Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Billie-Anne Leduc
Tableau La Persistance de la mémoire, ou mieux connu sous le titre Les Montres molles, du peintre surréaliste Salvador Dali. ­
Tableau La Persistance de la mémoire, ou mieux connu sous le titre Les Montres molles, du peintre surréaliste Salvador Dali. ­

L’art de ne rien faire

CHRONIQUE / « Ne rien faire, c’est un métier très difficile, il y a très peu de gens qui sauraient bien le faire. » - Souveraineté du vide, Christian Bobin.

10 h 04 : Je suis ici, à écrire, lentement, chaque lettre. Je m’arrête. Regarde à gauche : mon étui à crayons. Un livre anglais. Des papiers mélangés. Je pense : faire une demande de passeport. Puis, je pense : j’aimerais partir. Mon écran revient, je suis là. Lente, j’écris; j’efface. Main sur le front, retroussement des lèvres. Je veux une idée – ne l’ai pas. Puis, la salade de melon d’eau au frigo. Je me lève, quitte l’ordinateur. La porte du réfrigérateur rencontre ma main. Pause. Je regarde à l’intérieur. Pause. Mes yeux ne regardent pas vraiment, pas avant la décision. Un pot de yogourt me tente. Là maintenant : le yogourt.

11 h 07 : Rien. Facebook. Musique. Énumération du rien; gradation du vide. Puis, quelques espoirs : le dîner. « Quelque chose » le soir. Mais pour l’instant : rien.

13 h 38 : Re-rien. Facebook. Lectures. Fenêtre. Chat – flatte-flatte.

15 h 09 : La méditation. Je suis assise en fleur de lotus, alors que des gens scient, tapent, brochent, recousent une poitrine. Des personnes courent, téléphonent, vendent, bref, servent. Pour l’économie, l’amour, la maison, la radio.

Mais moi, ici, la non-attente. Je suis assise par terre en passion. Mes nerfs sont calmes. Je sais que j’inspire; j’ai conscience d’expirer.

Je ne sers à rien.

Je me fais aller le quotidien à 14 km/h.

Éloge de la lenteur

Les jours sont vites.

Tout-le-monde-le-dit-personne-le-fait, mais il faut arrêter.

Essoufflée parmi toutes les choses qu’on voit passer, j’aimerais dire aux corps, aux esprits : vous avez le droit de vous reposer. Vous déposer.

Les mots ici sont du doux dans le quotidien. Lui qui fly. Lui qui défile, plein de nouvelles, d’actualités, de sports, d’arts et d’opinions.

Aujourd’hui soyez, déposez, faites tout relâcher.

Que reste-t-il lorsque tout repose, lorsqu’il n’y a plus rien?

Du doux dans le quotidien.

Immobile

17 h 09 : Dans la fenêtre de mon appartement, il y a un mouvement de rivière. Il y a moi immobile qui regarde le mouvement de la rivière.

« Quand vous regardez, il ne doit y avoir rien d’autre que regarder; quand vous entendez, rien d’autre qu’entendre. Quand vous connaissez, rien d’autre que connaître ». - L’art de vivre, William Hart

21 h 25 : Ma mère m’appelle : « qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui? »

« Rien, de l’art. »

L'ÉCRITURE ET MOI

J’aime l’écriture : on me donne une chronique. J’aime les chroniques : on me donne l’écriture.

Il y a beaucoup de mouvements autour de nous et je vais tenter de les rendre plus doux.

Chaque semaine je chroniquerai du doux dans le quotidien.

Un moment pour arrêter et regarder.

Ma tournée.

J’écris le plus souvent assise par terre, parfois quand il ne faut pas écrire et faire autre chose.

J’écris depuis 15 ans, mon premier poème s’intitulait Le vent.

Je porte souvent des pantalons en velours, j’ai une maîtrise ès arts en littérature de l’Université de Sherbrooke et tous les jours, mon être est un géant poème.

Ma collègue m’a décrite, m’a écrite et m’a publiée il y a quelques mois dans sa chronique La menuisière de papier.

Bienvenue.