Christine Blasey Ford a livré un témoignage empreint d’émotion et de sincérité. La précision de celui-ci n’a laissé aucun doute dans l’esprit de beaucoup d’observateurs.

À voir, à revoir et à partager

CHRONIQUE / Il est difficile, pour la majorité des gens, de comprendre pourquoi des victimes d’agressions sexuelles gardent le silence pendant de longues années avant d’en parler. Tous ceux et celles intéressés par la question devraient prendre le temps de visionner le témoignage de Christine Blasey Ford devant la commission sénatoriale chargée d’étudier la candidature du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis.

La peur de mourir pendant l’agression, le traumatisme, la culpabilité, le désir de protéger sa vie privée et de ne pas soumettre sa famille à la curiosité populaire, le harcèlement sur Internet, et les menaces de mort depuis qu’elle a parlé. La situation est telle qu’elle a dû quitter sa résidence pour des raisons de sécurité.

C’est un véritable calvaire qu’a vécu Mme Ford pendant toutes ces années, au point d’exiger une deuxième porte d’entrée à l’avant de sa maison à cause de la claustrophobie créée par l’agression. Il aurait fallu qu’elle soit une comédienne professionnelle pour livrer un témoignage aussi empreint d’émotion et de sincérité. De toute manière, les questions pointues des membres de la commission sénatoriale l’auraient vite prise en défaut. Mais la précision de son témoignage n’a laissé aucun doute dans l’esprit de beaucoup d’observateurs.

Ce n’est pas à nous de décider si Brett Kavanaugh mérite ou non un poste à la Cour suprême des États-Unis. L’homme s’est défendu avec éloquence et émotion en après-midi. Mais il nous appartient à tous de prendre connaissance du témoignage de Mme Blasey Ford sur les agressions sexuelles, pour mieux comprendre les victimes. Les victimes d’hier, d’aujourd’hui… et de demain, parce qu’il y en aura d’autres.

Mme Ford n’a pas été violée. Elle est parvenue à s’enfuir. Mais si sa version des faits est exacte, elle a été agressée violemment au point de craindre la mort lorsque Kavanaugh lui aurait mis la main sur la bouche pour l’empêcher de crier. Elle n’aurait probablement pas été capable de s’enfuir, si son agresseur n’avait pas été intoxiqué par l’alcool.

Il faut voir et partager son témoignage pour mieux comprendre le sort des victimes et faire savoir aux agresseurs potentiels qu’une agression ne se limite pas au viol, qu’elle laisse des traumatismes graves dans la vie des gens, et qu’elle constitue un crime.