeux du gouvernement. Mieux vaut étudier en soins infirmiers ou en éducation spécialisée, qu’en physiothérapie, en nutrition ou en technologie de radiodiagnostic, pour obtenir un meilleur soutien financier de l’État.

La persévérance et la réussite des étudiants stagiaires comptent plus dans certains secteurs que dans d’autres pour le gouvernement caquiste et son ministre de l’Éducation.

Jean-François Roberge a répondu mardi aux associations étudiantes qui réclament depuis une dizaine d’années une rémunération ou du moins une compensation financière pour les stages que les étudiants doivent effectuer dans le cadre de leur formation professionnelle, technique ou universitaire. 

Le ministre de l’Éducation est loin de répondre à toutes leurs attentes et à mettre fin à l’iniquité de traitement entre les stagiaires de différentes disciplines.

Bon nombre d’étudiants auraient souhaité toucher une paye, comme en reçoivent dans la majorité des cas les futurs ingénieurs ou comptables lorsqu’ils réalisent un stage dans un ministère ou une entreprise privée, qui elle a droit à un crédit d’impôt pour accueillir un stagiaire. 

Québec n’a pas retenu cette formule. Le gouvernement compte plutôt sur une bonification de l’aide financière aux études. Il crée de plus un Programme de bourses de soutien à la persévérance et à la réussite des stagiaires et y consacre 35 millions $.

Ce modèle se défend très bien. Son défaut est que Québec laisse en septembre beaucoup de stagiaires sur le carreau. 

Dès la rentrée, des jeunes inscrits dans 16 programmes de formation professionnelle, technique ou universitaire pourront recevoir une compensation variant entre 900$ et 4000$, selon leur niveau d’études et la durée du stage.

La Fédération étudiante du Québec et l’Union étudiante du Québec ont salué l’effort fait rapidement par le ministre pour améliorer les conditions de stage, mais elles relèvent que plusieurs programmes d’études ont été «oubliés».

Par exemple, dans les cégeps, quelque 133 programmes de formation sont offerts et la majorité d’entre eux comportent un stage. Les nouvelles bourses pour soutenir la persévérance et la réussite des stagiaires seront disponibles cependant dans seulement cinq programmes. 

Le critère de pénurie de main-d’oeuvre retenu par le ministre ne peut expliquer à lui seul le choix des programmes sélectionnés.

Il existe en effet des pénuries dans d’autres secteurs du réseau public et non seulement dans l’assistance à domicile, les soins infirmiers ou les techniques d’éducation à l’enfance ou d’éducation spécialisée. 

La persévérance aurait aussi avantage à être valorisée par une bourse dans des secteurs où les employeurs viennent chercher les étudiants avant qu’ils ne complètent leur formation et obtiennent leur diplôme.

La Coalition montréalaise pour la rémunération des stages a dénoncé dans un communiqué le «choix arbitraire des programmes qui seront compensés».

Elle juge aussi bien maigres les compensations prévues par Québec. «Dans le cas des programmes de stages universitaires, la compensation rembourse à peine les frais de scolarité payés pour les sessions de stage. On est donc loin de payer nos factures ou notre loyer alors que nos stages nous empêchent d’occuper un travail salarié».

Façon de faire habile

La façon de faire du ministre Roberge et du gouvernement est néanmoins habile. 

L’annonce se fait par simple communiqué en juin lorsque les cégeps et les campus universitaires sont quasi déserts.

Jean-François Roberge disait cet hiver que le statu quo était le seul scénario exclu. Il peut dire maintenant qu’il a fait avancer le dossier qui a constitué le cheval de bataille des associations étudiantes après la crise sur les droits de scolarité. Le ministre du Travail, Jean Boulet, promet aussi d’agir au cours de l’automne pour répondre aux demandes de protections légales des stagiaires.

Le gouvernement prend les moyens de ne pas se mettre à dos les étudiants et de revivre d’autres grèves comme celles de l’automne et de mars où 34 000 jeunes sont descendus dans la rue.

Le gouvernement prend soin également de ne pas refiler une facture aux hôpitaux, aux écoles et aux organismes communautaires qui accueillent la majorité des stagiaires dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux. Le travail des stagiaires est précieux à bien des endroits, mais il n’est pas rémunéré. Les femmes sont nombreuses dans ces milieux de travail.

Tenir compte de la pénurie de main-d’oeuvre permet également au gouvernement caquiste de faire d’une pierre plusieurs coups. 

Il limite la portée de son programme et ainsi les fonds publics qu’il doit y consacrer.

Il peut par ailleurs espérer susciter un attrait pour certains secteurs en forte demande comme l’assistance à domicile, les soins infirmiers et l’enseignement, et dire qu’il agit pour contrer les pénuries de main-d’oeuvre, et ce, dans des secteurs prioritaires pour la population, mais aussi pour la CAQ, la santé et l’éducation.

Jean-François Roberge envoie par ailleurs le message que certaines formations ont plus de valeur que d’autres, y compris en santé et en éducation, et que la persévérance et la réussite sont plus importantes dans certaines disciplines.

Les formations professionnelles, techniques et universitaires favorisées aujourd’hui par le gouvernement seront-elles celles dont la société québécoise aura besoin à l’avenir? Sa vision en cette matière doit aller au-delà de 2022.

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Aînés: donnez l’heure juste Mme Blais

CHRONIQUE / Quelles sont les exigences que le gouvernement dictera pour prévenir un autre décès tragique et évitable comme celui d’Hélène Rowley Hotte Duceppe dans une résidence privée pour personnes âgées? Jeudi dernier, la ministre des Aînés, Marguerite Blais, indiquait que «certains irritants» seraient bientôt enlevés dans la certification des résidences privées pour aînés. Il presse que Québec donne l’heure juste aux personnes âgées et à leur famille.

La compassion et les bons mots exprimés par les élus lors d’un décès d’un aîné ou lors du dépôt du rapport du coroner ne suffisent pas pour prévenir des manquements humains et techniques comme ceux relevés par la coroner Géhane Kamel. 

Personne ne voudrait vivre ce qu’ont vécu Hélène Rowley Hotte Duceppe et les membres de sa famille. La femme de 93 ans a passé six heures dehors alors qu’il faisait - 35 °C et qu’une caméra captait ses efforts pour sortir de la cour sans pour autant qu’un membre du personnel l’aperçoive et se porte à son secours. 

Aucun employé du Lux Gouverneur n’a fait le décompte des résidents après l’alerte d’incendie pour s’assurer qu’aucun d’entre eux n’était encore à l’extérieur en ce matin glacial de janvier. Mme Rowley Hotte n’avait pas non plus le bon code de couleur pour signifier que ses problèmes d’audition exigeaient un soutien particulier de la part du personnel. 

Quel est le plan du gouvernement Legault et de sa ministre des Aînés pour éviter ce type d’événement qui n’est pas le premier à se produire? D’autres aînés ont connu une fin similaire à cause d’une porte qui se verrouille automatiquement derrière eux.

La construction d’une trentaine de maisons des aînés — promesse de la CAQ en campagne électorale — est loin de répondre à l’ensemble et à la variété des besoins des Québécois de plus de 65 ans, autonomes, semi-autonomes ou non, de plus en plus nombreux.

Quelque 450 résidences privées pour aînés ont fermé leurs portes depuis 2014, rappelait la semaine dernière la ministre Blais, à l’Assemblée nationale. 

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) a déjà indiqué que «l’augmentation importante des dépenses d’exploitation des résidences pour aînés et le resserrement des exigences gouvernementales font partie des facteurs qui expliquent cette situation». L’association pointe également du doigt la capacité de payer limitée des aînés. 

Comme les centres d’hébergement publics pour personnes âgées, les résidences privées doivent également composer avec le manque de main-d’œuvre. 

Quel est le plan?

Dans ce contexte, quelle est la stratégie du gouvernement pour assurer la santé et la sécurité des 140 000 personnes âgées qui ont quitté leur domicile pour s’établir dans 1800 résidences privées comme le Lux Gouverneur et d’autres plus modestes en région? 

Quels sont les irritants dans la certification que Mme Blais souhaite corriger? Elle a signalé jeudi à l’opposition qu’un nouveau programme de gicleurs serait annoncé «très prochainement». Un tel programme existe depuis qu’un incendie a fait 32 victimes à la résidence du Havre de L’Isle-Verte, en janvier 2014.

Mais encore? 

Est-elle prête à apporter du soutien financier aux résidences pour qu’elles répondent aux exigences de la certification ou à baisser les normes de certification?Songe-t-elle à aider financièrement les aînés moins favorisés afin qu’ils puissent assumer les frais d’une résidence sécuritaire?

Mardi, le cabinet de la ministre a refusé la demande d’entrevue qui aurait permis d’en savoir plus sur les intentions de Mme Blais. Il fallait se contenter d’une déclaration transmise par courriel, une annonce aura lieu en temps et lieu.

«Mes premières pensées vont à la famille de Mme Rowley Hotte Duceppe et à tous ses proches. Nous prenons acte du rapport de la coroner Me Géhane Kamel de façon sérieuse et approfondie. Même si le rapport ne comporte aucune recommandation à l’égard du MSSS, nous appuyons les recommandations de la coroner afin d’éviter la récurrence d’un tel événement malheureux. À titre de ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, ma priorité est d’assurer le bien-être et la sécurité en RPA, comme dans tous les types d’hébergement.»

Vous êtes rassurés et confiants pour la suite des choses?

Il ne faut pas attendre un autre décès tragique pour évaluer le travail accompli par le gouvernement et les résidences privées.

Dans son rapport sur la tragédie de L’Isle-Verte, feu le coroner Cyrille Delâge, signalait avoir rencontré en 2014 les mêmes obstacles que ceux qu’il déplorait 20 ans plus tôt. 

Mardi, l’avocat de la famille Duceppe mentionnait que nous sommes devant un enjeu de société important. En effet, le Québec vieillit et il ne peut prendre à la légère la sécurité des personnes âgées. 

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Écoute à deux vitesses

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault se targue d’être à l’écoute de la population, mais force est de constater que les parents d’enfants handicapés n’ont pas l’écoute et l’attention qu’ils méritent de sa part.

Oui, je sais, Québec a annoncé la semaine dernière une bonne nouvelle aux parents d’enfants handicapés. Le gouvernement caquiste a ajouté non pas 22 millions $ comme promis, mais bien 30 millions $ pour soutenir davantage de familles.

Il a aussi allégé quelque peu la procédure de demandes d’aide, prévu une rétroactivité et il donne un peu d’oxygène aux proches aidants en ajoutant également des fonds pour eux. 

C’est un bon début, mais il presse de livrer toute la marchandise promise en campagne électorale aux parents d’enfants handicapés. 

Les mères, les pères ou les proches d’enfants handicapés, notamment ceux devenus adultes, devront attendre encore pour voir la concrétisation de la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’établir une équité entre les familles naturelles et les familles d’accueil qui veillent sur des gars et des filles qui ne sont pas devenus autonomes et indépendants le jour de leur majorité.

Selon le tableau fourni par la firme Raymond Chabot Grant Thornton au Réseau d’entraide pour parents d’enfants handicapés L’Étoile de Pacho, une famille naturelle touchait en moyenne 20 458 $ de soutien gouvernemental en 2016, comparativement à 35 454 $ en moyenne pour une famille d’accueil. Si la personne handicapée devait se retrouver en milieu hospitalier, l’État déboursait 62 056 $ par année pour elle.

Le gouvernement Legault assure qu’il tiendra sa promesse et trouvera une formule plus juste. «On n’a qu’une seule parole», a déclaré le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Le hic, est que le ministre et le premier ministre signalent que leur gouvernement a quatre ans pour respecter son engagement.

Quatre ans, c’est long pour des parents dont la tâche quotidienne est énorme, voire intenable.

Quatre ans, c’est long lorsque vous expliquez depuis des années aux députés, aux ministres et à la population que la situation actuelle n’a pas d’allure et qu’elle pénalise les parents qui veulent s’occuper de leurs grands enfants à la maison. 

«Cet enfant, c’est le mien. Je veux m’en occuper. Je ne veux pas déléguer mes responsabilités à l’État. Ce que je veux, c’est que l’État m’aide à supporter ma famille. […] C’est un plaidoyer pour garder les familles unies», témoignait au printemps 2017 Martin Houle, un père de famille membre de Parents pour toujours.

M. Houle participait à ce moment à une conférence de presse tenue au Parlement avec le député caquiste François Paradis qui appuyait la cause de Parents pour toujours et pressait le gouvernement Couillard d’agir.

Autre gouvernement, même attente

Deux ans plus tard, la voix du père de famille se fait une fois de plus entendre à Québec.

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L’art de faire taire un fonctionnaire

CHRONIQUE / On pouvait difficilement imaginer mieux que ce qui s’est passé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour inciter les fonctionnaires et les employés de l’État à se taire et à fermer les yeux sur des pratiques qui leur semblent contraires à l’intérêt public.

Le lanceur d’alerte Louis Robert a été congédié en janvier dernier alors que la personne qui n’a pas su assurer la confidentialité de sa divulgation au MAPAQ, Geneviève Masse, a été promue sous-ministre adjointe. 

À LIRE AUSSI: Legault présente des excuses au nom de l’État à Louis Robert

Qui plus est, après un rapport accablant de la Protectrice du citoyen, le sous-ministre Marc Dion part un mois d’avance à la retraite avec 33 000$ en poche et le ministre André Lamontagne réfute toute part de responsabilité.

Quel employé d’un ministère ou du réseau la santé, de l’éducation ou des services sociaux a envie de dénoncer une situation qui lui paraît incorrecte et potentiellement contraire à l’intérêt public après ça? 

Malgré les excuses fort bienvenues du premier ministre François Legault à l’agronome congédié, malgré les efforts de la protectrice du citoyen pour rétablir la confiance des employés et des citoyens dans la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles l’égard des organismes publics et malgré la volonté exprimée par le président du Conseil du Trésor pour réviser dès l’automne et non seulement en 2020 cette loi, les Louis Robert ne risquent pas de se bousculer dans les ministères.

Des failles dans la protection des lanceurs d’alerte existent ailleurs qu’au MAPAQ, reconnaît la protectrice Marie Rinfret. Elle invite d’ailleurs les divulgateurs à frapper à sa porte.

Qui voudra en effet s’exposer à revivre les difficultés de Louis Robert, être pointé du doigt dans son milieu de travail et voir sa réputation ternie sur la place publique? 

Loyal à qui?

Il faut beaucoup de courage, de détermination et avoir un grand sens du bien commun pour signaler une situation qui peut s’avérer embarrassante pour soi, les collègues, les patrons et le gouvernement. 

Il y a conflits de loyauté pour certains. Loyauté envers le public ou loyauté envers son employeur et ses supérieurs hiérarchiques.

Des loyautés apparaissent plus payantes que d’autres. Du moins au MAPAQ.

Il y a des manquements de rigueur et de non-respect d’une loi qui ne portent pas à conséquence et qui ne risquent pas de freiner une progression de carrière. Du moins au MAPAQ.

C’est ce que retiendront probablement bon nombre de fonctionnaires et d’employés du secteur public. 

Et ce, même si la protectrice du citoyen a souligné en conférence de presse que les graves manquements constatés au MAPAQ sont des erreurs de bonne foi, de jugement, un «problème d’ordre structurel plus que des problèmes personnels». Les responsables ont perdu de vue le principal objectif de la loi qui est la protection du lanceur d’alerte, selon elle. 

Dans son rapport d’enquête, la protectrice écrit cependant que «le facteur de la nouveauté n’atténue en rien la portée des responsabilités d’une administration à l’égard d’une allégation d’acte répréhensible». 

Elle poursuit : «Au surplus, le fait d’être peu familier avec ce domaine doit plutôt inciter les personnes qui assument un nouveau rôle à se questionner, à se documenter et à développer une compétence à cet égard». 

L’examen des faits l’amène à conclure que l’appropriation de la loi et des directives du MAPAQ pour son application «n’a pas été faite avec rigueur par les autorités du MAPAQ et par les personnes les plus concernées par la mise en œuvre de la Loi».

Le député péquiste Sylvain Roy a parlé de «sabotage opérationnel». 

Les faiblesses de la loi sur la protection des lanceurs d’alerte sont en effet indéniables avec le traitement réservé à la divulgation de l’agronome Louis Robert qui dénonçait l’influence du lobby des pesticides dans la recherche publique.

La Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics a été adoptée seulement en 2017, bien que certains réclamaient une telle législation depuis 2009.

La commission d’enquête Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics a forcé le gouvernement libéral de Philippe Couillard à agir. Un premier pas a été franchi mais manifestement, il en faudra d’autres de la part du gouvernement de François Legault. 

Depuis le dépôt du rapport spécial de la protectrice du citoyen, le gouvernement caquiste manifeste la volonté d’apporter les correctifs nécessaires.

Il est souhaité que cette détermination demeure ferme et que le message descende et passe bien dans toute la machine administrative.

Chronique

Hydro: plus que le client en demande

CHRONIQUE / La grogne des consommateurs d’électricité et des électeurs qui se sentaient floués par la Coalition avenir Québec a fait plier le gouvernement Legault. Une grande victoire pour les clients d’Hydro et les électeurs? On verra dans cinq ans qui en sortira vraiment gagnant.

Évidemment, tout le monde aime payer le plus bas et le plus juste prix possible pour un service. Les caquistes feront donc de nombreux heureux avec l’annonce de mercredi. Hydro sera aussi ravie que Québec éloigne le regard de la Régie de l’énergie. 

Mais un gel tarifaire en 2020 et une augmentation limitée à l’inflation entre 2021 et 2024, est-ce vraiment une si bonne affaire et un si bon signal à envoyer aux Québécois énergivores et aux clients potentiels hors Québec?

L’analyste en énergie Jean-François Blain rappelait mardi sur les ondes de Radio-Canada que l’augmentation des tarifs d’Hydro avait été bien moindre que le taux d’inflation au cours des dernières années. Les abonnés ont connu des hausses de 0,3, 0,7 et 0,9 %. 

Pierre-Olivier Pineau, de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, a formulé une observation similaire dans divers médias.

Dans un communiqué, Hydro indique également que depuis près de 60 ans, «la croissance des tarifs équivaut à l’inflation». La Régie y veillait. 

L’expérience passée, en matière d’énergie ou autre, montre par ailleurs que les consommateurs peuvent faire les frais d’un gel tarifaire ou d’une sous-évaluation du coût d’un service. Un jour, ils doivent forcément passer à la caisse.

D’autant plus que les abonnés Hydro-Québec ne paient pas seulement pour l’énergie qu’ils consomment.

Par le biais de leur facture d’Hydro, ils assument aussi une part du coût du développement économique de certaines régions du Québec et les choix politiques de leurs élus.

Si un gouvernement veut qu’Hydro achète des blocs d’énergie d’autres sources (éolien, biomasse, petites centrales hydroélectriques), la société d’État s’exécute même si elle a des surplus d’énergie et même si cela peut influencer à la hausse la note de ses clients. 

Cette situation ne changera pas avec le gouvernement de François Legault qui manifestement n’hésitera pas à utiliser Hydro à des fins partisanes. Le dépôt du projet de loi 34 en est la preuve. 

Au-delà des trop-perçus

«Aujourd’hui, notre gouvernement démontre qu’il est à l’écoute de la population en faisant en sorte que, dès le début de 2020, de l’argent sera remis dans les poches des consommateurs. Le premier ministre a été clair en affirmant qu’il souhaitait une solution qui offrirait une tarification prévisible et transparente, basée sur le taux d’inflation, et c’est justement ce que le projet de loi que j’ai déposé ce matin en chambre vient faire», a soutenu le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Son projet de loi 34, Loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité, pourrait aussi s’intituler Loi visant à «politiser davantage» le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité.

Le ministre Julien en donne plus que le client en demande avec son projet de loi. 

En se libérant du dossier des trop-perçus pour ne pas le traîner comme un boulet, le gouvernement caquiste en profite pour changer les règles du jeu avec la Régie de l’énergie et Hydro. Il va au-delà des écarts de rendement. Il déleste la Régie de certaines responsabilités. Les tarifs seront fixés pour cinq ans et non année après année. 

Bien des reproches ont été formulés par le passé à l’égard de la Régie de l’énergie, notamment par l’Union des consommateurs et la Fédération canadienne des contribuables. 

Encore hier, le porte-parole québécois de la Fédération, Renaud Brossard, soutenait en entrevue que la Régie a fait preuve de nonchalance avec les trop-perçus et qu’elle ne joue pas son rôle de protection des consommateurs. Il préfère tenir le gouvernement imputable de la tarification. 

Le mandat de la Régie ne se résume cependant pas à la protection des consommateurs. Son rôle d’organisme de réglementation est d’assurer la conciliation entre l’intérêt public, la protection des consommateurs et le traitement équitable du distributeur et du transporteur d’électricité. La Vérificatrice générale le rappelait dans son rapport de mai 2018 portant sur l’établissement des tarifs d’électricité d’Hydro-Québec.

Replonger dans ce rapport permet de constater que les consommateurs d’électricité du Québec s’en tirent fort bien si on les compare à ceux de la Colombie-Britannique ou de l’Ontario. 

La hausse moyenne annuelle du prix de l’électricité a été de 1,4 % au Québec entre 2002 et 2017. Durant la même période, elle a été de 3,7 % en Ontario et de 4,6 % en Colombie-Britannique.

Au 1er avril 2018, les tarifs d’électricité résidentiels moyens étaient 49 % plus élevés pour les clients de BC Hydro par rapport à ceux d’Hydro-Québec, et 79 % plus élevés pour ceux d’Hydro One.

Chronique

Une carotte, un médecin de famille

CHRONIQUE / Docteur, aimez-vous les carottes? La ministre de la Santé, Danielle McCann, et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec en proposent pour 46 millions $ aux médecins qui prendront plus de patients en charge. Souhaitons que cette fois-ci, la recette retenue soit également digeste pour les malades et les contribuables.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement québécois sort le chéquier et le plat d’incitatifs financiers pour influencer le comportement des médecins et les inciter à recevoir plus de patients dans leur cabinet. 

Les résultats ont été jusqu’à maintenant plutôt mitigés. Les patients orphelins de médecin de famille se comptent encore par milliers et même ceux qui en possèdent un, n’y ont pas toujours accès rapidement.

En 2015, la Vérificatrice générale avait exposé dans un rapport que le ministère de la Santé et la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) exerçaient un suivi peu serré des sommes versées aux médecins et de l’efficacité des mesures incitatives. À la fin de 2018, la Vérificatrice notait certes des améliorations, mais relevait encore certaines lacunes dans les façons de faire de la RAMQ. 

Est-ce que l’approche retenue par la ministre McCann et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) sera plus bénéfique pour les patients?

Les 46 millions $ auraient pu être versés à tous les médecins en haussant le montant accordé pour une consultation. «Les médecins auraient pu toucher les 46 millions $ sans rien faire de plus», explique le président de la FMOQ, le DLouis Godin. Il dit que la FMOQ a préféré donner plus de services à la population avec cette somme déjà prévue dans l’entente convenue avec le gouvernement libéral. 

La ministre de la Santé estime que l’incitatif financier de 10 $ par dossier — 7500 $ par année de plus pour un médecin qui aura plus de 750 patients inscrits et 15 000 $ pour celui qui en comptera plus de 1000 — permettra à 175 000 Québécois d’avoir enfin un médecin de famille. 

Vraiment? 

Si un médecin gagne déjà 240 000 $ par année, un supplément de 7500 $ va-t-il vraiment le convaincre de prendre trois patients de plus s’il en a déjà 747, ou 250 malades de plus s’il traite présentement 500 patients? 

S’il a toujours l’obligation de consacrer du temps de pratique à l’hôpital ou au centre d’hébergement et de soins de longue durée, s’il préfère cette pratique à celle au cabinet, un médecin sera-t-il vraiment enclin à inscrire des patients supplémentaires pour 7500 $ de plus? Jugera-t-il que sa tâche est déjà bien assez lourde, que sa paye est déjà suffisante, qu’il préfère avoir plus de temps pour lui et sa famille?

Les critiques des médecins ont été virulentes lorsque Gaétan Barrette, l’ancien ministre de la Santé et ancien président de la Fédération des médecins spécialistes, a voulu leur imposer des quotas de patients pour diminuer le nombre de malades orphelins de médecins de famille. Ils ont dénoncé cette «médecine à la McDo». 

En brandissant d’abord la carotte plutôt que le bâton comme le faisait son prédécesseur libéral, Mme McCann connaîtra-t-elle plus de succès? Le gouvernement de François Legault pourra-t-il se présenter devant l’électorat en disant qu’il a accru l’accès aux soins de première ligne?

Louis Godin rappelle qu’en bonifiant il y a trois ans et demi la rémunération des médecins qui avaient plus de 500 patients, plus d’un million de personnes ont été prises en charge par un médecin de famille. Le président admet toutefois que l’incitatif était plus important que celui mis actuellement sur la table. 

Même s’il est persuadé que l’objectif de 175 000 nouveaux patients inscrits sera atteint, il ne veut toutefois pas d’un thermomètre public pour suivre la progression. «Ce n’est pas une campagne de Centraide. Ce n’est pas une campagne de souscription». 

Le Dr Godin estime que les données de la RAMQ permettent de suivre au quotidien les résultats et qu’il n’est pas nécessaire que les partis politiques s’interpellent de façon partisane pour savoir si la cible de nouveaux patients inscrits est atteinte ou non.

Les relations sont harmonieuses jusqu’à maintenant entre la ministre McCann et le «syndicat» des médecins omnipraticiens. Les parties entameront toutefois sous peu des travaux afin de mettre en place un nouveau mode de rémunération des médecins. Ce n’est pas une «petite affaire», selon M. Godin.

Les deux parties s’entendant pour apporter des changements, mais le sujet demeure délicat et complexe. Quelle sera la part de la rémunération à l’acte, de la capitation, du salariat dans le futur modèle québécois? Le président Godin ne s’avance pas sur ce qu’il considère le modèle idéal. Il juge toutefois que l’Ontario consacre une faible proportion — 15 % — à la rémunération à l’acte. Au Québec, c’est de l’ordre de 70 %. La capitation représente environ 30 % de la rémunération des médecins. 

En 2009, le Commissaire à la santé et au bien-être invitait Québec à revoir le mode de rémunération des médecins, estimant qu’une mixité de modalités (capitation, à l’acte, salariat) favorisait l’interdisciplinarité, notamment avec les infirmières. 

Le Québec se met enfin au travail. Comme il a enfin décidé de faire appel davantage aux infirmières praticiennes spécialisées, comme le font d’autres provinces depuis des années, pour améliorer l’accès à des soins. Il y a de l’espoir.

Chronique

Modèle de base et école publique

CHRONIQUE / Le système scolaire public s’apparente de plus en plus à l’achat d’un «char». Les moins fortunés doivent se contenter du modèle de base alors que les mieux nantis ont plusieurs options et le choix du modèle qui pourra les conduire plus loin.

Le gouvernement Legault aime dire qu’il poursuit le travail amorcé dans les années 1960 par la commission Parent avec son projet de loi sur la laïcité.

Dommage qu’avec son projet de loi 12 sur les frais scolaires, il ne manifeste pas le même souci de poursuivre, voire de préserver, le volet majeur du rapport Parent : la gratuité scolaire et la démocratisation de l’accès à l’éducation.

«Réparons le système et offrons ce qu’il y a de mieux à nos enfants», a dit cette semaine à l’Assemblée nationale le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. 

L’affirmation du ministre est trompeuse.

Lui et son gouvernement acceptent que des élèves aient accès à l’école publique à des programmes stimulants (sports, arts, langues, informatique, éducation internationale) parce que leurs parents ont les moyens de payer les centaines de dollars exigés, tandis que des milliers d’autres enfants ont accès uniquement aux services de base, à la classe «ordinaire». 

«Le droit à la gratuité, là, c’est les matières de base, c’est les services particuliers, c’est tout ce qu’il faut pour amener nos jeunes qui ont soit de la douance, soit une facilité normale ou soit des difficultés, des besoins particuliers, de donner 100 % des services professionnels pour que chaque jeune aille au bout de son potentiel. C’est ça notre mission», a soutenu le ministre.

Le portrait est incomplet. 

Dans une même école publique, d’autres enfants ont tout ça et plus encore, et seulement du fait que leurs parents peuvent assumer une facture qui va au-delà des fournitures scolaires.

Sans aller jusqu’à payer un programme de sports équestres à 10 000 $ par année à tout le monde, le Québec doit rétablir l’équité dans le système scolaire public et ce n’est pas en ajoutant des activités parascolaires et deux sorties culturelles gratuites par année qu’il y parviendra. 

Il coûterait des centaines de millions de dollars pour financer la gratuité et les crédits ne permettent pas de financer cette gratuité, a indiqué le ministre Roberge.

Son gouvernement a pourtant trouvé des crédits pour compenser les commissions scolaires qui perdront des centaines de millions de dollars chaque année, et ce parce que la CAQ a promis de réduire les comptes de taxes scolaires en uniformisant le taux de taxation à celui le plus bas existant au Québec.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a signalé au ministre les brèches que comporte son projet de loi en regard de droit à l’instruction publique gratuite et à l’exercice de ce droit sans discrimination pour les enfants en situation de pauvreté. La Commission a rappelé la mise en garde formulée en 2007. 

Frais illégaux et vice caché

En vain. Même si le ministre lui-même a reconnu qu’il était illégal d’imposer des frais aux parents pour des programmes particuliers et qu’il s’agissait en quelque sorte d’un «vice caché» par les gouvernements précédents, il ne corrige pas le tir et ne voit pas la nécessité de contrer la ségrégation scolaire et l’école publique à deux vitesses.

M. Roberge estime que l’entente conclue entre les commissions scolaires et les parents qui les poursuivaient pour des frais en trop — 153 millions $ — préserve le milieu scolaire d’un autre recours du genre devant les tribunaux. Le but de son projet de loi est aussi de ne pas exposer les commissions scolaires à un autre recours collectif. 

C’est à suivre. Apprenant que le ministère savait que réclamer des frais pour les programmes pédagogiques particuliers était illégal, un père dont le fils a suivi un programme de sport-études-hockey a déposé cette semaine une demande d’action collective au palais de justice de Montréal.

Il est désolant de voir que le gouvernement se limite à réduire la facture des frais scolaires plutôt que de favoriser une véritable égalité des chances. 

Au secondaire, les élèves qui fréquentent une école privée ou un programme particulier dans une école publique ont deux fois plus de chances d’accéder au cégep, et respectivement neuf fois et six fois plus de chances d’aller à l’université que ceux inscrits à une école «ordinaire» publique. C’est le rappel que faisait en janvier le professeur Égide Royer, de l’Université Laval.

Le ministre soutient que son projet de loi a été rédigé en suivant trois principes : la clarté, l’équité et l’accessibilité. 

«L’accessibilité, parce qu’avec l’adoption de ce projet de loi là il y aura plus de gratuité qu’avant, et nos écoles seront plus accessibles. Il y aura moins de frais qui seront chargés aux parents». 

«Plus de gratuité qu’avant» pour l’école qui est obligatoire jusqu’à 16 ans ne rend pas les programmes d’éducation internationale, de sports, de langues, d’informatique, de science ou de musique plus accessibles aux enfants de familles moins nanties financièrement.

«[…] les jeunes aiment ces parcours particuliers, les enseignants les aiment, les parents les demandent», disait mardi le ministre. Il a raison.

C’est d’ailleurs pourquoi plusieurs élèves et leurs parents les préféraient au modèle de base.

Chronique

Préposés: c’est raisonnable 13 $ l’heure?

CHRONIQUE / François Legault n’hésite pas à critiquer les salariés qui gagnent trop. Il pointe du doigt les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour et les employés municipaux. Quand va-t-il se préoccuper de ceux qui ne gagnent pas assez, comme les préposés aux bénéficiaires, payés entre 13 et 15 $ l’heure pour prendre soin des personnes âgées?

Le premier ministre trouve-t-il raisonnable que les femmes et les hommes qui lèvent, lavent, habillent, nourrissent et mettent au lit les aînés ou les personnes non autonomes touchent entre 13 et 15 $ l’heure dans des résidences privées ou des ressources intermédiaires d’hébergement, et 21 $ l’heure dans des centres d’hébergement de soins de longue durée publics?

Son gouvernement aura à négocier le renouvellement des conventions collectives qui viennent à échéance au printemps prochain dans le réseau public. 

Il aura l’occasion d’envoyer un premier signal sur la valeur qu’il accorde au travail des préposés aux bénéficiaires à l’emploi des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et des hôpitaux. 

Le gouvernement peut-il espérer attirer et retenir cette main-d’œuvre indispensable au bien-être des personnes âgées en les payant autour de 20 $ l’heure, alors que les gens qui placent des bouteilles sur les tablettes de la Société des alcools touchent tout autant? 

S’il veut mieux traiter les personnes âgées, le travail du gouvernement caquiste ne peut toutefois s’arrêter à la bonification des conditions de travail des employés du secteur public. Il doit également envoyer un signal clair au secteur privé qui accueille des milliers d’aînés vulnérables et en perte d’autonomie. 

Pour que les personnes âgées, semi ou non autonomes hébergées dans des résidences privées ou des ressources intermédiaires puissent aussi recevoir des services par du personnel qualifié qui ne change pas toutes les semaines, il faut également que Québec s’assure que les conditions de travail y sont à la hauteur. 

Besoin du privé

Le secteur public ne peut accueillir et créer de nouvelles places pour toutes les personnes âgées qui seront de plus en plus nombreuses à requérir des services. Le Québec doit compter sur des résidences privées ou des ressources intermédiaires d’hébergement. 

Le député péquiste Harold Lebel l’a bien rappelé mardi en conférence de presse. «On a besoin des résidences privées. [...] Le public n’arrivera pas à offrir de la place pour tous les aînés.»

Si le Québec veut éviter de se retrouver avec un système à deux vitesses, il presse d’agir. Se fier sur du cheap labor dans le privé pour prendre soin de nos personnes âgées n’est pas une option pour faire face au vieillissement de la population. 

Mardi, le Parti québécois, Québec solidaire et le syndicat des Teamsters ont réclamé que Québec adopte un décret pour que les conditions de travail des salariés qui travaillent auprès des aînés soient équivalentes dans le secteur privé et le secteur public.

Est-ce la meilleure formule pour pallier la rareté de main-d’œuvre qui frappe l’un et l’autre? Cela reste à voir.

L’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec approuverait l’idée du décret. Celle-ci a eu du mal en 2016 à convaincre l’ancien ministre Gaétan Barrette de la nécessité de réduire l’écart entre le privé et le public. 

En mars, la Presse canadienne faisait état d’un syndicat de la FTQ qui avait réussi à négocier une hausse de 4,48 $ l’heure dans des résidences privées et à se rapprocher ainsi des conditions offertes dans le réseau public. 

Une chose est certaine, le statu quo est intenable. Et ce n’est pas le dernier comité mis en place par la ministre Marguerite Blais pour développer une nouvelle approche pour l’hébergement et les soins de longue durée qui règlera le problème et fera apparaître par magie du personnel avant 2021. Le temps est à l’action et non au surplace, comme le souligne le Réseau FADOQ, déçu de la mise sur pied d’un autre comité alors que l’action s’impose.

«Si les conditions de vie sont plus agréables pour les résidents, vous ne pensez pas que ça va être plus agréable pour le personnel?» a répondu mardi la ministre à une question des médias. Un petit sac de peppermint avec ça? 

Si le gouvernement et la société veulent des milieux de vie plus accueillants afin que les aînés se sentent comme à la maison, il ne peut éluder la question de la main-d’œuvre.

Le premier ministre Legault ne se gêne pas pour intervenir dans le renouvellement des conventions collectives du secteur privé ou des municipalités.

La semaine dernière, il a rappelé aux maires que leurs employés gagnent en moyenne 30 % de plus que les employés de l’État.

Le chef caquiste est toutefois demeuré muet sur le fait que certains salaires payés dans le secteur public ne font plus le poids avec le privé et la fonction publique fédérale, et prive ainsi le gouvernement québécois d’une précieuse expertise.

Au syndicat représentant les salariés d’ABI en lock-out depuis des mois, M. Legault a demandé d’être raisonnable. Selon lui, il ne faut pas risquer de perdre des emplois à 92 000 $ par année. 

Il y a des risques aussi à laisser nos personnes âgées vulnérables aux mains d’une main-d’œuvre changeante, non qualifiée et mal payée. Ce serait apprécié que le premier ministre s’en préoccupe.

Chronique

Maltraitance: un problème majeur de santé publique

CHRONIQUE / «Protéger les enfants, c’est le travail le plus difficile qui soit», estime le Dr Jean Labbé. Il trouve le public bien sévère à l’égard de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), accusée à la fois d’en faire trop et trop peu. «Personne ne s’intéresse aux milliers de cas où la DPJ réussit».

L’homme sait de quoi il parle. Il a travaillé pendant 37 ans comme pédiatre consultant en protection de l’enfance. 

M. Labbé a été notamment cofondateur, en 1976, de la première clinique de protection des enfants, au CHUL, à Québec. Il a été consulté pour l’élaboration de la Loi sur la protection de la jeunesse, en vigueur depuis 1979 et par la suite, lors des modifications apportées à celle-ci. Il a également reçu le prix Victor-Marchessault de défense des enfants de la Société canadienne de pédiatrie.

Retraité depuis 2013, le pédiatre et professeur émérite de la Faculté de médecine de l’Université Laval est également auteur du livre «La maltraitance des enfants en Occident. Une histoire d’hier à aujourd’hui», publié en début d’année aux Presses de l’Université Laval et diffusé sous peu en France, par les Éditions Hermann. Comme bon nombre de Québécois, le Dr Labbé se sent interpelé par la mort tragique de la fillette de 7 ans de Granby. Il se garde bien toutefois de porter un jugement, de pointer un ou des coupables dans ce dossier. 

D’expérience, il sait que les histoires de familles en difficulté et de DPJ sont beaucoup plus complexes que le public le croit ou peut même l’imaginer. Les quatre enquêtes en cours permettront, selon lui, d’exposer les faits, de poser les bons diagnostics et d’éviter, autant que faire se peut, qu’un tel drame se reproduise.

Conséquences d’un problème majeur 

Le spécialiste indique que la maltraitance est un problème de santé publique majeur. «Si un nouveau virus apparaissait et causait autant de décès, de blessures et de conséquences physiques et psychologiques que la maltraitance, les gens réagiraient pour faire des recherches, pour essayer de trouver des façons de régler le problème, pour trouver un remède, un vaccin. On se dirait “tabarnouche, ça n’a pas de sens”».

Il soutient qu’il faudrait accepter collectivement d’investir suffisamment dans la protection de l’enfance, comme on le ferait pour combattre un virus.

Selon la définition et les critères retenus dans différentes recherches, la maltraitance touche entre une personne sur trois, une personne sur huit. C’est dire l’impact de ces mauvais départs, de ces enfances volées. «Ça détruit des vies».

Le pédiatre Labbé rapporte qu’une étude américaine a révélé que les enfants maltraités avaient plus de problèmes de santé physique que les autres à l’âge adulte. 

S’ajoutent les problèmes psychologiques et relationnels des victimes. Qui plus est, le tiers des enfants maltraités maltraiteront à leur tour leur progéniture.

Dès sa quatrième année en médecine, l’étudiant Labbé a constaté et réalisé les ravages de la maltraitance lors d’un stage en psychiatrie adulte. Les mauvais traitements physiques et psychologiques dans l’enfance étaient bien souvent à l’origine des problèmes psychiatriques des patients.

Avant de sabrer dans les budgets ou de réorganiser les services de protection à l’enfance, il faut donc y penser deux fois. Les conséquences sont multiples et importantes.

Jeudi, jour des funérailles de la fillette de Granby, le premier ministre François Legault a affirmé que des sommes supplémentaires seront ajoutées à celles prévues au dernier budget si cela s’avère nécessaire. Comme le veut la formule caquiste : on verra.

Le Dr Labbé est pour sa part confiant. L’indignation a été à ce point forte après la mort de l’enfant de l’Estrie qu’il croit que cette fois-ci, le Québec n’a pas le choix de scruter le fonctionnement du système et de corriger ses failles. Les résultats des enquêtes rappelleront la société et les élus à leurs devoirs.

Le professeur émérite ne voit pas la nécessité de revoir le contenu de la Loi sur la protection de la jeunesse. Quand il compare la législation des États-Unis, de l’Angleterre ou de la France, il juge que le Québec a une bonne loi. C’est son application qui pose de plus en plus problème.

Le Dr Labbé s’inquiète du surcroît de travail des intervenants, du manque de ressources, des modes de gestion qui mettent de côté l’approche humaine, pourtant essentielle pour qui intervient auprès d’enfants et de familles en difficulté.

Il faudrait selon lui valoriser davantage le travail des intervenants en protection de la jeunesse, améliorer leurs conditions de travail et s’assurer que la DPJ leur offre la formation et le soutien nécessaire pour accomplir leur travail qui s’exerce jour après jour dans des contextes difficiles.

Il verrait d’un bon œil que Québec instaure dans les grandes villes des services intégrés en abus et maltraitance (SIAM) où travailleurs sociaux, médecins, policiers et procureurs travaillent en collaboration dans un même lieu afin de soutenir les enfants et leur famille. La Capitale-Nationale est dotée d’un SIAM depuis l’an dernier. 

Le pédiatre pense aussi qu’il faut agir en amont. «La DPJ, c’est le recours ultime quand rien n’a marché avant. […] En coupant dans les CLSC, on s’est peut-être coupé l’herbe sous le pied», avance-t-il. 

Selon lui, l’école pourrait même être mise à contribution dans un but préventif, en parlant aux élèves des méthodes éducatives et des dangers de secouer un enfant. 

Pas le droit à l’erreur

Au cours de sa vie professionnelle, le pédiatre a été confronté à des situations épouvantables, atroces. Des cas l’ont empêché de dormir. Heureusement, il n’a pas la mort d’une petite victime sur la conscience.

Il admet par ailleurs que des soupçons de maltraitance se sont révélés non fondés après une investigation plus poussée. «Ce n’est pas facile de déterminer s’il y a maltraitance ou non. C’est une lourde responsabilité. La DPJ attend le verdict. L’erreur n’est pas permise».

Dans son livre, il démontre que protéger les enfants peut s’avérer une mission à haut risque. «De nos jours, les intervenants des services de protection craignent toujours de rater quelque chose et qu’il en découle une tragédie».

Les intervenants, écrit-il avec des exemples en appui, «risquent d’être blâmés pour ne pas avoir su protéger un enfant ou pour avoir harcelé des parents innocents». 

L’erreur n’est pas permise, bien qu’il demeure toujours une partie imprévisible dans le comportement humain. 

Chronique

Égalité des sexes et tampons gratuits

CHRONIQUE / Si le gouvernement Trudeau cherche des occasions d’être utile dans la vie quotidienne des femmes, s’il veut promouvoir l’égalité entre les sexes, il aurait intérêt à s’attarder ailleurs que dans les toilettes des milieux de travail.

Ottawa mène une consultation jusqu’au 2 juillet pour savoir si les ministères, les sociétés d’État, les banques, les compagnies aériennes ou de chemin de fer, les ports, et les entreprises privées sous réglementation fédérale devraient fournir gratuitement des tampons et des serviettes hygiéniques à leurs employées.

«Tenir une conversation ouverte et honnête à propos des menstruations, et offrir aux femmes et aux employés les produits dont ils ont besoin fait partie de notre plan visant à assurer l’égalité des sexes et à favoriser des milieux de travail sains et sécuritaires», indiquait vendredi la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail, Patty Hajdu, dans le communiqué annonçant que son gouvernement propose des produits menstruels gratuits pour «appuyer l’égalité en milieu de travail». 

À rire ou à pleurer?

Des tampons gratuits et l’équité salariale est atteinte, la discrimination fondée sur le sexe est éliminée, les milieux de travail deviennent sains et sécuritaires. 

Emploi et Développement social Canada parle aussi du «fardeau financier assumé exclusivement par les employées qui ont leurs menstruations», de la «perturbation» de la vie quotidienne au travail de celles prisent par surprise par leurs menstruations.

«Les produits menstruels, comme les serviettes hygiéniques et les tampons, sont essentiels à la santé des femmes et des autres employés utilisateurs, car ils leur permettent de participer pleinement à leur travail et à la société», mentionne également le communiqué de la ministre Hajdu.  

Ottawa croit aussi que la productivité au travail sera accrue et la stigmatisation associée aux menstruations réduite si les produits menstruels sont disponibles gratuitement dans les milieux de travail, comme le sont le savon, le papier hygiénique et les essuie-mains, et comme le prévoit le Code canadien du travail.

Selon la ministre Mélanie Joly, la mesure préconisée par son gouvernement devrait s’étendre dans tous les gouvernements à travers le pays.

Mieux à faire

Les ministres fédéraux et leurs fonctionnaires n’ont-ils rien de mieux à faire, des dossiers plus porteurs à promouvoir dans l’intérêt des femmes canadiennes, jeunes ou âgées, actives ou non sur le marché du travail, pauvres ou de la classe moyenne, employées d’entreprises de compétence fédérale ou non? 

Le dernier rapport du Vérificateur général pourrait inspirer et guider les libéraux s’ils se cherchent du travail et de bonnes causes. Le Bloc québécois suggère de son côté aux libéraux de régler d’abord les problèmes de paye liés au système Phénix. 

Le bureau du Vérificateur général a constaté que les agentes et les agents de la Gendarmerie royale du Canada n’ont pas toujours eu à leur disposition les gilets pare-balles rigides et les carabines dont ils avaient besoin pour se protéger et protéger le public.  

Il relève également que la moitié des 16 millions de personnes — bien des femmes sûrement dans le lot — qui ont voulu joindre un agent dans les centres d’appels d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, d’assurance-emploi, de Sécurité de la vieillesse et du Régime de pensions du Canada en ont été incapables. Elles ont été dirigées vers un site Web ou vers un système de menus enregistrés.  

Une partie du rapport du Vérificateur porte aussi sur les 169 millions $ de revenus perdus par Ottawa parce que le gouvernement refuse d’adapter la fiscalité à la réalité du commerce en ligne et de percevoir des taxes auprès de fournisseurs étrangers de services numériques.

Ces millions de dollars seraient utiles pour assainir les finances publiques, pour soutenir des programmes, notamment ceux visant à assurer la santé et la sécurité des femmes, ainsi que l’égalité des genres.

Mais non, le gouvernement libéral préfère s’activer ailleurs. 

C’est une chose et c’est essentiel qu’un gouvernement prenne des actions pour assurer l’égalité entre les hommes et les femmes. C’en est une autre de prétendre que fournir gratuitement tampons, serviettes et coupes menstruelles est une «question d’égalité des genres», comme le dit Justin Trudeau. 

Les libéraux tentent d’acheter le vote des femmes avec des tampons, soutient le député Maxime Bernier. 

C’est une insulte à l’intelligence. Après des frigos et des bouts de route, des tampons?   

Chronique

L’adresse de Marguerite Blais-Poppins

CHRONIQUE / Marguerite Blais — Mary Poppins pour la critique libérale — et son chef François Legault se sont-ils fourvoyés dans leur formule magique de campagne électorale? D’ici la fin de leur mandat, les 2600 places d’hébergement promises pour les aînés seront surtout créées dans des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et non dans les maisons des aînés qu’ils faisaient miroiter.

L’opposition dira, c’est déjà commencé, que le gouvernement de François Legault ne tient pas ses engagements. Elle verra dans le projet des maisons des aînés un autre exemple de l’improvisation caquiste. Le parti livrera 500 places dans les maisons des aînés et non pas 2600. 

Personnellement, je préfère un gouvernement qui s’adapte à la réalité et aux contraintes existantes plutôt qu’un gouvernement qui s’entête à livrer à tout prix la marchandise promise même si celle-ci ne correspond pas aux besoins les plus urgents des personnes âgées et de leurs proches. 

À la veille des élections, je doute que des citoyens reprochent et traquent les caquistes parce qu’ils n’ont pas construit 30 maisons des aînés. Si leurs vieux parents reçoivent enfin des soins et des services de qualité à domicile, au CHSLD, dans une rare maison des aînés ou dans une résidence privée, et si leurs proches sont traités chaque jour avec respect et dignité, ils seront ravis et soulagés. Ils se diront qu’enfin, le Québec ajuste ses services au vieillissement de sa population. 

Quand le réseau de la santé manque cruellement de bras, notamment pour bien prendre soin des aînés, vaut mieux d’abord mettre ses énergies et ses ressources financières dans l’humain plutôt que dans la brique et le béton.

Une personne âgée et malade a beau se retrouver dans une chambre plus spacieuse, lumineuse et climatisée, avoir accès à une cuisine à aire ouverte et à une cour verdoyante, si elle doit attendre des heures pour faire changer sa couche souillée, si elle n’obtient pas d’aide pour se nourrir, se laver et se vêtir et si elle est confinée dans son lit et dans la solitude faute de personnel, nous ne sommes guère plus avancés.

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a chiffré la semaine dernière en commission parlementaire sur les crédits les besoins en main-d’œuvre dans le réseau pour les cinq prochaines années. Soit 33 036 préposés aux bénéficiaires, 23 963 infirmières, 4068 auxiliaires, 656 pharmaciens et 895 psychologues.

Il serait utopique de penser qu’il suffit de créer de beaux milieux de travail ou de modifier leur appellation — maisons des aînés plutôt que CHSLD — pour attirer et retenir le personnel auprès des personnes âgées non autonomes.

Les conditions de travail doivent aussi être à la hauteur pour que des hommes et des femmes aient envie d’y travailler. Si le ratio patients-personnel demeure élevé et si les salaires sont trop bas pour la tâche exigée, les salariés iront ailleurs.

Répliquant la semaine dernière à la députée de Fabre la qualifiant de Mary Poppins, la ministre Blais a affirmé qu’elle aimé «beaucoup ça».  «[...] la Mary Poppins se promène partout à travers le Québec et la Mary Poppins va faire en sorte qu’il y ait 2600 nouvelles places au Québec pour bien héberger nos aînés et pour en prendre soin». C’est à suivre.

Soutien à domicile

La ministre Blais manifeste aussi une volonté de maintenir les personnes âgées près de leur milieu de vie au lieu de les déraciner pour les héberger dans de grands centres. 

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés a lui aussi fait une tournée du Québec pour sensibiliser la population et les élus à la fermeture de centaines de résidences privées en région. Les propriétaires peinent à trouver du personnel, mais aussi, à répondre aux exigences et à la réglementation du gouvernement.

Marguerite Blais signalait vendredi dernier dans La Presse que Québec hausserait sous peu l’aide financière qu’il accorde aux propriétaires de ce type de résidences pour installer des gicleurs. Elle repousse aussi l’échéancier, mais ne baisse pas les exigences. C’est un bon signal. 

Le gouvernement Legault a également ajouté 280 millions $ pour le maintien à domicile. Sur ce point aussi il reste à faire pour répondre au désir des aînés en perte d’autonomie qui veulent demeurer à leur domicile le plus longtemps possible. Seulement la moitié des aînés qui ont besoin de services à domicile en reçoivent.

Même si des maisons des aînés poussent partout au Québec, le souhait des personnes aînées de rester «dans leur maison» ne s’estompera pas. 

Les caquistes parlent de changement de paradigme pour expliquer leur modèle de maisons des aînés. Le plus grand changement de paradigme serait de miser davantage sur les soins et le maintien à domicile, comme le fait notamment le Danemark.

Revoir le nom, l’architecture et la couleur des murs du lieu d’hébergement des aînés n’est pas le plus grand des chantiers d’un Québec vieillissant.

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Maternelles: au diable la dépense!

CHRONIQUE / Si un service s’avère six fois plus cher que prévu mais qu’il est possible d’obtenir un service similaire ailleurs, qui plus est, sans attendre quatre ans et sans frais exorbitants, la majorité d’entre nous sauterait sûrement sur l’occasion. François Legault et son ministre de l’Éducation refusent toutefois de suivre cette logique avec les maternelles 4 ans. Un entêtement coûteux qui ne fournit pas pour autant ce qu’il y a de mieux aux petits Québécois.

Depuis que La Presse a révélé que l’implantation des maternelles 4 ans serait beaucoup plus onéreuse que l’estimation de la Coalition avenir Québec en campagne électorale — 800 000 $ en moyenne $ par classe plutôt que 122 400 $ — le premier ministre et son ministre Jean-François Roberge tentent de justifier le coût de leur promesse.

«Le meilleur calcul qu’on peut avoir, c’est d’investir dans notre jeunesse, de leur donner toutes les chances de se rendre en première année avec une vraie égalité des chances», a soutenu M. Roberge, mercredi, à l’Assemblée nationale. 

La veille, le premier ministre avait affirmé : «On doit bien ça à nos enfants, 20 000 $ par année, pour être capable de leur offrir ce qu’il y a de mieux». François Legault estime que c’est le meilleur investissement à faire. «Il n’y a pas de compromis à faire de ce côté». 

Le politicien prend manifestement le dessus sur le comptable. La grille coûts-bénéfices est rangée bien loin depuis que M. Legault a déclaré au combat des chefs qu’il était prêt à démissionner s’il ne respectait pas sa promesse des maternelles 4 ans.

Le mieux pour les tout-petits

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il ne dilapide pas des fonds publics pour pouvoir dire qu’il a rempli un engagement électoral. 

Un gouvernement qui gaspille et qui fonce tête baissée ça risque de déplaire aux électeurs. 

«Ça coûte six fois plus cher pour en faire deux fois moins. Ça ne prend pas une formation de comptable pour se rendre compte que ça n’a pas d’allure. Les Québécois, eux, ils font attention à leur budget, ils veulent en avoir pour leur argent», a noté la députée solidaire Christine Labrie.

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il évite également de dédoubler des services, dans ce cas-ci, ceux offerts dans les centres de la petite enfance et autres services de garde éducatifs pour lesquels les contribuables paient déjà plus de 2 milliards $ par année.

Pas besoin de former le gouvernement pour détenir cette information. Québec investit depuis plus de 20 ans dans les services de garde, notamment dans le modèle des CPE envié dans d’autres provinces.

Le ministre signale que 20 000 enfants de quatre ans ne sont dans aucun service. Puisque la maternelle ne sera pas obligatoire, il existe sûrement des moyens moins coûteux que d’ouvrir en vitesse des classes partout pour rejoindre cette clientèle. 

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il intervient tôt, bien avant l’âge de quatre ans. Les caquistes le savent bien. Le ministre Lionel Carmant a élaboré un programme de dépistage précoce des troubles du développement. 

Pourquoi ne pas investir dans le dépistage, mais aussi massivement dans le suivi médical et professionnel des tout-petits de 0-5 ans plutôt que de créer rapidement et à prix élevés des maternelles 4 ans sans savoir si le personnel nécessaire sera disponible et si les enfants seront présents en grand nombre?

Le ministre de l’Éducation répète que 27 % des enfants de cinq ans entrent à la maternelle avec une vulnérabilité dans un des domaines globaux de développement. 

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les enfants, il n’attend pas qu’ils atteignent l’âge de quatre ans pour combler ce retard. Une façon d’y parvenir est d’offrir des services de garde éducatifs de qualité.

Or, parfois au nom du libre choix des parents, parfois faute de volonté politique de créer davantage de places dans les CPE ou parfois par souci d’économies, les gouvernements précédents ont accordé trop peu d’importance à la qualité des services de garde subventionnés et non subventionnés pour lesquels les parents ont des crédits d’impôt.

Ce serait un bon investissement d’y voir enfin sérieusement. Ça aiderait sûrement des enfants à rentrer mieux outillés à l’école, à persévérer, à réussir, à ne pas décrocher.

Jean-François Roberge assure que le déploiement des maternelles 4 ans ne se réalisera pas au détriment des autres services. Il est difficile d’y croire. 

Québec devra verser aux commissions scolaires près de 1 milliard $ qu’elles ne toucheront plus en taxes scolaires. Le ministre des Finances a de son côté prévu une baisse de la croissance des dépenses en éducation à compter de 2020-2021, et ce, même si la clientèle est en hausse, même si le ministre de l’Éducation promet une hausse de la rémunération des enseignants en début de carrière et même si le gouvernement doit renouveler l’an prochain les conventions collectives de tout le personnel des écoles. 

Des besoins pressants existent ailleurs en éducation, en santé, en services sociaux, en protection de la jeunesse, en transports, en environnement. Et les fonds publics, faut-il vraiment le rappeler, ne sont pas sans limites.

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La récré pas seulement pour les profs

CHRONIQUE / Imposer deux récréations de 20 minutes aux écoles primaires sans ajouter un sou de plus paraît impossible. La facture pourrait toutefois être réduite en demandant au personnel des services de garde scolaire, plutôt que seulement aux enseignants, de surveiller et d’animer les récréations. Une formule qui permettrait de faire d’une pierre deux coups.

L’Association québécoise de la garde scolaire a soumis récemment un avis au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dans lequel elle lui recommande «d’avoir l’audace» de confier l’animation et la surveillance des récréations au personnel de la garde scolaire.

Des écoles manquent d’enseignants, le fait est connu.

Mais, problème moins étalé, des écoles peinent aussi à recruter et à retenir le personnel de leur service de garde, signale la présidente et directrice générale de l’association, Diane Miron. Tâches partielles, horaires brisés et trop peu d’heures de travail rebutent la main-d’œuvre.

Mme Miron constate que des milieux revoient à la baisse les critères d’embauche pour combler leurs besoins. D’autres songeraient même à diminuer le nombre d’enfants admis au service de garde faute de personnel. 

Ce service est pourtant indispensable pour la majorité des parents d’enfants au primaire. Certains écoliers fréquentent leur service de garde scolaire jusqu’à 25 heures par semaine (le matin, le midi et après la journée de classe). Ils y passent quasiment le même nombre d’heures qu’en classe. 

Avec l’arrivée des maternelles 4 ans, avec la présence de nombreux enfants en difficulté, Mme Miron estime que le temps n’est pas à réduire les exigences d’embauche, bien au contraire.

En confiant la surveillance et l’animation des récréations au personnel des services de garde, la présidente croit qu’il serait possible d’assurer plus d’heures de travail au personnel des services de garde des écoles et de limiter leur précarité. 

Oui, les techniciennes et les éducatrices y gagneraient, mais pas seulement elles. «Les écoles ont besoin de bras pour soutenir et soulager les enseignants», soutient Mme Miron qui souhaiterait une collaboration plus grande entre les services de garde et les services éducatifs.

Son association a fait valoir les avantages au ministre : offrir des récrés de qualité, protéger la tâche des enseignants, bonifier les conditions de travail du personnel éducateur et par la même occasion, faciliter le recrutement et la rétention de celui-ci. Il y a aussi un avantage financier à recourir à du personnel éducateur plutôt qu’à des enseignants.

Lorsqu’il a annoncé que deux récréations de 20 minutes devenaient obligatoires, Jean-François Roberge a indiqué que leur implantation pouvait se faire à coût nul. 

Le Conseil supérieur de l’éducation et la Fédération des commissions scolaires du Québec n’arrivent pas du tout au même calcul.

Le Conseil estime que l’ajout de temps de récréation ne pourra se faire à coût nul dans tous les milieux. Il souligne que des coûts supplémentaires sont à prévoir à certains endroits pour l’ajout de ressources non enseignantes pour assurer la surveillance, ainsi que  pour la révision des contrats avec les transporteurs.

Le Conseil verrait d’un mauvais œil que le temps que les enseignants doivent consacrer à la récupération et à l’encadrement des élèves soit diminué pour ajouter des minutes de surveillance à leur tâche. 

La Fédération des commissions scolaires évalue à 20 millions $ la somme additionnelle nécessaire pour mettre en place les deux récréations. On est loin du coût nul.

Sortir de la boîte

Si les acteurs ne s’entendent pas sur le montant de la facture, tous sont d’accord sur l’importance et les bienfaits des récréations. 

Il faut donc se montrer imaginatif et s’inspirer de ce qui s’expérimente déjà dans certaines écoles. 

«Il faut sortir de la boîte», selon Marie-Claude Fortin, technicienne et responsable du service de garde à l’école Harfang-des-Neiges, à Stoneham, et instigatrice du projet «Des récréations de qualité». Grâce à une aide financière de la Fondation McConnell, son projet est en cours à Stoneham, mais aussi à l’école Montagnac, à Lac-Beauport, et au Trivent, à Sainte-Brigitte-de-Laval.

«On peut utiliser le personnel des écoles à bon escient pour maximiser le temps de récréation des élèves, diversifier les activités offertes, diminuer le ratio surveillant-enfants, limiter les conflits et l’intimidation dans la cour d’école», nous explique la responsable. 

Ainsi, à son école, la récréation n’est pas qu’une affaire de cour d’école et d’enseignants qui surveillent. 

L’enfant peut toujours décider d’aller jouer au ballon dehors sous la surveillance d’un prof, mais il peut aussi choisir de passer la récréation au gymnase, à la bibliothèque, au local Lego ou à faire du yoga avec des éducatrices et des éducateurs du service de garde.

La période de détente de 20 minutes se décline de différentes façons. Les enfants ne s’en plaignent pas et le personnel non plus. «On veut y aller aux récrés», plaide Mme Fortin.

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La nuisible ingérence de M. Legault

CHRONIQUE / Un «facilitateur» de règlement. C’est ainsi que les ministres du Travail voient leur rôle et c’est aussi ce que les patrons et les syndicats attendent d’eux au Québec. Le caquiste Jean Boulet ne fait pas exception. Le premier ministre François Legault lui complique toutefois grandement la tâche dans le conflit opposant l’Aluminerie de Bécancour et le Syndicat des Métallos.

Du «stuff de junior». L’expression utilisée par le premier ministre Legault pour décrire le contrat liant l’ABI à Hydro-Québec peut malheureusement convenir aussi pour la façon dont il est intervenu dans ce conflit qui perdure depuis plus de 15 mois.

Souhaitons que ce soit une erreur de début de parcours, un signe d’inexpérience, et non l’approche qu’adoptera son gouvernement en matière de relations de travail. Le chef caquiste n’a sûrement pas envie d’être comparé à Maurice Duplessis.

On s’attend à ce qu’un premier ministre fasse preuve de neutralité et évite de prendre parti lors d’un conflit privé même si celui-ci a forcément des impacts sociaux et économiques. Or, M. Legault a choisi clairement et publiquement son camp : celui d’Alcoa et de Rio Tinto, propriétaires d’ABI.

Entendons-nous bien. Le premier ministre aurait pris position publiquement en faveur du syndicat représentant les 1030 employés en lock-out, sa sortie n’aurait pas été plus acceptable et moins dommageable à une résolution rapide du conflit.

Que l’on soit syndiqué ou patron, la façon de faire du premier ministre dans le dossier ABI n’augure rien de bon si dorénavant Québec se permet de déroger à son rôle d’arbitre, de «facilitateur» de règlement, et vient déséquilibrer les rapports de force et saboter le travail réalisé depuis des mois par les conciliateurs et les médiateurs du ministère du Travail. 

Échec prévisible

En voulant forcer un règlement en appelant le syndicat à faire des concessions, le premier ministre risque d’avoir retardé plutôt que de faciliter une entente jugée convenable par les deux parties.

L’échec de l’hypothèse de règlement formulée par le ministre Boulet- une procédure qui n’existe pas dans le Code du travail- était dans ce contexte prévisible. 

Au départ, l’entreprise et le syndicat n’étaient pas entichés de la voie suggérée par le ministre. ABI a finalement accueilli favorablement l’hypothèse soumise la semaine dernière, estimant qu’elle constitue «une étape positive pour parvenir à une entente». L’employeur souhaite que le syndicat y trouve aussi «un cadre de travail pour une entente finale qui mettra fin au conflit». 

« Un grand pas en avant», a aussitôt indiqué le cabinet du ministre dans un communiqué, et ce avant même que le syndicat dévoile sa position. Il fallait s’y attendre, celle-ci était négative. Selon les Métallos, l’hypothèse est pratiquement un copier-coller de la dernière offre patronale rejetée à 82 % en mars. 

Une heure plus tard, le cabinet du ministre du Travail transmettait un autre communiqué pour déplorer la réaction du syndicat.

«Le vocabulaire employé par le syndicat laisse croire qu’il n’a pas fait une analyse rigoureuse de l’hypothèse de règlement. Des concessions ont été demandées aux deux parties. Je souhaite que les salariés puissent l’analyser et s’exprimer de façon libre et volontaire», affirme M. Boulet. 

Admettons que s’exprimer de «façon libre et volontaire» se complique sérieusement lorsque le premier ministre vous a donné le mauvais rôle.

Et dire que le président de la FTQ et des Métallos avaient demandé à M. Legault d’agir dans le dossier pour rétablir l’équilibre des forces rompu par le contrat avantageux conclu entre Hydro et ABI qui n’a pas à acheter le bloc d’électricité réservé à son usage durant le lock-out. L’entreprise a pu ainsi économiser plus de 165 millions $.

Dans une lettre publiée en mars, les dirigeants syndicaux rappelaient qu’en campagne électorale, François Legault s’interrogeait sur le sérieux de la partie patronale et sur la volonté réelle des multinationales de l’aluminium de régler le conflit.

Au pouvoir, le chef de la CAQ a une autre lecture du dossier, mais le résultat est le même : l’impasse demeure.

La semaine dernière, le ministre Boulet, un ancien avocat patronal, disait qu’il n’envisageait pas le recours à une loi spéciale et qu’il ne pouvait imposer un arbitrage de différends à moins d’en convaincre les parties. Le syndicat souhaitait en mars un arbitrage exécutoire, mais l’entreprise s’y opposait.

Vendredi matin, M. Boulet rencontrera l’exécutif syndical pour connaître les raisons du rejet de son hypothèse de règlement. Il apportera, si nécessaire, des précisions. 

Un conflit qui s’éternise et perturbe toute une région doit être traité avec le plus grand doigté. Personne ne doit jouer avec le feu. Ni le syndicat, ni l’employeur, ni le premier ministre.

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Climat, santé et Hydro-Québec

CHRONIQUE / Les changements climatiques préoccupent les médecins, les infirmières du Québec, et même le président d’Hydro-Québec. Ça commence à faire du monde pour convaincre le gouvernement Legault de s’en préoccuper aussi et ce, rapidement.

Même si François Legault et les caquistes ont été élus sans mettre la lutte contre les changements climatiques dans leur liste de priorités, les appels à l’action se multiplient.

Ils ne proviennent pas uniquement de Québec solidaire et des jeunes qui manifestent le vendredi depuis des semaines. Ils ne se limitent pas non plus aux images de zones inondées. 

Le gouvernement ne peut en faire fi. 

Au Québec, d’ici 50 ans, 20 000 décès seront attribuables aux changements climatiques, a soutenu mardi un regroupement de médecins, d’infirmières et de professionnels de la santé en conférence de presse, à Montréal.

L’Organisation mondiale de la Santé estime que les changements climatiques sont la plus grande menace à la santé du XXIe siècle, ont rappelé les porte-parole.

«Comment vivre en santé alors que notre environnement lui, est malade», demande la vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Shirley Dorismond. «L’environnement constitue l’un des plus importants déterminants sociaux en santé». 

Contrairement à l’environnement, la santé fait partie des trois priorités du gouvernement de François Legault. Il serait donc logique que Québec tente d’agir sur les éléments qui nuisent à l’état de santé de la population. 

En d’autres mots, prévenir plutôt que de se limiter à soigner et à traiter les dommages et le stress causés par la pollution, les inondations, les vagues de chaleur, les pannes d’électricité et les précipitations extrêmes plus courantes.

La santé physique, mais la santé mentale serait également grandement affectée par les changements climatiques. Le Devoir publiait mardi un texte du Monde faisant état d’études pointant dans cette direction. En Europe comme en Amérique, les catastrophes naturelles ont des effets néfastes sur la santé mentale, notamment chez les personnes disposant de ressources plus limitées.

Dans un tout autre domaine, les changements climatiques sont également une source de soucis pour le pdg d’Hydro-Québec, Éric Martel. Dans une entrevue récente à La Presse canadienne, M. Martel a affirmé que «c’est clair que les changements climatiques ont un impact sur notre business». Il n’est sûrement pas le seul à constater des impacts sur ses affaires.

Le pdg signale que les intempéries pèsent de plus en plus lourd. Il y a eu 4500 pannes de courant de plus que l’an dernier. En 2017, la société d’État avait dû affronter huit événements majeurs. L’an dernier, le double. En comparaison des années 1980, c’est quatre fois plus.

La facture d’heures supplémentaires de travail a fait un bond chez Hydro. Les coûts d’émondage seraient aussi en hausse, car les arbres poussent plus rapidement qu’avant.

Les changements climatiques sont-ils «LA» cause et la seule explication aux transformations notées par les professionnels de la santé et le président d’Hydro? Certains avanceront sûrement d’autres explications, d’autres hypothèses. 

Néanmoins, il risque de devenir de plus en plus difficile pour le gouvernement de tarder à s’engager dans une lutte contre les changements climatiques lorsque différentes voix l’invitent à le faire.

«Le statu quo est inacceptable. C’est mon devoir en tant que médecin de nous prescrire plus d’ambition politique», soutient Claudel Pétrin-Desrosiers, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement.

L’urgence climatique peut paraître bien théorique et bien lointaine pour certains. Montée des océans, extinctions d’espèces et déstabilisation des calottes polaires ne les bouleversent pas. 

Par contre, si des professionnels de la santé sonnent l’alarme et font des liens entre changements climatiques et problèmes cardiorespiratoires, asthme et maladie de Lyme, un certain nombre se montreront sûrement plus attentifs et voudront savoir ce qu’eux et leur gouvernement peuvent faire pour limiter les dégâts.

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Enseignement: entretenir l'espoir

CHRONIQUE / Les demandes d’admission sont enfin en hausse dans les facultés des sciences de l’éducation. Pour que les recrues en sortent avec un diplôme dans quatre ans et arrivent en renfort dans les écoles en manque d’enseignants, le ministre Jean-François Roberge devra veiller à maintenir «l’espoir» qu’il voit poindre en éducation. L’embellie, attendue depuis bien longtemps, peut s’avérer éphémère.

Ce n’est pas parce qu’il y a une augmentation de 6 % des demandes d’admission en enseignement préscolaire et primaire et une hausse de 7 % en enseignement secondaire que la profession est devenue la plus convoitée au Québec, qu’elle attirera dorénavant les meilleurs étudiants, que ceux-ci feront une longue carrière dans l’enseignement et que les profs auront un plus grand respect de la population.

Le gouvernement Legault a beau vouloir incarner le changement, le ministre Roberge faire preuve de dynamisme et de créativité, il faudra beaucoup d’efforts et de constance pour redorer la profession enseignante et inciter des gars et des filles à s’y engager pleinement et pour longtemps.

La pente risque d’être difficile à remonter. 

La pénurie d’enseignants se fait sentir partout au Québec alors que la clientèle scolaire est en hausse à bien des endroits. Les banques de remplaçants sont à sec. La suppléance obligatoire laisse craindre aux enseignants de vivre ce qu’ont vécu les infirmières avec le temps supplémentaire obligatoire. Les cas d’épuisement professionnel sont nombreux. Difficile dans ce contexte de croire qu’enseigner est le plus beau métier du monde.

«Je me demande bien comment on en est arrivé là», disait mercredi le ministre Roberge à la période de questions à l’Assemblée nationale.

«Comment on est arrivé à avoir une pénurie d’enseignants dans plusieurs classes, à avoir de la misère à trouver des suppléants pour remplacer des enseignants qui parfois sont malades, doivent s’absenter? Comment on a pu penser, pendant cinq ans, pendant 10 ans, pendant 15 ans, dévaloriser une profession comme ça au point de faire baisser les jeunes qui se dirigent vers la profession enseignante, avec de moins en moins d’inscriptions à chaque année, puis pousser des enseignants qui sont là vers d’autres professions?» 

Sa réponse : en dévalorisant la profession trop longtemps. 

Valoriser les profs et l’éducation

Il faudrait ajouter, pour que la réponse soit complète, que l’éducation n’est pas suffisamment valorisée au Québec. Les deux vont de pair. 

Le ministre dit que son gouvernement arrive avec une perspective totalement nouvelle. Le gouvernement caquiste veut revaloriser la profession et l’éducation est une de ses trois priorités.

Un air déjà entendu dans le passé.

Inscrire le statut d’expert des enseignants dans la Loi sur l’instruction publique, hausser le salaire des enseignants en bas de l’échelle salariale, prévoir du mentorat pour les «petits nouveaux» et offrir des bourses d’excellence comme le propose le ministre sont certes des mesures positives. 

Mais suffisantes pour mettre derrière nous les problèmes d’attraction et de rétention dans l’enseignement?

Si la profession est boudée et si des enseignants décrochent c’est en grande partie parce la tâche est lourde et que les conditions de travail sont difficiles.

Le nombre important d’enfants en difficulté dans les classes pèse lourd pour les profs. Ajouter 150 classes spécialisées comme le prévoit le dernier budget ne vient pas leur donner un grand répit. Le Québec compte 3000 écoles. 

Le gouvernement est certes prêt à financer des ressources professionnelles et techniques supplémentaires pour soutenir les enseignants, mais encore faut-il que les commissions scolaires les trouvent et les attirent dans le secteur public. Des psychologues, des orthophonistes préfèrent travailler au privé plutôt que de se promener d’une école à l’autre sur un vaste territoire.

Les conventions collectives viendront à échéance au printemps 2020. Le ton que prendront les négociations entre Québec et les syndicats d’enseignants et du personnel des écoles indiquera vite l’importance réelle qu’accorde le gouvernement à l’éducation. 

La croissance de dépenses en éducation est de 5,1 % en 2019-2020, mais Québec prévoit la restreindre à 3,8 % les années suivantes. Une croissance qui couvre au plus les coûts de système limite l’espoir de changer significativement les conditions de travail des enseignants.

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Locataires, âgés et dépendants

CHRONIQUE / Qu’importe l’âge d’un locataire, ce n’est pas toujours facile pour lui de s’entendre avec le propriétaire de son logement et de défendre ses droits. Imaginez pour la personne de 75 ou de 85 ans qui dépend de son propriétaire pour lui fournir un toit et la sécurité, mais aussi des soins infirmiers, des repas, de l’aide domestique.

Marguerite Blais, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, et sa collègue des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, avaient une bonne nouvelle mardi pour les personnes âgées vivant dans des résidences privées pour aînés.

Au cours des trois prochaines années, le gouvernement versera 3,2 millions $ sur trois ans aux Centres d’assistance et d’accompagnement aux plaintes (CAAP) et à la Fédération des centres d’assistance et d’accompagnement aux plaintes pour soutenir les locataires de résidences privées pour aînés dans la défense de leurs droits liés au bail.

Comme la nouvelle ne concernait pas les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), le manger mou, le bain hebdomadaire ou les couches souillées, elle n’a pas fait grand bruit.

Et pourtant, c’est une mesure de soutien qui peut s’avérer fort utile pour les milliers de personnes âgées qui vivent dans des résidences privées, ainsi que leur famille. 

C’est d’ailleurs une mesure que préconisait la Protectrice des citoyens dans un rapport spécial publié en 2016, «Les résidences privées pour aînés : plus que de simples entreprises de location résidentielle. Rapport sur le respect des droits et des obligations des locataires et des locateurs dans les résidences privées pour aînés».

On s’inquiète avec raison du sort réservé aux personnes âgées (environ 3 %) qui doivent vivre dans des CHSLD. Il ne faut cependant pas perdre de vue que les gens logés dans les quelque 1800 résidences privées (17,9 % des plus de 75 ans s’y retrouvent) représentent également une population vulnérable à cause de leur âge et de leur état de santé.

Certains sont autonomes, d’autres semi-autonomes et leur état de santé nécessite le recours à plusieurs services au quotidien.

Comment se retrouver dans la tarification des services offerts dans les résidences privées, le bail à signer, le règlement de l’immeuble? Que fait et à qui s’adresse le locataire de 84 ans qui constate ou qui a le sentiment que les services rendus ne correspondent pas au contrat? Le lien de dépendance complique les choses et la tâche de demander des explications ou de contester peut paraître trop complexe pour des locataires âgés.

En conférence de presse, Marguerite Blais a signalé que les personnes aînées ont de la difficulté à se plaindre, à «mentionner les choses qui fonctionnent mal». «C’est souvent tabou, c’est sournois.»

La protectrice notait en 2016 que «les locataires craignent d’être la cible de représailles s’ils expriment librement leur mécontentement ou s’ils entreprennent un recours auprès de la Régie du logement». Elle parlait de frein à l’exercice des droits de personnes malades, isolées socialement et sans soutien. Elle s’inquiétait que deux études relèvent des clauses illégales dans des baux de certaines résidences privées pour aînés.

Les deux ministres s’appuient sur deux projets pilotes menés dans le Bas-Saint-Laurent et au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour démontrer la pertinence d’un financement accru aux CAAP. 

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 1783 plaintes ont été reçues par voie téléphonique et des locataires ont pu profiter de l’accompagnement d’un CAAP pour traiter avec le propriétaire de leur résidence. Le recours à un conseiller d’un CAAP, une structure qui existe depuis 1993 dans les différentes régions administratives du Québec, peut aider à dénouer des litiges. 

Le Réseau FADOQ salue l’investissement de 3,2 millions $. Il rappelle que la présence et l’accompagnement des conseillers d’un CAAP ont permis une conciliation entre les parties dans 95,6 % des cas traités dans le cadre des projets pilotes et ont évité que le dossier aboutisse à la Régie du logement. 

Le Réseau attend maintenant que Québec simplifie les baux. La Protectrice du citoyen le réclamait aussi. La ministre Laforest y travaille. 

La proportion de personnes âgées s’accroît au Québec. Au Canada, c’est ici qu’un plus grand nombre d’entre elles optent pour une résidence privée pour aînés plutôt que de rester à leur domicile.

C’est certes un marché à exploiter, mais dans le respect des droits et des obligations des locataires et des propriétaires. 

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Don d’organes: plus qu’un consentement

CHRONIQUE / Il ne suffit pas de présumer que tous les citoyens veulent faire un don d’organes pour trouver plus aisément un cœur, un poumon, un foie ou un rein pour les centaines de malades en attente d’une greffe, d’une meilleure qualité de vie et d’un espoir de survie. La formule de consentement présumé que vient d’adopter la Nouvelle-Écosse n’est pas une baguette magique ni une solution miracle, prévient Louis Beaulieu, directeur général de Transplant Québec.

Une province ou un pays a beau avoir théoriquement un immense bassin de donneurs potentiels parce que l’État en a décidé ainsi, ce ne pas une garantie qu’il y aura plus de prélèvements et de greffes.

Si les familles refusent d’acquiescer au désir exprimé par leur proche, si le personnel des hôpitaux n’a pas la formation requise, si l’organisation des établissements de santé n’est pas adéquate et pas arrimée avec l’organisme qui coordonne le don d’organes, si la population n’est pas suffisamment éduquée et renseignée, le résultat escompté ne sera pas au rendez-vous.

Qu’est-ce qui est gagnant? Le consentement présumé (ceux qui ne veulent pas faire un don doivent inscrire leur refus) ou explicite comme au Québec (ceux qui veulent faire un don d’organes l’indiquent sur leur carte d’assurance maladie ou dans un registre)?

Louis Beaulieu peut parler des bons coups et des ratés à travers le monde, et démontrer qu’à elle seule, la formule de consentement n’est pas une garantie de succès.

Il donne l’exemple des États-Unis et de la France. Les deux pays ont établi des formules de consentement différentes, mais affichent le même taux de donneurs, soit une trentaine par million d’habitants.

En adoptant de façon très rigide le modèle de consentement présumé et en refusant de discuter pour obtenir l’accord des proches d’une personne en état de mort cérébrale, le Brésil s’est pour sa part tiré dans le pied. La Suède qui a misé sur le consentement présumé sans agir sur d’autres fronts a de son côté fait du surplace.

Et bien sûr, il y a l’exemple de l’Espagne, championne du don d’organes avec ses 48 donneurs par million d’habitants. Un succès grandement attribuable, selon le directeur général de Transplant Québec, à la formation du personnel, à l’éducation du public, et non au fait que le consentement au don d’organes est présumé.

Un grand chantier

Transplant Québec, qui fêtera ses 50 ans l’an prochain, ne monte pas au front pour réclamer que le gouvernement du Québec suive le modèle de la Nouvelle-Écosse.

L’organisme suivra toutefois de très près de qui se passe dans la province maritime, car le projet de loi adopté vendredi ne se résume pas à la formule de consentement. Il contient d’autres éléments porteurs.

«Le Québec a bien fait les choses, mais il peut faire encore mieux», soutient Louis Beaulieu. Il aimerait que le système de référence des donneurs soit amélioré, qu’une meilleure reddition de comptes soit instaurée.

Le directeur général souhaite d’ailleurs que la ministre de la Santé, Danielle McCann, démarre un grand chantier pour en discuter et apporte des changements législatifs comme l’ont fait d’autres provinces canadiennes. Les derniers travaux datent de 2010.

Du 21 au 27 avril, ce sera la semaine du don d’organes. Au 31 décembre 2018, le portrait au Québec se présentait ainsi : 164 donneurs, 451 personnes transplantées et 805 personnes en attente.

Transplant Québec note que depuis 2010, le nombre de références de donneurs potentiels d’organes provenant des 80 hôpitaux du Québec s’est accru de 60 % passant de 388 à 755.

La partie n’est pas pour autant gagnée. Une maladie préexistante ou actuelle peut exclure des donneurs. Ce facteur explique 33 % des références rejetées en 2017 et 38 % l’an dernier.

Un autre élément vient aussi réduire le bassin des donneurs : le refus de la famille. En 2017 et en 2018, 37 % des références ont été refusées par Transplant Québec sous ce motif.

Malgré tout, le nombre de personnes en attente d’une transplantation est en baisse. Il pourrait être encore moindre si le consentement au don d’organes et de tissus était exprimé clairement dans le registre de la Régie de l’assurance maladie du Québec ou celui de la Chambre des notaires, et bien connu et compris par tous les proches avant le décès.

«Donner, c’est prolonger la vie», rappelle Transplant Québec dans sa campagne. «Le don d’organes peut adoucir le deuil, en permettant à la vie de se poursuivre d’une autre manière.»

La possibilité de sauver huit vies et d’aider 20 personnes grâce au don d’organes ou de tissus ne redonne évidemment pas la vie à un être cher, mais ça peut sûrement atténuer quelque peu la peine.

Chronique

Bye bye la retraite à 65 ans

CHRONIQUE / Si votre prestation de retraite était bonifiée de 194 $ par mois — 2328 $ par année — seriez-vous prêts à travailler deux ans de plus, à repousser à 67 ans l’âge de votre retraite?

L’Institut canadien des actuaires (ICA) propose cette carotte pour convaincre les gens de rester plus longtemps sur le marché du travail et pour adapter les régimes de retraite à l’espérance de vie plus longue.

L’actuaire Jacques Tremblay, associé en expertise-conseil actuarielle chez Oliver Wyman et président de la direction des affaires internationales de l’ICA, explique qu’une personne pourrait toujours prendre sa retraite à 65 ans sans voir affecter ses prestations.

Par contre, si l’âge d’admissibilité cible de la retraite passe de 65 à 67 ans et que les prestations de retraite cible augmentent proportionnellement, une bonification de 16,8 % attendrait la personne qui opte pour la retraite à 67 ans. 

L’ICA suggère également de faire passer de 60 à 62 ans l’âge minimal de la retraite anticipée pour le Régime de rentes du Québec et le Régime de pensions du Canada, et de hausser l’âge maximal de la retraite différée de 70 à 75 ans. Établi pour le moment entre 65 et 70 ans, l’âge pour toucher la Sécurité de vieillisse pourrait être fixé dans l’avenir entre 67 et 75 ans. 

Les actuaires incitent les gouvernements à «mettre à jour» l’âge de la retraite tout en les invitant à limiter les conséquences pour les travailleurs à faible revenu ou handicapés.

À quelques mois des élections fédérales, il peut paraître hasardeux, voire peine perdue, de vouloir lancer une discussion sur l’âge de la retraite comme le souhaite l’ICA en publiant ce lundi son énoncé : Une retraite reportée pour des prestations plus élevées : Adapter les programmes de retraite d’aujourd’hui aux réalités de demain.

Un sujet délicat

Une des premières actions prises par le gouvernement Trudeau a été d’annuler une décision des conservateurs de Stephen Harper qui avaient décidé en 2012 qu’à partir de 2023, les Canadiens seraient admissibles à la Sécurité de la vieillesse et au Supplément de revenu garanti à 67 ans et non plus à 65 ans.

Le gouvernement conservateur disait agir ainsi pour assurer la pérennité du programme. Le directeur parlementaire du budget de l’époque, Kevin Page, avait toutefois conclu que celui-ci était viable et que ses coûts diminueraient à compter de 2031.

Les libéraux de Justin Trudeau ont également procédé avec les provinces à une bonification du Régime de pensions du Canada, et par conséquent, à une hausse des cotisations. 

À Québec, le gouvernement Couillard a quelque peu résisté à modifier le Régime de rentes du Québec, mais il a finalement suivi le reste du pays pour ne pas pénaliser les travailleurs québécois. 

Lors de consultations menées en 2017, Québec avait évoqué l’idée d’augmenter l’âge minimal d’admissibilité à la rente de retraite anticipée, mais celle-ci n’a pas été retenue. «À savoir si la proposition reviendra, on ne peut pas répondre à ce moment-ci», a indiqué jeudi une porte-parole de Retraite Québec. 

L’actuaire Michel Saint-Germain, de Mercer, estime que le moment est propice à reconsidérer l’âge de la retraite à cause de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe dans différents domaines d’activités, notamment dans la ville de Québec.

La Fédération des chambres de commerce du Québec disait sensiblement la même chose l’automne dernier.

L’argument de la pénurie de personnel et de la croissance économique s’ajoute à ceux utilisés jusqu’à maintenant : la faiblesse des taux d’intérêt et l’espérance de vie plus longue.

En 1966, un homme de 65 ans pouvait espérer vivre 13,6 ans à la retraite, une femme du même âge, 16,9 ans. En 2016, l’espérance de vie après 65 ans et après avoir dit «bye bye boss» a grimpé à 19,9 ans pour les hommes et à 22,5 ans pour les femmes.

Même si le Régime de rentes du Québec, le Régime de pensions du Canada et la Sécurité de la vieillesse sont viables financièrement pour les 40 à 75 prochaines années, l’ICA estime que des ajustements doivent se faire progressivement sur une dizaine d’années à compter de janvier 2021.

Rappelons que l’âge de la retraite est de 67 ans dans la plupart des pays de l’OCDE.

Est-ce que la possibilité de toucher des prestations de retraite plus élevées pour le reste de ses «vieux jours», le souci de mieux se prémunir contre l’inflation et des crédits d’impôt plus avantageux pour les travailleurs expérimentés vont convaincre les gens de rester au travail plus longtemps? 

L’argent n’est pas le seul élément considéré dans la prise de décision.

L’état de santé, la situation familiale, la satisfaction tirée ou non de son emploi, la flexibilité dont fait preuve l’employeur, le fait que ce dernier reconnaisse ou non l’expertise et l’expérience des travailleurs âgés, la formation et les compétences acquises ou non pour évoluer dans les nouveaux environnements de travail font également partie du calcul. 

Chronique

La vie privée avant les partis

CHRONIQUE / Il est temps que la protection des renseignements personnels des électeurs passe avant les intérêts des partis politiques. Le Directeur général des élections du Québec le réclame depuis six ans. Les prochaines élections auront lieu en 2022. Ça donne amplement le temps aux députés de resserrer les règles.

Les entreprises privées, les ministères et les organismes publics sont soumis aux deux lois qui encadrent la protection des renseignements personnels au Québec. Et les partis politiques? Non. 

Cette exemption est préoccupante et injustifiée.

Nous sommes en 2019 après tout, à l’ère numérique. Le pointage téléphonique est derrière nous.

Et pourtant, la Loi électorale encadre uniquement l’utilisation et la communication des renseignements qui sont inscrits sur la liste électorale, rappelle Élections Québec. Le nom de l’électeur, son adresse, son sexe, sa date de naissance.

Comme si d’autres sources ne permettaient pas aux partis de colliger des données pour cibler finement les préoccupations des citoyens selon les secteurs, d’établir des profils types et de communiquer avec eux de la façon qui leur permettra de récolter le maximum de votes. 

Prises de position publiques dans des blogues ou dans les journaux, pétitions, médias sociaux, bases de données géodémographiques achetées auprès de tiers, renseignements recueillis par des bénévoles lors de porte-à-porte ou de congrès, sont d’autres sources potentielles de renseignements des partis politiques identifiées par Élections Québec. Le consentement de l’électeur dans tout ça?

Il est aussi impossible pour les citoyens en âge de voter de savoir quels renseignements les libéraux, les caquistes, les péquistes ou les solidaires ont sur eux. 

L’an dernier, l’affaire Facebook-Cambridge Analytica a bien démontré les risques à laisser circuler des renseignements personnels sans protection, ainsi que la récupération et le détournement que peuvent en faire des acteurs politiques.

Élections Québec a déposé en février à l’Assemblée nationale une étude pour susciter la réflexion sur les enjeux liés à l’utilisation des renseignements personnels détenus par les partis politiques, Partis politiques et protection des renseignements personnels. Exposé de la situation québécoise, perspectives comparées et recommandations.

La semaine dernière, La Presse rapportait que les députés des quatre formations politiques ont accepté d’entendre le directeur Pierre Reid en commission parlementaire, d’ici la fin de la session. 

Démontrer de l’inquiétude et écouter le directeur des élections c’est bien, c’est un premier signal positif, bien qu’Élections Québec réclamait une commission spéciale. Mais les élus devront aussi accepter par la suite de revoir le cadre législatif qui avantage leurs formations politiques.

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard a bien tenté de corriger quelque peu le tir. En vain. 

Le Directeur général des élections (DGEQ) fait des représentations depuis 2013. Ce serait gênant de remettre les travaux aux calendes grecques.

D’autant plus, que les répondants à un sondage ont indiqué dans une proportion de 85 % que la protection de leur vie privée devait avoir préséance sur le besoin des partis politiques de communiquer avec l’électorat. Ils réclament un meilleur encadrement de l’usage des données personnelles par les partis politiques.

Puisque le gouvernement Legault n’hésite pas à se fier à des sondages pour guider ses décisions, peut-être trouvera-t-il dans celui brandi par le DGEQ une motivation à modifier la Loi électorale et à soumettre les partis à une loi sur la protection des renseignements personnels comme le sont les organismes privés et publics.

D’autres ont tracé le chemin. Élections Québec donne notamment l’exemple de la Colombie-Britannique et de certains pays européens. 

Si une volonté réelle s’exprime de la part de tous les partis politiques, rien n’est impossible d’ici les prochaines élections. 

Chronique

Infirmières: le 8 avril à l’année

CHRONIQUE / Ce serait bien si c’était le 8 avril à l’année. Bien sûr, pas pour le temps, la neige et le verglas. Mais pour que les hôpitaux et les centres d’hébergement de soins de longue durée recourent seulement aux heures supplémentaires de travail lors de situations exceptionnelles et urgentes, et cessent de les imposer quotidiennement aux équipes soignantes.

La ministre de la Santé, Danielle McCann, assure que c’est son dossier numéro un. Pourvu que sa bonne volonté dure plus qu’une saison et que son confrère du Conseil du Trésor, Christian Dubé, partage les mêmes objectifs.

Les syndicats d’infirmières dénoncent depuis plus d’une décennie que le recours au temps supplémentaire obligatoire est devenu une façon de gérer le personnel dans le réseau de la santé.

À LIRE AUSSI: Il y aura un avant et un après 8 avril, dit la FIQ

Est-ce que cette fois sera la bonne? Est-ce que les syndicats et le gouvernement pourront convenir d’un accord et mettre derrière eux ce problème qui mine la santé des infirmières, met en danger la santé et la sécurité des patients, et nuit à l’attraction et à la rétention du personnel infirmier dans le réseau public de santé?

Les conventions collectives viendront à échéance au printemps 2020. Avec son «électrochoc» sur le temps supplémentaire obligatoire, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), prépare déjà le terrain et l’opinion publique pour la prochaine négociation avec le gouvernement Legault.

Rappelons que le budget caquiste prévoit une croissance des dépenses en santé de 5,4 % cette année, mais que celle-ci baissera à 4,1 % pour les années subséquentes.

Depuis qu’elle est en poste, la ministre McCann se veut rassurante. Elle veut réduire le temps supplémentaire obligatoire et se soucie de la santé du personnel du réseau, infirmier ou autre.

L’ancienne gestionnaire devra toutefois composer avec le cadre budgétaire de son gouvernement et avec toutes les autres demandes qui proviendront des autres salariés de la santé, mais aussi de ceux de l’éducation et de la fonction publique.

Lundi, jour de mobilisation de la FIQ contre le temps supplémentaire obligatoire, la ministre McCann a affirmé que «la journée d’aujourd’hui va faire la démonstration que c’est possible. Nos pdg et nos établissements veulent changer complètement cette situation. Ça ne se fait pas en deux jours, mais ça va se faire dans les prochaines semaines».

La démonstration de lundi n’a cependant pas été faite sans conséquence. Certes, les établissements de santé ont pris acte du message lancé mardi dernier par la ministre et pris les moyens et les mesures nécessaires pour éviter de recourir au temps supplémentaire obligatoire le 8 avril.

Dans l’ordonnance rendue vendredi, le Tribunal administratif du travail déplore cependant que «malheureusement, ces mesures vont, dans certains établissements, jusqu’à annuler des chirurgies électives et réduire certains services».

C’est dire comme le problème est aigu et qu’il ne peut se résoudre en claquant des doigts.

Ratios soins-patients

Infirmier, professeur adjoint à la Faculté des sciences infirmières à de l’Université Laval, chercheur à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, et conjoint d’une infirmière, Patrick Martin a donné lundi son appui aux infirmières manifestant devant le CHU de Québec.

Il constate l’approche d’ouverture de la ministre McCann et espère que le temps supplémentaire obligatoire sera éradiqué, que les conditions d’exercice de la profession seront rehaussées, et ce, à la fois pour assurer la santé des patients et celle des infirmières.

Est-ce que cela passe nécessairement par l’instauration de ratios sécuritaires en soins-patients, voire par une loi comme le préconise la FIQ s’inspirant de la Californie et de certains États australiens?

Selon le professeur Martin, les ratios ne sont pas une panacée.

En campagne électorale, aucune formation politique n’a pris l’engagement d’adopter une loi sur les ratios sécuritaires à la fin des projets pilotes lancés finalement au printemps 2018, après le cri du cœur de l’infirmière Émilie Ricard.

Mme McCann dit comprendre l’impatience des infirmières et des infirmiers. Au point de convaincre son gouvernement d’accepter un carcan et des dépenses supplémentaires?

À suivre.

Chronique

Moins d'idéologie, moins de souffrances

CHRONIQUE / Le Dr Alain Naud trouve inhumain que des médecins, des établissements de santé et des maisons de soins palliatifs imposent leur idéologie à des malades qui réclament l’aide médicale à mourir. Pour lui, c’est comme dire aux patients : «vous mourrez comme je veux que vous mouriez». Pour lui, c’est l’expression d’un mépris à l’égard des malades.

Les mots sont durs. Ils contrastent avec le ton posé du médecin du Centre hospitalier universitaire de Québec qui a prodigué l’aide médicale à mourir à des dizaines de personnes depuis l’entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie, en 2015. 

Alain Naud fait partie du 1,7 % de médecins omnipraticiens et spécialistes du Québec (quelque 350 sur 23 000) qui acceptent de poser l’acte ultime lorsque les malades répondent aux critères d’admissibilité prévus dans la loi.

Ils sont peu nombreux pour répondre aux vœux des malades québécois. L’accès aux soins s’avère difficile et diffère d’une région à l’autre jusqu’aux derniers moments de la vie. 

La Commission sur les soins de fin de vie qui a rendu public cette semaine son «Rapport sur la situation des soins de vie au Québec (décembre 2015-mars 2018)», est elle aussi préoccupée du fait que le tiers des demandes d’aide médicale à mourir (830 sur 2462) n’a pas été réalisé même si la majorité des patients y étaient potentiellement admissibles.

Ces malades avaient un droit, mais pour diverses raisons, ce droit a été bafoué. Leur demande de mettre fin à leurs souffrances physiques et psychiques et leur souhait de choisir le moment de leur mort n’ont pas été exaucés.

Il ne suffit pas de constater cette situation, de la soutenir par des statistiques et de croiser les doigts en espérant qu’elle se corrigera d’elle-même avec le temps, notamment en augmentant la formation des médecins sur les soins de fin de vie et l’aide médicale à mourir.

Rendre des comptes

Le Dr Naud estime que les médecins et les établissements doivent rendre davantage de comptes et expliquer pourquoi une requête a été ignorée, refusée ou repoussée au point que le malade meurt dans des conditions qui ne sont pas celles qu’il désirait. 

«L’objection de conscience des médecins vient aussi avec des obligations», rappelle-t-il.

Celle de ne pas faire semblant de ne pas avoir entendu la demande de son patient. Celle de ne pas tenter de le dissuader. Celle de ne pas lui fournir des informations erronées sur les critères d’admissibilité ou en inventer de nouveaux. Celle de ne pas abandonner un patient, de ne pas le sortir de l’unité de soins palliatifs et de lui imposer un transfert pour accéder à l’aide médicale à mourir. Celle de l’accompagner et d’agir avec célérité. Celle de ne pas laisser au malade et à ses proches la responsabilité de trouver un médecin qui acceptera de prodiguer l’aide médicale à mourir.

Les établissements doivent aussi expliquer pourquoi des demandes sont refusées. Les disparités entre les régions et les établissements ne sont pas le fruit du hasard, soutient le Dr Naud. 

Il reconnaît que le flou juridique et le fait que les lois du Québec et d’Ottawa ne sont pas harmonisées peuvent apeurer des médecins. 

Il sait aussi d’expérience que répondre à la demande d’un patient exige du temps. Une dizaine d’heures, sans compter la grande charge émotive. 

Tout le volet administratif et les exigences de la Commission des soins de fin de vie peuvent aussi rebuter et dissuader des médecins de s’engager dans l’aide médicale à mourir. Sur ce point aussi, Alain Naud parle d’expérience. 

Mais ces considérations n’expliquent pas tout. Selon le médecin de Québec, et il n’est pas le seul à le dire et à le déplorer, l’opposition à l’aide médicale à mourir est aussi idéologique et religieuse. 

Une opposition souterraine et efficace puisque des centaines de patients sont lésés dans leur droit.

La députée péquiste Véronique Hivon s’inquiète aussi des poches de résistance et des obstructions rapportées. 

En 2016, lorsque les façons de faire du Centre universitaire de santé McGill et de son unité de soins palliatifs avaient été exposées dans les médias, la députée avait affirmé qu’il fallait mettre fin au «paternalisme médical». 

Cette semaine, elle fait appel au leadership de la ministre de la Santé, Danielle McCann. 

En 2017, l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette avait ajouté un mandat particulier à la Commission sur les soins de fin de vie, celui d’identifier et d’analyser les demandes d’aide médicale à mourir qui n’ont pas été administrées.

Mme McCann a maintenant le portrait en main et le problème est manifeste. 

Il appartient à son gouvernement de faire respecter l’esprit et la lettre de la Loi concernant les soins de fin de vie. Personne ne doit se penser au-dessus des lois et renier à un malade son droit de mourir dans la dignité.

Chronique

Petits salaires, petite croissance

CHRONIQUE / Vous trouvez que votre salaire n’augmente pas assez rapidement? Des économistes aussi. Et ils s’en inquiètent.

Canada : la faible progression des revenus des ménages risque de limiter la croissance. C’est le titre de la dernière étude économique de Desjardins, signée par l’économiste en chef adjoint, Mathieu D’Anjou.

Ce dernier pointe notamment du doigt «la modération surprenante de la progression des salaires», pour expliquer que les ménages canadiens ne disposent pas d’une grande marge de manœuvre pour des dépenses supplémentaires de consommation ou pour de l’épargne. 

Lorsque l’économie tourne rondement et que le taux de chômage est très bas, lorsque des pénuries de main-d’œuvre se font sentir dans plusieurs secteurs d’activités, la logique de l’offre et de la demande voudrait que les salaires augmentent de façon plus marquée. 

Ce n’est pas le cas. Nombreux sont ceux qui le constatent semaine après semaine sur leur chèque de paie et à chaque fin de mois.

Pourquoi? 

L’économiste Mathieu d’Anjou nous rappelle que la hausse des salaires s’est accélérée en 2017 pour atteindre 3 % en fin d’année.

Ça changeait des gels et des très légères augmentations de salaire versées pendant des années. 

Or, à la fin de 2018, la montée a ralenti et ce sont plutôt des augmentations de l’ordre de 2,3 % qui ont été consenties. 

M. D’Anjou voit deux causes à ce recul. Les difficultés du secteur de l’énergie dans l’Ouest et la moins forte croissance de l’emploi au pays.

Il estime qu’une remontée des salaires de 3 % permettrait de donner du souffle aux ménages. 

La faible croissance des salaires n’est pas sans conséquence. On compte beaucoup sur les dépenses de consommation et d’habitation des ménages pour assurer la croissance économique. Si les salaires augmentent à peine, difficile de faire croître la consommation et l’épargne.

Les entreprises auraient intérêt à ne pas perdre cela de vue. La demande pour leurs produits ne sera pas très forte si M. et Mme Tout-le-Monde n’ont pas plus d’argent dans leurs poches.

Il y a par ailleurs des limites à se tourner vers les gouvernements pour alléger le fardeau fiscal des particuliers afin de mettre de l’argent dans leurs poches. Les services publics, il faut des taxes et des impôts pour les assurer.

Les ménages canadiens ne sont pas seuls à devoir jongler avec une faible progression de leurs revenus et à appréhender une hausse des taux d’intérêt.

L’OCDE observe que depuis la crise de 2008, la qualité des revenus est restée plus ou moins stable malgré les performances des marchés du travail des pays riches durant la dernière décennie. Qui plus est, ce sont les travailleurs les moins payés qui écopent.

Mondialisation de l’économie et concurrence internationale, perte de pouvoir des syndicats et baisse de la syndicalisation servent aussi d’explications à la stagnation des salaires. 

Des «jobs payantes»

Au Québec, le premier ministre François Legault souhaite que le Québec crée des «jobs payantes». 

Il souhaite que le salaire moyen passe de 47 000 $ à 52 000 $ par année. Personne ne s’en plaindra.

Les commentaires que M. Legault a formulés ces derniers jours à propos du lock-out qui dure depuis le 11 janvier 2018 chez ABI à Bécancour, laissent toutefois perplexe sur les futures négociations pour le renouvellement de conventions collectives, tant dans le secteur privé que public.

M. Legault demande au syndicat représentant les 900 salariés de l’aluminerie d’être raisonnable. Il estime que si celui-ci en demande trop, le Québec risque de perdre des emplois à 92 000 $ par an.

Les augmentations de salaire ne sont pas au cœur du litige à Bécancour. Pourquoi M. Legault en parle-t-il? Pour susciter l’envie des bas salariés? Pour signifier que la personne qui gagne 92 000 $ par an n’a pas son mot à dire sur le reste, sur son régime de retraite, sur l’organisation du travail? 

Si les syndiqués, après 15 mois de lock-out, ont rejeté massivement les offres patronales, ce serait fort étonnant que ce soit uniquement pour maintenir un nombre d’heures de libérations syndicales.

Le ministre du Travail, Jean Boulet, assure de son côté que de la pression est mise sur chacune des parties pour parvenir à un règlement.

Le rapport de force des parties était déjà déséquilibré en faveur de l’entreprise privée à cause du contrat liant celle-ci et Hydro-Québec. Fallait-il vraiment que M. Legault en ajoute?

Même s’il a dénoncé mercredi les émoluments extravagants des dirigeants de SNC-Lavalin, cela ne rend pas moins discutable sa prise de position dans le dossier d’ABI. 

Chronique

L’alcool, ce n’est pas banal non plus

CHRONIQUE / La consommation d’alcool a beau faire plus de ravages que le cannabis, le tabac ou les opioïdes, jusqu’à maintenant, elle ne préoccupe pas outre mesure le gouvernement Legault. Ses effets sur la santé et les problèmes sociaux qu’elle entraîne ne sont pourtant pas «banals», pour emprunter un adjectif cher au ministre Lionel Carmant.

Quand il s’agit du cannabis, le gouvernement caquiste ne recule devant rien pour signifier que même si le produit est maintenant légal, celui-ci n’est pas sans risque. 

Il place le Québec au sommet des provinces les plus sévères au Canada en fixant à 21 ans, plutôt qu’à 18 ou 19 ans, l’âge légal de la consommation.

Il s’assure dans une loi qu’aucune succursale de la Société québécoise du cannabis ne s’installera près des cégeps et des universités.

Qu’importe si sa loi force les 18-21 ans à s’approvisionner sur le marché noir plutôt que dans une succursale du cannabis où la qualité des produits est contrôlée.

Qu’importe que des décennies de prohibition n’aient pas freiné la consommation de cannabis chez les jeunes.

Qu’importe les arguments et les études d’experts, notamment ceux de la santé publique, remettant sérieusement en question le fondement de l’approche retenue par le ministre Carmant.

Par contre, lorsqu’il s’agit d’alcool, le gouvernement s’accommode du rythme d’Ottawa . Il fait confiance aux Québécois pour consommer de façon responsable. Il ne s’inquiète pas des pratiques de la Société des alcools du Québec (SAQ).

La semaine dernière, à la suite du rapport du coroner Martin Larocque sur la mort d’Athéna Gervais, cette adolescente de 14 ans qui avait consommé l’équivalent de 12 verres de vin en buvant des boissons sucrées alcoolisées, Éduc’alcool a rappelé que le gouvernement du Québec avait un rôle à jouer dans ce dossier et non seulement celui d’Ottawa. 

Dans la cour du Québec

La législation sur le prix minimum, celle sur le lieu de vente et celle sur la publicité et la promotion sont toutes dans la cour du Québec, indique l’organisme. 

Le prix influence la consommation, surtout chez les jeunes. Éduc’alcool rapporte que des recherches scientifiques fixe à 1,70 $ le prix minimum raisonnable pour un verre standard. Une canette du genre de Four Loko ou de FCKD UP devrait donc se vendre 6,40 $ et non deux fois moins. Éduc’alcool signale que le gouvernement du Québec n’a toujours pas agi sur ce plan. 

L’Association des brasseurs du Québec est aussi en attente sur la révision des paramètres du prix minimum de l’alcool. Elle voudrait aussi que la SAQ soit soumise aux mêmes lois et règlements que le réseau de commercialisation privé.

La ministre Geneviève Guilbault a affirmé jeudi à l’Assemblée nationale que les recommandations du coroner Larocque s’adressent entièrement au gouvernement fédéral.

Elle signale néanmoins qu’un comité mis en place par la Régie des alcools, des courses et des jeux doit soumettre sous peu à Québec des recommandations pour resserrer l’accès et l’attractivité des boissons alcoolisées sucrées. On verra si son gouvernement sera prompt à apporter des changements.

Par ailleurs, un article de La Presse canadienne nous apprenait en fin de semaine que depuis l’implantation du programme de récompense Inspire à la SAQ, les acheteurs avaient reçu gratuitement depuis 2015 l’équivalent de 128 millions $ d’alcool, dont seulement pour 2018, 41 millions $ de vins et de spiritueux.

Les «récompenses» sont bienvenues, diront certains. Mais, selon le Dr Réal Morin de l’Institut national de santé publique du Québec, cette pratique de la SAQ n’est pas compatible avec des intérêts de santé publique. «[…] C’est considérer que l’alcool est un produit ordinaire, ce qu’il n’est pas, mais clairement pas», a-t-il expliqué à La Presse canadienne.

La ministre de la Santé ne semble pas inquiète. «Nous faisons confiance aux Québécois pour consommer de façon responsable». 

Quand la consommation d’un produit a des effets importants sur la santé des individus, des impacts et des coûts pour l’ensemble de la société, une telle réponse déçoit. Le gouvernement caquiste devrait parfois s’intéresser aux avis provenant de la santé publique.

Chronique

La neutralité des agronomes

CHRONIQUE / Faire pousser des laitues ou du soya dans le respect de l’environnement et de la santé publique, ce n’est évidemment pas la même chose que de construire des routes et des ponts. Dans les deux cas toutefois, il importe que le gouvernement possède une expertise professionnelle dans ses ministères pour éviter d’être à la merci d’intérêts privés. En agriculture, ceux des vendeurs de pesticides.

Une commission parlementaire sur l’utilisation des pesticides en agriculture aura finalement lieu à Québec.

Après tout le tollé soulevé par le congédiement de l’agronome Louis Robert, à l’emploi du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation pendant 32 ans, le refus de tenir une telle commission aurait été très mal accueilli.

L’agronome «lanceur d’alerte» a dénoncé l’ingérence de lobbyistes en faveur de l’usage des pesticides au Centre de recherche sur les grains (CÉROM).

Lorsque l’Union des producteurs agricoles, Équiterre et la Fondation David Suzuki s’unissent pour réclamer une commission parlementaire sur les risques associés aux pesticides, il y a manifestement quelque chose qui ne tourne pas rond. Ça devient suspect si le gouvernement s’oppose à regarder de près ce qui se passe sur le terrain.

L’indépendance de la recherche ne fera pas partie du mandat de la commission parlementaire. Majoritaires, les députés caquistes ont exclu le sujet. 

Il viendra néanmoins hanter les échanges. 

Il sera aussi impossible de ne pas parler de la «neutralité» des agronomes qui conseillent les agriculteurs.

Cette neutralité devrait également préoccuper le gouvernement caquiste.

Richard Perron, président du Syndicat des professionnelles et des professionnels du gouvernement du Québec, souligne que dans les années 1970, 90 % des agronomes travaillaient pour le ministère québécois ou fédéral de l’Agriculture et 10 % dans le secteur privé. En 2019, c’est l’inverse. Les conditions salariales sont également supérieures dans l’entreprise privée et dans la fonction publique fédérale qu’au MAPAQ.

Des conseils payants

Radio-Canada a fait état cette semaine des primes, des bonus, des commissions que reçoivent la majorité des agronomes à l’emploi d’entreprises qui vendent des pesticides et qui conseillent les producteurs sur leur utilisation.

Le reportage repose sur un rapport d’enquête produit à la demande de l’Ordre des agronomes du Québec et dont les résultats se retrouvent sur le site de l’ordre professionnel.

La rémunération variable peut représenter de 1,5 à 30 % du salaire des agronomes et prend diverses formes : augmentation du salaire au mérite, combinaison salaire-prime, combinaison salaire-commission, combinaison salaire-prime-concours de vente.

Faut-il s’étonner que certains professionnels puissent forcer un peu trop la vente de pesticides et ne pas se montrer trop ouverts à d’autres moyens pour repousser les indésirables ravageurs dans les cultures?

«Même s’il n’y a aucune preuve d’actes préjudiciables, un conflit d’intérêts peut être susceptible de miner la confiance en la capacité de cette personne à agir correctement», lit-on sur le site de l’Ordre. C’est le moins que l’on puisse dire.

L’Ordre attend d’ici la fin de l’année les recommandations d’un comité d’experts sur l’indépendance professionnelle. 

Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, espère que l’Ordre sera très diligent.

Lui aussi devrait faire preuve de diligence et de vigilance pour ramener de l’expertise en agronomie au sein de son ministère et auprès des producteurs.

Le nombre d’agronomes à l’emploi du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a diminué de près de 33 % entre 2010 et 2018, indiquait récemment le président de l’Ordre des agronomes, Michel Duval, dans une lettre publiée dans les médias. 

M. Duval explique de plus en entrevue que le ministère s’est délesté du support technique et de son rôle-conseil. Il pointe aussi la gouvernance déficiente dans certains organismes.

Avec le temps, force est de constater que ce désengagement a pu entraîner du laisser-aller, des dérapages. Les intérêts économiques des fournisseurs de pesticides, mais aussi des agriculteurs, ont pu primer sur la santé publique et l’environnement. 

Comme le gouvernement Legault aime répéter qu’il n’est pas à la solde des lobbys, il ne devrait pas tarder à mettre de l’ordre. Notamment en s’assurant que les rôles de conseillers et de vendeurs de pesticides soient séparés, mais aussi en s’assurant que le ministère de l’Environnement intervienne auprès des producteurs à la recherche d’un rendement maximal à tout prix et peu soucieux des bonnes pratiques agronomiques. 

Chronique

Laïcité à géométrie variable à l’école

CHRONIQUE / Comment le port de signes religieux peut-il être acceptable dans une école privée subventionnée à plus de 60 % par l’État, mais interdit, au mieux toléré par une clause «grand-père», dans une école 100 % publique?

Comment expliquer que dans les écoles publiques, les signes religieux pourront être interdits aux femmes et aux hommes qui enseignent, et non au personnel des services de garde responsable des élèves avant les heures de cours, durant la période du dîner, quelques heures après la classe et durant les journées pédagogiques? 

C’est «vendeur politiquement» de lier laïcité de l’État et interdiction de port de signes religieux chez ses employés. 

Mais cette façon de faire, si elle se retrouve bel et bien dans le projet de loi que le gouvernement Legault déposera sous peu, entraînera dans le milieu scolaire un lot de contradictions, d’incohérences et d’injustices qui risque de causer plus de tort que de bien. 

À trop vouloir faire du millage sur les craintes qu’éprouvent des citoyens à l’égard d’autres citoyens qui n’ont pas les mêmes croyances et la même religion qu’eux, les politiciens ont créé une surenchère qui expose le Québec aux critiques et aux contestations.

Pour mettre fin à un débat qu’ils entretiennent depuis plus de dix ans, il aurait été préférable que les élus s’en tiennent au compromis formulé en 2008 par Gérard Bouchard et Charles Taylor.

Dans leur rapport, les deux commissaires recommandaient d’interdire le port de signes religieux aux juges, aux procureurs de la Couronne, aux policiers, aux agents correctionnels et au président de l’Assemblée nationale. Ils visaient ces personnes parce qu’elles incarnent l’autorité de l’État et détiennent un pouvoir coercitif.

À l’époque, les deux hommes estimaient que l’imposition d’un devoir de réserve à cette gamme limitée de postes représentait le «meilleur équilibre pour la société québécoise».

Il n’était pas question d’étendre cette interdiction aux enseignants, aux directeurs d’école, aux éducateurs dans les services de garde scolaires ou dans les centres de la petite enfance. 

Ce sont la Coalition avenir Québec et le Parti québécois qui ont préconisé ces ajouts.

Symboles menaçants

Mardi, le premier ministre François Legault a expliqué que c’est pour protéger l’identité et les valeurs québécoises qu’il aura recours aux dispositions de dérogation des chartes des droits et libertés afin de protéger son projet de loi des contestations judiciaires.

En quoi le voile, le turban, la croix et la kippa que portent une infime minorité d’enseignantes et d’enseignants sont-ils une menace à l’identité et aux valeurs québécoises? 

Respecter la liberté de conscience et de religion d’une personne — au travail aussi et non seulement avant 8h le matin et après 16h — c’est également une valeur que partagent bon nombre de Québécois.

En quoi la neutralité de l’État est-elle remise en question, la séparation de l’État et des Églises menacée, si un prof enseigne les mathématiques en affichant un symbole religieux qui n’altère pas la communication entre lui et l’élève et qui ne compromet pas la sécurité de personne? 

Le président de la Commission des droits de la personne signalait cette semaine à La Presse que «la neutralité religieuse de l’État s’applique d’abord aux institutions, et non aux individus».

Philippe-André Tessier soutient aussi que le port d’un signe religieux ne remet pas en cause l’obligation d’impartialité d’un agent de l’État.

Pourquoi, d’autant plus dans un contexte où une pénurie d’enseignants frappe les écoles, le Québec devrait-il se priver d’enseignants compétents à qui il a délivré des permis d’enseigner? Par crainte que certains fassent du prosélytisme ou «islamisent» les jeunes?

Si tel est le cas, il faudrait aussi en préserver les enfants qui fréquentent les écoles privées subventionnées par l’État.

Mardi, tant la critique de Québec solidaire en matière d’éducation, Christine Labrie, que celle du Parti québécois, Véronique Hivon, ont invité le gouvernement à mener une sérieuse réflexion sur le financement public des écoles privées religieuses.

La députée Labrie indique que le Québec comptait en 2012 138 écoles privées religieuses subventionnées entre 60 et 70 %. «C’est un non-sens qu’un État laïque subventionne des écoles religieuses et c’est un double non-sens pour un gouvernement qui a fait de la laïcité sa priorité».

Il y a là en effet un devoir de cohérence à faire.