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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet

Armes à feu et frilosité politique

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CHRONIQUE / Le gouvernement Trudeau avance à l’inverse du bon sens concernant le contrôle des armes d’assaut et de poing.

Pour les armes de poing, il a maintenu intacte sa volonté de laisser aux villes le soin d’en interdire ou pas l’entreposage et le transport sur leur territoire. Ce n’est pourtant pas une prérogative qu’elles désirent obtenir. Pas de «normes nationales» là-dessus comme dans les CHSLD...? C’est anormal. Ottawa devrait prendre cette responsabilité sur lui.

Il aurait par contre dû maintenir plein et entier son engagement d’interdire la possession d’armes d’assaut. Ce qui, en toute logique, passe par un programme de rachat non pas volontaire, mais obligatoire.

Le gouvernement Trudeau avait déjà banni en mai dernier la vente et l’utilisation de plus de 1500 modèles d’armes d’assaut de type militaire. Mardi, outre un programme de rachat volontaire, il a annoncé toute une série de mesures strictes concernant ces armes.

Pour ceux qui ne voudront pas se prévaloir du programme, les mesures gouvernementales rendront en quelque sorte leur détention inutile. Problème : de très nombreuses armes du genre existeront toujours.

Cette façon de procéder pour les armes d’assaut prohibées relève de la pusillanimité politique, de la frilosité électorale. Tout comme celle de laisser aux villes le soin de s’organiser avec les armes de poing.

En essayant de plaire au plus grand nombre, Ottawa déplaît à peu près à tout le monde.

Le gouvernement compte sur le fait que les citoyens se diront, pour la très grande majorité d’entre eux, qu’il vaut mieux ça que rien. C’est vrai. Et il est vrai que ce n’est pas rien ce qu’Ottawa a mis sur la table depuis mai dernier. Mais il y a des trous à boucher.

Pour les armes de poing, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, mercredi, une résolution proposant que le pouvoir d’agir sur ce front sur le territoire québécois revienne au Québec et que le gouvernement Legault évalue leur «possible interdiction».

Si le gouvernement Legault est «agacé» par l’idée que ce soient les villes qui aient à décider de bannir ou pas les armes de poing sur leur territoire, lui-même n’en est pas à penser qu’il faut le faire pour l’ensemble du Québec. Ce n’est pas pour rien que la motion présentée par Québec solidaire a été amendée par le gouvernement pour qu’on y inscrive seulement l'idée d'«évaluer» le projet de les interdire.

Une interdiction ne règle pas tout, bien sûr. Les criminels n’ont que faire des lois, bien sûr. Mais l’interdiction n’en est pas moins une mesure de base, s’agissant des armes de poing aussi. Et, là aussi, pour bien faire, pour être complète, cette éventuelle interdiction devrait être assortie d’un programme de rachat obligatoire.

Les armes divisent toujours beaucoup. En 2016, pour éviter de s’aliéner des électeurs et de déplaire à une partie de son aile parlementaire, François Legault avait autorisé la tenue d’un «vote libre» dans les rangs de la CAQ sur le projet de loi constituant un registre québécois des armes d’épaule. C’était tout à fait exceptionnel.

Le projet de loi du gouvernement Couillard instituant ce registre avait été adopté par 99 voix contre huit. Environ le tiers du caucus caquiste avait voté contre.