Autrement dit

Le chiffre

34

Aux États-Unis, c’est le nombre d’états exigeant un permis pour qu’un enfant puisse vendre de la limonade à un petit kiosque improvisé, dans un quartier résidentiel.

Source : Country Time 

Chiffres en vrac

-0,5 % : taux d’intérêt (négatif) offert par la Jyske Bank, au Danemark, ce qui signifie qu’elle paye les clients pour qu’ils empruntent de l’argent; 

43 % : proportion des députés élus au Parlement indien lors des élections du printemps 2019 qui font l’objet d’accusations criminelles;

56 % : pourcentage des citoyens américains qui estiment qu’une personne d’intelligence moyenne ne peut pas distinguer les fake news et les vraies informations;

72 %: diminution du nombre de batailles survenues l’an dernier lors des matchs de la Ligue nationale de hockey (LNH), par rapport à la saison 2001-2002;

99 % : proportion des bananes exportées dans le monde qui sont de type «Cavendish».

Sources : Gallup, Pew Research Center, espn.com, Harper’s, Agence France-Presse

Le prix

6800 $

Coût d’un séjour de trois jours à bord de la station scientifique Ares, qui tente de récréer les conditions de vie d’une éventuelle colonie humaine sur la planète Mars, au fond d’une grotte, dans le nord de l’Espagne. Promis, juré, la station donne une bonne idée de l’extrême dureté de vivre sur Mars. Même que si vous n’avez pas assez souffert, il est possible qu’on vous rende votre argent!

Source : geek.com

La comparaison

38 %

Proportion des habitants du Groënland qui veulent l’indépendance immédiate de leur territoire, rattaché pour l’instant au royaume du Danemark;

68 %

Proportion des habitants du Groënland qui veulent l’indépendance de leur territoire, «quelque part au cours des 20 prochaines années».

Source: cnn.com

Vrai ou Faux?

En Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan a fait interdire un livre scolaire de géométrie à cause d’un exercice qui montrait une droite conduisant du point «F» au point «G», les initiales de l’ennemi public numéro, l’imam Fethullah Gülen (FG).

+

+

+

Réponse: Vrai. 

Source: Le Canard enchaîné

La citation

«L’assombrissement du ciel était très intense»

Franco Nadal Villela, un météorologue de l’Institut national de météorologie du Brésil (Inmet), à propos de la noirceur qui s’est abattue sur la ville de Sao Paulo, vers 15h00, le 19 août. Il faisait pratiquement nuit. Le phénomène aurait été causé par la combinaison d’une épaisse couche de nuages en basse altitude et d’un panache de fumée très dense dégagé par les nombreux feux dans la forêt amazonienne.

Source: Folha de S. Paulo

La prédiction

Paris-Shanghaï en 39 minutes

D’ici 2030, des avions propulsés par des moteurs de fusée pourraient voler à 15 000 km/h, selon des experts de la banque UBS. De quoi franchir les 9 200 kilomètres qui séparent Paris et Shanghai en…. 39 minutes. Les avions-fusées passeraient par la très haute atmosphère, voir même par l’espace, pour atteindre leur destination. Il ne reste à régler que de menus détails. Presque rien. Juste le bruit assourdissant et l’inconfort des passagers écrasés sur leurs sièges par la vitesse fulgurante. Bon voyage.

Source: Le Figaro

La comparaison

Proportion des contrôles policiers de routine qui se terminent par une arrestation...

Dans la réalité de tous les jours, aux États-Unis: 2%

Dans la populaire série américaine de télé-réalité «Cops»: 92%.

Source: Harper’s

Offre d’emploi

Recherché, un critique très déluré pour évaluer la qualité des services fournis dans 10 grands hôtels acceptant les animaux de compagnie, à travers le monde. Le salaire comprend une nuit et un repas dans chaque établissement. Le demandeur doit être de race canine. Être accompagné par un humain pourrait constituer un atout. Les candidats qui parviennent à lire ce message sont priés de s’adresser au site hotels.com.

Source: Travel Magazine.

Question-éclair

Aux-États-Unis, des chercheurs ont mesuré le nombre de coups à la tête reçus par 38 joueurs de football universitaire ayant joué une saison complète. Combien chacun a-t-il reçu de coups à la tête plus ou moins graves, en moyenne? 

a) 1 211

b) 34

c) 503

d) 112

e) 51

+

+

+

Réponse: c) 

Source: The New York Times

Jean-Marc Salvet

Trudeau, un arroseur éclaboussé

CHRONIQUE / Personne ne peut prétendre que Justin Trudeau est raciste. Le chef libéral n’a rien d’un raciste. Son parcours politique en témoigne. Le premier ministre sortant a toujours célébré les minorités. Au point même d’agacer nombre de ses adversaires politiques.

Mais il existe une faute politique dans cette histoire. Je m’explique.

M. Trudeau lui-même soutient qu’il n’aurait pas dû se grimer en noir, qu’il s’agit d’une erreur, qu’il le regrette et s’en excuse. Très bien. 

Mais dit-il ou pense-t-il cela simplement parce que des images du passé ont été rendues publiques?

Cette question se pose, car s’il ressent un sentiment de honte depuis des années et des années, comment expliquer qu’il n’ait trouvé aucune occasion d’enrober cette «erreur» en la révélant lui-même publiquement à un moment ou l’autre?

Plus important encore : Comment expliquer qu’il ait laissé son parti traquer le passé d’adversaires conservateurs? Il ne savait pas qu’il était lui-même vulnérable?

Il faut être un tantinet candide pour croire que jamais rien ne sortirait sur la place publique. Ou avoir estimé, au fond, et pendant des années, que tout cela n’était rien du tout...

Voilà qui peut mettre en perspective ses demandes d’excuses.

Justin Trudeau s’est finalement fait servir la même médecine que le Parti libéral du Canada sert au Parti conservateur. Il est l’arroseur éclaboussé.

Une conséquence à court terme : d’ici le jour du scrutin, les libéraux n’exhumeront plus le passé de leurs adversaires, de crainte d’avoir à se réexpliquer sur la controverse qui a fait mettre un genou par terre à Justin Trudeau.

Cela dit, les partis d’opposition auraient tort de trop en faire. Leur intérêt est de passer à autre chose.

Plus sensible

Pour la très grande majorité de ceux qui ignoraient la signification du blackface — et ils sont nombreux, et probablement plus au Québec que dans le reste du Canada —, toute cette histoire et son retentissement médiatique sont grandement exagérés. Il y a blackface et blackface, de surcroît, c’est vrai.

Mais les sensibilités à cet égard sont diverses et la dernière chose à faire serait de refuser de comprendre que ces maquillages heurtent des citoyens. Peu importe, par exemple, qu’il ne s’agissait, dans l’un des épisodes mettant en scène le jeune Trudeau, que d’une personnification d’Aladdin. Surtout que l’on sait maintenant qu’il n’y a pas eu que cet épisode.

M. Trudeau paraît aimer les déguisements depuis longtemps... Mais ne persiflons pas.

Maintenant que nous sommes plus nombreux à être sensibilisés à ce à quoi peut renvoyer ou renvoie le blackface, à ce qu’il signifie pour certains d’entre nous, on peut admettre que de simples excuses ne pouvaient suffire dans l’esprit de Justin Trudeau. Or, il ne les a pas ménagées. Il ne pouvait pas en faire plus du côté de la contrition politique.

Était-il vraiment totalement ignorant de la signification du blackface? Dans son esprit, était-ce simplement une façon anodine de s’amuser? Personnellement, j’opte pour cette dernière supposition.

Quoi qu’il en soit, rien chez Justin Trudeau le chef du Parti libéral du Canada et premier ministre du Canada ne permet de soutenir qu’il est raciste. Rien.

Pour ce qui est de l’avenir, cette controverse risque de le rendre encore plus sensible qu’il ne l’était déjà au sort des minorités. Il voudra faire concrètement, et encore plus, acte de contrition.

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Chronique

Tenez bon, M. le ministre

CHRONIQUE / Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, dit vouloir resserrer la garde en milieu familial. Enfin, la Coalition avenir Québec (CAQ) se soucie de protéger les enfants, de leur fournir un service de garde éducatif et sécuritaire, plutôt que de défendre un «modèle d’affaires» comme elle le faisait dans l’opposition.

Dans un Québec qui se prétend «fou de ses enfants», il est nécessaire d’avoir un permis pour vendre de la crème glacée et pour garder des animaux, mais non pour «garder» six enfants de 0 à 5 ans à la maison.

Qui plus est, le Québec accorde des crédits d’impôt — des millions de dollars par année — aux parents qui optent pour des services de garde non régis pour lesquels le ministère de la Famille a bien peu d’exigences et dont il n’évalue pas la qualité. 

Les personnes qui offrent des services de garde non régis doivent fournir une attestation d’absence d’empêchement d’antécédents criminels, une attestation de réussite d’un cours de secourisme adapté à la petite enfance, une police d’assurance responsabilité, et le comble, elles doivent par écrit aviser les parents utilisateurs de leurs services qu’elles ne sont pas soumises à l’entièreté de la Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance.

Il y a longtemps que ce non-sens est dénoncé, notamment par le Parti québécois et sa députée Véronique Hivon. 

Le ministre Lacombe a manifesté mardi l’intention d’apporter les correctifs, car il juge qu’on a «un fichu problème de qualité et de sécurité» dans les services de garde en milieu familial qui ne sont pas régis par son ministère. 

Obligation dorénavant d’obtenir un permis pour garder des enfants à la maison et d’être rattaché à un bureau coordonnateur pour avoir accès à du soutien pédagogique? Il faudra voir évidemment quels changements administratifs et législatifs le ministre proposera d’ici le printemps pour juger du sérieux de sa volonté. 

Mais déjà, sa préoccupation et ses propos sont rassurants et tranchent avec les positions tenues par sa formation politique lorsqu’elle était dans l’opposition.

En 2017, le chef François Legault et la députée Geneviève Guilbault, alors porte-parole en matière de famille, se montraient plus préoccupés de la tarification des services de garde, du modèle d’affaires et de l’entrepreneuriat des garderies privées non subventionnées que de la qualité des services de garde éducatifs et de la formation du personnel qui veille au quotidien sur des milliers de tout-petits.

Depuis qu’ils ont pris les rênes, les caquistes se déploient sur plusieurs fronts pour améliorer le sort des enfants et assurer leur bon développement.

Le gouvernement veut que chaque enfant puisse exploiter son plein potentiel. Pour ce faire, il met en place un programme de dépistage précoce des troubles du développement, il veut implanter des maternelles 4 ans et non seulement dans les milieux défavorisés, il investit aussi pour créer davantage de places dans les centres de la petite enfance.

Il a également mis sur pied, après le décès d’une fillette de Granby, une Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse — présidée par Régine Laurent — pour éviter que des enfants échappent au système et soient maltraités, négligés au point d’en mourir.

Un gouvernement qui se porte à la défense des enfants et qui souhaite pour eux ce qu’il y a de mieux ne peut fermer les yeux sur la hausse du nombre de plaintes visant des garderies privées en milieu familial.

«Les services éducatifs à la petite enfance engendrent des effets positifs seulement s’ils sont de grande qualité, à commencer par les milieux où l’on retrouve les enfants les plus vulnérables en plus grand nombre. Il est question ici d’équité et d’égalité des chances. Nous sommes d’avis qu’une meilleure qualité sera atteinte si les exigences de formation sont rehaussées et si une évaluation de la qualité, couplée à un accompagnement pédagogique, est réalisée de façon soutenue», écrivait en février 2017 la Commission sur l’éducation à la petite enfance, présidée par André Lebon.

Ce dernier est maintenant vice-président de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse. 

La Presse rapportait en début de semaine que le ministère de la Famille avait retenu un millier de plaintes contre les services de garde non régis en 2018-2019. Il y aurait 15 fois plus de plaintes que dans les milieux de garde régis.

Ces derniers mois, les médias ont fait état de cas troublants. Une gardienne ivre, une autre qui a laissé ses petits clients sous la responsabilité d’un mineur. Ailleurs, trois enfants privés de surveillance. 

Québec évalue qu’il existe entre 3000 et 5000 services de garde non régie et qu’environ 19 000 enfants les fréquentent. 

En 2017, au moment où le ministre libéral de la Famille, Luc Fortin, pilotait son projet de loi 143 sur les services de garde éducatifs, certains groupes évaluaient plutôt leur nombre à 40 000. 

Ce sont beaucoup de jeunes qui passent sous le radar du ministère de la Famille. Espérons que Mathieu Lacombe jouisse d’un soutien indéfectible de la part du premier ministre et de ses collègues pour corriger la situation.

Chronique

Un «mystère Legault»?

CHRONIQUE / On connaissait déjà à peu près les positions des chefs des partis fédéraux avant même que François Legault leur adresse ses demandes «prioritaires». Ce qu’on ne sait toujours pas, c’est ce que lui ferait en cas d’échec avéré sur ce front politique.

Le premier ministre du Québec a placé la barre de ses attentes plus en haut qu’en bas. Pas à la même hauteur que ce que promettait le document Nouveau projet pour les nationalistes du Québec produit par la Coalition avenir Québec en 2015, mais pas mal plus haut que ce que peuvent ou veulent accorder les partis fédéraux.

Les fins de non-recevoir des chefs fédéraux portent soit sur l’ensemble des demandes présentées par M. Legault — c’est le cas pour Justin Trudeau —, soit sur plusieurs ou quelques-unes d’entre elles. C’est vrai pour ses exigences en immigration, en matière de signes religieux, en ce qui a trait à l’élargissement de la loi 101 aux entreprises sous juridiction fédérale, à la déclaration de revenus unique, à l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser ou au fait que le Québec doive avoir le dernier mot en matière d’évaluation environnementale.

Le succès de M. Legault dans l’opinion publique québécoise doit beaucoup à sa casquette de capitaine Québec qu’il s’est vissée sur la tête depuis son arrivée au pouvoir. Il n’allait pas et ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin.

Il sait qu’il ne perd jamais de points en jouant à fond la carte «nationaliste». Elle parvient même parfois à masquer ou à faire oublier d’autres décisions de son gouvernement. C’est gagnant-gagnant pour lui.

De Scheer à Trudeau

En présentant ses demandes, François Legault a insisté sur le fait que le Québec «forme une nation distincte et libre de faire ses choix», paraphrasant une phrase demeurée célèbre de Robert Bourassa — tout en ajoutant les mots suivants : «dans tous les domaines liés à son existence». Il a aussi tenu à dire aux chefs fédéraux que son gouvernement «est de bonne foi», qu’il «veut participer pleinement à la fédération canadienne»; mais qu’un «vrai partenariat, ça commence par le respect mutuel».

Pour l’heure, l’élection des conservateurs d’Andrew Scheer permettrait sans doute plus que celle de tout autre chef fédéral de tendre vers le concept de «nation distincte» qu’il promeut. Mais «tendre» ne veut pas dire «atteindre». Pensons seulement ici à l’oléoduc de M. Scheer. M. Legault demeurera évidemment opposé à un coup de force d’Ottawa.

La réélection de Justin Trudeau, elle, permettrait beaucoup moins de tendre vers le fédéralisme imaginé par M. Legault que l’élection d’un autre chef fédéral. Or, M. Trudeau, qui domine dans les intentions de vote au Québec, pourrait très bien former un deuxième gouvernement cet automne, d’après les enquêtes d’opinion.

Pas une option...

François Legault remporterait un très gros pari en pouvant dire un jour que le rapport de forces qu’il détient est parvenu à faire accepter par Ottawa et les autres provinces la nouvelle donne québécoise qu’il promeut. Peut-être en serait-il le premier surpris.

Mais pour l’heure, rien ne permet de croire qu’il remportera ce pari. Voilà pourquoi, au-delà des réponses qu’il a déjà reçues jusqu’ici, il manque quelque chose. Il manque la réponse à une question qui pourrait lui être adressée. Que ferait-il lui-même en cas d’échec sur ce vaste front?

Un responsable politique ne répond pas à des questions comme celle-là. Pour un premier ministre, l’échec ne doit pas être une option. C’est vrai.

François Legault fait même valoir qu’il a bon espoir d’être entendu à un moment ou l’autre. Or, l’échec est très possible sur ce terrain.

Puisque le premier ministre est très sensible à l’«opinion publique», ce n’est pas en fait, au fond, un «mystère Legault» qui existe. C’est un mystère quant à la suite des choses; quant à la situation politique qui pourrait naître dans quelques années en cas de refus répétés concernant des morceaux importants de la gouvernance autonomiste du gouvernement Legault.

Chronique

Le «système» transfère votre appel

CHRONIQUE / Peut-être ne devrais-je pas y voir une analogie, mais quand j’ai appelé lundi à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse pour avoir des renseignements, le message a dit : «Veuillez patienter, le système transfère votre appel.»

J’ai été transférée.

Ça a sonné, sonné, sonné, aucune réponse, même pas de répondeur, même pas le classique «votre appel est important pour nous».

Voilà.

Éric Gordon aussi a composé le 1 833 990-2443, option #2, il en a long à raconter sur la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Retiré de sa famille à sa demande à huit ans, il est passé par 37 familles d’accueil, un foyer de groupe et un centre jeunesse, avant qu’on le laisse aller à 18 ans «avec deux sacs à poubelle sur le bord du chemin».

Il avait appelé vendredi, il avait réussi à parler à quelqu’un qui lui avait dit qu’on le rappellerait dans la journée.

On ne l’a pas rappelé. 

Il s’est remis sur le téléphone lundi, s’est buté au téléphone qui sonne.

Éric a aussi envoyé un courriel à votrehistoire@csdepj.gouv.qc.ca, il a reçu un accusé de non-réception en anglais de Mail delivery subsystem lui disant que le service était unavalaible et que l’adresse avait une permanent fatal error, une erreur permanente fatale.

Il a aussi essayé à info@csdepj.gouv.qc.ca, même chose.

Il est impatient de raconter ce qu’il a vécu, comme il me l’avait raconté en juillet dernier. «Je me suis senti comme un enfant payant, je me sentais monnayé comme être humain. Ça marque. […] J’aimerais leur dire [à la commission] comment on se sent comme enfant dans le système, on sent que les rôles sont campés, qu’on ne nous écoute pas.»

Il s’est senti transféré comme un appel.

Au suivant.

Hier encore, il s’est buté au courriel qui ne fonctionne pas, il a finalement réussi à parler à quelqu’un au téléphone, mais n’est pas beaucoup plus avancé. «Il y a eu une réponse, mais la réceptionniste ne savait pas trop quoi répondre, pour finir par me dire : “Monsieur, on va vous rappeler.”»

Rebelote.

Il va réessayer jusqu’à ce que ça fonctionne, mais il craint que des témoignages soient perdus. «J’imagine qu’un jour ça va fonctionner, mais s’il y a des jeunes qui se frappent le nez et que ça ne marche pas, ils vont juste passer à autre chose et ils ne pourront pas donner leur avis.»

J’ai eu plus de succès avec les relations de presse, j’ai pu discuter avec la porte-parole Sylvie Charbonneau, lui signaler que des personnes essayaient de joindre la commission par courriel et au téléphone, en vain. «Je vais vérifier ça, c’est supposé fonctionner, merci de me le dire.»

De rien.

J’en ai profité pour poser des questions sur la suite des choses, entre autres sur les audiences qui commenceront au lendemain des élections, littéralement, le 22 octobre. Le calendrier publié sur le site Internet de la commission prévoit pour le moment des rencontres à Mont­réal, à Sept-Îles et à Québec, Mme Charbonneau précise que d’autres régions seront visitées en 2020.

Pas toutes, on ne sait pas encore lesquelles.

Jusqu’ici, 11 journées d’audiences sont prévues, plus quatre avant-midi. «Dans une journée, on prévoit entendre de quatre à six individus ou groupes, ce sera public ou à huis clos selon leur choix. D’ici décembre, il y en a entre 60 et 70 qui devraient être entendus», plus d’individus que de groupes.

La liste sera publiée sous peu.

L’autre tribune, ce sont les forums citoyens qui seront ouverts au public, on en prévoit au moins un par région. «On va réunir les gens en cellules, il y aura un animateur et, à partir de questions, on va faire discuter les gens. Il y aura des rapports qui seront faits, ils seront déposés en preuves à la commission.»

Les forums se mettront en branle dès janvier, le calendrier devrait être bientôt rendu public. «Les gens devront s’inscrire à l’avance, on vise environ une cinquantaine de places pour chaque forum. S’il le faut, on fera plusieurs groupes.»

Mon petit doigt me dit qu’ils seront courus.

La présidente de la commission, Régine Laurent, a lancé les travaux officiellement la semaine dernière, mais plusieurs avaient pris les devants. «On a publicisé comment nous contacter la semaine dernière, mais le site est opérationnel depuis juillet et plusieurs personnes nous ont déjà fait parvenir leur témoignage.»

Combien? 

«Dans les centaines.»

Donc, sans aucune publicité, pendant l’été, des centaines de personnes ont pris le temps d’écrire aux commissaires pour leur raconter ce qu’ils ont vécu. Il y aura du bon, du moins bon, du révoltant, les commissaires devront faire le tri dans tout ça, mettre le doigt sur ce qui va et sur ce qui ne va pas.

Ils sont nombreux, comme Éric, à attendre d’être entendus. 

Espérons qu’ils soient écoutés.

Chronique

La place de Legault n’est pas dans la rue

CHRONIQUE / La place du premier ministre du Québec n’est pas dans la rue. François Legault n’a pas à participer à la grande mobilisation du 27 septembre aux côtés de la militante écologiste Greta Thunberg, comme le réclame Québec solidaire. Lui et son gouvernement ne doivent pas être dans la représentation, mais dans l’action — dans une véritable et forte action.

C’est tellement vrai que, dans un autre contexte, l’annonce de sa présence aurait été vue par plusieurs comme une façon pour lui de chercher à récupérer à son profit la cause de l’urgence climatique. Si M. Legault avait annoncé qu’il prendrait part à cette grande marche avant que la solidaire Manon Massé le somme d’y être, celle-ci n’aurait d’ailleurs pas été la dernière à l’accuser de vouloir se faire du «capital politique».

Ne soyons pas naïfs : s’il y allait, ce serait dans l’espoir de servir ses propres intérêts politiques. 

Or, ce qui est essentiel pour nous tous, que l’on soit d’ici ou d’ailleurs, c’est l’instauration de politiques et de mesures vigoureuses de lutte contre les changements climatiques.

De l’action

Ce que l’on attend du premier ministre du Québec, comme des autres chefs de gouvernement et leaders du monde, ce sont des lois et de vraies mesures de lutte.

Il est là le boulot de M. Legault, ainsi que celui de son gouvernement — si l’on s’en tient au Québec. C’est là-dessus qu’ils doivent œuvrer. C’est là-dessus qu’ils devront être jugés. Pas sur le fait que le premier ministre québécois marchera ou pas dans la rue le 27 septembre.

On n’attend pas des postures de sa part. On n’attend pas de la communication. On n’attend pas une belle image un vendredi de septembre. On attend de l’action.

Dans l’évaluation qui devra être faite des politiques du gouvernement Legault pour répondre à l’urgence climatique, mentionnons entre autres la réforme du Fonds vert, le plan de gestion des matières résiduelles que son ministre Benoit Charette présentera d’ici la fin de l’année, ainsi que le plan de lutte contre les changements climatiques, qui sera dévoilé au début de l’année prochaine. Pour réellement viser une réduction de 37,5 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, ce plan devra nécessairement être costaud.

Secondaire

La suspension de tous les travaux parlementaires le 27 septembre est une question secondaire. Car l’Assemblée nationale n’aurait pas perdu grand-chose en accédant à cette demande de Québec solidaire, puisqu’il y a très peu d’activités parlementaires le vendredi — et qu’aucune n’est encore programmée pour cette journée.

Cela dit, en ne les suspendant pas, on ne clouera pas beaucoup d’élus sur place, puisque très peu d’entre eux seront retenus par l’activité ou les activités qui pourraient être programmées d’ici là. Le vendredi est une journée beaucoup plus tranquille que d’autres au Parlement québécois. La très grande majorité des élus sont dans leur circonscription ce jour-là, même lors des semaines où ils siègent.

Pour ce qui est des manifestations du 27 à proprement parler, la présence du ministre québécois de l’Environnement, d’autres ministres et de députés suffira largement pour la représentation gouvernementale québécoise. Plus que cela, c’est-à-dire en présence du premier ministre Legault lui-même, on glisserait dans une manœuvre politicienne.

Chronique

Surplus budgétaires: ni aux syndicats ni à la CAQ

CHRONIQUE / Remplir des engagements électoraux paraît plus important pour le gouvernement Legault que de s’assurer que les conditions de travail des employés du secteur de la santé, de l’éducation et de la fonction publique sont à la hauteur et permettent à l’État de tirer son épingle du jeu dans un contexte de rareté de main-d’œuvre. Un choix discutable.

Non, les surplus budgétaires du Québec n’appartiennent pas aux syndicats et aux groupes de pression. 

Mais, ils n’appartiennent pas non plus aux caquistes pour leur permettre de dire à la fin de leur mandat qu’ils ont livré toutes les promesses qu’ils ont formulées lors de la campagne électorale de 2018.

Les intérêts partisans de la Coalition avenir Québec (CAQ) ne doivent pas faire perdre de vue aux députés l’intérêt public et le bien commun. 

Le premier ministre François Legault a déjà avisé les employés du secteur public et les syndicats les représentant qu’ils devaient limiter leur appétit dans le cadre du prochain renouvellement des conventions collectives. Ils devront se contenter de hausses salariales limitées au taux d’inflation. 

M. Legault prévoit des exceptions pour les préposés aux bénéficiaires et pour les enseignants en début de carrière.

C’est de bonne guerre une telle mise en garde. Les organisations syndicales préparent leur cahier de revendications et les négociations débuteront au cours des prochains mois. Québec tente de guider l’opinion publique et d’avoir la population de son bord si un affrontement survient lors des discussions.

Les propos de M. Legault font cependant sourciller lorsqu’il explique que malgré les importants surplus budgétaires (4,4 milliards $ l’an dernier), il n’a pas de marge de manœuvre une fois qu’il a rempli des engagements électoraux plus coûteux que prévu (et mal évalué), comme de baisser la taxe scolaire, d’augmenter les allocations familiales, de mettre fin à la modulation des tarifs de services de garde et d’implanter des maternelles 4 ans sur tout le territoire.

Le gouvernement Legault ne voit aucun problème à retourner de l’argent dans les poches de contribuables riches et bien nantis, notamment par des baisses de taxes scolaires. Il vit bien également avec un coûteux dédoublement de services pour les enfants de 4 ans. 

Mais, il se soucie peu de bonifier et d’améliorer les conditions de travail — non seulement les salaires — des employés de l’État pour s’assurer d’avoir une main-d’oeuvre compétente et stable pour donner des services aux Québécois dans les établissements de santé et de services sociaux, les écoles, les cégeps, les ministères et les organismes publics. 

Comme si le défi d’attractivité et de rétention de la main-d’œuvre s’arrêtait aux dirigeants de sociétés d’État et ne concernait pas aussi des salariés syndiqués.

Pourtant, comme employeur, le gouvernement ne doit pas devenir un club-école où les municipalités, l’administration fédérale et les entreprises privées viennent recruter les employés expérimentés dont elles ont grandement besoin.

Comme employeur, le gouvernement ne peut non plus être indifférent aux importants coûts reliés à l’assurance salaire et aux congés de maladie de longue durée. Le ratio d’heures en assurance salaire a augmenté de 18 % en 2017-2018 par rapport à 2015-2016 dans le secteur de la santé. Une facture supplémentaire de 555 millions $ pour l’État mais qui ne se traduit pas par plus de services pour les Québécois. 

On peut également se demander comment les caquistes feront pour stabiliser les équipes de professionnels travaillant à la protection de la jeunesse s’ils ne rendent pas la charge et les conditions de travail de ces derniers plus attrayantes. 

En novembre dernier, l’Institut de la statistique du Québec a relevé que le salaire des employés de l’administration québécoise était inférieur de 13,7 % à celui des autres salariés québécois, et de 10,6 % à celui des salariés du secteur privé œuvrant dans des entreprises de 200 employés et plus. 

Certes, l’écart rétrécit ou disparaît lorsque l’Institut considère la rémunération globale par heure travaillée (salaire, avantages sociaux et heures de présence au travail). L’écart s’avère de 6,6 % par rapport à l’ensemble des autres salariés , et une parité est observée avec le secteur privé. 

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, dans un contexte où les millénariaux n’ont pas les mêmes attentes et le même rapport au travail que les générations précédentes, le gouvernement devrait faire preuve de plus de doigté et de vision lors des prochaines négociations avec les syndicats d’employés. 

Il peut difficilement se limiter à améliorer les conditions de travail des préposés aux bénéficiaires et de hausser les salaires des enseignants qui entrent dans la profession. 

Dans le cas de ces derniers, Statistique Canada indiquait en 2017 que les enseignants du Québec étaient les moins bien payés au Canada en début de carrière, mais aussi les moins bien payés après 10 ans de pratique et au maximum de l’échelon. 

Des difficultés de recrutement et de rétention n’existent pas uniquement non plus pour les préposés aux bénéficiaires. Informaticien, ingénieur et comptable trouvent souvent plus avantageux de travailler dans le secteur privé que dans le secteur public.

Rappelons que la perte d’expertise dans le secteur public peut s’avérer coûteuse pour le gouvernement et les contribuables. La commission Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a très bien exposé les dangers qui guettent un ministère des Transports lorsqu’il perd ses ingénieurs d’expérience au profit du privé.

M. Legault a également indiqué la semaine dernière qu’il était favorable à des «augmentations différenciées» selon les catégories d’emploi et qui tiennent compte notamment de la réalité du marché du travail.

Pour qu’une telle approche soit appliquée, encore faut-il qu’elle soit transparente et basée sur des faits et des indicateurs fiables. Il faut également que les syndicats soient partie prenante. Sinon, l’exercice risque d’être arbitraire et encore là, de répondre davantage à des intérêts partisans qu’à l’intérêt public.

Chronique

Croisières à Québec: pollution, point de saturation touristique et consultation douteuse

CHRONIQUE / Les navires de croisière qui s’arrêtent chaque automne au Port de Québec laissent tourner leurs moteurs 24 heures sur 24 pour répondre aux besoins énergétiques de ces véritables «villes flottantes».

Cela peut sembler inquiétant lorsqu’on découvre qu’une quinzaine de ces navires sont dénoncés comme étant parmi les plus polluants de leur industrie par des organismes de surveillance européens.

De grands médias comme The Guardian, USA Today, CNN ou Forbes ont fait échos ces dernières années aux palmarès de Friends of the Earth ou de Nature and biodiversity Conservation Union. 

La méthodologie de ces études est parfois contestée par les lignes de croisières, mais il est un fait avéré que ces navires rejettent dans l’air des particules polluantes. Sans parler de la gestion souvent déficiente des eaux grises ou usées. 

La réalité des croisières dans le Saint-Laurent est heureusement moins alarmante que celle décrite dans les ports européens. Du moins en théorie, car Transports Canada, malgré mes demandes répétées, refuse de dire si des inspections et suivis sont faits sur les navires de croisière. 

Depuis 2015, ceux-ci doivent respecter une norme de 0,1 % sur les émissions de soufre (norme ECA pour Emissions Control Area). Ces normes sont beaucoup plus sévères que celles en vigueur ailleurs dans le monde (3,5 %). 

Outre le Canada, la norme ECA est appliquée uniquement sur la côte Ouest américaine, dans la Mer du Nord et en Alaska.

Pour se conformer à cette norme, les navires qui entrent en eaux canadiennes doivent changer de combustible. Cela implique des manœuvres techniques et des coûts additionnels, le carburant «propre» coûtant plus cher. 

Ces normes sont-elles respectées? 

Les amendes sont fortes et «il n’y a pas de fly by night [voyou] qui a envie de jouer avec ça», croit le pdg du Port de Québec, Mario Girard. 

Cela semble rassurant, mais le Port de Québec ne peut jurer de rien. La surveillance incombe à Transports Canada qui ne lui rend pas de compte ni sur ses inspections, ni sur les résultats de celles-ci.

Ce qu’on sait cependant, c’est que même si les normes étaient suivies, des particules nocives continuent d’être rejetées par les navires de croisière en mouvement et à quai. 

Préoccupés par ces émissions, les gouvernements d’Ottawa et de Québec ont consenti en 2015 une aide de 10 millions $ pour doter le quai de la Pointe-à-Carcy (quai 22) d’un système d’alimentation électrique (shore power). Le Port devait fournir les 3,4 millions $ restants.

Un tel système permet de se brancher à quai et d’éteindre les moteurs pendant les escales. Le Port devait fournir les 3,4 millions $ restant pour compléter le montage financier.

Le pdg du Port de Québec, Mario Girard, avait à l’époque applaudi ce «geste de leadership environnemental». Cela «s’inscrit parfaitement dans la vision de développement durable» et va «réduire les émissions de gaz à effet de serre», s’était-il réjoui. 

Le Port de Québec n’a cependant jamais donné suite au projet qui a depuis été abandonné. 

M. Girard invoque aujourd’hui le bénéfice «insignifiant» du projet.

Pressée de s’autoapplaudir, l’administration portuaire avait juste oublié de faire l’analyse de son marché avant se réjouir publiquement. 

À peine quelques-uns des navires qui viennent à Québec sont pourvus de l’équipement de branchement. Cela représente seulement 1 % du temps à quai, évalue-t-il.

Le Port évoque aussi une difficulté logistique à garer les navires électriques au quai 22, la priorité devant être donnée aux navires en embarquement et en débarquement. 

Les marées posent aussi des contraintes. Un navire ne pourrait pas toujours être garé dans le bon sens pour pouvoir être branché. Sans compter que l’équipement à quai a la taille d’un autobus, ce qui est encombrant. 

Mais c’est surtout que l’industrie des croisières «ne s’en allait pas là», dit avoir constaté M. Girard. À l’époque, l’industrie misait plutôt sur les filtres (scrubbers) pour réduire les émissions polluantes. Le Port a ensuite perçu que la tendance allait vers les navires propulsés par du gaz naturel liquéfié (GNL), moins polluant que le diesel actuel.

Québec s’est alors doté d’une installation mobile pour pouvoir approvisionner les navires en GNL. 

Cela paraît bien, mais la réalité est qu’aucun des navires de croisière qui remontent le Saint-Laurent, ces années-ci, n’est propulsé au GNL. Pour l’heure, seuls des navires du Groupe Desgagnés utilisent ce service.

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Un rapport de l’Association internationale des lignes de croisière (CLIA) produit en août 2018 annonce une tendance vers le branchement électrique des nouveaux navires :

50 des 56 navires alors en commande (89 %) en seront pourvus ou sont dessinés pour pouvoir en accueillir. 

Cela va s’ajouter aux 55 navires qui en sont déjà équipés et à 11 autres qui prévoient le faire. À terme, c’est plus de 40 % de la flotte qui aura fait un pas vers les branchements à quai.

Cela ne veut pas dire que ces navires prendront la route du Saint-Laurent, mais il est difficile de nier l’intérêt. M. Girard dit ne pas exclure de revenir à un projet de branchement électrique si cette tendance se concrétise.

En attendant, le Port de Québec se retrouve au même point qu’en 2015 à regarder tourner les moteurs des navires de croisières en essayant de comprendre où s’en va l’industrie. 

Cela ne nous étonne qu’à moitié d’une organisation qui depuis des années, donne l’impression de naviguer à vue au gré des humeurs du moment de l’industrie maritime. 

On l’a vu avec les silos qu’il pressait de construire sur le boulevard Champlain et qui sont restés vides des années; puis pour le projet de nouveau quai dont la vocation et la justification n’a cessé de changer. Aujourd’hui avec l’électrification sur les quais. 

Malgré les explications données, le Port de Québec est manifestement à la traîne quant aux efforts d’électrification qu’on observe ailleurs dans les transports collectifs. 

 ***

Contrairement à Québec, le Port de Montréal a fait le choix de profiter des subventions offertes en 2015 pour se doter d’un système d’alimentation électrique à quai. 

La réalité des deux ports est cependant différente, l’installation électrique de Montréal ne servant pas seulement aux navires de croisières, mais aussi à des navires en «hivernation».

N’empêche que depuis 2017, les navires de croisières peuvent s’y brancher. Lors de ses neuf visites à Montréal cet été-là, le Veendam a utilisé le système, ce qui a représenté 17 % des escales de croisières de la saison dans la métropole. 

Chronique

On répare, puis on brise

CHRONIQUE / Johanne Gagnon était contente, son fils Frédéric allait «super bien» dans sa nouvelle résidence, il ne faisait presque plus de crises, n’avait plus besoin de médicaments pour le calmer.

Et qu’est-ce qu’on a fait?

On l’a changé de place.

La maison de Frédéric était une Résidence d’accompagnement continu (RAC) à Saint-Georges de Beauce, il y est resté d’octobre 2018 à juillet dernier. «Le psychiatre disait qu’il ne fallait pas le changer de place, nous aussi on leur disait aussi qu’il fallait le laisser là. Mais ils nous ont dit : “Il va bien, on a besoin de la place, on va réessayer de le placer dans une ressource familiale.”»

C’est de là qu’il arrivait, ça ne marchait pas. 

On lui avait donc trouvé une place en RAC. Mais les RAC, dans notre système, sont des ressources temporaires où les personnes sont prises en charge le temps qu’elles se portent mieux.

Et quand elles vont mieux, on les envoie ailleurs.

Frédéric, 22 ans, est une pièce d’homme. Autiste non verbal, il a toujours fait des crises, que ses parents ont toujours réussi à contrôler. Jusqu’à ce que l’épilepsie vienne jouer les trouble-fête, le 25 décembre 2017 — Joyeux Noël —, la veille de ses 21 ans. «Depuis qu’il y a de l’épilepsie, son caractère a changé. Avant, c’était de l’automutilation, il pouvait briser des murs, une télé, mais maintenant, il attaque, il nous attaque pour nous faire mal.»

Sans aucun signe précurseur.

Une bombe.

Il vivait dans une ressource familiale, mais à cause de la violence des crises, les choses ont dégénéré. «On nous disait que ça allait bien, mais quand il est sorti de là, on a su que lorsqu’il était en crise, les personnes s’enfermaient dans la salle de bain. La résidence a changé de propriétaire, la nouvelle a levé le flag, c’était un cas trop lourd.»

Après, Frédéric est allé un mois en psychiatrie.

Après, on l’a retourné là.

Après, il est retourné en psychiatrie.

«Après ça, la propriétaire a dit qu’elle ne le reprendrait pas, ce n’était pas une place pour lui, elle a dit qu’il fallait qu’il aille dans une RAC. Ils ont réussi à trouver une place à Saint-Georges, c’est un milieu adapté pour lui, avec une salle d’isolement, avec du personnel qui est présent.»

En juillet, après 10 mois, on l’a retourné dans une ressource familiale. 

Parce que tout allait bien.

Arriva ce que Johanne craignait. «Ça n’a pas été long qu’il a fait des crises, les gens ne voulaient plus le garder, ils disaient : “On a bien trop peur.” Dès le début, ils n’étaient pas certains, ils avaient demandé de garder sa place à la RAC pendant un mois, ils voulaient juste des cas calmes…»

Mais la place de Frédéric était déjà prise. «On voit que c’est du patchage, on fait juste éteindre des feux.»

On a parlé à Johanne des RIS, pour Ressource intermédiaire spécialisée, un type de résidence avec un plus grand encadrement, qui pourrait être mieux adaptée pour son grand garçon. Un seul hic, il n’y a pas de RIS sur la Rive-Sud. «On a rencontré deux jeunes gestionnaires très allumées, elles nous ont expliqué qu’on n’avait pas besoin de nouvelles infrastructures, qu’il y avait assez d’endroits qu’on pourrait convertir en RIS.»

Et? «Il n’y a rien qui se passe.»

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, on confirme qu’il n’y a pas de RIS, mais on indique que l’intention y est. «Nous n’avons pas de RIS actuellement, mais nous sommes en appel d’offres afin d’en développer une.» Il y a quatre RAC qui offrent 36 places pour l’ensemble du territoire.

Sur la Rive-Nord, il y a 21 RAC et 12 RIS, 207 places.

Le temps pressait pour Frédéric, les gens qui l’hébergeaient étaient au bout du rouleau. «Ils avaient trouvé une place à Montmagny pour mardi dernier [3 septembre], mais le jeudi avant, Frédéric a fait une crise et les gens ont appelé l’ambulance, qui l’a conduit à l’urgence en psychiatrie.»

Je passe sur le fait que la propriétaire a fait une «session d’énergies» avec Frédéric, qu’elle a «entendu une voix qui lui disait qu’il avait choisi de se réincarner dans ce corps-là, qu’il n’aimait pas les carottes parce qu’il ne s’était pas enraciné dans sa réincarnation, parce que nous ne l’acceptions pas».

Un peu de culpabilité avec ça?

Le mardi, Frédéric a emménagé dans un nouvel endroit, un autre. «Ce sont des chambres de dépannage, il y en a deux, au sous-sol. Et à l’étage, ce sont des résidents qui ont une déficience physique. Il a pris la place d’un autre jeune qu’on a envoyé dans une ressource familiale, en espérant que ça se passe bien pour lui…»

C’est la chaise musicale.

Et dire qu’on a mis tant d’efforts avant que Frédéric ne souffle ses 21 bougies, il a fréquenté une école, dans une classe spéciale avec d’autres autistes comme lui, avec une prof formidable et dévouée qui a travaillé fort pour le faire progresser. Il ne disait que ketchup elle lui a montré à dire aider, quand il a besoin de quelque chose.

C’est énorme.

Maintenant, on le pitche à droite et à gauche comme une patate chaude dont personne ne veut. «Les psychiatres nous disent qu’ils ne savent pas trop quoi faire avec. S’il pouvait parler, je suis sûre qu’il nous dirait que ce n’est pas facile pour lui. Il a besoin de stabilité, de routine.»

Johanne a saisi le Commissaire aux plaintes du dossier. «Le problème, ce ne sont pas les individus, les gens sont pleins de bonnes intentions, ils font leur possible. Mais le système ne marche pas, il y a une perte de contrôle. On ne répond pas aux besoins de ces gens-là, il y a un risque de sécurité pour lui et pour les autres.»

Elle espère que le pire n’arrivera pas.

«Des cas comme Frédéric, il va y en avoir de plus en plus. Les professeurs nous le disent, les cas sont de plus en plus lourds. On va avoir un gros problème si on ne s’occupe pas sérieusement de ces personnes-là. Dans le milieu où Frédéric était, ça arrivait qu’il y avait de jeunes enfants. S’il était arrivé quelque chose, une catastrophe, Frédéric se serait retrouvé en milieu carcéral…»

Et dire que ça allait si bien jusqu’en juillet.

Chronique

Nouveau mode de scrutin: un référendum pour sauver la face

CHRONIQUE / Il est compréhensible que le gouvernement Legault songe à soumettre à un référendum son projet de scrutin proportionnel. Et qu’il envisage que cette consultation se déroule en même temps que les prochaines élections, en 2022. Mais tout n’est pas compréhensible dans cette histoire.

Compréhensible, d’abord, parce qu’il s’agit de notre mode de scrutin après tout. Ce n’est pas rien. Il est à la base de tout le reste. Passer par une consultation référendaire peut donc parfaitement se justifier.

Compréhensible aussi, parce que là où l’on a débattu de cette question dans le reste du Canada, c’est par référendum qu’elle a été tranchée. En sa défaveur, certes, mais il n’empêche qu’elle a été soumise à l’appréciation des électeurs.

Compréhensible, enfin, car, c’est toujours au nom d’un idéal démocratique que l’on promeut un mode de scrutin proportionnel. Il est donc normal de pousser la logique jusqu’au bout en demandant aux citoyens s’ils sont pour ou contre.

Mais ce qui est totalement incompréhensible est que le gouvernement Legault joue avec ses engagements — sur un élément fondamental, qui plus est.

Jouer

Pas plus tard que le 16 mai, dans un communiqué de presse signé par la ministre Sonia LeBel, on pouvait lire ceci : «Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin, le DGE [le Directeur général des élections] a envisagé divers scénarios pour accélérer le processus...»

«Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin...» C’était encore très clair il y a quelques mois à peine, non?

Voilà pourquoi il est totalement incompréhensible que le gouvernement Legault joue ainsi avec ses engagements.

Non, en fait, cela se comprend. C’est malheureusement bien trop compréhensible.

Une découverte?

Je l’ai écrit au printemps et je le redis cette fois encore en passant par un questionnement. Il faudrait passer par un référendum parce que de nombreux membres du gouvernement n’y voient plus leur propre intérêt? Parce que la Coalition avenir Québec (CAQ) aurait plus de difficulté à retrouver une majorité parlementaire?

Je le rappelle aussi : les avantages d’un mode de «scrutin proportionnel mixte», comme celui envisagé, sont connus depuis longtemps. Ses désavantages le sont aussi. Aucun caquiste ne peut réellement les découvrir, à moins de ne pas s’être intéressé à la vie politique québécoise depuis une quarantaine d’années.

En soi, il est parfaitement légitime d’estimer qu’un tel changement devrait être tranché par référendum. Le problème n’est pas là. Le problème est que ce n’est pas ce qu’a proposé la CAQ.

Estimant que le Québec souffrait d’un «déficit démocratique», elle a au contraire soutenu que l’appui à ce projet par trois partis sur quatre à l’Assemblée nationale était suffisant pour aller de l’avant sans référendum.

C’est en toute connaissance de cause que les élus de la Coalition avenir Québec se sont engagés dans cette voie. 

Dans ce dossier, la CAQ, qui a pourtant fait de la lutte contre le «cynisme» son pain et son beurre, nous rappelle que ce qui est vrai dans l’opposition ne l’est pas nécessairement une fois au pouvoir. Tout ça est malheureusement tellement compréhensible.

Mylène Moisan

De petites choses, comme un lilas

CHRONIQUE / Dorian est parti comme il est arrivé, les Madelinots sont sortis dehors, difficile à croire en voyant le ciel bleu qu’un cyclone post-tropical venait de passer. L’heure était au bilan.

Les Îles y ont goûté, ça aurait vraiment pu être pire, pas de morts, pas de blessés, c’est le plus important. Les Bahamas n’ont pas eu cette chance. Les Madelinots, comme les habitants de la côte de la Nouvelle-Écosse, s’en sont tirés avec une bonne frousse et de gros dégâts.

On l’a regardé monter vers le nord, on observait les prévisions des vents surtout, Météo Média donnait à un certain moment des rafales dépassant les 160 kilomètres à l’heure. On parlait d’un ouragan qu’on faisait alterner entre les catégories un et deux et puis, ce que nous avions souhaité est arrivé, Dorian s’est essoufflé en chemin.

Le pire n’est pas arrivé.

Pas cette fois.

Le lendemain, les Madelinots ont fait le tour de leur maison, de leurs îles. Le chemin des Chalets a été magané, un chalet s’est retrouvé dans l’étang; une partie du quai à la marina de Havre-Aubert a lâché, des voiliers sont venus se fracasser dans la baie; des portions de route ont été brisées, des arbres arrachés.

Le lilas de Denise a ployé.

Un peu comme les Madelinots, il n’a pas cassé. Sur le groupe «J’annonce aux îles» sur Facebook, Denise a demandé s’il y avait quelque chose à faire pour son lilas «pas cassé, pas déraciné», pour qu’il se relève de la tempête lui aussi. France lui a répondu qu’elle connaissait un ami qui pouvait l’aider, Denise l’a remerciée.

«C’est ma fleur préférée, le lilas», a écrit France.

Catheryne, elle, a mis une photo d’un repas qu’elle mitonnait, «ceux dans la misère soyez pas gênés, on se serre, venez nous voir! […] On a des cartes aussi!»

Pour les arbres arrachés un peu partout, le festival Contes en îles a fait un appel à tous, c’est la 18e édition fin septembre avec la traditionnelle la Grande nuitée, où on se raconte des histoires autour d’un grand feu de camp. Le bois est arrivé, tant et tellement que la cour est pleine.

Mais les flammes, cette année, ne feront pas danser l’ombre des conteurs sur les falaises rouges de la plage de Dune-du-Sud, la plage a été mangée par les tempêtes de l’hiver.

On ira à Gros cap.

Dorian a soufflé comme aucune autre tempête avant, assez pour renverser des roulottes, emporter un chalet. Il a attrapé au passage un kayak rouge que Lise a aperçu le lendemain, elle a lancé un avis de recherche. «Tu as survécu à Dorian, mais t’es pas certain que ton beau kayak rouge a fait de même? J’ai une super nouvelle pour toi... Il est embourré tight dans l’arboutarde en face de chez Hélène des Îles du côté de la Baie, mais semble pas magané, juste sale un ti-peu...»

Arboutarde, pour herbe à outardes.

Le mot s’est passé, le propriétaire du kayak a contacté Lise quelques jours plus tard, il a dit merci à Lise.

Chez Attention Fragîles, un organisme dédié à la protection de l’archipel, Dorian a même inspiré une chanson, écrite d’une traite par les membres de l’équipe pendant l’heure du lunch, le lendemain de la tempête. Comme un pied de nez à Dame nature, sur l’air de Le Vent nous portera, de Noir Désir. Ils se sont filmés la chantant dehors avec la mer derrière, la chanson a passé à CFIM, la vidéo vues presque 17 000 fois.

«Si t’as une grosse job à faire

Ta toiture avant l’hiver

Dorian est un fier-à-bras

Il t’la débardot’ra

Le vent les portera

[…]

Pendant que la marée monte

Et que les quais se démontent

Les bateaux en hécatombe

On s’relèv’ra demain

Dorian l’emport’ra pas

Nous on restera là

Demain on r’construira

Ah! Cette pauvre Madeleine

Quelques dunes devenues plaines

Cap écarlates qui s’éclatent

Escaliers pulvérisés

Y’aurait de quoi pleurer

Mais on s’décourag’ra pas

Madeleine remportera!»

Les Madelinots vont se relever, comme le lilas de Denise.

Nous, les humains

Le charisme, ça s’apprend?

CHRONIQUE / Au printemps 2008, Michelle Obama a été convoquée dans le bureau de David Axelrod, le stratège politique en chef de Barack Obama.

À l’époque, Barack faisait campagne contre Hillary Clinton pour être élu à la tête du parti démocrate. Les sondages ne lui étaient pas favorables. Et sa femme était prise dans un tourbillon médiatique après une déclaration maladroite qui avait été perçue comme antipatriotique.

«J’avais le sentiment que ma cause était perdue [...]», écrit Michelle Obama dans Devenir, son autobiographie. «J’étais une femme, une femme noire et une femme forte, ce qui pour certaines personnes imprégnées d’une certaine mentalité, ne pouvait vouloir dire qu’une chose : j’étais une “femme noire en colère”». 

Alexrod lui a fait regarder les vidéos de certaines de ses allocutions publiques, sans son. Michelle devait se concentrer sur son langage corporel. Son visage était «trop sérieux, trop sévère — du moins, pour ce qu’on attend d’une femme», décrit Michelle. «Je comprenais comment l’opposition avait sélectionné ces images pour me construire une image de harpie furibonde». 

C’était injuste et sexiste — Barack, lui, ne se faisait jamais reprocher d’avoir l’air trop sérieux ou de ne pas sourire assez. Mais Michelle refusait de tomber dans le piège de ses rivaux. Alors, elle a adopté un ton plus décontracté, un savant mélange de grandes idées et de familiarité mêlant l’humour, l’autodérision et les anecdotes aux discours politiques. 

Après ce moment charnière dans le bureau d’Axelrod, Michelle Obama a changé de cap vers la charismatique oratrice qu’on connaît aujourd’hui. «Je venais de comprendre qu’il y avait dans ce jeu politique un côté spectacle que je ne maîtrisais pas», écrit-elle. 

***

Souvent, quand on entend parler de gens charismatiques, on a l’impression qu’ils ont reçu une sorte de don du ciel. Mais l’autobiographie de Michelle Obama nous montre que le charisme n’est pas seulement inné; il peut aussi s’apprendre, du moins en partie. 

Comme Michelle l’a constaté, le charisme passe beaucoup par le langage non verbal. Votre posture, l’expression sur votre visage, la manière dont vous bougez ou regardez la personne devant vous parlent à votre place. 

Le problème, c’est que le langage du corps est difficile à contrôler, car il reflète involontairement votre état d’esprit, explique Olivia Fox Cabane, dans son essai Le Charisme démythifié : comment se démarquer, convaincre et rassembler (2015). 

Ancienne directrice de StartX, un accélérateur de démarrage d’entreprises technologiques associé à l’Université de Stanford, Mme Fox Cabane note que quand vous êtes anxieux, par exemple, des microexpressions se lisent votre visage qui indiquent que vous êtes stressé. Les autres le perçoivent instinctivement et chuchotent : «oh, il a l’air nerveux». 

La solution, estime l’auteur, est d’essayer de changer son état d’esprit avant de faire une activité sociale — aller à un party, réseauter, prononcer un discours. Comme le cerveau réagit de manière similaire à l’imagination et à la réalité, se visualiser comme une personne confiante peut se refléter ensuite dans notre langage corporel. 

À l’inverse, Amy Cuddy, une chercheure en psychologie sociale qui a enseigné à l’Université Harvard, propose de modifier son langage corporel pour influencer son état d’esprit. En adoptant une «posture de pouvoir» (power posing) — épaules vers l’arrière, torse ouvert, menton haut et droit —, on peut influencer la manière dont on perçoit notre propre assurance, a-t-elle démontré. 

«Lorsque vous prétendez être puissant, il y a plus de chances que vous vous sentiez vraiment puissant», a expliqué Cuddy au Figaro. 

Mais projeter une image forte ne suffit pas à conquérir les cœurs si on n’arrive pas à être chaleureux en même temps, prévient Fox Cabane. Les gens charismatiques donnent le sentiment qu’ils veulent utiliser leur pouvoir au bénéfice des autres. 

L’auteur donne l’exemple de deux candidats à l’élection britannique de 1868, William Gladstone et Benjamin Disraeli. Les deux projetaient une image de puissance, d’intelligence et de savoir, mais Disraeli était chaleureux en plus. Une femme qui a dîné avec les deux a résumé leur différence. 

«Après avoir dîné avec M. Gladstone, je pensais que c’était la personne la plus intelligente en Angleterre. Mais après avoir dîné avec M. Disraeli, je pensais que j’étais moi-même la personne la plus intelligente en Angleterre.» Devinez qui a gagné l’élection? Oui, Disraeli. 

Michelle Obama incarne à la perfection ce mélange de force et de chaleur. Et c’est peut-être ce qui fait qu’elle a été aussi populaire comme première dame — ça et sa performance mémorable au Carpool Karaoke de James Corden.

Mais avant d’être en mesure de remplir le Centre Vidéotron à deux semaines d’avis, elle a prononcé des centaines, voire des milliers de discours aux États-Unis et dans le monde. Elle a été critiquée, s’est ajustée, a encore été critiquée, et s’est encore et encore ajustée. 

Et maintenant qu’on célèbre son charisme partout où elle passe, elle doit sourire en pensant à cette journée où elle a été convoquée dans le bureau d’Axelrod. 

Richard Therrien

Gémeaux: les grands oubliés

CHRONIQUE / Tous les galas du monde ont leur lot d’incongruités. Tous les jurys du monde prennent des décisions incompréhensibles. Même aux Oscars. Et c’est le cas des Gémeaux, qui accouchent parfois d’une liste de nominations douteuses. Qui sont donc ces grands oubliés des Gémeaux, ceux et celles qui méritaient leur place, mais qui, pour des raisons obscures, n’y sont pas?

Gildor Roy

Daniel Chiasson dans District 31

S’il existait une catégorie «personnage préféré dans District 31», il arriverait certainement dans les premiers noms. Or, Gildor Roy n’apparaît nulle part dans la liste des Gémeaux. Et ce, malgré les 15 nominations obtenues par la très suivie quotidienne de Luc Dionne. C’est d’autant plus incongru qu’on assiste cette année au retour de la catégorie des séries dramatiques quotidiennes, avec l’arrivée de Clash à VRAK, ce qui offre plus de chances aux acteurs. Gildor peut se consoler avec ses trois trophées Artis du printemps.

Brigitte Breton

L’espoir d’une mère

CHRONIQUE / Margo Ménard a accompagné son fils Sébastien pour que celui-ci, atteint de sclérose en plaques, puisse mourir en Suisse comme il le désirait. Cela fait deux ans et demi. «Il ne peut rien m’arriver de pire dans la vie», dit-elle. La décision que vient de rendre la juge Christine Beaudoin sur l’aide médicale à mourir la soulage toutefois, l’aide à faire son deuil et à atteindre plus de sérénité.

«S’il vous plaît, n’allez pas en appel de ce jugement», demande la femme de Québec aux élus provinciaux et fédéraux. «S’il vous plaît, ne mêlez pas les dossiers des malades aptes à prendre une décision éclairée et ceux des malades inaptes, des mineurs ou des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Ne mêlez pas les enjeux pour noyer le poisson».

Mme Ménard a été des années auprès de son fils malade pour répondre à ses besoins primaires, mais aussi, pour l’accompagner dans ses démarches auprès de Dignitas, en Suisse. Son fils avait 43 ans et ne voulait pas finir sa vie et attendre la mort dans un CHSLD. Ne pouvant recevoir l’aide médicale à mourir au Québec puisqu’il n’était pas en fin de vie et que sa mort n’était pas «raisonnablement prévisible», il a opté pour le suicide assisté et un aller simple pour la Suisse.

«Ce fut un long cheminement. J’étais bien au fait de la détresse de Sébastien. Je la voyais dans ses yeux. J’ai respecté sa souffrance au lieu d’être égoïste et de vouloir le garder à tout prix».

Un cheminement qui ne se réalise pas sans peine.

La maladie d’un enfant, qu’importe son âge, est difficile à vivre et à accepter pour un parent. La mort d’un enfant, même si elle est souhaitée par celui-ci, car il estime que c’est la meilleure issue pour lui, est cruelle.

Recevoir l’urne de son fils comme un simple colis commandé chez Amazon cinq semaines après son décès en Suisse a été un choc et a incité Mme Ménard à s’engager, comme elle l’avait promis à Sébastien, pour qu’aucune autre famille québécoise n’ait à refaire ce parcours douloureux.

La récente décision de la cour supérieure est pour Mme Ménard un immense soulagement. «C’est plein d’espoir. Enfin une lumière au bout du tunnel».

La juge a déclaré invalides et inopérantes les dispositions du Code criminel et de la Loi sur les soins de fin de vie qui liaient l’accès à l’aide médicale à mourir à des critères de mort raisonnablement prévisible et de fin de vie. Selon la cour, de tels critères contreviennent à la Charte canadienne des droits et libertés.

Sébastien Gagné-Ménard est mort le 10 mars 2017. La juge Beaudoin donne six mois aux législateurs du gouvernement du Québec et du gouvernement fédéral pour apporter les correctifs au Code criminel et à la Loi sur les soins de fin de vie.

«Cela nous mène au 10 mars 2020, au troisième anniversaire du décès de mon fils». Elle y voit un signe, une preuve que le fait d’unir sa voix à celles d’autres malades et d’autres proches de grands souffrants a porté ses fruits, a contribué à faire avancer le délicat dossier.

Mme Ménard rappelle que lorsque les élus tardent à prendre des décisions et à légiférer, ils font porter un poids très lourd aux personnes gravement malades et souffrantes, notamment celles atteintes de maladies dégénératives incurables.

Dans une lettre transmise au Soleil, la mère endeuillée exprime sa gratitude et son admiration pour Nicole Gladu et Jean Truchon qui ont mené leur cause devant les tribunaux.

Elle aussi mérite notre admiration pour le soutien apporté à son fils et son implication pour remplir la promesse d’éviter que d’autres malades doivent se rendre à l’étranger, sans leur famille, leurs proches et leurs soignants, pour mourir dans la dignité. 

Jean-Marc Salvet

L’imprévu, roi des campagnes

CHRONIQUE / Malgré tous les beaux plans de départ, une campagne électorale, c’est toujours le règne de l’imprévu. Voilà que les chefs fédéraux devront se commettre d’ici le jour des élections sur une question on ne peut plus délicate, celle d’un véritable élargissement de l’aide médicale à mourir. Ou balayer par devant. Ce dossier ne figurait pas sur leur table de travail.

Mercredi, la Cour supérieure du Québec a déclaré trop restrictifs et discriminatoires les critères d’admissibilité des lois fédérale et provinciale sur l’aide médicale à mourir. Les critères visés sont fondés sur une mort «raisonnablement prévisible» dans le Code criminel canadien et sur le fait d’être en «fin de vie» dans la loi québécoise.

Si l’éventuel élargissement des conditions d’admissibilité est une question délicate, c’est d’abord parce qu’elle a des implications majeures. Elle touche au rapport intime que nous entretenons, chacun de notre côté, avec la vie et la mort. «Chacun de notre côté» comprend bien évidemment nos responsables politiques.

Délicate, ensuite, parce que sur un sujet comme celui-là, les états-majors des partis peuvent difficilement — et c’est tant mieux — s’en remettre à un simple calcul d’«opportunité politique». Autrement dit, leur évaluation ne peut pas et ne pourra pas se baser avant tout, comme c’est malheureusement trop souvent le cas, sur les points qu’ils espéreraient récolter ou ceux qu’ils craindraient de perdre dans l’opinion publique.

Ça ne sera pas possible, puisque chaque parti, sur une question comme celle-là, n’a pas le choix de prendre le pouls de ses députés, de faire entendre une sorte de consensus interne — même si les votes sur ces sujets sont généralement «libres» au bout du compte.

En pleine campagne électorale, il faudrait pouvoir idéalement y ajouter les candidats qui parcourent les circonscriptions. Mais les directions des formations politiques ne pourront pas aller jusque-là.

Cela pour dire que les états-majors des partis sont et seront bien loin ici du simple calcul d’opportunité politique.

Évolution à venir

Pour le gouvernement du Canada, comme pour celui du Québec, la tentation d’interjeter appel est très forte, il faut le savoir. Pas nécessairement pour refuser toute évolution future, mais pour gagner du temps; pour lancer une réflexion de fond — quitte à laisser tomber la procédure d’appel en cours de route.

Au Québec, une réflexion a déjà été lancée, mais à partir du seul angle d’un élargissement de l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes de maladies dégénératives du cerveau, parmi lesquelles l’alzheimer.

Sur le plan canadien, et puisqu’il a jusqu’au 10 octobre pour décider s’il interjette appel ou pas, le gouvernement sortant de Justin Trudeau n’aura pas le choix de se commettre d’une façon ou d’une autre en pleine campagne électorale. Même si les décisions de fond ne seront pas prises à partir d’un simple calcul d’opportunité politique, les intérêts politiques ne sont jamais totalement absents. En interjetant appel, le gouvernement libéral sortant repousserait à court terme des choix difficiles à arrêter. Il soulagerait très certainement son groupe parlementaire et son parti. Ainsi, d’ailleurs, que plusieurs de ses adversaires politiques, parmi lesquels les conservateurs d’Andrew Scheer.

Chronique

Le choc Trudeau-Legault

CHRONIQUE / Cette campagne fédérale a démarré sur les chapeaux de roue. Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, n’a pas caché qu’il pourrait intervenir dans une contestation de la loi sur la laïcité du gouvernement Legault. Justin Trudeau contre François Legault? Oui. Et vice versa.

«Pour l’instant», le chef du Parti libéral du Canada n’interviendra pas dans une contestation judiciaire de la loi sur la laïcité. Ce qui veut dire qu’il pourrait le faire si son équipe est réélue le 21 octobre.

Pourquoi M. Trudeau ne veut-il pas intervenir directement «pour l’instant»? Parce que cela serait «contre-productif», a-t-il admis. Autrement dit, parce qu’il pourrait perdre des votes au Québec et trouver le gouvernement Legault sur son chemin.

Le terme «contre-productif» est un aveu. Il est une reconnaissance par Justin Trudeau du fort appui populaire dont bénéficie la loi sur la laïcité au Québec. Le premier ministre sortant sait qu’il n’a pas beaucoup d’intérêt politique à alimenter cet enjeu au Québec d’ici le jour du scrutin.

Ce qu’il n’avait pas prévu en ce premier jour de campagne est que François Legault allait estimer, à peine quelques heures après ses déclarations, qu’il était allé beaucoup trop loin en disant ce qu’il a dit. M. Trudeau ne s’attendait pas à ce que M. Legault le somme de s’engager à n’intervenir ni pour l’instant ni à aucun autre moment.

Visions irréconciliables

Derrière cette affaire s’affrontent deux manières de voir la société et le vivre-ensemble; deux visions du Canada aussi; deux façons de dessiner la voilure de la «société distincte».

Pour Justin Trudeau, la loi sur les signes religieux enfreint des règles inviolables, des règles qui doivent prévaloir d’un océan à l’autre. Pour François Legault, cette législation correspond ni plus ni moins qu’au modèle du vivre-ensemble que le Québec attendait.

Même s’il a pris des précautions oratoires sur ce sujet en lançant sa campagne, Justin Trudeau a été honnête avec lui-même et avec les citoyens. Il aurait été malhonnête de sa part de faire comme s’il ne plaçait pas la Charte canadienne des droits et libertés au-dessus de tout. Elle est inscrite dans son ADN.

En même temps, c’est bien là tout le problème d’un point de vue politique. Électoralement parlant, au Québec, M. Trudeau aurait été mieux avisé de faire sienne depuis longtemps l’idée selon laquelle Ottawa n’a pas à intervenir dans les lois votées par l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, il est trop tard pour cela.

Un jour?

La loi adoptée va plus loin que les recommandations de la commission Bouchard-Taylor en raison de l’inclusion des enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public. Mais elle est modérée par rapport à ce qu’elle aurait pu être.

Si elle est plus modérée, c’est en raison de la disposition de droit acquis qu’elle contient. Cette législation ne fait pas l’unanimité, mais elle correspond à un consensus au Québec.

Voilà pourquoi les mots de Justin Trudeau sont comme de la musique aux oreilles pour le Bloc québécois d’Yves-François Blanchet. Ils lui serviront d’argumentaire nationaliste.

Une interrogation à laquelle personne ne peut pour l’instant répondre en terminant : est-ce à travers une pomme de discorde comme celle sur les symboles de foi que l’idée de la souveraineté reprendra de la vigueur, si tant est qu’elle devait revenir un jour à l’avant-scène des débats? Yves-François Blanchet et d’autres espèrent qu’elle mènera jusque-là à un moment ou l’autre.

Mylène Moisan

Les filles aussi peuvent sauter

CHRONIQUE / Dans le Toronto Star mardi, la caricature de Theo Moudakis montre une fillette fixant un téléviseur, Bianca Andreescu est à l’écran en train d’embrasser son trophée du US Open, la fillette tient une raquette de tennis.

Elle dit ceci, je traduis : «Je peux le faire».

Ce qui est vrai pour le tennis ne l’est pas pour la plupart des sports, surtout les sports d’équipe. Thierry Kayitana a entraîné au secondaire et au cégep à des équipes féminines de basketball, il aimerait bien que les filles aient des modèles aussi.

Il n’y a rien.

Ou si peu.

Ce qu’il voit, quand les filles arrivent au secondaire, c’est qu’elles n’ont pas vraiment eu l’occasion de se développer. Pas autant que les gars. «Très jeunes dans le sport, on sépare les gars des filles. Ils sont ensemble tant que c’est pour le plaisir, mais quand ça devient compétitif, on les sépare.»

Et on mise plus sur les gars. 

Thierry est aux premières loges pour voir la différence entre les deux. «Moi, j’ai été entraîné comme un gars. Il y a des choses que les filles ne peuvent pas faire parce qu’on ne leur a pas montré. Elles ne sautent pas parce qu’on ne leur a jamais appris à sauter, alors que les gars, eux, on leur fait suivre un programme d’impulsion. Ce n’est pas facile d’emmener une fille à son plein potentiel.»

On les prend plus jeunes aussi. «Il y a nettement plus de joueurs masculins qui sont pris très tôt, dans les programmes de concentration dès le primaire. Tous les joueurs professionnels qu’on connaît, ils ont été entraînés très jeunes, on a mis toutes les chances de leur côté.»

Et des modèles, en veux-tu en v’là. «Il y a un âge où tu as besoin de modèles. Les gars se projettent très tôt, ils ont leurs idoles. Mais chez les filles, ce n’est pas le cas, c’est plus Miley Cyrus… Si t’as pas de modèle sportif, comment peux-tu te projeter?»

D’où l’importance de Bianca.

En fait, le tennis est à peu près le seul sport professionnel — où il y a de l’argent en jeu — où les filles peuvent s’identifier à des championnes.

Où elles veulent «être comme». 

Résultat, les filles, quand vient le temps de choisir une carrière, ne pensent pas au sport comme étant une option. «La majorité des filles que j’ai entraînées ne veulent pas en faire une carrière, il y a peut-être seulement 5 % qui vont vouloir poursuivre à l’université comme pour le Rouge et Or.»

Et encore.

Les joueuses le voient bien, les équipes professionnelles de filles, quand il y en a, ne font pas les manchettes. Aux États-Unis, le pendant féminin de la NBA (la National Basketball Association), la WNBA, joue dans l’indifférence à peu près totale. «La saison se passe l’été quand la NBA ne joue pas.»

Thierry pose la question : «S’il y avait des Women Raptors à Toronto et qu’elles gagnaient le championnat de la WNBA, est-ce qu’on en parlerait?»

Non.

«Je n’ai jamais vu de reportage sur les femmes qui jouent au basketball, il n’y a personne qui parle d’elles, ni à RDS ni aux États-Unis. Est-ce que c’est parce qu’elles ne sont pas intéressantes? Pas assez spectaculaires? Quand on voit une fille qui dunke à la télé, c’est dans les moments insolites…»

Et ici, les matchs de filles sont toujours avant les matchs des gars, comme une première partie en attendant le vrai spectacle. «On joue à l’heure du souper… Pendant mon match, les gens arrivent à la deuxième moitié, ils s’installent, ils se préparent pour le match des gars. Le vrai show, c’est les gars.»

Ah oui, c’est vrai, il y a des filles dans ce match-là. Sur le bord du terrain. «L’ironie dans tout ça, c’est qu’il y a encore des pom-pom girl! Je ne comprends pas que ça existe encore aujourd’hui.» Ironie plus grande encore, des fillettes se projettent davantage dans ces filles-là que dans celles qui étaient sur le terrain à faire des paniers.

Le cheerleading est devenu une discipline en soi.

Thierry voit quelques petites avancées, les Spurs de San Antonio au Texas viennent d’embaucher une femme comme assistante-entraîneure. «Il n’y a pas encore d’entraîneure-chef et pas de propriétaire femme, à part la copropriétaire des Lakers de Los Angeles, [Jeanie Buss] qui est l’héritière.»

Thierry ne s’attend évidemment pas à ce que le sport professionnel devienne un haut lieu de la parité, mais il est convaincu qu’il y a moyen de faire une plus grande place aux sportives. «Il y a des modèles qui pourraient marcher, comme les matchs trois contre trois, il y a une ligue aux États-Unis qui est très populaire, le BIG3, qui est rentable et qui est télédiffusée. Les filles pourraient y aller.»

On a les victoires qu’on peut, «ils viennent d’intégrer les équipes de la WNBA dans la configuration du jeu vidéo NBA 2K20. Les joueurs vont pouvoir choisir une équipe féminine, c’est la première fois en 25 ans», la Ligue a été créée en 1996. Le jeu FIFA, au soccer, les a intégrées en 2016.

À quand les Canadiennes de Montréal sur NHL?

Brigitte Breton

Débrayer et désobéir pour la planète?

CHRONIQUE / Un jour de grève et une paye amputée pour la survie de la planète? Aucun appel des grandes centrales syndicales (FTQ, CSN, CSQ) pour obtenir un mandat de grève de leurs membres le 27 septembre. Grève sociale, grève climatique, désobéissance civile et grève illégale ne sont pas à l’ordre du jour.

En suivant mardi la conférence de presse de La Planète s’invite au Parlement, c’est à croire que des milliers de syndiqués du Québec déclencheraient une grève le 27 septembre pour participer à la manifestation de Montréal avec la jeune Suédoise Greta Thunberg, ou à un autre rassemblement dans 17 villes du Québec.

La réalité est bien différente. Tant à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) qu’à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), des porte-parole précisent que leur organisation n’a aucunement l’intention de défier les lois du travail du Québec. 

«J’ai été étonné par les propos tenus par Dominic Champagne», indique Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ. 

Loin de lui l’idée de nier l’urgence climatique. Il estime toutefois qu’une grève illégale n’est pas le bon moyen pour lutter contre les changements climatiques et opérer une transition vers une économie verte. 

M. Cadieux se défend de protéger les intérêts de ses membres qui travaillent dans des secteurs énergivores et polluants. Il soutient qu’une transition énergétique est nécessaire, mais que celle-ci doit se réaliser avec des mesures de soutien pour les travailleurs. Il rappelle également que le Fonds de solidarité de la FTQ a «décarbonisé» son portefeuille. 

Les trois centrales syndicales soulignent qu’elles défendent elles aussi la cause environnementale et souhaitent que leurs membres s’impliquent dans le mouvement planétaire du 27 septembre. Elles participeront d’ailleurs à l’organisation des manifestations, comme elles l’ont fait en mars. Elles prônent toutefois une participation citoyenne plutôt que la désobéissance civile.

Les conséquences pour un étudiant de sécher des cours ne sont pas les mêmes que pour un travailleur qui quitte la fonderie sans en avoir le droit. Ni pour un professeur de cégep qui ne sera pas en classe le 27 septembre parce que ses étudiants sont en grève, note M. Cadieux.

Même sans appel à la grève de la part des centrales syndicales, la journée du 27 septembre est néanmoins une excellente occasion de montrer aux gouvernements québécois et canadien que les citoyens ne sont pas indifférents au sort de la planète. 

L’an dernier, les Québécois ont élu une formation politique qui n’avait pas dans ses priorités l’environnement et la lutte au réchauffement climatique. L’intérêt pour le dossier est apparu après l’élection et bien timidement pour le gouvernement caquiste majoritaire.

Avec des élections fédérales le 21 octobre, le message doit être clair pour les candidats qui souhaitent gouverner à Ottawa, mais aussi pour les citoyens. 

«L’indifférence n’est pas une option», a affirmé hier Dominic Champagne, le porte-parole du Pacte pour la transition, signé par plus de 280 000 personnes. 

Avec raison et cela vaut pour tout le monde. Qu’importe le parti, l’âge, le sexe, les revenus et qu’importe que l’on soit politicien, étudiant, travailleur ou retraité, il est irresponsable de rester les bras croisés et de ne pas prendre le virage qui s’impose malgré les difficultés qui l’accompagne.

Quel parti est prêt à s’engager à «écouter la science» et qui est prêt à voter pour lui? À suivre.

Jean-Marc Salvet

Les «mous» dans la mire des chefs

CHRONIQUE / Chaque parti engagé dans la course électorale fédérale peut s’appuyer sur des sympathisants décidés; sur des électeurs déterminés qui ne changeront pas d’avis d’ici le 21 octobre. Mais il existe beaucoup d’appuis mous, beaucoup d’adhésions molles en ce début de campagne. Cela, c’est sans compter la cohorte d’indécis.

Il existe suffisamment d’appuis flottants pour nous rappeler que cette campagne électorale peut faire une différence. Et que chaque débat télévisé est susceptible de faire gagner ou perdre des points à l’un ou l’autre des chefs.

Les partis politiques misent sur les grands rendez-vous télévisés pour consolider leurs appuis, pour convaincre des sympathisants mous ou pour emmener vers eux des personnes plutôt enclines à voter pour un adversaire.

Et c’est entre autres parce que les débats télévisés comptent que la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, aurait dû ou devrait obtenir son laissez-passer au Face-à-Face 2019 diffusé sur TVA et LCN le 2 octobre.

Supputations...

A priori, on pourrait penser que la présence de Mme May à ce débat ferait du tort au NPD en sol québécois, ainsi qu’aux libéraux, voire même — bien que dans une moindre mesure — aux bloquistes. On n’imagine pas que le Parti vert puisse grignoter des voix aux conservateurs.

On pourrait aussi, tout au contraire, estimer que la présence de la patronne des Verts au Canada nuirait à ses propres troupes, que ses principaux opposants dans cette joute, Justin Trudeau, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet, parviendraient à mettre en exergue des pans de son programme gouvernemental qui feraient fuir de nouveaux sympathisants potentiels. Le conservateur Andrew Scheer ferait probablement le service minimum contre elle.

Mais peu importe ces supputations! Si TVA et LCN ont le droit d’organiser le débat comme ils l’entendent, il est dommage que les critères établis par la Commission des débats des chefs ne prévalent pas chez eux. Contrairement aux débats en français et en anglais dont Radio-Canada et CBC sont les maîtres d’oeuvre, TVA et LCN n’ont pas l’obligation de s’y astreindre. Mais de là à ne pas avoir de critères de participation au moins semblables...

Regrettable

La direction de TVA dit n’avoir invité que les leaders dont les formations sont représentées au Québec et qui ont déjà remporté des sièges dans la province. Le problème, c’est qu’il s’agit d’une élection fédérale et que de ce fait, elle dépasse les seules circonscriptions québécoises.

Sur le fond, le Parti vert du Canada a raison de fonder ses prétentions sur les critères de la Commission des débats des chefs. Ils sont rigoureusement objectifs et correspondent à ce qu’est une campagne électorale fédérale se déroulant d’un océan à l’autre. Ils sont logiques.

Voilà pourquoi il aurait été préférable que le grand débat de TVA et de LCN, où s’informeront de très nombreux Québécois, s’appuie au moins sur des critères semblables.

Le parti de Mme May répond à deux des trois exigences de la Commission des débats des chefs, soit celle de présenter ou d’avoir l’intention de présenter des candidats dans 90 % des circonscriptions au Canada et celle d’avoir des députés à la Chambre des communes élus sous sa bannière. Deux critères sur trois suffisent à obtenir un billet de participation, selon la Commission. Voilà pourquoi Elizabeth May prendra part aux débats diffusés par Radio-Canada et CBC.

Si le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, n’a pas même jusqu’ici été invité aux débats de Radio-Canada et de CBC, c’est que son parti ne répond pas parfaitement à au moins deux exigences sur trois. Les situations objectives de Mme May et de M. Bernier ne sont pas semblables.

L’absence de Mme May au Face-à-Face 2019 de TVA et de LCN n’est pas un déni de démocratie. La cheffe du Parti vert sera présente sur le terrain et dans tous les médias durant cette campagne, y compris bien évidemment sur ces chaînes, et ce, à de multiples autres occasions. Mais son absence à ce débat privera bien des Québécois d’un éclairage lors d’un moment très suivi de la campagne électorale. C’est regrettable.

Chronique

Honte à vous, honte à nous

CHRONIQUE / Tous les responsables politiques et tous ceux qui aspirent à le devenir devraient dénoncer les actes d’intimidation dont sont personnellement victimes des adversaires d’autres partis. Ce serait la meilleure façon d’établir un cordon de protection contre les intimidateurs — ou de tenter de le faire.

Sans le dire, certains politiciens pensent profiter indirectement de menaces personnelles dont des adversaires font les frais. C’est minable. D’autres, plus pusillanimes, craignent de pâtir eux-mêmes d’un mot de solidarité qu’ils adresseraient publiquement à des adversaires qui en sont ou en seraient victimes. Ils craignent de se faire eux-mêmes insulter dans la foulée...

Ce sont de petits calculs. Ne serait-ce que parce que tous devraient au moins avoir à l’esprit qu’ils pourraient un jour de toute façon être à leur tour la cible d’intimidateurs dans leur vie personnelle ou être l’objet d’attaques personnelles ignobles.

Le jour où des gens de bonne foi ne voudront plus plonger dans l’arène politique de crainte de se faire constamment insulter, non seulement sur les réseaux sociaux, mais dans la rue — y compris lorsqu’ils se trouvent avec leurs enfants —, nous ne serons évidemment pas plus avancés. Nous aurons perdu collectivement.

Le dernier exemple en date est celui de la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, qui a reçu une pluie d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, mais pas seulement. Elle a été injuriée par un individu alors qu’elle se trouvait devant un cinéma avec ses enfants. Voilà qu’elle doit désormais bénéficier d’une protection policière rapprochée.

La situation n’est pas plus acceptable pour elle que pour tous ceux qui ont subi et qui subiront de telles insultes personnelles, que ce soit ici ou ailleurs. Et ce n’est pas parce que de telles régressions sont répandues ici et ailleurs qu’elles doivent être tolérées. Ne nous habituons pas!

Un autre exemple : il y a quelques mois, la secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes en France, Marlène Schiappa, avait dévoilé une série d’insultes misogynes et de menaces de mort qu’elle avait reçues les jours précédents. C’était à vomir.

Si Catherine McKenna serait une «Barbie climatique» et une «ordure», Marlène Schiappa, elle, était alors une «pute à juifs», «la putain de l’Élysée», «la chienne à Macron».

Honte à ces intimidateurs.

Honte à nous qui nous taisons trop souvent.

On a le droit

Des citoyens se sentent bousculés dans leur vie par des décisions politiques qui les dépassent. Des sentiments de colère et de dépossession peuvent envahir bon nombre d’entre nous à toutes sortes de moments. Il n’y a pas plus vrai.

Et il est certes facile de dire à des personnes s’estimant victimes de décisions politiques qu’elles devraient s’y prendre autrement que par l’attaque personnelle pour se faire entendre. Facile, certes. Mais c’est pourtant ce qu’il faut dire.

Car, personne ne demande à qui que ce soit de se taire. Il y a simplement des lignes rouges à ne pas franchir. 

Toutes ces personnes et nous tous avons le droit de nous exprimer dans nos sociétés. On a tous le droit de dire ce que l’on pense, ce que l’on vit, ce que l’on craint. On a tous le droit de manifester contre toute mesure qui nous déplaît ou que nous jugeons inique. On a tous le droit de fustiger toute idée avec laquelle on est en désaccord. On a tous le droit de tenter de convaincre autrui de la justesse de notre point de vue. On a tous le droit de voter contre une formation politique et pour une autre.

Les responsables politiques ne peuvent de surcroît réclamer la tranquillité dans le cadre de leurs fonctions. C’est impossible. Ils ne doivent pas espérer ne pas être critiqués, bien évidemment. Ils doivent s’attendre à du jeu robuste. Ça va avec la fonction.

Mais faire irruption dans la vie personnelle d’un responsable politique et se livrer à des attaques personnelles plutôt que de s’en prendre à des projets et des décisions politiques qui sont par ailleurs parfaitement acceptables dans une société démocratique et de droit demeureront toujours inadmissibles. En cette veille de déclenchement d’élections, il faut pouvoir se le rappeler.

Chronique

Suicide: l’état d’urgence

CHRONIQUE / Si une stratégie se révèlait des plus efficaces pour réduire le nombre de décès sur les routes, le nombre de cancers ou de maladies cardiovasculaires, il y a fort à parier qu’aucun gouvernement ne s’en priverait et ne renoncerait à préserver des vies. Pourquoi est-ce différent lorsqu’il s’agit de prévention du suicide?

Le paradoxe est flagrant.

«Si le suicide compte parmi les principales causes de mortalité dans le monde, il ne figure toujours pas au rang des priorités de santé publique. La prévention du suicide et la recherche sur le suicide ne bénéficient pas des ressources financières et humaines dont elles ont désespérément besoin», relève l’Organisation mondiale de la santé, dans Prévention du suicide, l’état d’urgence mondial, un premier rapport sur ce thème pour l’organisation, rendu public lundi. 

Toutes les 40 secondes, une personne se suicide dans le monde. Total pour une année : 800 000. 

Au Québec, 80 personnes tentent chaque jour de mettre fin à leur vie. Chaque jour au Québec, trois personnes décèdent par suicide.

Chaque fois, 7 à 10 personnes sont endeuillées et portent leur fardeau de culpabilité, d’impuissance, d’incompréhension et parfois d’insatisfaction à l’égard d’un réseau de la santé et de services sociaux qui n’a pas su répondre adéquatement et promptement aux appels à l’aide. 

Ces décès et leurs lourds effets collatéraux ne sont pas des accidents. Il est possible de les éviter. 

Le Collectif pour une stratégie nationale en prévention du suicide a rappelé lundi qu’après 1999, le taux de suicide a diminué de 4,1 % chez les hommes, et ce, pendant dix ans, de 2,6 % par année chez les femmes et de 9,6 % en moyenne chez les jeunes.

La raison de ces bons résultats? Québec s’était doté en 1998 d’une stratégie québécoise d’action pour contrer le suicide, «S’entraider pour la vie». Les années suivantes, le taux de suicide a reculé dans certaines catégories d’âge. 

Depuis 15 ans, le Québec est privé d’une telle stratégie. Le nombre de suicides par jour est aujourd’hui le même qu’il y a 40 ans. 

Ici, le sujet n’est plus tabou comme auparavant et comme cela le demeure dans d’autres pays du monde où les tentatives de suicide sont toujours pénalisées.

Mais à quoi sert d’en parler et d’inciter son frère, son collègue ou sa conjointe à demander de l’aide si celle-ci n’est pas au rendez-vous ou se résume à un médicament ou à un suivi avec un spécialiste dans six mois?

La présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, la Dre Christine Grou, souligne que «nous avons travaillé depuis de nombreuses années à diminuer les tabous autour de la santé mentale. Les gens réclament des services, mais ceux-ci ne sont pas toujours au rendez-vous… ce qui peut entraîner un geste de désespoir». 

Plus de 25 organisations œuvrant en prévention du suicide et en santé mentale demandent au gouvernement de François Legault d’instaurer une stratégie nationale en prévention du suicide. La ministre de la Santé, Danielle McCann doit également produire un plan d’action en santé mentale pour 2020-2025. Va-t-on y prévoir enfin un accès accru aux services de psychothérapie qu’un collectif réclame depuis 2015 en s’inspirant de l’expérience australienne?

Les attentes sont grandes en santé mentale et ce depuis fort longtemps. M. Legault et son équipe se targuent d’être à l’écoute de la population. Voilà une belle occasion de le démontrer. 

Le 12 août dernier, le roman Le fleuve de l’actrice Sylvie Drapeau figurait parmi les quatre livres québécois achetés par le premier ministre Legault. En cette journée mondiale de prévention du suicide, je lui suggère de poursuivre la tétralogie de Mme Drapeau avec «L’enfer», qui raconte l’histoire d’une grande sœur dont le jeune frère schizophrène se suicide. C’est l’histoire familiale touchante de Mme Drapeau. C’est une histoire qui ressemble à celle d’autres familles du Québec et qui mériterait une plus belle fin.

Chronique

De l’art de vivre vieux

CHRONIQUE / Je vous ai parlé de Stéphane Lemire il y a trois ans et demi, ce «docteur qui a quitté l’hôpital» en 2012, il est gériatre et il trouvait qu’il pouvait mieux soigner les vieux en les visitant chez eux.

Qu’il fallait mieux les soigner.

Le déclic s’était fait quand il étudiait en gestion appliquée de la santé en Angleterre, où il a appris que sa grand-mère Laurette, sa deuxième mère, n’en avait plus pour longtemps. Il n’a fait ni une ni deux, a sauté dans le premier avion pour venir à son chevet, et, rendu à l’hôpital, il a jeté un œil à son dossier.

Il a accroché sur le taux de calcium, deux fois trop élevé.

Il a fait arrêter un médicament, tout est rentré dans l’ordre. Deux semaines plus tard, Laurette «était de retour chez elle, elle marchait, elle lavait son linge à la main dans l’évier, elle s’était même patenté une corde à linge pour le faire sécher».

Les médecins l’avaient condamnée.

Stéphane est revenu d’Angleterre avec la certitude qu’il fallait faire les choses autrement. 

«J’étais convaincu, je le suis encore, qu’il faut repenser l’organisation des soins aux personnes âgées, m’avait-il dit lors de notre première rencontre. Le gériatre doit évaluer la personne quand elle est au mieux de sa condition, et pas au pire, quand elle est rendue à l’hôpital.»

Il avait un projet en tête, la gériatrie sociale, pour identifier les problèmes au début, quand ils sont plus faciles à régler.

Avant qu’ils ne dégénèrent.

Mais son idée a fait du surplace, l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette n’était pas très chaud aux initiatives qui sortaient de la «boîte», Stéphane a donc dû faire un repli stratégique et se concentrer sur la Fondation AGES qu’il avait fondée, pour consolider ses appuis.

Et maintenant, ça y est. Le gouvernement caquiste a trouvé son idée bonne, assez pour financer un projet-pilote dans trois régions, à Québec, à Laval et dans le Bas-Saint-Laurent, où ceux qui côtoient les personnes âgées seront formés pour ouvrir l’œil, question de déceler les problèmes plus tôt.

On les appelle les sentinelles, ce peut être les préposés, la popote roulante, les personnes qui font le ménage, même le livreur de médicaments. 

Les centres de gériatrie sociale vont se mettre en place cet automne et devraient être complètement opérationnels au début de 2020. «Les sentinelles qui sont sur le terrain vont pouvoir identifier des situations, elles seront formées pour ça, et elles vont transmettre ce qu’elles ont vu à un navigateur qui, lui, va savoir à quelle porte il faut frapper. C’est lui qui va ouvrir les portes, qui va faire le lien entre les services qui existent. Il va les accompagner, pas les pitcher ailleurs, il y a parfois une surréférencite», m’explique Stéphane.

Et des vieux qui poireautent sur des listes d’attente.

Pas de grosse structure, «il y en a déjà assez», pas de béton, des équipes flexibles liées à un CLSC, auquel sera rattaché le personnel médical.

Stéphane et Élie Belley-Pelletier, directeur général de la Fondation AGES, travaillent ensemble depuis trois ans pour mettre au point ce nouveau système, ils ont d’abord établi les grandes lignes pour que tout le monde travaille dans la même direction, à partir de la personne âgée.

Pas seulement en fonction de ce qu’on pense qui est bon pour elle.

La nuance est grande.

«Ce qui est très important, c’est de respecter les droits de la personne, son autonomie décisionnelle. Il faut que les gens puissent décider en fonction de leurs valeurs. Quand on place une personne, c’est parfois parce qu’on veut le risque zéro. Mais est-ce que c’est ce que la personne veut?»

Il faut accepter une part de risque, jusqu’à un certain point bien sûr.

Pour tracer cette délicate ligne, Stéphane vient de publier un bouquin, Vieillir, la belle affaire, avec l’auteur Jacques Beaulieu, où la vieillesse n’est pas un simple dégradé de gris. «Le livre s’inscrit dans ma démarche d’être gériatre, pour changer le visage du vieillissement, pour le rendre moins triste, moins repoussant.»

Même agréable.

«Les gens acceptent tout sur le dos du vieillissement normal. Quand ils viennent nous voir, ils auraient dû le faire plus tôt.»

En gros, le livre explique comment faire la différence entre ce qui est normal quand on vieillit et ce qui ne l’est pas, pour que les gens puissent faire la part des choses et consulter quand il le faut. «Quand une personne vieillit et qu’elle présente des symptômes, on dit : “Elle vieillit, elle en a perdu”, comme si c’était normal, comme s’il n’y avait rien à faire.» Souvent, il y a quelque chose à faire, parce que la personne a un truc qui se soigne, comme n’importe qui. 

Mais on ne se donne pas la peine de chercher. 

«J’ai vu une personne, ça faisait quatre ans qu’elle vivait avec de l’incontinence fécale, elle s’était fait dire que c’était du vieillissement normal, on lui avait acheté des couches sans se poser de questions. J’ai réglé ça avec quelques examens et des procédures simples. C’est triste qu’elle ait eu à vivre ça.»

Des cas comme ça, il en a plein.

Comme cet homme qui faisait des chutes, pour qui on commençait à envisager un placement, jusqu’à ce que quelqu’un pense aller voir chez lui.

Vous savez ce qui n’allait pas?

Des plis dans le tapis, le monsieur s’enfargeait dedans.

C’est exactement ce que feront les sentinelles lorsqu’ils iront voir les personnes à leur domicile, ouvrir leurs antennes pour voir ce qui pourrait clocher, une plaie qui guérit mal, ou des symptômes, même légers, qui pourraient être investigués — et traités — plus rapidement.

Elles rapporteront leurs observations au navigateur, qui prendra le relais, et qui verra comment régler le problème avant qu’il ne dégénère, avant que la situation ne s’aggrave et qu’elle ne coûte plus cher. «Ce qui se passe, c’est que ceux qui côtoient les personnes âgées voient des choses, mais ils ne savent pas trop quoi faire avec ça, où aller, à quelle porte frapper.»

C’est une solution parmi d’autres pour désengorger le réseau.

Et, surtout, pour que nos vieux soient mieux.

François Bourque

Jean-Paul L’Allier: ​«Faire toujours plus de ce que l’on fait de mieux»

CHRONIQUE / Jean-Paul L’Allier était homme de parole qui ne s’astreignait pas beaucoup à écrire.

Du temps de sa vie publique, il n’avait jamais de texte écrit pour ses discours et conférences. Quelques notes sur papier lui suffisaient. 

Sa conjointe Johanne Mongeau aura mis huit ans à le convaincre d’écrire ses mémoires après qu’il ait quitté la mairie. M. L’Allier s’y est attaqué en 2013 et avait accéléré le rythme en 2015. Mais il n’écrivait rien ou presque. 

M. L’Allier préférait dicter. Cela donne une forme et un ton assez inédits. «Intimiste, naturel et très émouvant», a perçu Mme Mongeau, en découvrant le texte. 

Magnétophone ou BlackBerry à la main, M. L’Allier a ainsi navigué dans son bureau, lisant et commentant à voix haute les papiers, carnets de notes et manuscrits parfois inédits empilés en désordre apparent sur de grandes tables pliantes. 

«Ma mémoire est un bordel, mais je sais où sont mes affaires», s’amuse-t-il dans une note d’avant-propos rédigée le 20 novembre 2015. On aurait pu dire la même chose de son bureau, confirme Mme Mongeau. 

Les trois quarts des chapitres étaient prêts pour publication au moment de son décès, le 5 janvier 2016. 

D’autres étaient en chantier. L’équivalent d’une cinquantaine de pages était encore sur des cassettes qui seront transcrites après sa mort. On ne saura pas si M. L’Allier aurait aimé en retoucher la forme avant publication, mais l’essentiel y est.

À la suggestion de l’éditeur, l’historien Gilles Gallichan, voisin de M. L’Allier à l’Île d’Orléans, a accepté de reprendre le travail et de le mener à terme. 

Il a continué à rassembler et trier des documents, vérifier des faits, choisir des contenus. Il y a inséré des extraits de chroniques publiées par M. L’Allier dans les années 1980 (Le Devoir) et ajouté des éléments de contexte.

On retrouve aussi de larges extraits d’une entrevue à Bruno Savard de Radio-Canada, le 11 octobre 2015, qui en raison de la date, est un peu devenue le testament politique de Jean-Paul L’Allier. 

Le Relais. Mémoires inachevés est publié cette semaine chez Septentrion. M. L’Allier en avait lui-même choisi le titre. 

«Le Relais, c’est le mot qui, à mes yeux, décrit le mieux mon engagement», explique-t-il en avant-propos, citant le sens ancien du mot inscrit au dictionnaire : «Autrefois, chevaux frais placés de distance en distance sur une route de poste pour remplacer les chevaux fatigués.»

Gilles Gallichan a trouvé utile d’ajouter cette explication dans sa note préliminaire. 

«Il a choisi ce titre pour que ses héritiers, que nous sommes tous, poursuivent plus avant ce qu’une seule vie ne peut accomplir, fut-elle active et pleinement remplie comme la sienne. L’œuvre d’une vie ne prend son sens que si d’autres, après soi, s’emparent du témoin et poursuivent le travail commencé et jamais achevé.»

 ***

Jean-Paul L’Allier n’avait pas le projet d’une autobiographie ni l’ambition d’écrire un livre d’histoire. «Les situations décrites n’ont rien d’un effort d’archives», prévient-il. 

Ce qu’il a souhaité, c’était de partager ses analyses et souvenirs d’événements vécus, teintés par ses «perceptions, préjugés, rêves et aspirations successives». 

«J’ai voulu écrire, laisser quelque chose. Pour qui? Pour moi, par orgueil et parce que j’ai vécu heureux», précise-t-il dans une note tardive [novembre 2015] un peu énigmatique, en ce qu’elle détonne de l’idée de partage qui anime le reste de l’ouvrage. 

Science

Ce sondage est-il fiable?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «La campagne électorale fédérale approche à grands pas et nous serons bientôt submergés de résultats de sondages. Pour m’attarder souvent aux détails de leur méthodologie, j’ai remarqué que si certains les expliquent clairement (méthode, marge d’erreur, etc.), d’autres se contentent de nous informer que l’échantillonnage était «non probabiliste». Alors comment faire pour savoir si un sondage est vraiment fiable?», demande Serge Rivard, de Québec.

De manière générale, oui, les sondages sont fiables. La revue savante Nature – Human Behaviour a publié récemment une étude basée sur quelque 30 000 sondages électoraux dans 45 pays entre 1942 et  2017. Elle a trouvé une erreur moyenne de 2 points de pourcentage pour les sondages réalisés à une semaine ou moins du scrutin, et conclu que «de temps à autre les sondeurs se trompent, ce qui les place sous les projecteurs [...mais en bout de ligne] nous n’avons trouvé aucun signe supportant l’idée d’une crise de fiabilité des sondages».

Cela dit, il en va de ces coups de sonde comme du reste des réalisations humaines : ils sont imparfaits. Un sondage, d’abord, consiste à interviewer un groupe relativement peu nombreux de gens (généralement autour de 1000) afin d’estimer l’opinion de toute une société (des millions, voire des dizaines ou des centaines de millions). En soi, c’est toujours un brin périlleux, puisque les chances pour que ces quelque 1000 personnes représentent de manière parfaitement exacte la société entière sont minces. Mais d’un autre côté, on sait aussi qu’il y a peu de chances pour qu’elles s’en écartent beaucoup. D’où l’idée de la «marge d’erreur», rendue par la célèbre formule «précis à plus ou moins 3 % 19 fois sur 20». Cela signifie que si le parti X obtient 38 % des intentions de vote dans l’échantillon, alors il y a 19 chances sur 20 pour que ses «vrais» appuis dans la population tombent dans une fourchette de ± 3 %, soit quelque part entre 35 et 41 %.

Cela implique, évidemment, qu’il reste toujours 1 chance sur 20 pour que le sondage s’écarte de la «vérité» par plus de 3 %. Ce peut être 4 %, ou 6 %, ou même en principe plus de 10 %, même si c’est extrêmement improbable. Mais cela nous donne déjà un premier indice de fiabilité : est-ce que les résultats sont en ligne avec ce que d’autres sondages récents ont montré ? Si oui, c’est bon signe. Mais si les chiffres sont très différents, cela peut vouloir dire de deux choses l’une. Ou bien l’opinion publique vient de subir un changement rapide (c’est rare, mais ça arrive). Ou bien on a affaire à «la 20fois sur 20», pour ainsi dire. Il vaut mieux alors attendre que d’autres sondages viennent confirmer (ou infirmer) la nouvelle tendance.

Ce qui nous mène un autre indice de fiabilité : les dates d’échantillonnage. Un sondage, c’est comme une photo, ça montre ce qui était là à un moment donné, puis ça ne bouge plus. Alors plus l’échantillonnage remonte à loin dans le passé, plus fort est le risque que l’opinion publique ait changé et que ses résultats ne soient plus valides.

Il y a par ailleurs moyen de réduire la marge d’erreur, remarquez : par la taille de l’échantillon (qui est un troisième indice de fiabilité). Plus il est grand, et plus la marge d’erreur diminue — mais cela finit par coûter cher. Autour de 1000 personnes, elle est d’environ 3 % ; pour l’abaisser à 2 %, il faut interviewer près de 2500 personnes; et pour atteindre 1 %, l’échantillon doit dépasser les 9500. Inversement, à 500 personnes, elle est d’environ 4,4% et de 7% à 200. C’est pourquoi il faut toujours se méfier des «sous-échantillons» — comme les intentions de vote au Québec dans un sondage pan-canadien.

Maintenant, plusieurs firmes ont commencé à faire leurs sondages au moyens de «panels web». Elles se constituent des groupes de quelques dizaines (voire centaines) de milliers de gens afin d’avoir un bassin de répondants plus faciles et économiques à joindre et interviewer que les sondages «classiques». Ces sondeurs s’arrangent pour que leurs panels ressemblent autant que possible à la population en général (même distribution des sexes, des groupes d’âge, des revenus, etc.), mais il reste que procéder de cette manière ne donne pas un échantillon aléatoire (ou «probabiliste») au sens strict parce que les répondants ne sont pas «pigés» parmi la population en général comme dans un sondage téléphonique. Ils viennent d’un sous-groupe relativement restreint.

Or les équations qui servent à calculer les marges d’erreur présument que l’échantillon est probabiliste — elles ne s’appliquent pas autrement. C’est la raison pour laquelle certains sondages sont publiés sans marge d’erreur. D’un point de vue purement mathématique, c’est la bonne chose à faire, mais je crois que cela prive le public d’un élément d’information important : il y a forcément une marge dans les résultats des panels web. Si un de ces panels accorde, disons, 37 % des intentions de vote au parti X, cela ne signifie pas que celui-ci a exactement 37 % d’appuis dans la population en général, mais bien autour de 37 %.

À cet égard, j’aime bien la formule employée par Léger Marketing, qui calcule une marge malgré tout : «un échantillon de cette taille aurait eu une marge d’erreur de x si l'échantillon avait été probabiliste». Des statisticiens à qui j’en ai parlé dans le passé voient ça comme un pis aller, puisque l’idéal serait de travailler avec des échantillons véritablement aléatoires, mais bon, ça reste quand même «moins pire», plus informatif que de ne rien dire.

Maintenant, tant qu’à être dedans, disons un mot sur les méthodes d’échantillonnage. Hormis les panels web et le bon vieux téléphone, les sondeurs procèdent aussi souvent par appels automatisés (l’entrevue se fait au téléphone mais le questionnaire est administré par un robot). Il n’est pas clair que l’une ou l’autre de ces méthodes est vraiment meilleure que les autres — après tout, il y a bien des façons de faire un mauvais sondage, comme des questions biaisées, une mauvaise pondération, une répartition erronée des indécis, etc. À cet égard, il est assez parlant de voir que le célèbre site d’agrégation de sondage et de prédictions électorales FiveThirtyEight, du statisticien américain Nate Silver, a donné la même note de F et cessés d’utiliser les sondages des maisons TCJ Research, qui ne fait que des appels robotisés, et Strategic Vision LLC, qui ne procède que par appels avec téléphonistes.

Mais quand même, comme il n’y a rien de parfait, toute méthode peut introduire des biais. Lors de la présidentielle de 2016, les appels automatisés ont un peu mieux fait que les autres méthodes, se trompant en moyenne par 2,8 points contre 3,2 à 3,9 pour les autres, a montré un «post-mortem» rédigé par des experts (p. 15 / 39). Cependant, FiveThirtyEight a trouvé qu’à plus long terme, les appels «en personne» semblent faire légèrement mieux que les autres, dans la mesure où ils incluent des numéros de cellulaires. Mais la différence est mince et dans ses modèles, M. Silver ne leur accorde qu’un «bonus modeste».

Actualités

Autrement dit

La comparaison

0,05 km/h

Vitesse moyenne d’un escargot de jardin;

1,61 km/h

Vitesse de déplacement de l’ouragan Dorian, lors d’une période de 18 heures, au dessus des Bahamas, les 2 et 3 septembre 2019;

4,8 km/h

Vitesse atteinte par la tortue la plus rapide du monde;

6,2 km/h

Vitesse moyenne d’un champion nageur olympique, sur une distance de 1 500 mètres.

Sources : National Hurricane Center, Tampa Bay Times, Chicago’s Peggy Notebaert Nature Museum, BBC

Chronique

Ça prend du front tout le tour de la tête

CHRONIQUE / Pas plus tard que mercredi dernier, Pierre Karl Péladeau a traité ses concurrents de quêteux parce qu’ils demandent à l’État d’adopter des mesures pour les aider à compenser le manque de revenus.

Il a dit qu’il en profiterait aussi, mais passons.

On a surtout appris quelques jours plus tard dans La Presse qu’il avait proposé sa «solution» pour «sauver» le Groupe Capitales Médias, entre autres en mettant à pied les deux tiers des 350 employés et, évidemment, en englobant les six quotidiens dans «l’écosystème» convergeant de Québecor.

Mais qu’est-ce qu’on a appris aussi de cette solution? Qu’il a demandé au gouvernement — oui, oui, à l’État — de payer entièrement les indemnités de départ des employés qui seraient congédiés, environ 10 millions $, et d’assumer les coûts de résiliation de tous les baux signés par GCM.

En plus, bien sûr, d’effacer les 15 millions prêtés de l’ardoise.

En somme, il demandait aux contribuables ce qu’il a reproché aux éditeurs en commission parlementaire, et particulièrement à GCM, de réclamer une aide à la pièce pour lui permettre de continuer à publier ces journaux. Il a même demandé à l’État de continuer à éponger les pertes le temps qu’il examine les livres.

Ça prend du front tout le tour de la tête.

Le gouvernement a regardé ça, il a trouvé Péladeau trop gourmand, comme l’a expliqué le 20 août à Radio-Canada Michel Philibert, conseiller politique au cabinet du ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon. Québec a rejeté l’offre en raison des «coûts importants que le gouvernement devait assumer». 

Tiens donc.

Cela sans compter les deniers publics que Québecor reçoit déjà, on parle d’une centaine de millions $ depuis 10 ans pour ses magazines, ni l’aide de l’État qu’il a réclamée pour agrandir ses studios de cinéma, pour acheter Téo Taxi, en plus du loyer du Centre Vidéotron — 2,5 millions — que lui rembourse la Ville de Québec.

Si on suit la logique de Pierre Karl Péladeau, on peut donc quêter pour tout sauf pour les médias.

Et si on pousse cette logique un tantinet peu plus loin, le salut des journaux passe nécessairement par un système de vases communicants entre les entreprises d’un même propriétaire, qui se sert de ses journaux à ses propres fins, à l’intérieur de son propre écosystème. Pierre Karl Péladeau l’a écrit dans le mémoire qu’il a déposé en commission parlementaire, «pour Québecor, l’avenir de ses médias passe par la force de son modèle d’affaires».

Par la convergence.

Il l’a peut-être oublié, mais il était bien content en août 2002 de pouvoir solliciter une entrevue au Soleil pour faire contrepoids au discours des syndiqués de Vidéotron, en grève et en lock-out en même temps. C’est moi qui l’avais rencontré, voici ce que j’avais écrit. «Événement rare, l’entrevue a été sollicitée par la compagnie, qui a choisi de dépêcher son porte-parole en chef chez le concurrent. M. Péladeau a jugé qu’il était temps de “faire le point sur le conflit” long de quatre mois déjà.»

Il a fait la même chose à La Presse et à The Gazette.

Ce qu’il disait essentiellement à l’époque, c’est que «la raison [allait] prévaloir», que la «vente» de ses 650 techniciens à un sous-traitant était la seule chose à faire pour assurer la pérennité de l’entreprise. «La transaction est irrévocable et les techniciens sont là pour y rester. […] Si on ne pose pas les gestes qu’il faut, l’entreprise va péricliter et peut-être disparaitre. On n’a pas le droit comme gestionnaire éclairé de ne pas considérer une offre qui nous fait économiser 15 millions $. Et ça, on l’avait indiqué dès le début de la négociation.»

Le conflit a duré 10 mois, Vidéotron a repris ses techniciens, tout en acceptant de limiter le recours à la sous-traitance.

La pérennité, visiblement, n’en a pas trop souffert.

À entendre Pierre Karl Péladeau, il en va de tous les autres journaux comme il en allait de Vidéotron, dont il disait que le modèle d’affaires n’était plus viable, «on dit que les dinosaures sont disparus parce que l’air a changé et que leurs poumons ne se sont pas adaptés au changement. Nous, on s’adapte.»

C’est un peu l’image qui colle aux médias en difficultés, des dinosaures qui n’ont pas su s’adapter.

Même le ministre Fitzgibbon a cogné sur le clou cette semaine dans une mêlée de presse quand on lui a posé des questions sur l’avenir des journaux. «C’est sûr qu’on aimerait tous qu’il y ait une pérennité complète des employés des journaux, mais on sait tous que les médias écrits, le modèle est brisé.»

Non, le modèle n’est pas brisé, jamais dans l’histoire n’avons-nous été autant lus que maintenant.

Ce n’est pas un problème de modèle d’affaires, c’est un problème de revenus. Le Soleil — et Le Devoir — ont été parmi les premiers médias à avoir un site Web et, si l’information y a d’abord été accessible gratuitement, c’est que les internautes n’étaient pas très nombreux à l’époque, que le «vrai» journal restait la version papier.

Et que le papier rapportait de l’argent.

Mais les habitudes de lecture ont changé, les internautes ont été toujours plus nombreux à s’informer sur un écran, et ils se sont habitués à le faire sans verser un sou. Tous les journaux se sont posé la question du «mur payant» un jour ou l’autre, et peu de médias ont trouvé une recette vraiment lucrative.

Il n’y a pas de formule magique.

Ni parfaite.

Ce qu’on sait par contre, c’est que les revenus se sont déplacés et, je le répète, que les géants du Web s’enrichissent en diffusant nos contenus. Je ne les blâme pas pour partager le contenu, au contraire, mais pour le non-partage des profits qu’ils font grâce à nous. Avec un système de redevances, ce serait gagnant-gagnant.

S’il y a un modèle brisé, c’est celui-là.

Nous, les humains

À l’école de la chasse

CHRONIQUE / Au cégep, j’ai eu un prof de science politique qui commençait toujours ses cours avec une histoire. Pas de texte à analyser, pas de concept abstrait à décortiquer, juste un récit à méditer.

En cette période de la rentrée, permettez que je fasse pareil. C’est l’histoire de Yoanis Menge, un photographe des Îles de la Madeleine qui a appris à chasser le phoque. 

J’ai rencontré cet homme dans la fin trentaine aux cheveux ébouriffés, à la barbe touffue et à la voix grave pendant mes vacances aux Îles, par le biais d’un couple d’amis de Limoilou. Un mercredi après-midi, on a jasé pendant deux heures et demie au café Les Pas Perdus, à Cap-Aux-Meules. Et depuis, je pense que ma vision de l’éducation commence à dévier. 

***

Au printemps 2009, Yoanis sortait du métro de Paris quand il a vu une station placardée d’affiches de la fondation Brigitte Bardot. On y voyait un phoque qui tenait un gourdin dans sa bouche et venait de tuer un bébé humain qui gisait nu sur la banquise.

Yoanis a été choqué de voir les siens dépeints comme des barbares. Il savait que la chasse aux phoques était une chasse traditionnelle aux Îles, un moyen pour les chasseurs madelinots de gagner leur vie et de nourrir les leurs. 

En plus, les phoques étaient — et le sont toujours — en surpopulation dans le golfe du Saint-Laurent et mangeaient beaucoup trop de morue. Mais ça, les groupes anti-chasse n’en avaient rien à foutre. La démagogie remplissait leurs coffres. «C’était vraiment de la désinformation», dit Yoanis. 

Yoanis a voulu rétablir les faits en images. Montrer la chasse aux phoques, sans rien cacher. Il voulait aller au-delà du cliché du sang sur la banquise, rendre aux chasseurs leur humanité. 

Mais au début, les chasseurs refusaient. Souvent écorchés par des campagnes de pub animalistes, ils se méfiaient des appareils photo. Et même les Madelinots qui ne doutaient pas des intentions de Yoanis hésitaient à emmener avec eux un type qui ne pouvait pas leur être utile. 

«Ils m’ont dit clairement que si je voulais les photographier, il faudrait que je sois moi-même chasseur, parce qu’ils n’amèneraient pas un touriste sur un voyage de chasse». 

Yoanis a donc appris lui-même la chasse aux phoques. Pour obtenir son permis, il a dû suivre une formation de Pêche et Océans Canada sur la «méthode d’abattage en trois étapes» du phoque pour s’assurer que les animaux sont abattus rapidement et sans cruauté. 

Restait à se faire des contacts. Yoanis a connu des jumeaux pêcheurs de homards. Il les a aidés à mettre les cages à l’eau. Et, au printemps suivant, ils l’ont invité à la chasse aux phoques. Yoanis a pris des photos. Puis, d’autres chasseurs les ont vus et ont accepté d’embarquer le photographe à leur tour. 

À force d’observer, encore et encore, les rituels de l’équipage et d’y participer, Yoanis est devenu lui-même chasseur. Cet atout lui aussi permis de photographier de l’intérieur la chasse aux phoques à Terre-Neuve et au Nunavut, avec les Inuits.

Ses photos, criantes de vérité, ont notamment été publiées dans Le Devoir, le magazine de photo Polka, le site de la CBC et le Washington Post. Yoanis a aussi présenté une exposition au Québec et en France. 

Chronique

Savoir tomber, savoir rebondir

CHRONIQUE / Mercredi, le gouvernement Legault a nommé Fatima Houda-Pepin, chroniqueuse chez MédiaQMI et ex-députée libérale, déléguée générale du Québec à Dakar. Jeudi, le chef libéral Pierre Arcand a annoncé la nomination de Marc Tanguay à titre de leader parlementaire des libéraux à l’Assemblée nationale...

Ceci n’explique pas cela, mais on peut tout de même noter que Marc Tanguay est à l’origine de la crise qui a vu Mme Houda-Pepin quitter le caucus libéral en début d’année 2014, en pleine précampagne électorale.

Quelque temps auparavant, elle avait dénoncé publiquement Marc Tanguay, qui s’était montré favorable à ce qu’une candidate libérale porte le tchador. Un épisode qui a été la goutte qui a fini par faire déborder le vase en ce qui la concerne.

Marc Tanguay est un militant libéral dans l’âme. Il ne rechigne pas à monter au créneau et peut avoir un ton cassant au Salon bleu. À titre de leader parlementaire, ses échanges avec le caquiste Simon Jolin-Barrette risquent de faire des flammèches. D’autant que M. Jolin-Barrette peut aussi être cassant dans son rôle de leader parlementaire du gouvernement.

Mais le prochain vrai défi du Parti libéral du Québec, à terme, se déroulera hors du Salon bleu. Il sera de conserver dans son giron la circonscription de Jean-Talon, abandonnée la semaine dernière par Sébastien Proulx — que Marc Tanguay, donc, remplace dans ses fonctions parlementaires.

Moins loin que le PQ

Le gouvernement Legault n’ira pas aussi loin que le souhaite le Parti québécois dans le dossier linguistique. Mais il voudra aller assez loin pour pouvoir dire à un moment qu’il a agi et sans doute suffisamment loin pour apaiser les craintes qui peuvent exister dans la majorité francophone — ou qui finiraient par surgir plus fortement s’il demeurait les bras croisés.

Pour le Parti québécois, tactiquement parlant, le fait que le dossier soit passé des mains de la ministre Nathalie Roy à celles de Simon Jolin-Barrette est une mauvaise nouvelle. D’abord, parce que M. Jolin-Barrette est un nationaliste convaincu et affiché, et qu’il est fort possible que les mesures qu’il présentera inspirent, déjà de ce seul fait, confiance à une majorité de citoyens. Ensuite, ce politicien naturel saura calculer instantanément le rapport entre les coûts et les bénéfices politiques des décisions qu’il prendra.

Bousculé depuis des mois par le gouvernement Legault sur le terrain du nationalisme, le Parti québécois n’avait évidemment pas le choix d’affirmer qu’il replace l’indépendance du Québec au coeur de ses actions à venir. Il doit se distinguer des caquistes.

Dans la tourmente, il faut de toute façon revenir à la base — quitte à laisser aller le pouvoir pendant un certain temps.

Rien n’est mieux pour un parti que de prendre appui sur ses convictions, même si elles ne sont pas populaires.

Pour l’heure, ce qui doit faire humainement le plus mal à certains députés péquistes, ce n’est pas la place qu’ils occupent dans les intentions de vote, c’est de voir des compagnes et des compagnons de route continuer de partir travailler au sein de l’appareil politique du gouvernement Legault. C’est maintenant au tour de l’ancienne attachée de presse de l’ex-chef péquiste Pauline Marois, Marie Barrette, d’effectuer ce saut. Mme Barrette vient de joindre le cabinet du ministre Lionel Carmant.

Des exemples pour le NPD?

Sur la scène fédérale, au milieu des tuiles, une bonne nouvelle pour le NPD cette semaine : le cinéaste Hugo Latulippe veut se lancer sous la bannière orange dans la circonscription de Montmagny–­L’Islet–Kamouraska–­Rivière-­du-Loup. Mais ce bon coup ne panse pas la plus récente plaie ouverte par le passage d’ex-candidats néo-démocrates provinciaux du Nouveau-­Brunswick chez les Verts.

Des partis qui surmontent des difficultés, voire des crises, cela existe pourtant.

Malgré le départ fracassant de Fatima Houda-­Pepin et la tourmente dans laquelle ils étaient plongés sur les signes religieux durant l’hiver 2014, les libéraux de Philippe Couillard ont remporté le scrutin général du mois d’avril cette année-là.

Autre exemple : en juin 2011, le Parti québécois de Pauline Marois a sombré dans une profonde crise lorsque cinq de ses députés ont claqué la porte. L’automne suivant, Mme Marois, qui s’est alors appuyée sur quelques fidèles, dont son attachée de presse Marie Barrette et des députés, a dû faire face à une nouvelle fronde interne. Le Parti québécois a tout de même remporté les élections générales l’année suivante.

Sur papier, des exemples comme ceux-là seraient de nature à susciter un peu d’espoir au sein du NPD. Mais il existe une différence fondamentale entre, d’une part, la situation du Parti libéral du Québec et du Parti québécois d’alors et, d’autre part, celle du NPD d’aujourd’hui. 

Les libéraux et les péquistes étaient à ce moment-là encore au centre du jeu politique au Québec. Ils représentaient l’«alternative» au gouvernement en place. Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas actuellement pour le NPD.

Richard Therrien

«Alerte Amber»: enfant autiste recherché

CHRONIQUE / Au début d’«Alerte Amber», on sent que tout roule mal dans la vie de la famille Sénéchal-­Charbonneau. Les parents, séparés, en ont plein les bras avec leur fils autiste Éliot, qui nécessite toute leur attention. Et leur autre garçon, l’aîné, Logan, fraie avec des amis peu recommandables et tombe dans la délinquance. La disparition soudaine d’Éliot pourrait ressouder le clan comme il pourrait le faire éclater encore davantage.

Alerte Amber, la nouvelle série de 10 épisodes qui commence lundi à 21h à TVA, devrait en principe nous tenir sur le bout de nos chaises. Mais il manque aux premiers épisodes ce petit sentiment de panique qui habite le téléspectateur devant une série du genre. On ne sent pas tout à fait l’urgence de la situation, pourtant évidente. Peut-être parce qu’on nous donne dès le début tous les morceaux du casse-tête et qu’il n’y a pas vraiment d’élément de mystère, du moins en apparence.

J’ai aussi du mal à croire à cette équipe d’enquêteurs, spécialisée dans les disparitions. À côté de ceux de L’imposteur, de Victor Lessard et de District 31, les policiers d’Alerte Amber manquent un peu d’envergure. On met un temps fou à lancer l’alerte Amber, mais ce n’est pas inhabituel; pour en arriver là, il faut des preuves que l’enfant disparu est en danger.

Pour le reste, les acteurs sont excellents, en commençant par Madeleine Péloquin et Vincent Leclerc, dans les rôles de parents. Lévi Doré est particulièrement vrai en jeune délinquant suicidaire, qui s’est toujours senti négligé au profit de son frère autiste, une situation courante. Tout cet aspect est bien illustré, comme le fait que bien des couples de parents autistes finissent par se briser. Elijah Patrice-Baudelot se fera un nom avec le rôle d’Éliot, sans tomber dans la caricature.

L’affaire est confiée à l’équipe de Stéphanie Duquette (Sophie Prégent), chef de l’Escouade spéciale pour les personnes disparues. Celle-ci n’a plus droit à l’erreur après la découverte récente du corps d’une jeune fille. Son patron et ancienne flamme, Marc-André Bonenfant (Guy Jodoin), lui impose une pression indue, tout comme la presse, qui l’accuse d’incompétence. Julie Hivon, qui a écrit pour L’Échappée et O’, signe ici sa première série en solo. La réalisation est confiée à Stéphan Beaudoin, qui réalisait L’heure bleue.

Bref, Alerte Amber est meilleure que Le jeu, qu’elle remplace dans la case du lundi à 21h, mais souhaitons-­nous une bonne dose de suspense dans les prochains épisodes pour maintenir l’intérêt.

Chronique

Petit ventre affamé n’a pas d’oreilles

CHRONIQUE / La nouvelle nous est parvenue par le premier bulletin d’information de l’école, entre les rubriques «Objets personnels» et «Rencontre d’information», un paragraphe coiffé du titre «Collations — service de garde». Ce n’est pas une bonne nouvelle.

Ça va comme suit : «Prendre note que pour le moment, il en va de votre responsabilité de fournir une collation à votre enfant puisque la possible perte de subvention qui permettait d’en faire l’achat nous oblige à mettre en suspens ce service. Vous pourrez ajouter la collation à la boîte à lunch de votre enfant. Cette dernière doit respecter la Politique pour une saine alimentation et un mode de vie physiquement actif de la commission scolaire de la Capitale. Elle doit donc comprendre un fruit, un légume ou un produit laitier. Nous vous aviserons si ce service est rétabli.»

Ça ne pose pas problème chez nous, le frigo est plein.

Ce n’est pas le cas partout.

Je sais que la direction de l’école Saint-Fidèle n’a pas pris cette décision de gaieté de cœur, ça faisait déjà quelques années qu’elle maintenait le service à bout de bras avec toujours moins d’argent, pour permettre aux enfants de manger une bonne collation avant la fin de la journée. 

Mais là, elle n’y arrive plus.

Ça veut dire que les enfants dont la boîte à lunch faisait pitié fera encore un peu plus pitié, que leur ventre sera un peu plus vide. L’an dernier justement, une mère avait lancé un appel à tous sur un groupe Facebook — c’était pour une autre école — pour un élève dans la classe de sa fille qui ne mangeait que des sandwichs au ketchup.

Faute de collation, ce sera un sandwich au ketchup de plus.

En fait, cette année, il n’y aura plus aucune collation fournie en classe au Québec, l’enveloppe d’aide alimentaire a été remplacée par la mesure 15 016 (qui avait été adoptée par les libéraux) qui prévoit le financement des déjeuners dans les écoles les plus défavorisées. Jusqu’ici, les écoles avaient le choix entre les deux.

Plus maintenant, on met tous les œufs dans le même panier.

Le seul choix qu’elles ont désormais, c’est de faire affaire avec le Club des petits déjeuners ou avec un autre organisme, les écoles de la région de Québec sont desservies par le Pignon bleu, qui nourrit les élèves depuis 25 ans. L’organisme, depuis sa création, a servi 10 millions de collations.

L’an dernier, c’était plus de 5000 par jour.

À partir de maintenant, le Pignon bleu fera ces déjeuners, ce qui est bien en soi, sachant l’importance d’avoir quelque chose dans l’estomac pour commencer la journée. Petit ventre affamé n’a pas d’oreilles, et des petits ventres affamés, il y en a pas mal plus qu’on pense dans nos écoles.

Et il y en aura plus encore. 

À Québec comme ailleurs, des écoles qui recevaient un coup de pouce ont appris qu’elles n’en recevront plus à partir de l’an prochain, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a annoncé le 22 août que le gouvernement allait financer le service cette année pour faire «une transition harmonieuse».

C’est un sursis.

Ce qu’il faut savoir pour comprendre tout ce branle-bas de combat dans l’aide alimentaire, c’est que le ministère n’avait pas révisé sa grille de calcul depuis 10 ans, qu’il se fiait jusqu’ici sur les données du recensement de… 2006. En prenant maintenant les données de 2016, le portrait change radicalement, des quartiers — comme Limoilou — sont passés du jour au lendemain de pauvres à beaucoup moins pauvres.

La bureaucratie ayant sa propre logique, on identifie les écoles qui ont droit à l’aide alimentaire à partir de l’IMSE — l’indice du milieu socio-économique —, qui est calculé à partir la scolarisation de la mère et de l’occupation des parents. Ainsi, un enfant qui ne mange pas à sa faim doit, pour avoir droit à un déjeuner, fréquenter une des écoles les plus défavorisées de la ville.

Sinon, il passe sous la table.

Le calcul donne un indice de défavorisation de 1 à 10, et on aide les écoles avec un indice entre 7 et 10. À Québec, les écoles qui ont perdu leur subvention ont donc vu leur «indice de défavorisation» remonter, une bonne nouvelle qui en cache une mauvaise, les élèves qui ont des besoins auront moins de services.

Comme si ce n’était pas déjà assez compliqué, le programme d’aide alimentaire pour le service de garde est calculé selon un autre indice, le SFR, l’indice du seuil de faibles revenus, à partir de la proportion des familles qui vivent près du seuil de pauvreté. C’est ce programme qui est en suspens à l’école Saint-Fidèle, puisque les calculs sont connus en octobre.

Cette école n’est pas la seule à être dans l’incertitude. «L’année passée, on desservait 16 écoles pour les collations au service de garde et cette année, c’est à peu près une dizaine. C’est sûr qu’on perd beaucoup d’enfants», regrette Roseline Roussel, directrice générale du Pignon bleu. Et, prend-elle soin de le souligner, «ce ne sont pas seulement les élèves de familles défavorisées qui ont des besoins».

Même chez les nantis, les boîtes à lunch font parfois pitié.

Avec les nouvelles règles, au lieu d’aider plus d’enfants dans les services de garde, on en aide moins, seules les écoles ayant un indice entre 8 et 10 recevront de l’argent. «Avant, on rejoignait les écoles avec un indice de 7 et on se battait pour les 5 et 6. Les écoles nous appellent pour trouver des solutions, il y en aurait sept qui pourraient perdre l’aide qu’elles avaient. On essaye de trouver des stratégies.»

Un casse-tête de plus pour la rentrée.

Les nouveaux calculs affectent particulièrement les écoles des quartiers centraux comme Limoilou et Saint-Roch, où des résidents mieux nantis ont emménagé au fil des années. Dans le cas de l’école des Berges, d’aucuns soutiennent que l’école est victime du succès de son programme — payant — de concentration sportive et artistique — mon grand en fait partie — ce qui vient fausser le calcul des revenus, la moyenne n’étant pas représentative de la réalité globale.

Résultat, des enfants écopent.

À la commission scolaire de la capitale, on a prévu cette année «un fonds transitoire pour les écoles les plus touchées», m’indique la conseillère en communication Marie-Élaine Dion, tout en convenant que les montants accordés pourraient être inférieurs à ceux qu’elles recevaient. «Il y a tellement de besoins, les écoles doivent faire des choix. Pour certaines, c’est la collation, pour d’autres, c’est autre chose.»