Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Billie-Anne Leduc
<em>Le Baiser</em>, du peintre autrichien Gustav Klimt (1909)
<em>Le Baiser</em>, du peintre autrichien Gustav Klimt (1909)

Lequel amour

CHRONIQUE / « J’aime, non pas les gens, mais les âmes, non pas les événements, mais les destins. […] Je ne me sens pas bien avec les gens parce qu’ils m’empêchent d’écouter : mon âme – ou simplement le silence. » (Marina Tsvetaeva, Vivre dans le feu)

Chaque fois, c’est la même chose : j’aime le gars. Chaque fois, différemment. 

Lequel amour faut-il ?

D’abord, la fusion des corps, l’alchimie des esprits. Puis, plus tard, la routine, la danse du même

Lequel amour est le bon ?

Un homme me fait penser à la forêt, un autre à la mer. Je ne sais pas lequel est le mieux. Je me dis, la réponse se trouve en la multiplicité : m’évoquer un capitaine de voilier, une promenade dans le désert et un après-midi de bricolage. 

 « Tel garçon va à des spectacles de danse, il doit avoir un tempérament sensible et artistique. Il cite de la poésie, c’est une âme sœur. Il lit Joyce, ce doit être un génie . » (Sylvia Plath, Journaux 1950-1962).

On se dit : oui, mais je pourrais peut-être aimer plus que ça.

Que sait-on, de sa limite d’amour ?

Parce que, lequel amour. Est-il possible d’avoir tous le même ? Les films, les romans, les contes à l’eau de rose nous le montrent identique. Scénarios kif-kif. 

–    Je suis amoureuse. 

–    Idem.

On se dit : tellement de belles personnes sur Terre. J’ai envie de toutes les découvrir, d’en connaître plein de petits bouts qui pourront s’ajouter au casse-tête de mon « moi ». 

On m’a aimée plusieurs fois. On m’a dit pourquoi. Mais ce qui m’intéresse, c’est le « comment ».

« Cela c’était l’étourdissement… du fait d’être aimé (personne n’avait jamais osé m’aimer de cette manière, comme n’importe laquelle !), de la fascination pour la fascination de l’autre, de l’asphyxie par asphyxie de l’autre. » (Marina Tsvetaeva, Vivre dans le feu)

Il y a tant de manières, de paroles, de sourcillements, de dérobades, d’aimages. Pour aimer à sa mesure; aimer à sa personne. 

« Je t’aime » ne suffit pas. « Je t’aime comme » : voilà. 

On peut aimer quelqu’un comme la sensation de hauteur sur une montagne. En aimer un autre comme le bruit des vagues. Aimer plusieurs caractères, quelques goûts, la forme des cheveux, les muscles sous la peau.

Je suis pour la curiosité des cœurs. De celle qui t’ouvre le plexus et y caresse la tendresse. 

À chacun son amour. 

***

Aimer est une force. Aimer c’est un corps qu’on côtoie. C’est étudier, éduquer, évoquer. Parcourir. Absorber l’autre. Aimer c’est montrer tes passions, t’enthousiasmer. Aimer une personne c’est écrire des poèmes sur son corps. C’est vaincre la mort. C’est mouler ta salive à sa sueur. C’est respirer dans ses poumons, voir par sa pupille. Devenir sa pupille, embrasser ses yeux. C’est accepter les bulles, les lunes, les déboires, les vagues. Aimer c’est Toi, c’est mettre des majuscules. C’est demander de passer le lait. Aimer c’est être. C’est la pluie sur ta lèvre. 

Aimer c’est naître à nouveau,

et mourir sous la peau.