Le député fédéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus, s’est prêté au jeu en faisant l’essai du logiciel de réalité virtuelle développé par In Virtuo.

À la conquête du monde virtuel

CHRONIQUE / Il fait nuit. Vous êtes seule, assise dans un abribus de la Société de transport de l’Outaouais. Un individu louche sort du bar d’en face. Quand il vous aperçoit, il entreprend de traverser la rue.

Bien vite, son corps s’encadre dans l’ouverture de l’abribus. Vous réalisez qu’il est trop tard. Que toute retraite est impossible. L’homme s’approche, il s’assoit près de vous. Il avance le bras. Pour vous enlacer. Pour vous coincer. Pour vous forcer.

L’environnement virtuel créé par l’entreprise gatinoise In Virtuo pour traiter les victimes d’agression sexuelle est d’un réalisme à donner froid dans le dos. Le patient est replongé dans son cauchemar à l’aide d’un casque de réalité virtuelle Oculus et de manettes qui lui permettent de toucher ou de repousser son agresseur.

Mais contrairement à une véritable agression, tout cela se fait dans un environnement contrôlé, sécuritaire, en présence d’un thérapeute qui aide graduellement la victime à surmonter son traumatisme.

Le logiciel mis au point par le psychologue Stéphane Bouchard et son équipe peut aller jusqu’à simuler l’agression elle-même, mais seulement lorsque le patient sera jugé en mesure d’affronter le moment ultime. Cela peut prendre des semaines, voire des mois de thérapie.

« On peut rester pendant plusieurs séances avec l’agresseur de l’autre côté de la rue », a expliqué Stéphane Bouchard en conférence de presse, mercredi matin, dans les locaux d’In Virtuo à Gatineau.

Les animations qui accompagnent les environnements virtuels n’iront pas jusqu’à reproduire les détails sordides d’un viol. Pas besoin. Les yeux de l’agresseur, sa gestuelle intrusive, ses paroles, le son des vêtements déchirés qu’on entend dans les écouteurs suffiront à rendre la thérapie efficace.

« L’idée, c’est que l’imagination du patient prenne la relève, que les images de sa propre agression viennent se substituer aux images de réalité virtuelle », explique M. Bouchard, dont les travaux innovateurs en cyberpsychologie font régulièrement la manchette en Outaouais et ailleurs.

Les environnements ont beau être virtuels, les changements observés chez les patients traités au moyen de cette technologie sont bien concrets, assure M. Bouchard. « Ça fonctionne parce qu’on est capable d’induire des émotions et de tromper le cerveau du patient. Non seulement les traitements sont plus rapides, mais ils permettent aussi aux professionnels de la santé d’économiser par rapport aux traitements conventionnels », dit-il.

In Virtuo est une entreprise dérivée du laboratoire de recherche de cyberpsychologie de l’UQO. C’est dans les locaux de cette entreprise fondée en 2007 qu’on traite au moyen de la réalité virtuelle de vrais patients atteints de troubles anxieux, de la peur des araignées et des serpents au jeu pathologique, en passant par la peur de parler en public.

En 2016, In Virtuo a acheté la licence exclusive de commercialisation de deux logiciels de réalité virtuelle avec l’intention d’en vendre aux professionnels de la santé. Et mercredi, le gouvernement fédéral annonçait l’octroi d’un prêt de 40 000 $ à In Virtuo afin de l’aider dans ses démarches de commercialisation.

L’intérêt envers les produits d’In Virtuo est déjà très présent en Europe. Plus qu’au Canada même. « Pour l’instant, les trois quarts de nos ventes se font à l’étranger », rapporte Geneviève Robillard, vice-présidente des affaires corporatives. Les produits d’In Virtuo sont notamment utilisés en France, en Belgique et en Norvège.

De nouveaux horizons semblent s’ouvrir à In Virtuo puisque ses produits sont maintenant approuvés par Santé Canada et la Communauté européenne. L’approbation de la Food and Drug Administration américaine devrait suivre sous peu. « On est aussi en train de créer un nouvel environnement qui reproduit l’intérieur d’un avion, avec les vibrations et tout », raconte Stéphane Bouchard.