Un des défis du nouveau gouvernement sera de lancer un pont nouveau, pas seulement sur le fleuve mais vers l’hôtel de ville de Québec. Il y a peu d’atomes crochus entre le parti de François Legault et l’administration Labeaume. Cette distance n’est pas un accident de parcours. Il en est ainsi depuis des années, écrit notre chroniqueur.

Balayée par deux vagues

CHRONIQUE / J’en avais plein mon char. Je suis allé me débarrasser.

Deux pneus usés; une grande télé à l’image brisée; une autre figée à son vieux tube cathodique; des jalousies décolorées aux rebords émoussés; une porte défoncée et une volée de bois plus très vert. 

J’ai tout balancé dans les grands conteneurs et sur la table des électroniques passés date de l’écocentre.

Puis je suis allé voter. Le cœur et le char léger. Sans me soucier de stratégie ni penser aux sondages.

Je me suis dit en voyant déferler les résultats lundi soir que je ne fus pas le seul à profiter de cette belle journée d’automne pour faire un grand ménage. 

Un changement de garde décisif. Pas encore un changement de génération si on s’arrête à l’âge du nouveau premier ministre, mais beaucoup de jeunes nouveaux élus et un grand changement d’air. 

Des nouveaux partis en montée; des vieux partis en chute. Le paysage politique vient de changer.

L’histoire était déjà écrite avant que les militants et candidats de la Coalition avenir Québec (CAQ) aient eu le temps d’arriver au Centre des congrès.

Eux non plus n’avaient pas vu venir une vague aussi forte. Sauf peut-être pour la région de Québec où la carte des résultats ressemble à celle que les sondages avaient annoncée : un balayage presque sans partage de la CAQ, sauf pour les circonscriptions du centre-ville.

Le Parti libéral est repoussé dans son dernier retranchement de Jean-Talon. Réélu, Sébastien Proulx, qui est de ceux qui ont fait bonne impression dans le gouvernement sortant, sera sans doute de la course à la succession de Philippe Couillard.  

Le mouvement de changement amorcé à la partielle de Louis-Hébert l’an dernier, que beaucoup avaient perçu comme prémonitoire, sera devenu irrésistible.

Le départ de Sam Hamad, boudé par son parti, aura d’une certaine façon, sonné le glas des libéraux. Ici et partout ailleurs.

Le Parti québécois n’aura pas survécu au départ d’Agnès Maltais. Mais serait-elle restée que le résultat n’aurait probablement pas été très différent. 

Car ce n’est pas une vague qui a balayé la région mais deux. Une première venant (timidement) de la droite et une seconde d’une gauche vigoureuse et indépendantiste.   

Avec Catherine Dorion et Sol Zanetti, Québec solidaire devient la principale voix d’opposition dans la région de Québec.

Ce n’est pas anodin et c’est heureux pour la démocratie. Les positions de la CAQ et de Québec solidaire sont aux antipodes sur plusieurs sujets, dont l’incontournable troisième lien. 

Des débats utiles et nécessaires s’annoncent.

Il y a quelques années, la prise du pouvoir par la CAQ aurait représenté pour Québec un changement plus important qu’aujourd’hui.

Le parti de François Legault ne parle plus de sabrer massivement dans la fonction publique. La CAQ plaide aussi que sa posture sur l’immigration n’est pas incompatible avec les attentes en main-d’œuvre de la région de Québec. Reste à voir comment.

Un des défis du nouveau gouvernement sera de lancer un pont nouveau, pas seulement sur le fleuve mais vers l’hôtel de ville de Québec. Il y a peu d’atomes crochus entre le parti de François Legault et l’administration Labeaume. Cette distance n’est pas un accident de parcours. Il en est ainsi depuis des années.

Les Jonatan Julien, Jean-François Simard, Geneviève Guilbault, qui pourraient accéder au Conseil des ministres et François Paradis à Lévis auront ici leur mot à dire.   

***

Je me suis demandé si je devais passer la nuit debout à attendre la première pelletée de terre pour le troisième lien. Puis, je me suis dit que ça pouvait bien attendre encore un peu.

À LIRE AUSSI: Les résultats, circonscription par circonscription