Auto vs avion: qui pollue le plus?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «On veut augmenter le nombre de vols d’avion et diminuer la circulation automobile. Serait-ce que l’avion est moins polluant que l’automobile? J’en doute, mais le fait est qu’on parle beaucoup plus souvent de la pollution des automobiles que de celle des avions. Pourquoi?» demande Sylvie Jacques.

J’ignore si quelqu’un veut vraiment augmenter le trafic aérien, mais le fait est qu’il augmente rapidement. Alors voyons voir.

Imaginons que votre humble serviteur veuille se rendre à New York faire du tourisme. Normalement, il s’y rendrait en voiture pour économiser, mais supposons qu’il ait gagné à la loterie et qu’il n’ait plus, désormais, qu’à se soucier de son empreinte carbone. Lequel, de l’avion ou de la voiture, émettrait le moins de CO2?

Il existe plusieurs sites web qui estiment les émissions de CO2 pour un vol d’avion. Entre Québec et New York, les résultats varient d’un site à l’autre mais restent généralement dans la fourchette des 130 à 200 kg de CO2 pour un passager seul en classe économique.

Pour la voiture, le calcul est facile à faire. Le véhicule de votre chroniqueur favori consomme environ 8 à 9 l/100 km sur l’autoroute. (Oui, c’est beaucoup, c’est vrai, mais votre humble a connu une période où lui et sa conjointe se reproduisaient de manière, euh, un brin compulsive, alors il leur faut maintenant une grosse auto pour transporter toute la marmaille.) L’itinéraire le plus court entre la Vieille Capitale et la Grosse Pomme est de 836 km d’après Google Map, ce qui implique de brûler 75 litres d’essence. Et comme chaque litre d’essence émet 2,3 kg de CO2, d’après le site de Ressources naturelles Canada, on parle d’environ 170 kg de CO2.

C’est donc à peu près équivalent aux émissions du voyage en avion, mais il existe des véhicules beaucoup moins gourmands qu’une grosse Caravan. En outre, il faut noter que les émissions ne s’équivalent que si l’on présume que votre humble serviteur est parvenu à convaincre sa conjointe de rester à Québec avec les enfants pendant qu’il fait du tourisme seul à New York — ce qui, disons-le, est une perspective assez farfelue, merci. S’il s’agit de faire le voyage en famille, alors il faut compter 6 passagers, ce qui augmente d’autant la part du carburant de l’avion qu’il faut compter. Le voyage par les airs émettrait alors l’ordre de 900 kg de CO2 alors que prendre la route ne rejetterait toujours que 170 kg.

À l’échelle des choix individuels, donc, on peut dire que la voiture est généralement moins polluante que l’avion pour un trajet donné. Le hic, cependant, c’est que si l’on ne s’en tient qu’à cela, on a un portrait très incomplet de la situation. Nous prenons en effet la voiture beaucoup, beaucoup plus souvent que l’avion, et il y a beaucoup, beaucoup plus d’autos et de camions que d’avions en circulation. Alors en bout de ligne, à l’échelle sociétale, le transport routier reste plus polluant que l’aviation, et par une forte marge. En 2016, au Canada, les voitures et les camions légers (les VUS, essentiellement) ont rejeté dans l’atmosphère l’équivalent de 86,1 millions de tonnes de CO2. Le dernier bilan fédéral des gaz à effet de serre regroupe le transport de passagers en avion avec l’autobus et le train sans possibilité de les distinguer, mais de toute manière, même combinés, ces moyens de transport ne représentent pas 10 % des émissions du secteur automobile (7,5 Mt CO2).

Cela ne veut pas dire que l’aviation ne contribue pas au réchauffement climatique : dans l’ensemble, ce secteur a émis 630 millions de tonnes de CO2 à l’échelle mondiale en 2006. Par comparaison, notons que les émissions totales du Canada tournent autour de 700 millions Mt CO2. C’est donc dire que l’aviation est un gros émetteur — autant, et même plus que bien des pays entiers. Cela fait clairement partie du problème, d’autant plus que le nombre de gens qui prennent l’avion un peu partout dans le monde est en constante et rapide augmentation.

Mais quand on compare la pollution de ce secteur à celle de nos voitures et VUS, il est évident que le transport aérien n’est pas le problème principal, loin s’en faut.

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«Il y a quelques temps, j’écoutais à l’émission de Catherine Perrin un reportage sur la découverte d’une constellation située à 3 milliards et demi d’années-lumière. Sachant la vitesse de la lumière, comment peut-on s’imaginer la distance représentée. Est-ce possible de voir aussi loin?» demande André Boies, de La Malbaie.

L’année-lumière est la distance que parcourt la lumière en une année. Comme la lumière voyage à 299 792,5 kilomètres par seconde et qu’il y a 31,5 millions de secondes dans une année, l’année-lumière mesure donc près de 9500 milliards de km.

Et si un objet est situé à 3,5 milliards d’années-lumière de nous, cela nous autour de 3300 milliards de milliards de km.

Maintenant, est-il «possible» de voir quelque chose à cette distance? À l’œil nu, c’est absolument hors de question : l’objet le plus distant que nous voyons dans le ciel est la galaxie d’Andromède, située à 2,5 millions d’années-lumière d’ici, donc de l’ordre de 1000 fois plus proche que ce dont il était question à l’émission de Mme Perrin — et encore, il faut vraiment la lumière combinée de ses milliards d’étoiles pour qu’Andromène soit observable à l’œil nu.

Mais avec les télescopes modernes, oui, il est tout à fait possible de «voir» à 3,5 milliards d’années. Pas plus tard que la semaine dernière, la revue Nature rapportait l’analyse de la lumière d’une galaxie située à 13,28 milliards d’années-lumière. Il a fallu non seulement un puissant radio-télescope, mais qu’en plus la lumière de cette galaxie soit magnifiée par un effet d’optique spécial (la gravité d’un amas de galaxies situé entre nous et l’objet lointain a déformé l’espace-temps de telle sorte que cela a un effet grossissant), mais on y est parvenu quand même.