Patrick et Sarah ont décidé il y a sept ans d’ouvrir leur couple à d’autres partenaires sexuels. Une façon pour eux de mettre du piquant dans leur... lit!

À lit ouvert

CHRONIQUE / C’est la fin de semaine. Patrick* et Sarah, qui sont ensemble depuis plus de 16 ans, font garder leurs trois enfants. Ils vont manger chez des amis ce soir. Comme tout le monde, non? Pas tout à fait.

Après le souper, Patrick, Sarah et leurs hôtes vont plutôt se retrouver dans la chambre à coucher...

Depuis environ sept ans, Patrick et Sarah sont un couple ouvert. Ça faisait plusieurs années que Patrick en parlait. Il voulait aller voir ailleurs. Sarah, elle, ne voyait pas trop l’intérêt.

«Au début, j’étais plutôt fermée à ça.» Elle aurait trouvé ça un peu bizarre que son chum lui dise : «Chérie, je m’en vais voir ma maîtresse!»

À un moment donné, sans qu’elle sache trop pourquoi, elle a dit oui. Le couple allait bien, ce n’était pas pour tenter de le sauver. Mais la condition première était qu’ils devaient faire ça ensemble. Des trips à trois ou à quatre, donc.

Ils sont allés sur des sites Internet, ont trouvé un autre couple. Au fil du temps, des habitués leur ont parlé d’autres sites, et puis de comptes Facebook.

Puis il y a eu d’autres soirées où plusieurs couples étaient invités.

Ils ont aussi trouvé un couple près de chez eux avec qui ça a cliqué. Ils se voyaient à un certain moment deux à trois fois par mois.

Il y avait quelques règles à suivre. La principale, la protection. Au début, ils devaient aussi être toujours ensemble. Les règles se sont un peu assouplies avec le temps, par exemple pour permettre que les deux tourtereaux partent chacun de leur côté, dans la même maison, mais pas dans les mêmes pièces.

D’autres couples avaient d’autres règles, comme de ne pas embrasser ou qu’il n’y ait pas de pénétration hors du couple.

Ils ont aussi eu des relations chacun de leur côté. «Il y avait un de ses amis [à Patrick] que je trouvais de mon goût. Il lui en a parlé et je me suis retrouvée toute seule avec lui deux soirs. “Il m’a dit : va t’amuser.”»

Et la jalousie? «Il n’y a pas de jalousie. On sait que c’est vraiment une attirance physique, that’s it.»

«La sexualité, oui c’est une question d’amour avec ton partenaire, mais c’est aussi un plaisir. Ce n’est pas nécessairement en lien avec les sentiments. Faire ça avec quelqu’un d’autre que ton partenaire, finalement, je ne vois plus de problème avec ça», explique Sarah.

Elle est convaincue que ça a aidé leur vie sexuelle en y mettant du piquant. Est-ce qu’ils seraient encore ensemble si elle n’avait pas embarqué dans l’aventure? Pour sa part, elle croit que oui. Pour son copain, elle ne sait pas. Est-ce qu’il aurait eu une maîtresse? Est-ce qu’il se serait tanné?

Pour plusieurs couples, la routine qui s’installe souvent dans la vie sexuelle peut finir par user la relation. Mais quand on a des enfants, on y pense à deux fois avant de se séparer pour cette raison, surtout quand on s’entend encore bien. Certaines personnes sont donc prêtes à essayer de nouvelles avenues pour ne pas briser leur famille.

«Ça peut être un couple pour qui la famille est importante. Le conjoint ou la conjointe aussi. On l’aime, mais l’exclusivité sexuelle est moins importante», explique Marie-France Goyer. La doctorante en sexologie et chargée de cours à l’UQAM s’intéresse particulièrement aux relations non monogames.

Exclusivité émotionnelle
Les couples ouverts gardent l’exclusivité émotionnelle, mais pas sexuelle. D’ailleurs, les règles que plusieurs se fixent — condom obligatoire, transparence pour les partenaires, certains partenaires interdits comme les ex ou des collègues — visent à préserver le couple.

Il y a encore très peu d’études sur le sujet. Mais on voit que les motivations et les parcours sont nombreux. Certains vont aller chercher une diversité sexuelle, d’autres ont un plus grand besoin d’autonomie. D’autres encore veulent casser le moule du couple qui doit être hétéro, fidèle, marié, cohabitant, explique-t-elle.

«On se demande souvent qu’est-ce qui motive les couples non monogames, mais on pourrait aussi se demander qu’est-ce qui nous pousse vers la monogamie?» soumet-elle.

Les couples non monogames doivent souvent justifier leur amour. On pense à tort qu’ils ne s’aiment pas assez s’ils acceptent d’avoir d’autres partenaires. Évidemment, si le couple bat de l’aile et qu’on tente de le sauver de cette façon, ce n’est pas une solution, constate Mme Goyer.

Des couples qui durent
Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces couples durent. «Les études ne révèlent vraiment pas que la durée est plus courte en relations non monogames, au contraire, elle serait peut-être même plus longue», note-t-elle.

Encore une fois par contre, les échantillons restent petits. «On n’a pas encore des échantillons représentatifs, mais ça semble être une tendance.»

On pourrait l’expliquer entre autres par le fait qu’en monogamie, une seule personne doit combler tous les besoins de son partenaire. Quand ce n’est plus le cas, il y a souvent rupture. Cette responsabilité est partagée lorsque la relation est ouverte.

Les règles des couples non monogames ont aussi tendance à s’adapter. Dans un couple monogame, le bris d’une règle comme la fidélité entraînera souvent une séparation.

Depuis deux ans, Patrick et Sarah ont un peu ralenti la cadence des rencontres. Le couple qu’ils voyaient régulièrement a fini par prendre trop de place dans leur relation. «Oui, j’ai eu une petite crainte, lui par rapport à elle. Eux, ça cliquait vraiment beaucoup ensemble. Son chum à elle, avec moi, il capotait, il me voyait dans sa soupe.» Sarah, elle, trouvait que c’était le fun, mais sans plus. Ils ont choisi de se recentrer sur leur couple.

S’ils sont un peu moins «actifs» pour toutes sortes de raisons, notamment professionnelles, Sarah et Patrick restent un couple ouvert. Même si Sarah a eu peur de perdre Patrick.

«C’est un peu les “risques du métier”... Mais peu importe ce qu’on fait dans notre couple, échangiste ou non, on ne sera jamais à l’abri d’un coup de foudre avec une tierce personne. Je crois encore que nos pratiques demeurent ludiques et sont là pour ajouter un petit côté givré à notre vie de fou!»

*Les noms ont été changés pour préserver l’anonymat.