10 challengers qui pourraient faire une différence à l’hôtel de ville

CHRONIQUE / Quels sont les candidats les plus susceptibles de tenir un rôle d’opposition à l’hôtel de ville de Québec?

J’en ai retenu une dizaine qui me semble avoir des profils forts dans des districts où il n’est pas impossible de penser battre Équipe Labeaume.

Les deux seuls sondages indépendants de cette campagne (Léger–Le Journal de Québec) suggèrent cependant qu’Équipe Labeaume jouit toujours d’un large appui.

La lutte pourrait être plus serrée dans Beauport et Charlesbourg, mais l’échantillonnage des arrondissements est trop petit pour dégager des tendances solides.

Le maire Labeaume a mené une campagne prudente sur un ton respectueux des adversaires. Le naturel reviendra-t-il s’il est réélu avec une forte majorité? C’est la mise en garde que sert Anne Guérette.

Jean-François Gosselin et Québec 21 ont défendu des thèses chères à la radio (circulation, dépenses, fiscalité, etc), ce qui a permis de les challenger et souvent, d’en montrer les limites. L’exercice fut utile.

Le nouveau chef a commis quelques fautes de parcours: agressivité au premier débat; admission maladroite qu’il serait un climatosceptique; chiffres et données erronés, etc. 

Il a cependant mené une campagne énergique et montré qu’il pouvait apprendre. Il va gruger dans les votes d’Équipe Labeaume. 

Malgré un programme solide et une campagne sans bavure, Démocratie Québec semble peiner encore à «sortir» du plateau de la Haute-Ville. 

Des éléments audacieux du programme font peut-être peur. À moins que ce ne soit sa chef. C’est un moment de vérité pour ce parti qui a eu du mal à faire son unité et recruter des candidats.

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La liste qui suit est subjective, hasardeuse et injuste, pourra-t-on me reprocher (avec raison). 

Il ne faut pas y voir un jugement de valeur sur le mérite des autres candidats ou leur capacité à bien servir les électeurs. 

J’ai retenu ceux et celles qui me semblent avoir le plus de chances de faire une différence et d’être au conseil les contre-poids dont la démocratie a besoin. Surtout quand le pouvoir est exercé de façon autoritaire et sans partage. 

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Première rangée (de gauche à droite) : François Marchand, Jean Rousseau, Christophe Navel
Deuxième rangée : Mbaï-Hadji Mbaïrewaye, Marie Lacerte, Denis L'Anglais, Jean-Pierre Asselin
Troisième rangée : Nancy Piuze, Stevens Melançon, Gilles Côté

1. François Marchand, indépendant, Cap-au-Diamant

Impliqué depuis 30 ans comme élu, avocat, urbaniste et commentateur, M. Marchand a échoué à devenir le chef de Démocratie Québec. Il revient comme indépendant, sachant qu’il divise le vote d’opposition et va peut-être favoriser Équipe Labeaume. Il a mené une campagne un peu paresseuse, mais ses connaissances du monde municipal et son expertise à argumenter pourraient en faire un acteur significatif de l’opposition.

Résultat 2013: Anne Guérette, Démocratie Québec, 55%

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2. Jean Rousseau/Anne Guérette, Démocratie Québec, Cap-au-Diamant

Chimiste de formation, Jean Rousseau a été président du Comité des citoyens du Vieux-Québec. C’est un homme posé et cartésien, qui maîtrise bien les contenus et peut argumenter. On l’imagine relever les faiblesses dans la chimie du maire. Il y a cependant peu de chances de le voir au conseil, car il est le colistier d’Anne Guérette. S’il gagne et que Mme Guérette perd la mairie, la chef pourrait prendra sa place au conseil. À moins que le résultat incite Mme Guérette à se retirer de la vie politique.

Résultat 2013: Anne Guérette, Démocratie Québec, 55%

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3. Christophe Navel, Démocratie Québec, Montcalm–Saint-Sacrement 

Diplômé en sciences de l’éducation, Christophe Navel a impressionné par son expertise des enjeux d’aménagement et de mobilité, qui seront le principal défi de la prochaine administration. Il est intense, trop, penseront certains, mais il serait une voix d’opposition forte et articulée. Davantage que l’indépendant Yvon Bussières, qui représente le district depuis 1993 et dont tout le monde semble tenir la réélection pour acquise. J’ai beaucoup de respect pour M. Bussières, son dévouement, son intégrité, sa longévité et son attachement aux institutions démocratiques. Mais pour qui cherche des voix d’opposition, il ne peut plus faire une différence, s’étant beaucoup rapproché d’Équipe Labeaume et étant moins habile à débattre sur le fond des dossiers.

Résultat 2013: Yvon Bussières, Démocratie Québec, 58% 

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4. Mbaï-Hadji Mbaïrewaye, Démocratie Québec, Saint-Roch–Saint-Sauveur 

Diplômé de sciences sociales, en gouvernance et en politique, Mbaï-Hadji Mbaïrewaye est analyste au Conseil du Trésor. Marguiller de Saint-Roch, il est très impliqué dans la vie communautaire et culturelle ainsi que dans les instances politiques locales. C’est un homme posé, réfléchi et avec un bon sens de l’humour. Il a mené une campagne active, soutenu par un noyau de militants aguerris de l’ancien parti de Jean-Paul L’Allier. 

La partie n’est cependant pas gagnée, car Équipe Labeaume lui oppose Pierre-Luc Lachance, un jeune allumé et énergique.

La démolition de l’immeuble du Centre Durocher, le rejet d’un projet de Maison de la culture, les enjeux de mobilité pour les piétons et le départ éventuel du marché du Vieux-Port ont probablement fait des mécontents. Si Québec veut afficher un visage public plus diversifié, la candidature de M. Mbaïrewaye, Tchadien d’origine ayant étudié au Cameroun, en est une belle occasion. 

Résultat 2013: Chantale Gilbert, Équipe Labeaume, 62%

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5. Marie Lacerte, Démocratie Québec, Saint-Louis–Sillery 

Marie Lacerte dirige un cabinet-conseil. Diplômée en administration des affaires et gestion internationale, elle s’attribue la venue du Sommet des Amériques à Québec (2001) et d’ententes avec le Maroc. Il m’est difficile de bien juger, car je ne l’ai pas rencontrée, mais les échos que j’en ai sont mitigés. On ne peut cependant ignorer cette candidature, Saint-Louis–Sillery étant un des rares districts à avoir choisi DQ en 2013. 

La vérité est que j’aurais préféré Alexandre Pettigrew (Q21). Il vient d’une famille politisée et m’a fait très bonne impression lorsqu’il a cogné chez moi dans son porte-à-porte. Il ne m’avait pas reconnu et j’ai vu qu’il pouvait discuter avec discernement de mobilité. Je pense cependant que Québec 21 est un mauvais casting dans ce district.

Résultat 2013: Paul Shoiry, Démocratie Québec, 61%

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6. Denis L’Anglais, Démocratie Québec, Le Plateau

Denis L’Anglais est un avocat spécialisé en immigration. Ex-délégué du Québec en Amérique du Sud, ex-directeur dans plusieurs ministères, etc. Une feuille de route impressionnante. DG de son parti, il a tenu la barre pendant les querelles de l’hiver dernier. Son expertise serait précieuse dans cette ville où l’immigration est insuffisante et se bute parfois aux règles étroites. M. Langlais affronte une grosse pointure en Rémy Normand, président du RTC. Le projet du Phare à 63 étages, contraire au PPU, l’échec du SRB et l’incertitude persistante sur la tête des ponts donnent des arguments à l’opposition.

Résultat 2013: Rémy Normand, Équipe Labeaume, 68%

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7. Jean-Pierre Asselin, Québec 21, Cap-Rouge–Laurentien

Diplômé en administration et finance, Jean-Pierre Asselin dirige son entreprise de commerce d’artisanat et cadeaux. Membre de l’exécutif national du Parti conservateur, il en fut le candidat dans Louis-Hébert en 2015. Son chef le voit aux finances et aux immobilisations dans son éventuel comité exécutif. 

C’est dans ce district qu’Équipe Labeaume a obtenu sa plus mince majorité en 2013. Les problèmes de circulation et de pollution par Anacolor ont sans doute fait des mécontents depuis. 

Résultats 2013: Laurent Proulx, Équipe Labeaume, 53%

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8. Nancy Piuze/Jean-François Gosselin, Québec 21, Sainte-Thérèse-de-Lisieux

Diplômée de sciences politiques, Nancy Piuze a été proche de l’ADQ. Elle œuvre dans l’entreprise privée et a été administratrice d’organisations sportives, culturelles et scolaires. Bon parcours, mais peu probable de la voir au conseil. Colistière du chef Gosselin, elle lui cédera son siège si elle est élue et lui pas. La venue de M. Gosselin au conseil stimulerait le débat sur la mobilité et permettrait au chef de mieux comprendre la chose municipale, ce qui en ferait un candidat plus aguerri une prochaine fois. L’opposition part cependant de loin à Beauport.

Résultat 2013: Marie-France Trudel, Équipe Labeaume, 75%

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9. Stevens Melançon, Québec 21, Chute Montmorency–Seigneurial

Enseignant, puis directeur d’école, Stevens Melançon a été actif dans la vie communautaire et sportive et fut président du conseil de quartier. Organisateur, bénévole, leader, il est une des candidatures fortes de Québec 21. Il affronte cependant une recrue de qualité d’Équipe Labeaume, Nathalie Roy, dans ce district laissé vacant par Julie Lemieux qui, depuis quelques années, a dû partager son temps entre son district et ses nombreuses responsabilités à l’exécutif. 

Résultat 2013: Julie Lemieux, Équipe Labeaume, 77%

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10. Gilles Côté, Québec 21, Louis-XIV 

Diplômé en sciences physiques, Gilles Côté a fait carrière au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles et aux Transports. Il enseigne au cégep et s’est impliqué dans des organisations scolaires. Son chef en ferait un de ses deux «piliers» à l’exécutif et lui confierait les infrastructures, l’aménagement et les travaux publics. Par son expertise technique, M. Côté pourrait contribuer au débat autrement que par des coups de gueule et des chemises qu’on déchire. Comme pour Beauport, l’opposition part de loin dans Charlesbourg.

Résultat 2013: Michelle Morin-Doyle, Équipe Labeaume, 71%

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Des «incontournables» d'Équipe Labeaume

À moins d’une forte tempête de dernière minute, l’administration Labeaume sera reportée au pouvoir. Des «incontournables»? Plusieurs.

Jonatan Julien, solide aux finances, bon pédagogue et respectueux des autres points de vue.

Patrick Voyer, accessible, compétent et appliqué. Il mériterait un rôle accru.

Suzanne Verreault, énergique et en parfaite maîtrise des dossiers de Limoilou, devenu le quartier d’avant-garde de Québec.

Geneviève Hamelin, ferme et posée à la présidence du conseil. Pourrait jouer un rôle accru.

Rémy Normand, président du RTC. Rigoureux dans ses dossiers, mais osant peu s’imposer.

Si l’administration Labeaume cherche un équilibre hommes-femmes dans un éventuel comité exécutif, elle regardera sans doute aussi du côté des recrues Marie-Josée Savard (un retour) et Nathalie Roy.