Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Depuis le début de la crise sanitaire, la Santé publique et le gouvernement du Québec tiennent des points de presse conjoints. 
Depuis le début de la crise sanitaire, la Santé publique et le gouvernement du Québec tiennent des points de presse conjoints. 

À propos de l’indépendance de la Santé publique

CHRONIQUE / Question récurrente: faudrait-il des points de presse distincts entre la Santé publique et le gouvernement du Québec?

Question sous-jacente: l’indépendance de la Santé publique par rapport à des nécessités politiques serait-elle mieux préservée si la prise de parole du docteur Horacio Arruda n’intervenait pas pour compléter la réponse de François Legault et que celle du premier ministre ne se faisait pas pour préciser ou nuancer celle du directeur national de santé publique?

J’avais posé ces questions en avril pour rapidement établir que oui, que l’indépendance de l’organisation serait à tout le moins plus apparente avec la tenue de points de presse distincts.

J’estimais acceptables les risques supplémentaires de confusion que cela pouvait engendrer.

Depuis ces dernières semaines, je crains davantage qu’à ce moment-là qu’une simple dissonance dans des propos ne prenne des proportions médiatiques si grandes qu’on ajouterait sans cesse à la confusion.

Autre question: s’ils existaient par écrit, faudrait-il rendre publics les avis que livre la Santé publique au gouvernement? L’idée est séduisante, mais ne nous faisons pas d’illusions: dans la situation actuelle, on entendrait rapidement des voix clamer que ces avis sont complaisants, qu’ils prennent d’emblée en compte ce que le gouvernement désire.

Débat de fond

Pour que le directeur national de santé publique soit non seulement indépendant en soi, mais qu’il en ait toutes les apparences aux yeux du plus grand nombre, il faudrait probablement qu’il soit désigné par l’Assemblée nationale. Comme le sont entre autres les personnes choisies pour occuper les postes de Directeur général des élections, de Protecteur du citoyen, de Vérificateur général du Québec, de Commissaire au lobbyisme et de Commissaire à l’éthique et à la déontologie.

Ces personnes sont nommées sur une proposition du premier ministre devant être approuvée par les deux tiers des députés du parlement. Être ainsi désigné par l’Assemblée nationale plutôt que par le seul conseil des ministres «contribue à préserver l’indépendance de la personne désignée et son impartialité dans l’exercice de ses fonctions», rappelle-t-on toujours.

On n’avait pas eu à songer à cette possibilité jusqu’ici pour le poste de directeur national de santé publique parce que jusqu’à cette pandémie, cette fonction comptait malheureusement trop souvent pour quantité négligeable.

Mais ce n’est plus le cas.

Et l’on sait maintenant qu’une telle situation sanitaire, qui entraîne d’énormes impacts sur nos vies, peut exister; autrement dit, qu’elle pourrait se représenter.

Dès lors, un débat de fond sur la méthode de nomination du directeur national de santé publique serait pertinent. Mais il le serait pour l’après-COVID-19, pour l’après-crise.

Ce n’est pas le moment actuellement. Pas plus qu’il ne serait pertinent de virer les choses à l’envers avant la fin de l’actuel mandat de M. Arruda, qui court jusqu’en 2023.

Le Parti québécois et le Parti libéral du Québec seraient partants pour un tel débat si l’on en croit des déclarations passées.

Si on cheminait un jour vers une nomination de l’Assemblée nationale dans ce domaine, la règle de la primauté du politique devrait évidemment continuer de prévaloir. Comme elle prévaut pour les recommandations du Protecteur du citoyen, par exemple.

À la Santé publique de recommander; au gouvernement, par la suite, de prendre ses décisions en considérant une multitude de variables et de facteurs. C’est et ce devra toujours être le cas dans nos démocraties.