Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Billie-Anne Leduc
<em>Reflection (What does your soul look like?)</em>, Peter Doig, 1996
<em>Reflection (What does your soul look like?)</em>, Peter Doig, 1996

Se pardonner

CHRONIQUE / La toxicité peut mener à la mort. À la peine. Aux combats. D’où l’importance de se retourner les yeux de bord vers l’intérieur, vers ce avec quoi nous vivons tous les jours : nous-mêmes.

Puis, amorcer la guérison.

Prendre chaque épine, la désamorcer.

Après la fin abrupte d’une amitié, d’un amour, d’une fraternité, regarder sa blessure.

Lui pardonner.

L’être-arsenic

Parfois, les effluves empoisonnés émanent de nous.

De nos gestes, nos courriels, nos statuts Facebook, nos coups de téléphone, nos regards.

Parfois, la personne toxique dans une relation ou une conversation, c’est nous.

Nos blessures deviennent des monstres incontrôlables, détruisant tout sur leur passage.

Des blessures-Godzilla.

Des King Kong indomptables.

D’où l’importance de la guérison. Pour soi, et pour les autres.

« L’enfer, c’est les autres. » (Huis Clos, Jean-Paul Sartre, 1943)

Travail sur soi

Le soi est malléable. Améliorable. Guérissable.

Le soi est un pantin, une marionnette, gigotant sur la scène-vie.

À défaut de lui donner le physique souhaité, c’est à toi de lui donner son cœur, ses idéaux, ses choix.

Se rappeler : tu n’es pas seul sur Terre.

Ton être-pantin en rencontre d’autres sur son chemin.

Vas-tu les détruire? Leur dire bonjour? Les juger?

Donne à l’autre un sentiment agréable. Donne-lui le paradis, et pas l’enfer. Sa vie l’est peut-être déjà.

Aimer la peur

Une rencontre est un acte, une péripétie, un développement narratif.

Tu joues le bon ou le méchant?

Deux âmes peuvent s’imbriquer ou se casser.

Parfois, l’une en demande trop. Empiète sur l’autre.

Il importe de s’arrêter, seul, pour s’introspecter.

Suis-je respectueux? Est-ce moi qui parle, ou mes peurs? Mes pensées sont-elles claires, ou flouées par les suppositions?

S’arrêter aux mots vrais, aux instincts, plutôt qu’à notre peur du rejet, de l’abandon, de la trahison, de la solitude. Plutôt que se heurter au sabotage-parce-que-tout-va-bien.

Puis, une fois à l’intérieur, amorcer le pardon.

S’aimer.

« Aimer, tout d’abord, n’est rien qui puisse s’identifier au fait de se fondre, de se donner, de s’unir à une autre personne (que serait, en effet, une union entre deux êtres indéfinis, inachevés, encore chaotiques?) ; c’est, pour l’individu, une extraordinaire occasion de mûrir, de se transformer au sein de soi, de devenir un monde, un monde en soi pour quelqu’un d‘autre. » (Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke, 1929)