Stevens Melançon (à gauche), Jean-François Gosselin (à droite) et sa colistière, Nancy Piuze (au centre), ont permis à Québec 21 de remporter deux districts, dimanche soir.

Beauport, l’épicentre de l’opposition

CHRONIQUE / Si l’envie nous prend un jour de raconter l’histoire du nouveau parti Québec 21, on se souviendra de l’impulsion des radios, mais il faudra se souvenir que Beauport en fut l’épicentre.

Comme à l’époque Saint-Jean-Baptiste et les quartiers centraux pour le Rassemblement populaire. Comme le plateau de la haute-ville pour Démocratie Québec. Comme les Rivières à la naissance d’Équipe Labeaume en 2009. 

C’est à Beauport que Québec 21 a obtenu ses meilleurs résultats lundi soir avec des appuis entre 39 % et 47 %. Rien de très émouvant direz-vous, mais assez pour écrire une première page d’histoire.

Pourquoi à Beauport? 

Rien dans cette campagne ne semblait pourtant le distinguer des arrondissements voisins. 

Les rues n’y sont pas plus mal entretenues, la congestion pas plus lourde et les équipements municipaux pas moins nombreux. Pas de raison que la grogne contre le maire y soit plus importante. 

Équipe Labeaume y avait obtenu des majorités imposantes en 2013 et a depuis livré nombre de parcs et équipements de proximité, dont le spectaculaire centre sportif Marc-Simoneau.

Le maire y avait encore une longue liste de projets, dont un prolongement de la promenade Samuel-De Champlain.

Alors pourquoi Beauport?

Quelques explications possibles. 

1 - Le chef de Québec 21, Jean-­François Gosselin, habite Beauport et y avait sa colistière, Nancy Piuze. 

Cela peut sembler anecdotique, mais lorsque les luttes sont serrées, qui sait quels détails peuvent faire une différence.

2 - L’hypothèse d’un troisième lien à l’est a résonné davantage à Beauport qu’ailleurs, a perçu l’organisation de Québec 21.

On a d’ailleurs entendu plusieurs fois M. Gosselin mettre au défi le maire Labeaume d’aller y faire du porte-à-porte avec lui pour entendre ce que les citoyens pensent vraiment du troisième lien.

Plusieurs y voient peut-être l’occasion de s’évader plus rapidement sur la Rive Sud et de contourner les bouchons de la ville. D’autres peuvent croire que ce troisième lien apporterait une prospérité additionnelle à leur quartier.

Sentant la soupe chaude en fin de campagne, le maire Labeaume a tenté de mettre en garde les citoyens de Beauport (et de Charlesbourg) contre un troisième lien qui pourrait menacer leur qualité de vie s’il draine des milliers de voitures de plus dans le quartier. 

Opération ratée. Autant de citoyens semblent y avoir vu un intérêt qu’une menace.

3 - Les candidats de Québec 21 dans Beauport sont parmi les premiers à avoir pris le départ le printemps dernier. 

Ils ont eu davantage de temps pour ratisser le terrain et faire du pointage. Un pointage plus riche permet de mieux performer le jour du vote en faisant sortir les électeurs identifiés comme favorables. 

4 - Les deux élus de Québec 21, Nancy Piuze et Stevens Melançon, ont uni leurs machines le jour du vote et loué une salle aux Chevaliers de Colomb pour leurs 25 bénévoles. 

Le conjoint de Mme Piuze a en outre agi ce jour-là comme «chasseur de pôle», allant récupérer dans les bureaux de vote la liste des citoyens ayant voté et ce faisant, celle des citoyens qu’il restait à convaincre d’aller voter.

Nulle part ailleurs Québec 21 n’a été en mesure de déployer une machine et des moyens comparables. 

5 - La qualité d’un candidat fait parfois une différence. Stevens Melançon (Chutes-Montmorency–Seigneurial) était une des candidatures fortes de Québec 21.

Équipe Labeaume lui opposait aussi une candidate forte en Nathalie Roy, mais celle-ci est arrivée sur le tard après le départ inattendu de la conseillère Julie Lemieux à la fin juillet.

Accaparée par ses tâches à l’exécutif, Mme Lemieux avait été moins visible ces dernières années auprès des acteurs et militants de son district, ce qui n’est rien pour aider.

On ne peut cependant pas en tirer de règle. 

Marie-France Trudel d’Équipe Labeaume était entièrement dédiée à son district de Ste-Thérèse, ce qui n’a pas empêché qu’elle soit battue par la colistière de M. Gosselin.

J’ai échangé un moment avec M. Gosselin en fin de journée lundi. Étonnant comme les impressions sont parfois trompeuses. 

Je l’aurais imaginé enthousiaste au soir de l’élection où il venait d’emporter deux districts dont le sien. Erreur. 

Son émotion dominante ce soir-là avait été la tristesse et le sentiment l’échec. Il contemplait tous ses candidats battus. 

Ce n’est qu’au matin du lendemain, en lisant les médias, qu’il a commencé à prendre la mesure de ce qu’il venait de réussir.