Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Billie-Anne Leduc
<em>La Grande Odalisque</em>, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1814
<em>La Grande Odalisque</em>, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1814

Le bien-être de la peau

CHRONIQUE / Depuis des mois, aucun tissu ne serre ma peau. Je porte mon pantalon ample, mon pantalon de velours, ou mes shorts en coton.

Tous les jours.

Porter du «linge mou» au travail ou avec des amis est fréquent - j’ai toujours adoré le confort.

Je magasine exclusivement par toucher de tissu.

Mais, aujourd’hui, la mode est à la non-mode. La mode du «au diable les apparences, je mets quelque chose qui me fait du bien». S’habiller de velours, de coton; porter du large, de la fibre douce.

On s’est rendu compte – tard – que l’apparence passait bien loin derrière se sentir bien physiquement et mentalement.

Que l’apprence passait derrière la santé.

Ne portant seulement que des matériaux que ma peau aime, j’ai compris depuis longtemps que me sentir bien, comme dans bien-être, me rendait plus à l’aise de sortir, de parler aux autres, d’évoluer dans le monde.

Bref, ne pas me soucier de quoi j’ai l’air a grandement contribué à ma santé mentale.

Ma peau est ma peau

En faisant mon ménage de linge d’été, et en enfilant mes vêtements ajustés, qui grattent, qui serrent, qui ne me permettent pas de respirer le grand air, j’ai renouvelé le vœu du confort.

J’ai donné ces shorts, camisoles, t-shirts. Ils rendront heureuse une autre peau.

Ma peau est ma peau. La tienne est la tienne. Teste-la; étudie-la. Écoute-la.

Tu te sens un peu agacé dans du tricot? N’en porte plus.

La crise nous aura au moins permis d’être un peu mieux, sur la peau.

La beauté

En parlant avec quelques concitoyens, j’ai observé: avec la fermeture des restaurants, des cinémas, des bars, et autres lieux sociaux, les gens réalisent qu’ils peuvent enfin mettre des vêtements qualifiés par une image standardisée de «pas beau», «pas chic», «pas sortable», «mou».

Spécialement réservés lorsqu’on est chez soi, à l’abri des regards.

Seulement la beauté - c’est le regard.

«Aucune grâce extérieure n’est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l’âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.» (Victor Hugo, Post-scriptum de ma vie, 1901)

Pourquoi ne pouvons-nous pas mettre ce morceau qu’on aime tant, qui nous rend si bien dans notre corps?

Selon moi, celui-ci en dit bien plus long sur une personne, et me la rend bien plus sympathique, qu’un bustier serre-taille qui remonte tout. Qui dit faux.

Se sentir beau/belle, ce n’est pas se sentir «beau/belle comme la société dit que tu es beau/belle».

C’est porter du linge qui te rend confiant, serein et prêt à vivre à fond.

Si te sentir beau/belle, c’est ce petit haut à boutons mais qu’il en manque un; si te sentir beau/belle, c’est porter tous les jours des shorts de sport; si te sentir beau/belle, c’est ne pas mettre de soutien-gorge, ou de chandail sous un coton ouaté;

Fais-le.

«La beauté se raconte encore moins que le bonheur.» (Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, 1960)

Se connaître, c’est aussi connaître ses tissus préférés.

Porte du bien. Et porte-toi bien.