Agriculture bio: meilleure pour les abeilles

CHRONIQUE / Les impacts de l’agriculture conventionnelle sur les insectes pollinisateurs sont un sujet de préoccupation depuis plusieurs années. L’utilisation des herbicides et des insecticides à large spectre affectent aussi les insectes bénéfiques. Les insecticides les empoisonnent par l’alimentation ou par l’eau qu’ils contaminent. Les herbicides réduisent la diversité des fleurs qu’ils peuvent butiner. Or, la pollinisation est un facteur important pour la production agricole de fruits et de graines. Les producteurs le savent et font régulièrement appel aux apiculteurs pour s’assurer de meilleures récoltes.

La supériorité de l’agriculture biologique dans le maintien de la biodiversité n’est plus à démontrer. En bannissant les pesticides de synthèse, en protégeant les sols par des pratiques de fertilisation organique et en favorisant les synergies entre les plantes, les producteurs bio permettent à plus d’espèces végétales et animales de coexister. Plusieurs études ont démontré les bénéfices de ce type de culture sur les pollinisateurs sauvages, mais qu’en est-il des abeilles domestiques qui produisent le miel ?

Plusieurs apiculteurs transportent leurs ruches d’une région à l’autre et d’une culture à l’autre pour profiter des abondantes floraisons des cultures conventionnelles. Comme toutes les cultures ne fleurissent pas en même temps, cela permet aux abeilles de profiter de l’abondance tout au long de l’été. Au bout du compte, tout le monde est gagnant ? Pas si sûr, si on en croit une étude publiée le 26 juin dans Applied Ecology.

L’étude réalisée par des chercheurs français s’est réalisée sur six saisons, de 2012 à 2017, et comparait la performance de 180 ruches situées dans une zone d’agriculture biologique et dans des champs de colza cultivés de manière conventionnelle. Le colza est très rare en agriculture biologique, mais il s’agit d’une des fleurs mellifères préférées des abeilles. Les chercheurs s’attendaient donc à voir un avantage pour les abeilles qui avaient accès au colza pendant sa période de floraison.

Surprise… Si, en période de floraison du colza, il n’y a aucune différence entre les deux types de culture, tant pour le couvain, pour le nombre d’adultes que pour la production de miel, il en va tout autrement le reste de l’été. Un net avantage au bio apparaît en particulier lors de la période de disette alimentaire de fin de printemps séparant les floraisons du colza et du tournesol. Les ruches en milieu bio montrent une performance supérieure de 20 % pour le nombre d’adultes, de 37 % pour le couvain et de 53 % pour la production de miel.

Les chercheurs expliquent ces résultats par le paysage florifère plus riche et la diversité des territoires en régie biologique. Les ouvrières peuvent tirer leur épingle du jeu en butinant à tous les râteliers ! Par ailleurs, même si les abeilles en territoire bio ont sept fois moins accès aux fleurs de colza que leurs congénères, elles sont beaucoup moins exposées aux pesticides. Cela se traduit au bout du compte par des ruches plus en santé et plus productives.

Voilà un avantage de plus pour l’idée de faire toujours plus de surfaces en régie biologique. Mais de manière plus pragmatique, pour les propriétaires de terrains dans les villes et les banlieues, cela milite aussi pour favoriser la biodiversité des gazons, des haies et des platebandes, en utilisant une plus grande variété de plantes qui fleurissent tout au long de l’été et, surtout, en bannissant les herbicides et les pesticides.

Je pense ici à l’humble pissenlit que certains combattent à grands coups de chimie sans espoir d’en jamais venir à bout. C’est la première floraison mellifère importante au printemps et les abeilles en profitent à plein au sortir de leur jeûne hivernal. Donnez un petit coup de pouce à la nature. Elle vous permettra de vous sucrer le bec !