Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Billie-Anne Leduc
<em>La Naissance de Vénus</em>, Sandro Botticelli, 1484-1485
<em>La Naissance de Vénus</em>, Sandro Botticelli, 1484-1485

Renaissances

CHRONIQUE / Lentement, les gens rouvrent. Et se ré-ouvrent. Un espoir prudent plane.

Un papillon qui passe la tête dans le cadre de porte pour voir s’il peut voler. S’il peut s’envoler, se balader ici et là, en faisant attention aux objets, aux surfaces durs, aux obstacles dangereux pour lui, pour les autres.

Lentement, nos ailes s’ouvrent. Moins de morosité accompagne la marche quotidienne de concitoyens.

C’est l’espoir qui fait son nid. On se relève d’une guerre. On ne sait pas l’avenir, mais on sait ce qu’on a traversé.

« Les oiseaux volaient avec lenteur, montant dans le ciel puis redescendant, comme s'ils avaient voulu l'effacer, méticuleusement, avec leurs ailes.» (Soie, Alessandro Baricco, 1996)

Lentement, on répare les pots cassés. Un à la fois.

«Revenir comme avant» est utopique. On ne revient pas comme avant, après un choc. On apprend à vivre avec le choc. Après l’avoir détesté, invectivé, on lui permet d’exister et de nous rendre plus fort.

Après un choc, on ne se pitch pas partout : on regarde avant de traverser.

Alors, en avant - on déprend les nœuds, on redresse le dos.

Élargir ses horizons

En attendant de pouvoir galoper vers un horizon étranger, on peut s’élargir les œillères intérieures.

Laisser venir les réalisations soudaines. Les «oh j’aurais dû dans ma vie», ou les «je pourrais essayer». 

Réaliser que, peut-être, on n’était pas heureux. Recevoir une claque pour mieux se redresser, repartir sur le fly. Recréer ses bases, ses rêves, ses envies.

Être qui on est véritablement. Le moment d’observer ses désirs. De prendre le temps pour une, deux nouveautés.

On était heureux, assis sur notre chaise d’avant?

Tout ceci est une coupure. Un fossé – mais l’autre côté est là.

Tout ce qu’il faut faire, c’est ouvrir ses ailes. Traverser.

« Naître avec le printemps, mourir avec les roses ; Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur ; Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses, S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur ; Secouant, jeune encore, la poudre de ses ailes, S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles : Voilà du papillon le destin enchanté. Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose, Et sans se satisfaire, effleurant toute chose, Retourne enfin au ciel chercher la volupté ! » («Le papillon», Nouvelles méditations poétiques, Alphonse de Lamartine, 1823)

Avoir toujours voulu chanter : là tu peux.

Changer de carrière : là tu peux.

Regarder et trier toutes ces choses dans le grenier : là tu peux.

Se réinventer. Renaître. Re-aimer.

Là tu peux.