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Jean-Simon Gagné

Autrement dit

Le pourcentage

30%

Proportion des étudiants américains qui s’enrôleraient immédiatement pour combattre dans une hypothétique Troisième Guerre mondiale, si cela pouvait annuler leurs dettes d’étude. L’an dernier, aux États-Unis, la dette moyenne par étudiant atteignait 28 565 $.

Source: lendu.com

François Bourque

Un «croissant fertile» autour de Québec

CHRONIQUE / La zone d’influence de la région de Québec continue de s’étendre. La tache d’huile atteint maintenant Saint-­Vallier de Bellechasse, Saint-Isidore de Beauce et Issoudun sur la Rive-Sud.

Du côté nord, on parle de Donnacona, Cap-Santé, Saint-Basile et Saint-Raymond-de-Portneuf à près de 50 km du centre-ville. Seuls les frontières «naturelles» du parc des Laurentides et les reliefs de Charlevoix ont empêché la zone d’influence de s’étendre aussi vers le nord et vers l’est. 

On compte désormais 25 villes de la «lointaine» couronne où plus de 30 % de la population active se déplace vers la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) pour travailler, notamment à Québec et Lévis. C’est ainsi que se définit une «zone d’influence».

Dans plusieurs cas, cela va bien au-delà des 30 % et dépasse même 50 % (Saint-Henri, Saint-Antoine-de-Tilly, Neuville, etc.) 

Au rythme où vont les choses, d’autres vont s’ajouter à ce «croissant fertile». L’expression est de Denis Jean, directeur général adjoint de l’aménagement du territoire à la CMQ.

C’est sans parler de «l’étalement» qui se poursuit sur le territoire des 28 villes de la CMQ. 

Au début décembre, le maire de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, Pierre Dolbec, est revenu à la charge pour obtenir une école secondaire complète pour ses 8000 résidents. 

Il a expliqué que les élèves des niveaux 3 à 5 doivent actuellement être transportés vers l’école La Camaradière, dans Duberger. Un trajet de plus de 30 km chaque matin et autant le soir sur des routes de plus en plus encombrées.

M. Dolbec plaide aussi qu’un projet de développement résidentiel amènera bientôt 900 nouvelles portes dans sa ville. 

On peut comprendre les parents, les jeunes et le maire de souhaiter leur propre école secondaire. Je voudrais la même chose.

Mais on est ici dans une illustration presque caricaturale de ce qu’est l’étalement urbain : on s’éloigne du centre et des emplois pour profiter de la nature, de prix accessibles pour les maisons et de taxes moindres; puis on se met à demander les mêmes services qu’en ville. École, CLSC ou hôpital, salle de spectacle, équipements de loisir et communautaires, etc. 

Immanquablement, on demandera aussi de meilleures routes pour aller en ville. Peut-être un troisième lien.

Je ne blâme pas les citoyens qui, individuellement, font le choix de la périphérie et souhaitent améliorer leur sort.

Voici cependant près de 40 ans que les pouvoirs publics disent vouloir cesser d’occuper le territoire de cette façon sans que rien ne change.

La CMQ a déposé au gouvernement en novembre dernier un nouveau rapport qui documente l’état des lieux sur la base des données du recensement 2016.

On n’y trouve rien de vraiment nouveau, sinon une confirmation supplémentaire que la ville continue de gagner du terrain sur les terres agricoles et boisés de la périphérie.

En chiffres absolus, il s’est ajouté en 15 ans beaucoup plus de nouveaux citoyens et ménages dans la zone centrale de la CMQ qu’en périphérie. 

Le rythme de croissance fut cependant supérieur dans le «croissant fertile», avec un impact significatif sur le «navettage». 

Les plus importantes hausses de déplacements entre 2001 et 2016 sont venues de Pont-Rouge (+1115), Saint-Apollinaire (+1090), Saint-Henri (+ 1015), Donnacona (+870) et Saint-­Lambert (+705).

Ce relevé n’inclut pas les hausses de déplacements en provenance des municipalités situées sur le territoire de la CMQ comme Sainte-Catherine, Stoneham, Lac-Beauport ou Sainte-Brigitte-de-Laval, qui contribuent aussi à la congestion.

Le rythme de croissance de la population devrait ralentir partout dans la prochaine décennie, y compris en périphérie. 

Selon les projections, cinq municipalités du «croissant» devraient accaparer à elles seules 80 % du «développement», soit Saint-Henri, Saint-Isidore, Saint-Lambert, Pont-Rouge et Donnacona.

Et logiquement, 80 % des déplacements additionnels vers Québec, Lévis et autres pôles d’emploi de la Communauté métropolitaine. 

+

UN AVEU D'IMPUISSANCE

Le rapport sur l’évolution de la population et des déplacements autour de Québec est un aveu d’impuissance de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ). 

Ce n’est pas dit dans ces mots-là, mais on peut lire entre les lignes. 

La CMQ a été créée lors des fusions municipales de 2002 avec l’objectif de limiter l’étalement urbain et d’assurer une meilleure coordination de l’aménagement du territoire.

Plus de quinze ans plus tard, on voit le résultat. Ou son absence. 

Les outils politiques et légaux à la disposition de la CMQ ne permettent pas de stopper l’étalement. Ni sur le territoire de la CMQ, ni dans les couronnes autour.

Ce qui me frappe aussi, c’est que les élus de la CMQ ont pris acte du rapport sans donner de signal qu’ils souhaitent que les choses changent. 

Le rapport fait «l’hypothèse» que la croissance de certaines municipalités limitrophes justifie la mise en place de «mesures de gestion de l’urbanisme additionnelles». Il évoque aussi l’idée d’intégrer de nouvelles villes à la CMQ aux fins de l’aménagement. 

L’organisme n’en fait cependant pas une recommandation. 

Ça manque de conviction. Les élus savent trouver un ton plus vigoureux quand ils tiennent vraiment à quelque chose. À une réforme des régimes de retraite par exemple, à de nouveaux pouvoirs ou de nouvelles sources de financement. Ils savent alors se faire entendre. 

Ici, rien. Pas un mot. 

Cela indique qu’il n’y a pas beaucoup de volonté politique, mais sans doute aussi que la CMQ n’est pas la bonne instance pour s’attaquer au problème. 

Comment demander à des élus qui pratiquent l’étalement urbain dans leur propre ville de pousser sur la CMQ pour freiner la tendance?  

Intégrer des villes supplémentaires à la CMQ n’aurait que peu d’impact.

La CMQ prépare des plans et des schémas d’aménagement avec de beaux objectifs, mais le vrai pouvoir est entre les mains des villes qui votent les règlements d’urbanisme et approuvent les projets.

Une intervention du gouvernement sera nécessaire si on espère une vision d’aménagement plus cohérente.

La Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, qui fixe les règles du jeu, date de 1979. Des ajouts y ont été faits depuis, mais pas de révision en profondeur.  

Plusieurs gouvernements s’y sont intéressés, mais n’ont jamais pu mener l’exercice à terme. La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, promet à son tour de s’y attaquer. Elle fera connaître ses intentions «prochainement», dit-elle. 

«Je pense que nous sommes rendus, au Québec, à avoir une véritable conversation nationale sur l’aménagement. Cette démarche devra inévitablement englober les enjeux environnementaux, de transports, d’agriculture, d’architecture, etc.» a-t-elle fait savoir en réponse à ma question. 

Mme Laforest croit notamment que la Loi sur l’urbanisme et l’aménagement (LAU) «doit être adaptée aux nouvelles réalités climatiques, dont les inondations». Cesser de reconstruire à répétition dans les zones inondables de la Beauce est un premier pas très intéressant. 

On peut pour le reste saluer la vision large de Mme Laforest. Reste à voir jusqu’où le gouvernement de la CAQ osera aller. 

Modifier la LAU aura un effet limité si les ministères continuent à travailler en vases clos, voire dans des directions contraires.

Si le ministère des Transports (MTQ) continue d’ouvrir de nouvelles routes, voies rapides, ponts ou tunnels qui permettent d’aller vivre dans des quartiers de plus en plus éloignés en périphérie. Si le ministère de l’Éducation y autorise de nouvelles écoles, le ministère de la Santé, un CLSC, etc.

Ce sera difficile si la fiscalité municipale continue d’encourager les villes à s’étendre et à grossir pour augmenter leurs revenus. Et si collectivement, on continue à valoriser l’idée qu’il est toujours bon pour une ville de grossir.

Le seul outil «relativement» efficace pour freiner l’étalement urbain est actuellement la Loi sur la protection du territoire agricole. 

Ce n’est pas parfait. Les décisions de la Commission de protection du territoire agricole (CPTA) restent à la merci d’interventions politiques supérieures souvent motivées par autre chose que la cohérence de l’aménagement. Mais l’outil fonctionne.

Il en faudra d’autres.

Mylène Moisan

«Les enfants sont bien»

CHRONIQUE / Je raconte souvent des histoires qui ont mal tourné avec la DPJ, en voici une belle, où les choses se passent bien. malgré tout.

Parce que, lorsque la Direction de la protection de la jeunesse entre en scène, on n’est jamais dans un conte de fées. «Dans un monde idéal, ces enfants-là devraient être avec leurs parents», convient Josée*, qui héberge trois enfants de sa famille élargie. Les parents ont développé des dépendances, négligé leur sécurité et leur développement.

Un premier signalement a été fait il y a huit ans, un membre de la famille s’inquiétait du manque de surveillance des enfants, le plus jeune avait à peine deux ans. Le signalement a été retenu, les enfants ont été confiés aux grands-parents le temps que les parents se reprennent en main.

Quelques mois plus tard, ils sont revenus à la maison.

Un an après, rebelote, nouveau placement chez des proches, les parents se sont séparés et ont refait leur vie avec des conjoints qui consomment.

Beaucoup.

Autre tentative chez le papa après presque un an, la situation semble s’être améliorée, mais l’embellie ne dure pas.

L’été dernier, un autre retrait est envisagé, Josée a levé la main pour devenir famille d’accueil. «La DPJ m’a expliqué que pour les trois enfants, il était pratiquement impossible qu’ils restent ensemble, qu’on trouve une famille.» Sa proposition a été acceptée et les enfants lui ont été confiés.

Depuis, les enfants n’ont plus de problèmes de comportement à l’école, leurs notes remontent, ils ont un bon cercle d’amis. Ils ont une hygiène de vie, un encadrement. «Avant, ils étaient complètement laissés à eux-mêmes.»

Avec de la drogue à leur portée.

«Les parents consommaient, ils ne se levaient pas le matin, les enfants n’allaient pas à l’école ou ils arrivaient en retard, m’explique un autre membre de la famille, qui est aussi venu en renfort au cours des dernières années. Les rideaux étaient fermés à longueur de journée, ce n’était pas un endroit pour des enfants.»

Ils ne faisaient aucune activité, aucun sport.

C’est cette personne qui a fait le premier signalement il y a huit ans. «On voyait que les enfants étaient négligés, ils portaient des vêtements épouvantables, trop petits, troués. Il y a aussi l’école qui commençait à se poser des questions, à cause des nombreux retards et des absences.»

Les interventions ont été graduelles, d’abord une évaluation de la famille et l’apport de certains correctifs, notamment des dispositifs de sécurité pour s’assurer que les tout-petits ne puissent pas sortir seuls dehors.

Le dossier a ensuite été confié à une intervenante qui, élément central dans cette histoire, est toujours celle qui s’en occupe aujourd’hui. Une preuve, s’il en faut, de l’importance capitale de s’attaquer à l’effarant taux de roulement au sein du personnel de la DPJ. «Elle connaît toute la famille, elle connaît même nos dates de partys de famille. Quand elle organise les horaires pour les visites chez les parents, par exemple, elle s’assure qu’il y a toujours quelqu’un et que tout soit correct.»

Elle s’est réjouie des derniers bulletins des enfants.

Elle a, par le passé, acheté du matériel scolaire, les parents ne s’en occupaient pas.

Josée ne tarit pas d’éloges à l’endroit de la DPJ, surtout de l’intervenante, qui a toujours cherché à ce que les enfants soient confiés à des proches. «C’est vraiment une intervenante en or! C’est une femme très honnête, elle est transparente, et elle nous donne toujours l’heure juste. Avec elle, c’est noir ou c’est blanc.»

Plus encore. «Elle aime ces enfants-là.»

Même si, pendant longtemps, elle a eu le rôle de la méchante dans l’histoire. «Ce qu’ils se sont fait dire, les enfants, c’est que l’intervenante cherchait le trouble, qu’elle voulait briser la famille. Avant, ils ne voulaient pas lui parler, ils avaient une réticence et ils lui mentaient, ils avaient l’impression de trahir leurs parents. [Les intervenants] ont des jobs pas faciles, ils sont toujours en alerte, c’est quelque chose.»

Maintenant, les enfants se confient. «Ils ont compris son rôle, ils comprennent qu’elle est là pour eux.»

Et pour Josée. «La DPJ nous soutient de tous les bords, tous les côtés. [L’intervenante] est disponible quand j’ai besoin d’elle. Par exemple, pendant les Fêtes, elle m’a donné ses disponibilités et j’ai eu besoin de lui parler. Elle était chez elle, elle prenait le temps de me répondre. Et toujours avec le sourire.»

Josée se sent appuyée. «Je suis portée par elle.»

Le jour où j’ai parlé à Josée, l’intervenante venait de l’appeler pour proposer un camp d’été aux enfants. Ils font du sport, ils n’en avaient jamais fait avant. «Ils sont en train d’apprendre plein de choses.» Et ils n’ont plus honte. «Ils le disent à leurs amis qu’ils sont avec la DPJ, ça ne les dérange plus.»

Pour eux, la DPJ est une bonne chose.

«Ce n’est jamais tout beau, une histoire de DPJ. Je ne serais pas censée avoir ces enfants-là, mais c’est ça. Ce n’est pas l’idéal, mais on est bien. On réussit tout le monde ensemble. Les enfants sont bien.»

* Prénom fictif

Jean-Marc Salvet

Jean Charest, la pénible suite

CHRONIQUE / La diffusion des motifs pour lesquels l’UPAC s’intéresse au collecteur de fonds Marc Bibeau n’aidera en rien Jean Charest à devenir le prochain chef du Parti conservateur du Canada — s’il décide de se lancer dans la course à la succession d’Andrew Scheer. Ces motifs n’établissent pas de culpabilité, mais leur diffusion lui complique et lui compliquera les choses, même si ni lui ni Marc Bibeau ne sont accusés de quoi que ce soit.

La victoire de Jean Charest n’était déjà pas acquise avant la diffusion de ces informations, qui concernent d’abord et avant tout Marc Bibeau.

Il y a quelque temps, on pouvait déjà relever que l’ex-premier ministre du Québec était plus ou moins désiré chez les conservateurs. Les jours qui ont suivi l’ont amplement démontré, ne serait-ce qu’avec le barrage qu’entend dresser Stephen Harper sur sa route.

Chose certaine, quel contraste pour lui avec l’année 1998, lorsqu’il jonglait avec l’idée d’abandonner la direction du Parti progressiste-conservateur pour prendre celle du Parti libéral du Québec. Je le rappelle encore une fois : il était ardemment désiré par les fédéralistes québécois. La seule évocation de sa candidature suscitait déjà l’effervescence chez les libéraux du Québec. Il était alors attendu, réclamé.

L’homme a beau ne pas rechigner à la bataille, il est dans une situation totalement différente aujourd’hui.

S’il se lance, on entendra beaucoup parler d’éthique dans la course conservatrice…

Engagé lui aussi dans une course à la direction, le Parti libéral du Québec se passerait bien de cette possible suite. Elle l’égratignerait au passage.

Nous, les humains

«Opération shape de plage»

CHRONIQUE / Si tout va comme prévu, j’aurai regagné ma paillasse d’ici la fin de l’année.

Depuis ma chronique sur mes douze mois de résistance à la malbouffe, vous avez été nombreux à me poser la question : «as-tu perdu du poids?» 

La réponse est «oui». J’ai délesté ma charpente d’environ 5 livres. Je flotte maintenant dans mes vieux jeans de 34 de tour de taille. J’ai dû racheter quelques paires à 32 et je n’ai pas besoin de prendre une grande respiration avant de les attacher. 

C’est tout? Cinq livres pour un an à dire non au sucre et à la friture? 

Ouais, finalement, j’aurais peut-être dû suivre un vrai régime... Une étude menée par les chercheuses Rena Wing et Suzanne Phelan a montré qu’une personne obèse qui suit assidûment un programme de perte de poids peut s’attendre à perdre entre 15 et 20 livres... en six mois. 

Mais une fois le régime terminé, que se passe-t-il? Cinq ans après avoir pris part à un programme typique de perte de poids, seulement 15 % des participants avaient réussi à ne pas reprendre ne serait-ce que 10 livres. La vaste majorité était de retour à la case départ ou avait repris du bide. 

Bref, les pronostics ne sont pas réjouissants. Quelque part en 2020, mon dad bod devrait ressurgir, et je pourrai dire que j’ai un point commun avec Leonardo DiCaprio.

Le tour de taille n’est pas juste une préoccupation superficielle. Quand on a des kilos en trop, c’est comme si on devait transporter un sac de patates avec nous toute la journée. C’est plus dur pour le cœur, les articulations et notre corps en général. 

Perdre du poids peut mettre fin aux douleurs articulaires, réduire le risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral, augmenter notre niveau d’énergie et nous protéger contre plus de 50 maladies chroniques, notamment les maladies cardiaques, le diabète et certains cancers.

Il y a quelques années, après les indulgences du temps des Fêtes, mon père, mon frère et moi avions créé un groupe Facebook intitulé, en blague, «Opération shape de plage». On avait promis de manger mieux, de bouger plus et de se faire un peu de muscle. Comme photo du groupe, on avait mis David Beckham sur la plage, qui sortait de la mer, ruisselant d’eau salée. 

Au final, Beckham n’a eu aucune compétition. On avait tous abandonné nos résolutions après un mois. On avait plus une shape de ballon de plage. 

Nous voici en janvier 2020, après mon année sans malbouffe. J’ai maintenant un «poids santé». Mais comment le garder?

Dans ma première chronique de l’année, je vous ai dit que la clé de la persistance se trouvait dans les habitudes, ces comportements qui se répètent automatiquement sans qu’on ait à y penser. Selon une étude de Wendy Wood, professeure de psychologie à l’Université de la Californie du Sud, nous passons 43 % de notre journée à faire des choses sans y penser.

La professeure Wood estime qu'une des stratégies les plus efficaces pour changer une habitude est d’en substituer une pour une autre. Par exemple, durant mon année sans malbouffe, j’ai remplacé ma tendance à collationner avec des cochonneries de la machine distributrice par l’ingestion fréquente de noix. Ma consommation d’amandes, d’arachides, de cajous et de noix du Brésil a enregistré une hausse spectaculaire à la place des chips. 

Ces temps-ci, j’essaie de remplacer mon habitude de prendre une bière le soir en buvant de l’eau gazéifiée, la semaine du moins. Je retrouve la même sensation agréable de «pétillant», sans les calories qui vont avec mon habituelle IPA. 

Bon, ce n’est pas encore à point. Mais il faut de la persévérance avant qu’une habitude roule toute seule. En moyenne, une habitude prend plus de 66 jours pour se former, a montré une étude de la University College de Londres. Des habitudes plus intensives, comme l’activité physique, prennent quant à elles environ 84 jours pour se former. Je travaille là-dessus... 

Bref, je ne sais pas si l’opération shape de plage va réussir cette année. Mais j’ai un peu plus d’espoir. Je vais changer la photo de Beckham pour celle de Leonardo DiCaprio. Paraît qu’il s’est remis en forme...

François Bourque

Un vent contraire pour le tramway

CHRONIQUE / L’appui au projet de tramway de Québec a chuté à 46 % selon un sondage CROP mené en décembre pour le parti d’opposition Québec 21.

Ce n’est pas très étonnant. L’administration Labeaume n’a pas été bonne à «vendre» son projet. Elle a tardé à répondre aux questions et inquiétudes. 

A mal expliqué certains choix. La plateforme surélevée pour le tramway par exemple, qui vise une meilleure efficacité, mais fut perçue par des opposants comme une mesure «vexatoire» pour écœurer les automobilistes. 

On a laissé s’installer le doute et la méfiance. Sur la localisation du pôle d’échange sous Le Phare, par exemple. 

Un emplacement excentrique et exigu, alors qu’il y a plus de place près de la route de l’Église. Pourquoi ne pas expliquer ce choix?

Plusieurs réponses ont commencé à venir avec les études déposées à l’automne (bruit, choix du métro-tramway, impact sur la circulation, etc.), mais le mal était fait. 

La grogne s’était répandue, stimulée par des voix d’opposition fortes, notamment à la radio privée. 

Le sondage CROP suggère que 14 % des citoyens ont changé d’avis dans la dernière année. 

Les 18-34 ans (20 %) furent à cet égard les plus nombreux. Curieusement, c’est cette même cohorte des 18-34 ans qui a le moins suivi dans l’actualité les discussions sur le projet de tramway (63 %). 

Inversement, les plus de 55 ans, qui ont moins changé d’idée (11 %), sont ceux qui ont le plus suivi les débats d’actualité (78 %).

En autres mots, moins on s’informe et s’intéresse au débat, plus on change d’idée. Il y a ici un beau sujet de recherche sociologique.

Le sondage mené du 16 au 26 décembre dernier auprès de 500 répondants sur le Web fait apparaître d’étonnants écarts entre les hommes et les femmes, entre les groupes d’âge et entre les arrondissements.

Les 35-54 ans sont les moins favorables au projet (29 %), alors que les plus jeunes (53 %) et les plus âgés (54 %) sont majoritairement d’accord. Les hommes (52 %) y sont plus favorables que les femmes (41 %). L’appui est plus fort au centre qu’en périphérie. 

Mon hypothèse : les jeunes familles et les travailleurs les plus pressés (35-54 ans) appuient moins le tramway parce qu’ils n’y voient pas une solution pratique aux urgences du quotidien qui les font courir entre la maison, la garderie, le travail, l’épicerie, les cours et les devoirs des enfants, etc. 

Ma seconde hypothèse : ce sont davantage les femmes que les hommes qui assument la responsabilité de cette course quotidienne.

***

Pour plusieurs des questions soulevées par les citoyens (et par des opposants), le projet n’est pas suffisamment avancé encore pour avoir toutes les réponses. 

Sur la relation avec l’hiver par exemple. 

Il est vrai qu’attendre un tramway au frette (même dans un coton ouaté) est moins intéressant qu’attendre un métro au chaud.

Mais si on offrait un abri chauffé à chaque station de tramway, on calmerait bien des appréhensions. J’ai déjà posé cette question, mais on ne savait pas encore à quoi ressembleront ces stations. 

La démarche choisie par Québec pour ce projet est de laisser les soumissionnaires trouver eux-mêmes des réponses à certains enjeux techniques. Cela veut dire qu’il faudra parfois attendre.

***

Le leader de Québec 21, Jean-François Gosselin, aime croire que le tramway n’a pas été coulé par de mauvaises communications, mais que c’est le projet lui-même qui est mauvais.

Je ne suis pas d’accord. Ce projet n’est pas parfait, notamment dans son trajet, mais ce n’est pas un mauvais projet. 

Un tramway, assorti de trambus, de voies réservées et d’un redéploiement des lignes d’autobus me semble tout à fait approprié pour les besoins de Québec.

J’ai d’ailleurs reçu beaucoup de réactions sur mon texte de samedi dernier décrivant les limites du tramway de Bordeaux. 

Beaucoup d’opposants y ont vu (avec plaisir) un plaidoyer contre le projet de Québec.

C’est sans doute un peu ma faute. J’ai en effet attiré l’attention sur les limites et critiques de ce tramway (il y en a). Et peut-être pas assez sur ses réussites et succès.

Cela dit, j’ai constaté avec le temps que les lecteurs lisent souvent ce qu’ils ont envie de lire, plutôt que ce qui est écrit. 

Cela s’appelle un «biais de confirmation» : on privilégie les informations qui confirment nos idées préconçues et on banalise celles qui vont à contresens de ce qu’on pense. Vous voilà prévenus : méfiez-vous de vous. J’en ferai autant. 

Brigitte Breton

Une bonne note pour le Québec

CHRONIQUE / Le Québec est loin d’échouer sur toute la ligne avec ses enfants. À travers le Canada, le Québec est la province qui affiche le plus bas taux de pauvreté infantile (15,2 % comparativement à 18,6 % à l’échelle nationale). Il n’y a pas que de mauvais côtés au poids de notre fardeau fiscal.

L’organisme Campagne 2000 a publié mardi un nouveau rapport sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada. Pour un pays dont les élus s’étaient unanimement engagés, il y a 30 ans, à enrayer la pauvreté infantile, on est loin du compte.

Un enfant sur cinq (plus de 1,3 million de jeunes de moins de 18 ans) vit encore en situation de pauvreté dans «le plus meilleur pays du monde», comme le décrivait l’ancien premier ministre libéral, Jean Chrétien.

Les enfants de familles autochtones, immigrantes ou monoparentales dirigées par une femme sont plus nombreux que ceux d’autres familles à être confrontés à cette réalité au quotidien.

En trois décennies, le Canada a seulement réussi à réduire son taux de pauvreté infantile de 22 à 18,6 %, selon la grille utilisée par Campagne 2000. 

Selon ce réseau de 120 organismes, à ce rythme, 155 années devront encore s’écouler pour que le Canada atteigne l’objectif qu’il s’était fixé en 1990. 

Impossible d’éradiquer la pauvreté?

On gagne collectivement à réduire les inégalités de revenus et à offrir à tous les enfants des conditions de vie qui leur permettront de bien vivre et de se développer. 

Le Québec semble l’avoir mieux compris en adoptant des mesures fiscales et sociales pour épargner les jeunes familles de la pauvreté.

Campagne 2000 mentionne notamment comme éléments positifs l’assurance-médicaments et les fonds publics qu’investit le Québec dans ses services de garde.

Cette dernière mesure, qui coûte plus de 2 milliards $ par année au trésor public québécois, a accru la présence des jeunes mères sur le marché du travail, a facilité la conciliation travail-famille des parents, en plus de fournir de meilleurs services éducatifs aux tout-petits.

Si une famille du Québec paie moins de 200 $ par mois pour le service de garde d’un enfant, celle de Toronto doit débourser 1150 $, celle d’Ottawa 1007 $, celle de Calgary 1015 $ et celle d’Halifax 867 $. 

La dernière édition du Bilan de la fiscalité au Québec, préparé par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, a relevé une fois de plus récemment la forte pression fiscale exercée sur les contribuables québécois comparativement à ceux du reste du Canada et d’autres pays de l’OCDE.

La Chaire constate par ailleurs que les inégalités de revenus sont moindres au Québec qu’ailleurs au pays.

Des allocations pour soutenir les jeunes familles et leurs enfants, des services publics de qualité et des programmes sociaux plus étendus ne sont pas que des bonbons pour séduire les électeurs. Ils peuvent faire toute la différence dans la vie d’enfants, de futurs adultes.

Dans son dernier portrait des jeunes Québécois de moins de cinq ans, l’Observatoire des tout-petits signalait en novembre qu’un enfant de trois ans en milieux défavorisés connaît 600 mots de moins qu’un bambin du même âge de milieux plus aisés.

Un tel écart de développement est susceptible d’influencer négativement son parcours à l’école primaire et secondaire, mais aussi, son niveau d’étude à l’âge adulte, note l’Observatoire.

Celui-ci relevait aussi qu’un ménage sur dix avec un enfant de moins de cinq ans se trouvait en situation d’insécurité alimentaire au Québec en 2018. Pour aider ces ménages, l’Observatoire suggère notamment d’investir dans des programmes de logements abordables.

Réduire les inégalités de revenus et la pauvreté infantile s’inscrit dans une vision à plus long terme. En investissant maintenant, on s’évite de devoir dépenser plus tard pour pallier aux mauvais départs dans la vie.

Chronique

L’art délicat de l’immortalité

CHRONIQUE / La Ville de Québec cherche encore une façon d’honorer la mémoire de l’ex-premier ministre Bernard Landry, décédé le 6 novembre 2018.

Montréal a déjà statué que la station REM du quartier Griffintown portera le nom de Bernard Landry, ce qui rappelle sa contribution au développement du centre-ville et de la Cité du multimédia.

À Drummondville, c’est l’immeuble de la Société de développement économique. Pour le gouvernement du Québec, ce sera le barrage hydroélectrique Eastmain 1 à la Baie-James. 

L’hypothèse la plus vraisemblable pour la Ville de Québec serait de renommer une rue de la colline Parlementaire, comme elle l’a fait en 2016 pour Jacques Parizeau (ancienne rue Saint-Amable).

Le problème est qu’il y a de moins en moins de rues «disponibles» sur la colline.

Québec ne sent pas d’urgence à décider. «Tout le monde est en réflexion. On prend notre temps. On n’est pas à la course», expose la conseillère municipale Anne Corriveau, qui préside le comité de toponymie de la Ville. 

La Ville de Lévis réfléchit de son côté à la demande de la famille de l’ex-ministre et maire Jean Garon qui aimerait voir rebaptiser une portion de la route du Président-Kennedy. 

Le mois dernier, ce fut le conjoint de l’ex-mairesse de Sainte-Foy, Marc Boucher, qui est revenu à la charge à la veille de son décès, dans Le Journal de Québec.

Il y plaidait pour que le nom d’Andrée Boucher, qui apparaît déjà sur l’édifice de l’ancien hôtel de ville de Sainte-Foy, soit aussi donné à une rue. Il pensait au boulevard Hochelaga. 

Tous les anciens maires de Sainte-Foy ont eu droit à une rue portant leur nom, a-t-il fait valoir. 

La porte n’est pas complètement fermée, dit Paul-Christian Nolin, ex-attaché de presse de la mairesse et collaborateur du maire actuel. On comprend cependant que ce n’est pas simple. 

L’ex-mairesse avait à l’époque confié à M. Nolin qu’elle aurait aimé que son nom soit donné un jour à la plage Jacques-Cartier. Une «demande» qui n’est pas dépourvue de sens. Cette plage est le plus important legs de Mme Boucher. 

À son décès, sa famille a préféré que ce soit plutôt l’ancien hôtel de ville, pour se mettre ensuite à «revendiquer» une rue.

Le dernier maire de Québec dont le nom a été donné à une rue fut Wilfrid Hamel, qui avait été auparavant député et ministre. 

Le vieux chemin des Commissaires à Vanier avait déjà été changé pour boulevard Hamel lorsque M. Hamel est devenu maire en 1953. 

Depuis lors, les maires Gilles Lamontagne, Jean Pelletier et Jean-Paul L’Allier ont tous été honorés en désignant un parc à leur nom plutôt qu’une rue ou un pont comme on l’avait fait pour Lavigueur et Drouin, ou encore un centre communautaire (Lucien Borne).

Les premiers ministres ont cependant eu droit à leur rue, leur boulevard ou leur autoroute (Jean Lesage, Robert Bourassa, René Lévesque, Jacques Parizeau). On verra plus tard si Jean Charest, Philippe Couillard ou François Legault méritent aussi l’immortalité. 

***

La toponymie est un sujet plus compliqué et sensible qu’on pourrait le croire. C’est aussi un sujet très politique. Surtout lorsqu’il s’agit de renommer un lieu qui avait déjà un nom. 

Les citoyens ont une réticence naturelle au changement. Sans compter qu’il se trouvera toujours quelqu’un sur les réseaux sociaux ou ailleurs pour trouver un reproche, une objection ou un lointain squelette dans le placard du défunt. 

On voudra éviter de changer le nom d’une grande artère où il y a beaucoup d’adresses commerciales, ce qui occasionne des dépenses et démarches administratives pour les entreprises.

L’acceptabilité sociale est nécessaire, rapporte Mme Corriveau. Les projets de changement de nom à Québec sont donc soumis à la consultation publique lors de conseils de quartier. 

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Il n’y a pas de critères absolus ou objectifs en toponymie. 

On cherchera cependant à éviter d’enlever un nom chargé d’histoire. À moins que le sujet ait démérité, comme c’est arrivé pour la rue Claude-Jutra. 

Ou pour la rue Amherst à Mont­réal, remplacée par rue Atateken lorsque l’information s’est répandue que l’ex-général britannique visait à éradiquer les populations autochtones en leur distribuant des couvertures contaminées à la variole. 

On voudrait idéalement un lieu qui évoque le rôle public de la personne disparue. 

Dans un monde idéal, ce lieu ou cette rue serait en proportion de l’héritage laissé. On note ici que René Lévesque a eu «droit» à un boulevard de grande envergure (anciennement Saint-Cyrille).

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Le comité de toponymie de la Ville de Québec n’a pas voulu dévoiler les hypothèses à l’étude pour Bernard Landry. 

Il pourrait y avoir une certaine logique à chercher du côté de Saint-Roch où M. Landry a contribué à mettre en place le pôle des entreprises technos.

Mais si c’est la colline Parlementaire et qu’on ne veut pas dépouiller une rue de son histoire ou de son «héros» local, les choix sont limités.

La rue des Parlementaires, peut-être. Elle est petite, mais voisine du Parlement, ce qui lui donne un certain prestige. La rue des Zouaves n’a sans doute pas l’envergure souhaitée. 

Des rues de saints seraient peut-être les plus «faciles» à débaptiser. Saint-Augustin, Saint-Joachim, etc.

Ou alors la rue de Claire-Fontaine, dont le nom évoque une fontaine qui coulait à l’époque à côté de la maison d’Abraham Martin, grand propriétaire des terres du quartier. 

Claire-Fontaine passe entre le Grand Théâtre et le parc de l’Amérique-Française. M. Landry ne renierait ni l’un ni l’autre. 

Comme il ne renierait pas le nom de cette ruelle entre le boulevard René-Lévesque et la rue du marché Berthelot : le passage de la Résistance-Bernard Landry. Le lieu est minimal, mais ce serait un joli nom pour honorer un patriote.

Chronique

Encore le salaire des députés...

CHRONIQUE / Retour à la case départ... En 2013, les députés de l’Assemblée nationale ont jeté à la poubelle les recommandations d’un comité indépendant présidé par l’ex-juge Claire L’Heureux-Dubé portant sur leur rémunération. La démagogie de quelques-uns et la crainte du regard de l’«opinion publique» de quelques autres avaient prévalu.

Tous les parlementaires n’en ont pas pleinement conscience, mais un processus a récemment été mis en branle qui mènera vraisemblablement à terme à des recommandations semblables. Que feront les députés cette fois?

Sans nécessairement en connaître toutes les implications, ils ont adopté en juin une résolution réclamant le lancement d’un «processus de détermination» de leurs conditions de travail et demandant que celui-ci présente des «garanties d’impartialité et d’indépendance». Qui dirait l’inverse?

Il faut préciser qu’à l’exception de ceux de Québec solidaire, les députés dans leur ensemble venaient de voter en faveur d’une augmentation de leur allocation annuelle de dépenses afin de compenser l’impôt fédéral nouvellement appliqué depuis le 1er janvier 2019 sur ce montant. Avec ce vote, ils ont été juges et partie.

Dans la résolution parlementaire qu’ils ont appuyée dans la foulée, ils ont recommandé que le Bureau de l’Assemblée nationale, où chaque groupe parlementaire est représenté, détermine «le meilleur processus à mettre en place visant à assurer périodiquement, en toute indépendance, la détermination de l’ensemble» de leurs conditions de travail.

Six mois après cette invitation, les membres de ce bureau ont estimé qu’il convient de créer… un comité indépendant dont le mandat serait... de se pencher sur tous les aspects de leur rémunération. On se croirait revenu aux premiers instants ayant mené à la création du comité de Claire L’Heureux-Dubé en 2013.

Tellement que le nouveau comité pourrait entre autres être composé d’un juge à la retraite, d’un jurisconsulte et d’un ex-secrétaire général de l’Assemblée nationale. Exactement... comme l’était celui piloté par Claire L’Heureux-Dubé il y a sept ans.

Lui aussi s’était penché sur «l’ensemble des conditions de travail des députés et des membres de l’exécutif ayant une incidence monétaire», parmi lesquelles «l’indemnité de base et les indemnités additionnelles, les diverses allocations, le mécanisme d’indexation annuelle, le régime de retraite et les assurances». Et lui aussi avait bien entendu appuyé ses recommandations sur des comparaisons avec d’autres parlements.

La roue ne se réinvente pas tous les jours.

Des précautions

Le rapport du groupe de Claire L’Heureux-Dubé avait été rejeté, car il semblait accorder une augmentation de salaire à nos parlementaires. Mais ce n’était pas tout à fait le cas. Il gommait parallèlement diverses allocations dont ils bénéficient. Il rognait de plus leur régime de retraite «Ferrari».

Un nouveau comité du genre sera donc formé à un moment ou l’autre. Plus de sept ans après celles du groupe de Mme L’Heureux-Dubé, ses recommandations proposeront très certainement de hisser le salaire global des députés — et, encore une fois, de raboter leur régime de retraite.

Si c’est le cas et si globalement ce qui leur était offert paraissait ou était plus avantageux que la situation actuelle, les députés se feraient sans doute reprocher d’avaliser l’application desdites recommandations.

Deux préalables, donc : de façon concomitante à la formation de cet autre comité indépendant, un règlement devrait être adopté stipulant que ses recommandations devront bel et bien être appliquées — à moins qu’elles soient en soi aberrantes. Ainsi les parlementaires n’auraient-ils pas l’air de les accepter après coup et de le faire seulement s’ils y voyaient un avantage. Le règlement devrait aussi stipuler que tout changement ne concernera que les élus de la prochaine législature.

Un conseil au passage : le mandat du comité devrait préciser que tout changement devrait en outre être perçu comme raisonnable.

Les députés de l’Assemblée nationale gagnent un salaire annuel de base de 95 704 $. S’y ajoutent des primes de fonction variant selon les postes qu’ils occupent. Par exemple, une indemnité additionnelle de 71 778 $ est octroyée pour une tâche de ministre ou de chef de l’opposition officielle, ce qui porte le salaire annuel de leurs titulaires à 167 482 $. Les 125 députés empochent aussi une «allocation annuelle de dépenses» de 17 650 $ et une autre pour leurs déplacements courant de 8600 $ à 21 300 $. Les montants de ces deux allocations sont ceux qu’ils obtiennent après soustraction de l’impôt fédéral sur le revenu.

Les salaires des députés de la Chambre des communes à Ottawa sont significativement plus élevés. Leur seule indemnité de base s’élève à 178 900 $.

Chronique

Drame de Granby: «La DPJ doit être imputable»

CHRONIQUE / Dans un jugement de 74 pages rendu mardi, le juge Mario Gervais de la Chambre de la jeunesse a blâmé sévèrement la DPJ pour avoir lamentablement failli à sa mission de protéger la fratrie de la petite de Granby.

Elle doit être «imputable» de cet échec.

Ce n’est pas anodin, le juge a choisi de reproduire d’entrée de jeu les propos de Régine Laurent à l’ouverture de la Commission spéciale sur les droits de l’enfance et la protection de la jeunesse (CSDEPJ) : «Nous avons l’intention de retourner toutes les pierres et d’entendre un maximum de personnes afin de formuler des recommandations à la fois concrètes, applicables, rigoureuses et en phase avec les attentes et les valeurs de la population. […] Ma chérie, je le fais pour toi. Dès ton décès, je t’ai donné un prénom [Tililly]. Tu aurais pu être ma petite-fille.»

Il a aussi accepté que le jugement soit rendu public.

Le juge a décrit quelques sévices que le garçon a subis alors qu’il était confié par la DPJ à son père et la conjointe de celui-ci, entre autres se faire attacher à son lit avec une ceinture, recevoir des douches froides en cas de crise, se faire tirer les cheveux et fermer la bouche avec du tape.

Le père a tout nié, il s’est dit «aveuglé par l’amour».

Le tribunal ne l’a pas cru. «La volonté du père est de mettre fin à la situation de compromission est inexistante, compte tenu de sa négation et de sa déresponsabilisation.» Le juge a ordonné une interdiction de contacts. 

À cinq ans, l’enfant a un «parcours de vie accablant et traumatisant à glacer le sang».

La mère, qui avait été écartée par la DPJ jusqu’ici, a démontré qu’elle était en mesure de reprendre contact avec son fils, le juge ouvrant même la porte à «l’intégration progressive de l’enfant avec sa mère». Le tribunal a ainsi autorisé une reprise graduelle des contacts entre le frère de la fillette de Granby et sa mère, qui «a excédé les attentes». 

Il a fait le portrait d’une femme qui est partie de loin, avec un manque de capacités parentales, mais qui a su aller chercher l’aide et faire les efforts pour s’améliorer, de sorte qu’elle prend soin adéquatement de ses trois autres enfants. «Le Tribunal considère la mère comme étant une personne en mesure de répondre aux besoins fondamentaux de ses filles, soucieuse de leur bien-être et de leur meilleur intérêt.»

Lentement, mais sûrement, le juge Gervais est d’avis que la mère, à terme, pourra «représenter, en regard de la qualité du lien parentale, une force positive et significative» pour son fils», ouvrant même la porte à «une réunification».

À son rythme à lui.

Il a déjà été assez écorché par la vie.

Question d’assurer la stabilité de l’enfant, le juge prolonge de six mois le placement du jeune garçon dans la famille d’accueil à qui il a été confié. «C’est une dame qui est très bien», estime l’avocate Valérie Assouline, qui représentait la mère.

Dans son jugement, Mario Gervais a répondu à la question : «Est-ce que la Directrice de la protection de la jeunesse a lésé les droits de l’enfant?» La réponse est oui. Il «a subi une violation importante de ses droits». Mise au parfum des risques pour sa sécurité, l’intervenante n’a jamais rencontré (l’enfant), elle ne s’est pas non plus rendue chez lui. «Ces graves lacunes soulèvent l’indignation.»

La DPJ est aussi blâmée pour la surcharge de travail de l’intervenante qui a «été mise en situation d’échec».

La DPJ s’est seulement fiée à ce que disaient le père et sa conjointe. «L’information reçue de la part du père état que la situation de [son fils] évoluait positivement et que l’enfant ne présentait pas les mêmes enjeux» que sa grande sœur, décédée le 30 avril 2019, des suites de mauvais traitements.

Non seulement le juge blâme-t-il la DPJ, mais il la tient «imputable» du drame qui est survenu.

C’est un élément majeur.

De plus, le juge Gervais a rejeté la demande de la DPJ d’interdire toute divulgation publique, au-delà de l’identité des enfants et des parents, expressément protégés par la loi. «Le Tribunal est convaincu que la situation […] est d’un fort intérêt public», puisque le «même système a également failli» pour le frère de la fillette de Granby. «Le suivi social de la Directrice […] s’est avéré à ce point déficient, en violation des droits de [l’enfant], qu’il a échoué à la fois dans son volet de surveillance, en regard de la sécurité immédiate de [l’enfant] et à la fois dans son volet clinique, visant à améliorer les capacités parentales du père et de sa conjointe.»

Le public doit savoir ce qui s’est passé. 

«Une ordonnance de non-publication complète des informations relatives aux audiences pourrait laisser croire à une forme de sympathie ou de complaisance à l’endroit de la Directrice, en la mettant à l’abri de la critique et en la soustrayant à la reddition de compte à laquelle elle est aussi tenue.»

Le juge écrit même que, si l’affaire avait pu être rendue publique avant, «jamais le suivi social n’aurait été aussi déficient».

Me Assouline est évidemment satisfaite du jugement. «C’est un bon jugement, c’est un juge qui a beaucoup de sensibilité. C’est un soulagement de constater qu’on voie enfin les efforts de la mère et les nombreuses erreurs qui ont été commises, et aussi l’imputabilité de la DPJ dans tout ça.»

Chronique

Harry et Meghan, la ligne rouge

CHRONIQUE / Que le prince Harry et son épouse Meghan veuillent vivre leur présent plutôt que de perpétuer les traditions de la famille royale, grand bien leur fasse. Tous nos vœux de bonheur! C’est un choix qui sera sans doute sain pour eux. Mais les contribuables canadiens et québécois ne devront pas assumer les coûts de leur sécurité s’ils s’établissent bel et bien une partie de l’année au Canada.

Qu’on le veuille ou non, qu’on soit dans le camp de ceux qui acceptent ne serait-ce qu’à contrecœur la monarchie ou qu’on soit dans celui de ceux à qui elle répugne, le Canada a certaines obligations envers la famille royale britannique. La reine Élisabeth II est la chef d’État du Canada. C’est un anachronisme, mais c’est ainsi. 

Mais jusqu’où les obligations canadiennes doivent-elles s’étendre?

Passe encore que les membres de la famille royale en voyage officiel au Canada aient droit à la protection de la GRC comme toute personnalité officielle étrangère de passage dans le cadre de ses fonctions. Même les citoyens habités d’une pensée antimonarchiste peuvent passer à autre chose sans trop sourciller dans ces moments-là, puisqu’il s’agit alors d’un court déplacement au Canada.

Un tout autre registre!

Le paiement par le Canada des coûts associés à la sécurité est déjà pas mal plus problématique lorsqu’il s’agit de longues vacances comme cela a été le cas récemment pour le prince, sa femme et leur bébé. Une ligne jaune est franchie dans des cas comme celui-là.

Et on tombe dans un tout autre registre s’agissant d’un établissement à mi-temps au Canada!

Le prince Harry, son épouse Meghan et leur enfant partageront-ils réellement leur temps entre le Canada et le Royaume-Uni? À voir. Quoi qu’il en soit, si c’est le cas, de deux choses l’une.

Si les parents — par ailleurs royalement nantis — conservent leurs titres royaux, comme il semble que ce sera le cas, ce serait à l’Angleterre de payer pour tout ce qui aurait trait à leur protection lorsqu’ils habiteraient au Canada.

Si un jour le duc et la duchesse de Sussex ne devaient plus posséder leurs titres, ou que les coûts associés à leur sécurité n’étaient pas défrayés par l’Angleterre, le Canada ne devrait se sentir aucune autre obligation à leur égard que celle concernant la protection qu’il serait censé accorder à tout citoyen pouvant faire l’objet de menaces précises à un moment ou l’autre. Il ne devrait assumer aucune autre responsabilité. Il appartiendrait alors au couple de s’offrir des services de protection privée plus permanents s’il le jugeait nécessaire ou préférable.

Dans tous les cas de figure, le Canada ne devra pas payer pour leur protection permanente si ces époux s’établissent au Canada. Sinon, une ligne rouge démocratique sera franchie.

C’est le message que le Canada devrait rapidement envoyer à qui de droit, si ce n’est déjà fait.

Faut-il par ailleurs prendre le temps de s’arrêter sur ce qui ne peut être qu’une baliverne? Non, jamais un gouvernement canadien ne nommerait le prince Harry gouverneur général du Canada. Aucun ne remonterait le temps ainsi. Il se couvrirait de ridicule.

Chronique

Ne pas rater son coup

CHRONIQUE / Le Dr Alain Naud verrait d’un bon œil qu’un cancéreux qui a obtenu une autorisation d’aide médicale à mourir (AMM) n’en soit pas privé s’il est incapable de donner son consentement final au moment fixé du grand départ. Le médecin de Québec invite toutefois à la prudence lorsqu’il s’agit des demandes anticipées de personnes souffrant de maladies comme l’Alzheimer.

Le Dr Naud est un des rares médecins au Québec (quelque 550 sur 21 000) à prodiguer l’aide médicale à mourir. Il possède une connaissance terrain, il parle d’expérience.

Rattaché au Centre hospitalier universitaire de Québec, il voit des patients refuser un soin ou une dose pour soulager leurs douleurs, car ils savent qu’ils perdront le droit à l’aide médicale à mourir obtenu s’ils ne sont plus conscients à l’heure prévue de leur mort. «Ils souffrent inutilement pour ne pas rater leur coup». 

Si cela se produit, s’ils ne peuvent plus donner leur consentement final à l’aide médicale à mourir, les membres de la famille devront attendre la mort naturelle même s’ils savent que ce n’était pas la volonté de leur proche et que celui-ci avait suivi toutes les étapes pour s’assurer d’une mort digne.

Même s’il juge positivement qu’Ottawa avance dans le dossier de l’aide médicale à mourir (le gouvernement n’a pas vraiment le choix, car il doit s’ajuster d’ici le 11 mars à une décision de la Cour supérieure du Québec rendue en septembre), le Dr Naud estime cependant que le programme des libéraux est ambitieux dans le délai imparti.

Dans le cadre d’une consultation lancée lundi, Ottawa sonde en effet aussi les Canadiens sur les demandes anticipées d’AMM. 

Lorsqu’on parle de ce type de demandes, le médecin estime qu’il faut se donner un échéancier, mais ne pas faire l’économie d’une réflexion approfondie. Il souhaite de plus que les professionnels de la santé soient consultés pour que la loi colle à la réalité. «C’est facile pour la personne qui répond au questionnaire de cocher «très important» partout. Mais il faut un critère médical facilement compréhensible et applicable sinon on est dans le trouble». 

M. Naud est bien conscient que la population attend des réponses sur les demandes anticipées de personnes qui auraient un diagnostic de maladie comme l’Alzheimer. «Il est important de convenir de balises, de mécanismes de sauvegarde, de déterminer un mandataire. On ne peut accorder une autorisation la journée du diagnostic. Mais à quel stade de la maladie?» Il ne croit pas qu’on puisse faire le tour du dossier à la va-vite. 

Le médecin est aussi d’avis qu’il faut dans ce type de cas sortir du «simple contexte de souffrances physiques» et se centrer sur l’enjeu de la dignité. «Quand tu es couché en fusil, que tu as la couche aux fesses, que tu ne reconnais plus personne et que tu ne réagis plus à rien, elle est où la dignité?»

Ottawa doit revoir sa législation parce que la Cour supérieure du Québec a jugé inconstitutionnel de limiter l’accès à l’AMM aux personnes en fin de vie.

Une révision obligatoire de la loi était aussi prévue en 2020 ce qui peut expliquer pourquoi les ministres libéraux sondent plus largement les citoyens dès maintenant. 

Par ailleurs, en modifiant les critères d’accès à l’AMM contestés par Jean Truchon et Nicole Gladu, les gouvernements corrigeront une grande injustice et répondront aux besoins de plusieurs personnes, indique Alain Naud. 

Plusieurs patients atteints de maladies dégénératives incurables, comme celles de M. Truchon et Mme Gladu, n’ont pas accès à l’aide médicale à mourir parce qu’ils ne sont pas en fin de vie et que leur mort naturelle n’est pas prévisible. 

Selon le médecin, ce ne sont pas toujours les critères ou les mesures de sauvegarde qui privent des malades de l’AMM. Il rappelle que des demandes n’ont pas de suite, ne sont pas administrées à des malades vulnérables qui y ont droit à cause de milieux ou de médecins hostiles. «Il est là le dérapage dans l’aide médicale à mourir.» 

Le Dr Naud déplore que le ministère de la Santé et la Commission sur les soins de fin de vie ne s’assurent pas que les droits de tous les malades soient respectés. 

En changeant les critères d’accès à l’AMM, la demande augmentera, prévoit le professionnel. Il y aura une responsabilité collective d’y répondre. Il souhaite d’ailleurs que Québec autorise les infirmières praticiennes spécialisées à administrer l’AMM.

Le médecin de Québec soutient que le flou dans les lois et l’objection de conscience n’expliquent pas entièrement pourquoi peu de médecins ont offert jusqu’à maintenant l’aide médicale à mourir. Il faut y consacrer beaucoup de temps et selon lui, des confrères et des consœurs ne sont pas prêts à en mettre pour répondre à ce besoin, à cette volonté qu’expriment certains malades.

Si bien que même en congé, le Dr Naud se rend au chevet de patients qui ont réclamé et qui sont aptes à recevoir l’aide médicale à mourir.

Chronique

À surveiller en 2020 en politique québécoise

CHRONIQUE / Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, passera de l’arrière à l’avant-scène politique cette année.

La très attendue présentation du nouveau plan québécois de réduction des gaz à effet de serre (GES) est prévue pour bientôt. Mais parce qu’on n’attend pas que des postures et de la communication, ce plan devra nécessairement être costaud. Il devra l’être pour réellement viser une réduction de 37,5 % des émissions de GES par rapport à 1990.

S’il existe un État sur la planète qui possède les atouts pour parvenir à cette réduction, c’est bien le Québec.

Parmi les nombreuses mesures du plan à venir, l’une concernera les entités possédant des flottes de véhicules.

Difficile toutefois d’imaginer que le projet sera suffisamment étoffé aux yeux de Québec solidaire. Ce parti veut faire de la lutte contre les changements climatiques un quitte ou double politique.

Gabriel Nadeau-Dubois a répété plus d’une fois que sa formation érigera un «barrage parlementaire» contre le gouvernement Legault s’il n’a pas soumis d’ici le 1er octobre prochain un plan crédible de lutte contre les changements climatiques et mis définitivement fin aux projets d’exploitation et d’exploration d’hydrocarbures.

Québec solidaire tente de s’arroger ce dossier, de le faire sien. Il ne sera toutefois pas seul sur le terrain. Avec un chef comme Sylvain Gaudreault, le Parti québécois s’engagerait résolument dans le combat contre les changements climatiques.

Pour le gouvernement, le projet de terminal d’exportation de gaz naturel d’Énergie Saguenay constituera encore plus que l’an dernier un caillou dans la chaussure.

Idem pour le troisième lien entre Québec et Lévis, dont les coûts et les contours seront dévoilés de façon plus précise par le ministre François Bonnardel. Dans le contexte actuel et avec le temps, le «troisième lien» est susceptible de faire grincer des dents des caquistes de l’extérieur de la région de la capitale.

Avant le plan de réduction des GES, Benoit Charette dévoilera son projet de consigne élargie. On sait déjà que l’implantation complète du système à proprement parler mettra du temps à se concrétiser.

Simon Jolin-Barrette

Chronique

Entendre n’est pas comprendre

CHRONIQUE / Son entrevue avec Dominique Brown terminée, Kim Auclair se demandait bien ce qu’elle allait écrire sur l’homme d’affaires, fondateur de Beenox, qui s’est lancé dans l’aventure de Chocolats favoris.

Elle avait compris trois mots.

Kim est sourde de naissance, avec quelques traces d’audition à l’oreille droite, amplifiées tant bien que mal par un appareil auditif. «Je n’avais rien compris de ce qu’il m’avait dit. Je suis partie des quelques mots que j’avais saisis et j’ai fait des recherches sur Internet pour voir ce qu’il avait déjà dit autour de ces propos-là.»

On n’y a vu que du feu.

Mais Kim pédalait comme elle a toujours pédalé, depuis la petite école où sa mère a insisté pour qu’elle soit dans une classe régulière. «Ça a été dur, j’en ai arraché. J’ai tellement travaillé fort, au moins deux fois plus que les autres. Je voulais être comme tout le monde, j’ai refusé toutes les aides qu’on m’offrait, je ne voulais pas être différente.»

Et pourtant, elle l’était.

Au début de chaque année, sa mère allait rencontrer ses professeurs pour leur expliquer la situation. «J’ai eu des parents extraordinaires, ils m’ont toujours aidée, ils ont fait ce qu’ils pouvaient, c’est moi qui refusais toutes les aides. Ma mère a eu un impact positif, elle voulait que je sois autonome.»

Kim a développé plein de trucs, a appris à lire sur les lèvres.

Elle a choisi de s’orienter en graphisme, en se disant qu’elle s’organiserait comme elle s’était toujours organisée. «J’essayais de me trouver un emploi, je n’indiquais pas dans mon curriculum vitae que j’étais malentendante. Je ne parlais pas de ma surdité, je ne voulais pas faire pitié.»

Le Web a été sa planche de salut. «Je ne sais pas où je serais sans le Web. Ça a été ma deuxième porte d’entrée pour ma vie professionnelle.» D’un écran à l’autre, l’illusion était parfaite, Kim pouvait communiquer comme si de rien n’était. Elle s’est fait un nom, a développé son réseau.

Elle faisait de la radio à CKRL, tenait un blogue sur lesaffaires.com, donnait même des conférences et des formations

Elle a écrit un livre sur l’entrepreneuriat.

Mais nourrir l’illusion lui bouffait tellement d’énergie, comme à la petite école, tellement qu’elle a dû prendre une pause. Elle parle d’un épuisement de communication, trop fatiguée pour tendre l’oreille, toujours, et essayer de comprendre ce que les gens disaient autour d’elle.

Comme si elle vivait en Chine sans comprendre le mandarin.

Et c’est là, il y a quelques années, qu’elle a rencontré Audrey Grenier, qui milite pour la défense des personnes avec des limitations auditives, elle venait d’avoir un premier implant cochléaire, un dispositif connecté directement sur le nerf auditif. «Audrey, c’est la première fille à qui je pouvais m’identifier, elle est jeune, dynamique. Elle m’a dit : “Allez, fais ta demande!”» 

Kim l’a fait.

Mais avant, elle devait faire ce qu’elle n’avait jamais fait, accepter sa surdité. «J’ai toujours dit que j’étais malentendante, je n’arrivais pas à dire que j’étais sourde. Avant d’avoir l’implant, je devais me rapprocher de mon univers, accepter ma surdité. J’ai fait sortir mon dossier depuis mon enfance, le chemin que j’avais parcouru, tout ce que mes parents avaient fait pour moi.»

Elle a pleuré.

Et elle s’est acceptée.

Le 17 septembre dernier, elle s’est endormie dans une salle d’opération et s’est réveillée avec un bidule branché derrière son oreille droite. Mais la partie n’était pas gagnée, tous les nouveaux sons qu’elle allait entendre n’allaient avoir aucun sens, ils n’en avaient jamais eu. Elle devait s’entraîner à comprendre. «Ce n’est pas parce que tu entends que tu comprends. C’est beaucoup d’entraînement, il y a beaucoup de suivis à faire, beaucoup de travail. Là, je commence à écouter de la musique, je mets de la musique de relaxation avec des voix douces.»

On n’est pas encore à Metallica.

À 35 ans, Kim s’est remise au dessin, elle a eu l’idée d’illustrer ce qui se passait, les nouveaux bruits qu’elle entendait, comme le chien qui lape, les camions qui passent devant chez elle, le bruit «vraiment gossant» de ses doigts qui pianotent sur le clavier. «Je me suis mise à dessiner tout ce qu’il y avait de nouveau.» 

Au jour 60, elle a, pour la toute première fois de sa vie, commandé un sous-marin chez Subway.

Elle a partagé ses dessins sur Facebook sans trop savoir comment ça serait reçu. «Je ne voulais pas tanner les gens avec ça, mais la réception a été très bonne.» Non seulement elle a accepté sa surdité, mais elle arrive maintenant à en parler. 

Ses dessins, colorés et joyeux, aident même certains parents dont les enfants reçoivent des implants.

Ils comprennent ce qu’ils vivent.

Et, ironiquement, jamais de toute sa vie n’a-t-elle eu autant besoin du silence. «Quand tu entends, tu te rends compte qu’il y a toujours un bruit de fond, il y a toujours quelque chose, un son qui vient de quelque part. Les gens qui méditent, ils ne sont jamais vraiment en silence.»

Elle, oui. «Chaque matin, je reste dans le silence pendant trois ou quatre heures, j’ai besoin de ce silence pur.»

Puis, elle se branche au monde des entendants.

Science

La «bordélisation» de la lumière

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’ai vu des savons à vaisselle verts, des savons en barre oranges, des savons à main roses, et d’autres de toutes les couleurs, et pourtant leur mousse est toujours blanche. Pourquoi le savon mousse-t-il toujours blanc peu importe sa couleur ?», demande Origène D’Amours, de Magog.

Il y a essentiellement deux choses à savoir pour le comprendre, répond d’emblée le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer. La première, commence-t-il, c’est que «quand on parle des colorants, les gens pensent souvent qu’il y en a beaucoup parce que la couleur, c’est ce qu’on voit en premier. Mais en réalité, le colorant ne représente que quelque chose comme 0,001% du total. C’est vraiment une infime partie du produit, pas besoin d’en mettre plus. Alors quand bien même que le savon serait fluo, il n’y a presque pas de colorant dedans. Et en plus, ça prend juste un peu de savon pour faire beaucoup de mousse parce que la mousse, c’est principalement de l’air [ce qui «dilue» le colorant encore plus que le 0,001% de départ, ndlr]. Alors c’est un peu normal qu’on ne puisse pas voir une bulle orange ou verte !»

Bref, quand on regarde une bulle (et une seule), on la voit transparente. Mais alors, la question devient : pourquoi la mousse est blanche, elle ? Si les bulles sont toutes transparentes, comment leur «somme» peut-elle être blanche ? La deuxième chose à savoir dont parle M. Voyer est justement là mais, avant d’y arriver, il faut faire un petit détour...

La lumière, ce sont des ondes électromagnétiques, c’est-à-dire de l’énergie électrique et magnétique qui se propage dans l’espace un peu à la manière des vagues sur l’eau — avec des «crêtes» et des «creux» qui sont séparés par une certaine distance nommée longueur d’onde. L’œil humain est capable de percevoir des longueurs d’onde située entre environ 380 et 740 nanomètres (nm). Autour de 700 nm, nous voyons du rouge ; aux environs de 600 nm, c’est plutôt du orange que nous voyons ; si la distance entre les «vagues» diminue encore un peu (entre 550 et 590 nm environ), alors nos yeux perçoivent du jaune; et ainsi de suite jusqu’aux plus courtes longueurs d’onde perceptibles par l’humain, soit le violet (entre 380 et 450 nm).

La lumière que nous recevons du Soleil (et de la plupart des ampoules électriques «normales») est un mélange de toutes ces longueurs d’onde. Or nos yeux perçoivent ces mélanges comme du blanc, et la clef de l’énigme de la mousse blanche, comme on s’en doute, elle est précisément là.

Si l’on regardait la paroi d’une bulle de savon au microscope, on se rendrait compte qu’elle est composée de deux minces couches de savon qui retiennent une fine couche d’eau entre elles. Quand la lumière passe à travers la paroi d’une bulle, une partie est réfléchie, mais une autre (grosse) partie traverse la paroi et s’en trouve déviée et ce, à des angles qui vont varier légèrement selon la longueur d’onde — ce qui va séparer les couleurs.

Maintenant, imaginez un peu ce qui arrive dans une mousse comptant des centaines, voire des milliers de petites bulles. En un mot comme en cent, si l’on me permet un terme pas-très-technique : c’est le bordel.

«La lumière est réfléchie et dispersée dans toutes les directions possibles, dit M. Voyer. Si bien qu’en bout de ligne, si le bleu est réfléchi partout, si la même chose arrive au rouge et à toutes les autres couleurs, cela donne un mélange et ça, ça fait du blanc.»

Fait intéressant, enchaîne-t-il, c’est la même chose qui arrive dans les nuages : la lumière est «éparpillée» dans toutes les directions en traversant les gouttelettes d’eau, toutes les longueurs d’onde s’en trouvent «remélangées», et le résultat est que les nuages sont blancs.

* * * * *

«Pourriez-vous expliquer si la décennie s’est terminée en 2019 ou si elle va vraiment finir en 2020 ? Il me semble qu’une décennie, ce sont les années 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10. Donc, la deuxième décennie du troisième millénaire devrait finir en 2020, et non en 2019. Ce qui serait logique puisque l’an zéro n’existe pas : à un moment donné, on était au jour 1 de l’an 1. Corrigez-moi si je me trompe», demande Marie-Claude Boivin, de Québec.

Il n’y a effectivement jamais eu d’an zéro puisque l’habitude de compter les années à partir de la naissance du Christ remonte au 8e siècle et qu’en ce temps-là, le zéro n’avait tout simplement pas été inventé. Ni la numération romaine, ni son équivalent grec n’avaient de chiffre pour le zéro. À l’époque, d’ailleurs, l’idée d’avoir un symbole pour désigner le vide était vue comme un peu bizarre : les nombres étaient faits pour compter les choses alors s’il n’y avait rien à compter, à quoi bon adopter un signe ? On a bien trouvé certaines «formes» de zéro dans des documents antiques — les uns laissaient un espace vide, d’autres comme les Babyloniens mettaient une sorte de «symbole bouche-trou», voir ici : http://bit.ly/36Ls956 —, mais il faudra attendre que le mathématicien italien Fibonacci introduise les chiffres indo-arabes en Europe (autour de l’an 1200) pour que le zéro tel qu’on le conçoit aujourd’hui apparaisse en Occident.

Les années de l’«ère chrétienne» ont donc commencé par «1» et, de ce point de vue, Mme Boivin a entièrement raison : techniquement, il n’y a pas de décennie qui s’est terminée ou a commencé le 1er janvier dernier, la prochaine décennie ne débutera vraiment qu’en 2021. C’est d’ailleurs la position du Conseil national de la recherche : «le 3e millénaire et le 21e siècle ont commencé au même moment, à 00h00 le 1er janvier 2001», lit-on sur son site [http://bit.ly/2tJC4cO].

Sauf que les temps ont bien changé depuis que le moine Bède le Vénérable (672-735) a popularisé l'habitude de compter les années à partir de la naissance du Christ, qui était l'«an 1». L’usage du zéro est si universel et acquis chez nous que, culturellement, il nous semble beaucoup plus naturel de commencer les décennies avec un «chiffre rond», comme on dit. De ce point de vue, il n’y a pas grand-sens à rester prisonnier d’une erreur mathématique commise au Moyen-Âge, alors il est aussi défendable de considérer que les années 2020 ont commencé le 1er janvier dernier. Je ne crois pas qu’il ait vraiment de bonne ou de mauvaise réponse à cette question-là.

Brigitte Breton

La loterie des rentes

CHRONIQUE / «Une rente de retraite, ce n’est pas une loterie», affirme Marc Ranger, directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

Le Québec n’est pas la France, où des milliers de personnes descendent dans la rue depuis des semaines pour dénoncer la réforme des retraites. La question des régimes de retraite tient néanmoins sur le qui-vive bien du monde au Québec ces temps-ci.

D’un jour à l’autre, gouvernement, villes, syndicats et salariés sauront si le juge Benoît Moulin de la Cour supérieure invalide ou non la loi 15 (projet de loi 3) sur les régimes de retraite dans le secteur municipal, adoptée par le gouvernement Couillard en 2014. 

Policiers, pompiers, cols bleus et fonctionnaires municipaux ne manifestent plus. Représentants syndicaux, maires et politiciens n’argumentent plus sur la place publique sur le bien-fondé de la loi qui dictait notamment un partage 50-50 des déficits des régimes de retraite, mais aussi la suspension de l’indexation des rentes des retraités.

Le dossier n’est pas clos pour autant.

«C’est une cause qui se rendra forcément en Cour suprême», selon le directeur du SCFP, interrogé jeudi. Qu’importe de quel côté penchera la cour.

L’Union des municipalités du Québec, qui a agi comme intervenant en appui de la partie patronale dans cette cause, préfère ne pas commenter le dossier pour le moment. 

En attendant la décision du juge, l’UMQ se limite à dire que la cause pourrait avoir un impact potentiel pour plus d’une centaine de municipalités. La Ville de Québec est du lot.

Des milliards de dollars sont en jeux. Des droits et des principes aussi.

Ceux des employés municipaux, et ceux également d’autres travailleurs au Québec.

Si le gouvernement a légiféré pour alléger le fardeau des municipalités et assurer la santé et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées, qu’est-ce qui l’empêcherait d’utiliser à nouveau le même remède pour d’autres ententes négociées, d’autres syndiqués et d’autres retraités?

Marc Ranger rappelle que c’est la première fois que le gouvernement légifère sur des ententes passées.

«Comment les gens peuvent-ils avoir confiance dans le processus de négociation si on peut tout changer dans l’avenir avec une loi?»

Le syndicaliste a trouvé bien spécial que le député libéral Gaétan Barrette soutienne récemment que le gouvernement Legault ne pouvait pas revenir sur une entente conclue avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Il se souvient que dans le cas des employés municipaux, les libéraux n’avaient eu aucune gêne à modifier des ententes négociées et signées de bonne foi.

Des salariés ont beau mettre 10 % de leur rémunération dans un régime en prévision de leurs «vieux jours», compter sur une indexation de leur rente, ils n’ont pas la garantie que les règles du jeu ne changeront pas à la retraite, les forçant à réviser leurs calculs. Ils pourraient avoir payé en vain pour des avantages sociaux. Dans le secteur municipal, un régime sur quatre prévoyait une formule d’indexation.

Que devient le droit d’association et de négociation avec la loi 15? Pendant les 95 jours d’audience devant la Cour supérieure, les syndicats ont tenté de démontrer que celle-ci comportait beaucoup trop d’entraves injustifiées à la libre négociation. Qu’en dira le juge Moulin? 

M. Ranger souligne que la Cour suprême a rendu ces dernières années des décisions qui ramènent le balancier vers les associations de travailleurs.

Autre cible, autre priorité

La bataille juridique se poursuivra à un autre niveau lorsque la Cour supérieure aura rendu sa décision, mais le thème des régimes de retraite reviendra dans l’actualité lorsque le gouvernement caquiste déposera son projet de loi visant à instaurer des régimes de retraite à prestations cibles. 

Un projet dénoncé avant même son dépôt par la FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec). Marc Ranger était sur le plancher du congrès lorsque l’organisation syndicale a adopté une proposition en ce sens.

La FTQ soutient que les rentes de tels régimes ne sont pas garanties et nivellent par le bas les revenus de ses membres à la retraite.

Au lieu d’investir du temps à un tel projet, au lieu de niveler par le bas, Québec devrait s’assurer que les personnes à la retraite n’aient pas la mauvaise surprise de vivre avec une baisse de leurs rentes. 

Marc Ranger a vu son beau-père, un travailleur du secteur de l’aluminium, voir sa rente réduite de 36 %. Sa prestation déterminée est devenue une prestation amputée.

À ce cas, s’ajoutent ceux des employés de la White Birch, de Sears, et plus récemment ceux (actifs et retraités) de Groupe Capitales Médias dont je fais partie. 

Ça n’arrive pas qu’aux autres. 

«Un jour, ce sera ton tour», clamait à une époque une pub de Loto-Québec, pour poursuivre avec l’image de la loterie utilisée par Marc Ranger, 

Les Québécois auraient intérêt à s’intéresser davantage au dossier des régimes de retraite et à exiger de meilleures mesures de protection de leur gouvernement.

Le Québec aime se comparer à l’Ontario. Il pourrait s’en inspirer et créer un fonds — une assurance — pour les bénéficiaires de régime de retraite privé comme il en existe un en Ontario.

Certains diront que les syndiqués se plaignent le ventre plein avec leur régime de retraite complémentaire alors que la majorité des Québécois doivent se débrouiller avec leurs économies, leur chèque de la Régie des rentes, leur pension de la sécurité de la vieillesse du fédéral et, pour certains, leur supplément de revenu garanti.

Si Québec a agi avec détermination pour modifier les régimes de retraite dans les municipalités, il s’est montré cependant beaucoup moins empressé à améliorer le sort de milliers de personnes sans régime privé collectif.

Il n’est pas superflu de rappeler que le gouvernement du Québec n’a pas adhéré spontanément à la bonification du régime des rentes préconisée en 2016 par Ottawa et les autres provinces canadiennes. 

Carlos Leitão, alors ministre libéral des Finances, se disait préoccupé par la capacité de payer des travailleurs et des entreprises qui venaient pourtant de profiter de modifications avantageuses aux règles des régimes de retraite à prestations déterminées.

Des syndicats, des associations de retraités, mais aussi l’Institut canadien des actuaires et des experts (Alban D’Amours, Bernard Morency, René Beaudry et Luc Godbout) ont finalement convaincu Québec de bonifier le Régime des rentes du Québec et de ne pas créer de disparités entre les retraités québécois et ceux des autres provinces. 

Assurer la sécurité financière des retraités est une responsabilité à la fois individuelle et collective.

Il ne faudrait pas l’oublier.

Actualités

Autrement dit

La comparaison

Superficie ravagée par les feux de brousse en Australie, depuis le mois de septembre: 103 000 km2

Superficie de la Corée du Sud: 100 210 km2

Sources: Scientific American et Time Magazine

François Bourque

Quand le tramway montre ses limites

CHRONIQUE / Trop cher. Trop lent. Peu fiable. Surchargé et incapable de répondre aux besoins des banlieues. Les critiques sur le tramway de Bordeaux s’additionnent.

La pression démographique est forte dans la ville jumelle de Québec. Les déplacements sont en hausse et la rocade (autoroute périphérique), prise d’assaut par le trafic des banlieues éloignées, est devenue une des plus embouteillées au pays. 

Le tramway, qui a été depuis près de 20 ans la fierté de la ville, n’apparaît plus comme la solution. 

Pour lutter contre la congestion, Bordeaux se tourne désormais vers les trains traditionnels et des lignes d’autobus à haut niveau de service en site propre. L’équivalent d’un SRB (service rapide par bus).

Bordeaux prévoit notamment remettre en état le réseau ferroviaire régional, dont plusieurs gares et tronçons étaient à l’abandon. On veut y offrir un service de trains de haute fréquence. 

On parle aussi de développer les transports fluviaux sur la Garonne qui serpente sur une quinzaine de kilomètres à travers la zone urbanisée. 

«L’âge d’or du tramway est passé», a écrit le journaliste Denis Lherm dans un texte paru à la mi-décembre en Une du quotidien Sud Ouest. 

Le journal La Croix fera les mêmes constats quelques jours plus tard : «Bordeaux vers la fin du tout tramway». 

Avec ses 77 km de lignes et 133 stations, le réseau de Bordeaux est le second en France après celui de Paris et un des plus développé en Europe. 

Pour l’anecdote, on aime se souvenir que sa toute première rame a été baptisée en octobre 2002 du nom de «Ville de Québec».

Bordeaux a inauguré le mois dernier sa quatrième ligne de tramway. Probablement la dernière, à en juger par les critiques que soulève chaque nouveau projet d’expansion. 

Des candidats aux prochaines élections municipales de ce printemps promettent même de stopper des prolongements de lignes prévus. «On en a trop fait», perçoivent-ils. 

Ce tramway, «on en voit les limites», explique le collègue Denis Lherm, qui couvre les enjeux de transports depuis nombre d’années. 

Le réseau en étoile avec toutes ses lignes qui convergent vers le centre-ville ne permet pas les déplacements entre les banlieues de deuxième couronne, explique-t-il. 

Pas étonnant que l’auto y reste si populaire et que la rocade de Bordeaux soit de plus en plus encombrée. La frustration des automobilistes aux heures de pointe est sans doute un des éléments pouvant expliquer la colère des gilets jaunes locaux. 

Bordeaux ne regrette pas son tramway. Il a permis de transformer la ville de façon magistrale et le succès d’achalandage est incontestable, bien au-delà de ce qui était prévu. 

Mais ce tramway ne peut visiblement pas répondre aux nouveaux besoins. Ni pour améliorer l’efficacité des déplacements ni pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre et de la «transition climatique». 

Lors d’une réflexion publique menée en 2018 sur le thème «Bordeaux 2050», des citoyens ont relancé l’idée d’un métro qu’avait déjà envisagée l’ancien maire Chaban-Delmas dans les années 1990.

Une étude sommaire de Bordeaux Métropole, l’instance politique régionale, a vite conclu qu’un métro était faisable, mais coûterait trop cher. La réponse a calmé le débat, mais n’a pas convaincu tout le monde.

Cela fait penser bien sûr à nos discussions de l’année dernière. Une étude de Systra avait aussi conclu qu’un métro serait trop cher pour les besoins de Québec. 

Mylène Moisan

Le cercueil et la confiture

CHRONIQUE / «Vous avez de la confiture?» Le préposé à l’inspection des bagages de l’aéroport de Rouyn-Noranda a posé la question sur un ton presque contrit, il avait reconnu la silhouette de mes deux pots de confitures sur l’écran de sa machine à rayons X.

Je ne devais pas être la première.

Je voulais rapporter des petites douceurs à ma belle-mère, elle adore les confitures et on m’avait dit beaucoup de bien de celles de la Fraisonnée. Je suis donc passée à l’épicerie juste avant de sauter dans l’avion, j’ai fourré dans ma petite valise le sac en papier brun au travers de mes vêtements.

Le préposé a ouvert la valise et le sac, il en a sorti les pots de confiture.

— Vous pouvez les apporter, si vous voulez, il vous faut juste repasser à l’enregistrement et enregistrer votre valise comme bagage de soute.

— Est-ce qu’il y a des frais?

— Oui, 25 $.

— Je vais laisser faire, merci.

Je n’allais tout de même pas payer 25 $ en plus pour deux pots de confiture, c’était mon erreur de n’avoir pas pensé que leur contenu allait être considéré comme du liquide, donc soumis à la limite de 100 millilitres par contenant. J’avais un pot de 120 millilitres et un autre de 240, j’étais cuite.

J’ai demandé au préposé si je pouvais donner ma confiture à un autre passager dont le bagage était enregistré, il n’y voyait pas de problème. J’ai donc trouvé un monsieur qui allait à Montréal, qui était bien content de cet inattendu cadeau. Il a mis le sac dans sa valise avant qu’elle ne soit envoyée en soute.

Le préposé a pris ma valise.

— Elle va où?

— En soute. Tous les bagages vont en soute.

Voyez-vous, dans le type d’appareil que nous avions, il n’y a pas de place pour les bagages en cabine, ils vont tous en soute, qu’ils soient enregistrés ou non. Ça vaut donc pour ma valise et pour celle du monsieur à qui j’ai donné ma confiture, elles étaient peut-être côte à côte.

Alors pourquoi applique-t-on les normes des bagages de cabine?

Parce que parce que.

Parce que le gros bon sens, qui voudrait qu’un bagage qui va en soute soit considéré comme tel, n’est pas l’employé du mois.

Cette histoire est une anecdote, mais l’absence de jugeote peut parfois avoir des conséquences autrement plus dramatiques. Parlez-en à cette femme qui habite en Gaspésie, sa mère est décédée juste avant Noël et elle a demandé à être enterrée où elle est née, aux Îles-de-la-Madeleine.

Je vous épargne les difficultés qu’elle et d’autres membres de la famille ont eues pour trouver des billets, toujours est-il que, quand ils y sont parvenus, ils ont appris que le corps de la défunte devait d’abord passer par Québec pour y être embaumé dans une maison funéraire certifiée par Transports Canada.

La plus proche de Gaspé est à Québec.

La famille a donc dû débourser 2000 $ de plus pour accompagner le cercueil à Québec avant de revenir à Gaspé.

Et ainsi pouvoir repartir pour les Îles avec un corps certifié.

Mon collègue Gilles Gagné, qui a raconté l’histoire cette semaine dans Le Soleil, n’a pas eu de réponse d’Air Canada. Chez Transports Canada, on a expliqué que les cercueils doivent répondre depuis 2016 aux normes du fret visant à les sécuriser «en vue du transport aérien à bord d’un vol transportant à la fois des passagers et du fret».

Le fret est une marchandise.

Si on suit la logique — dites-moi si vous en trouvez une —, Air Canada a envoyé en avion un corps non certifié à Québec parce qu’on refusait qu’un corps non certifié prenne l’avion vers les Îles-de-la-Madeleine, même si le vol vers les Îles n’est que de 50 minutes, à peu près la moitié du temps qu’il faut pour aller à Québec.

Et tout ça, aux frais d’une famille en deuil.

Ça aurait été tellement — trop — simple de faire preuve d’un peu de compassion et d’humanité, ou à la limite d’un peu de jugement.

Il ne faut donc peut-être pas s’étonner de voir qu’Air Canada ait reçu entre le 15 juillet et le 15 décembre 2019 plus de 1500 plaintes. Le transporteur aérien est souvent montré du doigt pour les surréservations, les retards, les bagages perdus et, plus important encore, le manque d’égard à l’endroit de passagers.

Le cafouillage majeur avant les Fêtes à la suite de l’implantation du nouveau système informatique est à l’avenant, des centaines de passagers se sont butés à des problèmes et à des «votre appel est important pour nous».

Si important que personne ne répondait.

C’est tout dire.

À LIRE AUSSI: Un détour de cercueil coûteux pour se rendre aux Îles-de-la-Madeleine

Nous, les humains

Pardonner sur l’oreiller

CHRONIQUE / Quand je n’arrive pas à m’endormir, j’utilise habituellement trois trucs qui ne fonctionnent pas. Je change mon oreiller de bord, je me couche sur le côté ou je compte jusqu’à 300.

Presque toujours, le sommeil finit par se pointer d’une autre façon — je ne sais pas trop comment, je ne suis jamais témoin de mon endormissement. 

Entre-temps, toutefois, ces pans d’insomnie m’apparaissent très longs. La dernière fois que ça m’est arrivé, j’aurais eu le temps de lire au moins deux chapitres du livre de Matt Walker, Pourquoi nous dormons : le pouvoir du sommeil et des rêves, ce que la science nous révèle... 

En 2020, je vais tester une nouvelle stratégie, cette fois appuyée par la science. Je vais apprendre à pardonner avant de dormir. C’est le magazine Greater Good, de l’Université Berkeley, en Californie, qui m’a mis sur la piste dans son palmarès 2019 des percées de la science du bien-être. 

Une équipe de chercheurs a demandé à 1423 adultes américains d’évaluer la probabilité qu’ils pardonnent aux autres de leur avoir fait du mal ou se pardonnent eux-mêmes d’avoir fait une gaffe majeure. Les participants ont aussi été questionnés sur leur quantité et leur qualité de sommeil, devaient évaluer leur niveau de santé physique et à quel point ils étaient satisfaits de leur vie. 

Les résultats de l’étude suggèrent que les personnes qui pardonnent davantage dorment mieux et plus longtemps. Ils suggèrent aussi que les gens qui pardonnent ont une meilleure santé physique et son plus satisfaits de leur vie. Se pardonner à soi-même améliore le sommeil, mais pardonner aux autres encore plus. 

Le pardon «peut aider les individus à laisser derrière eux les regrets et les offenses de la journée passée et offrir un tampon important entre les événements de la journée lorsqu’on est éveillé et l’amorce et le maintien d’un sommeil sain», ont écrit les chercheurs, dirigés par Loren Toussaint. 

Selon eux, le fait de pardonner aux autres et à soi-même pourrait atténuer les émotions négatives comme la frustration et le regret et nous aider à cesser de ruminer. 

Sur l’oreiller, il nous arrive tous de repasser les moments qui nous ont secoués dans la journée. Mais il semble qu’une tête encombrée soit moins disposée à s’assoupir.

La recherche a cependant montré qu’il est inutile d’essayer de chasser une pensée de son esprit. Le psychologue Daniel Wegner a notamment demandé à des participants à une étude de ne PAS penser à un ours blanc pendant cinq minutes. Ils devaient sonner une cloche chaque fois qu’ils échouaient à supprimer cette pensée. En moyenne, ils ont sonné la cloche cinq fois, soit à peu près une fois par minute!

En pardonnant, on fait l’inverse. On dit bienvenue à la rancune, on observe pourquoi elle est là, puis on choisit de lâcher prise. Et c’est peut-être à ce moment qu’on tombe des bras de Morphée : quand on lâche prise. 

L’étude de Toussaint et ses collègues ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet. Elle ne prouve pas que le pardon cause un meilleur sommeil — juste que les gens qui ont tendance à pardonner plus facilement sont aussi ceux qui dorment le mieux. 

Sachant que le sommeil est un des trois grands piliers, de la santé — avec l’alimentation et l’activité physique —, ça vaut peut-être la peine d’essayer de pardonner pour mieux dormir, non? Qui sait, vous ferez peut-être même de plus beaux rêves... 

*****

Au sujet de la poutine

Vous avez été nombreux à m’écrire à propos de ma résolution de ne pas manger de malbouffe en 2019. Vous aviez encore plusieurs questions auxquelles je n’ai pas répondu dans ma première chronique, notamment au sujet du poids et de la santé. J’y répondrai dans ma chronique de la semaine prochaine. Merci aussi de toutes vos suggestions de restos pour la poutine.

Richard Therrien

Pas de bisbille dans le pré

CHRONIQUE / Fidélité, investissement dans le couple et fondation d’une famille sont les mots-clés de «L’amour est dans le pré». La preuve : 10 couples sont toujours ensemble et 20 enfants sont nés, en plus de deux qui naîtront bientôt. Jeudi prochain à 20h sur V, Marie-Ève Janvier nous présentera les cinq nouveaux agriculteurs célibataires à la recherche du grand amour. Pas de bisbille à l’horizon, même s’il y aura des choix à faire.

Alors qu’Occupation double rafle tout à l’automne sur cette chaîne, L’amour est dans le pré arrive en tête l’hiver, avec une moyenne de 642 000 fidèles en 2019, des chiffres immenses pour V. Nul doute qu’elle connaîtra le même succès cet hiver. Parce qu’on s’attache très rapidement aux agriculteurs, qu’on sent réellement sincères dans leur quête. 

Après tout, ils n’auront qu’une chance de se faire valoir, derrière le volant du tracteur, à la traite des vaches, et même entre deux rangées de vignes.

Cette année, pas d’agricultrice malgré plusieurs candidatures, mais le candidat le plus âgé de l’histoire de l’émission, Nicolas, 57 ans, producteur laitier de Saint-Anselme dans Chaudière-Appalaches. Déjà père de cinq enfants, et célibataire depuis trois ans, il cherche une femme de son âge. Et on verra de très belles soupirantes, non pas à ses pieds, mais qui en ont vu d’autres. On ne flirte pas à 57 ans comme à 19 : Nicolas les accueille avec des roses, mais réserve la rouge à celle qu’il choisira.

Ça fait du bien de voir un candidat dans la cinquantaine dans une téléréalité, alors qu’il n’y a que la jeunesse qui compte habituellement dans ces émissions. V, qui a pourtant comme cible un auditoire plus jeune, a constaté tout l’intérêt suscité par une telle candidature. Et ce, même si Nicolas a l’âge des parents du public cible de V. La curiosité sans doute pour celui qui se qualifie lui-même de «bête de cirque» de l’émission, étant donné sa maturité.

Plus de 30 ans le séparent du plus jeune agriculteur, Philippe Cantin, qui a 24 ans et a déjà joué pour le Rouge et Or de l’Université Laval. Le diplômé en agroéconomie est producteur maraîcher, porcin et acéricole à Mont-Saint-Grégoire en Montérégie, mais n’a pas quitté le football puisqu’il entraîne son ancienne équipe collégiale. Une de ses soupirantes, Laurence, lui avouera d’emblée qu’elle ne veut pas d’enfant, une franchise qu’apprécie l’agriculteur et une rareté dans cette émission où la volonté d’être parent est très tôt mise de l’avant.

Sans doute le plus timide, mais le plus populaire auprès des filles, Jayson, 29 ans, de Princeville au Centre-du-Québec, est un adepte de crossfit et le dit d’emblée : pas question de courir plusieurs lièvres à la fois, et il n’embrassera pas toutes les filles une après l’autre. On quitte veaux, vaches, cochons pour accueillir un vigneron et producteur de cidres, une première à l’émission. Hugues, 36 ans, de Rougemont en Montérégie, veut des enfants, mais prévient tout de suite sa préférée des filles, Geneviève : «À Noël, tu seras pas enceinte!» Déterminé, mais pas pressé.

Enfin, Rémy, 30 ans, producteur laitier de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, fera beaucoup d’effet aux filles, qui seront trois à partager son quotidien à la ferme, comme pour tous les autres agriculteurs, avant qu’ils choisissent l’élue de leur cœur. On ne change pas une formule gagnante. La production confirme que des couples seront réellement formés encore cette saison. Qui donnera des papillons à qui?

Léo fait un million 

Qui a dit qu’une diffusion sur les plateformes de vidéo en ligne nuisait à la diffusion à la télé? La première saison de Léo, disponible depuis plus d’un an sur le Club illico, fait un malheur à TVA : les deux premiers épisodes, diffusés mercredi à 21h et à 21h30, ont attiré respectivement 1 048 000 et 934 000 téléspectateurs. C’est pratiquement le double de ce qu’a retenu le premier épisode de Cerebrum, disponible sur l’Extra d’ICI Tou.tv depuis l’été, et vu mercredi par 585 000 curieux sur ICI Télé. La semaine des 4 Julie a quant à elle intéressé 287 000 fans sur V.

Chronique

Effet indésirable d’une bonne intention

CHRONIQUE / Certains pensaient bien faire en misant sur la transparence et la divulgation de la rémunération des hauts dirigeants des entreprises inscrites en Bourse pour freiner leur escalade salariale. Yvon Charest, ancien président et chef de la direction d’iA Groupe financier, est plutôt d’avis qu’on a ainsi créé un monstre.

«On a cru que la divulgation publique inciterait à la retenue, provoquerait une gêne. Bien au contraire, cela a accru les comparaisons. Les gens se comparent avec ceux qui gagnent plus qu’eux. Ils rationalisent et concluent qu’ils méritent pareil, voire mieux», affirme M. Charest lors d’une entrevue téléphonique. L’homme de Québec, actuaire de formation, est à la retraite depuis un peu plus d’un an. 

J’ai pensé à lui, et au principe d’équité interne qu’il avait exposé à Gérald Fillion de Radio-Canada, lorsque les médias ont publié récemment l’étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) concluant que les 100 chefs d’entreprise les mieux payés du Canada avaient touché 227 fois plus que le salaire moyen d’un travailleur en 2018. 

Avec le Bye bye télévisé, l’étude du CCPA est un grand classique du début de l’An. Et ce, depuis des années.

Au dernier bilan, les patrons les mieux payés au pays ont gagné en moyenne, avantages compris, 11,8 millions $ en 2018. Les salariés : 52 061 $ en moyenne. Hausse de rémunération des premiers : 18 %. Pour les seconds, 2,6 % d’augmentation entre 2017 et 2018.

On va de record en record dans les hautes sphères. En bas, on se scandalise, on dit que cela empire, que les grands patrons sont déconnectés.

On risque de lire un bilan semblable et de réagir de la même façon le 2 janvier 2021.

Qu’est-ce qui pourrait bien apaiser l’appétit des hauts dirigeants et les inciter à en laisser un peu plus aux autres?

Yvon Charest a fait personnellement des années de deux ou trois millions de dollars et plus à la tête d’iA. Il est dans le groupe des Québécois bien nantis.

En entrevue au Soleil, M. Charest dit n’éprouver aucun malaise avec la rémunération reçue, car elle était fidèle à un principe qui l’habite. Celui que sa rémunération devait être raisonnable par rapport aux personnes qui travaillaient pour lui, près de lui.

Chez iA, il était convenu que son salaire ne devait pas dépasser 150 % du salaire versé aux titulaires des deux postes sous lui. Le conseil d’administration a toutefois refusé d’inscrire ce principe dans sa circulaire, comme le souhaitait M. Charest, pour ne pas nuire au recrutement à l’externe.

Selon M. Charest, on ne peut pas empêcher les gens de prendre des moyens spectaculaires pour exposer année après année le traitement des pdg. Il conclut toutefois que cette façon de faire ne change rien.

Il ne pense pas non plus que la solution passe par l’impôt. On peut en effet présumer que des moyens créatifs seront trouvés pour ne pas «appauvrir» les plus riches.

M. Charest croit de plus que les commissions des valeurs mobilières devraient se questionner et voir si elles ont atteint leur objectif en instaurant la divulgation des salaires. Il en doute. 

Il est convaincu que s’assurer d’une équité interne dans chaque entreprise serait plus efficace pour contrer la montée des salaires des hauts dirigeants et limiter l’écart entre eux et les salariés. 

Celui qui a travaillé près de 40 ans pour le même groupe pense également que le Canada aurait aussi avantage à moins s’inspirer des États-Unis, et plus d’autres pays de l’OCDE, lorsqu’il s’agit de la rémunération des pdg et des inégalités salariales.

Il donne de nouveau l’exemple de l’allemande Daimler qui a acheté l’américaine Chrysler à la fin des années 1990. Les cinq dirigeants américains de Chrysler gagnaient 10 fois plus que leurs homologues allemands. «Il y avait plus de retenue en Allemagne». 

M. Charest convient qu’il paraîtra pessimiste, mais il craint qu’une crise soit nécessaire pour changer le système, pour inciter les gens à se serrer à nouveau les coudes. «C’est triste à dire, mais il a fallu la Grande Dépression et des guerres mondiales pour que des choses changent.»

Si certains acceptaient de sacrifier quelques millions de dollars, il serait sûrement possible d’éviter d’en arriver là.

Chronique

Jean Charest, le retour d’un revenant?

CHRONIQUE / L’ancien premier ministre du Québec Jean Charest indiquera sous peu s’il se lance dans la course à la succession d’Andrew Scheer. Pour ainsi, peut-être un jour, réaliser son rêve initial de devenir premier ministre du Canada.

À ce stade-ci, pour cet éventuel revenant politique, la toute première et bête question à se poser — celle qu’il ne peut pas et n’a pas pu mettre de côté ces derniers temps — est la suivante : est-il désiré? L’est-il un peu? Beaucoup? Énormément?

Car on a beau estimer être habité par une vision politique, comme il le croit de lui-même, on ne se lance pas dans le vide. Surtout pas quand on peut avoir plus à perdre qu’à gagner.

Or, à ce stade-ci, Jean Charest est seulement un petit peu désiré. Beaucoup moins qu’à une autre époque en tout cas.

Quel contraste pour lui avec l’année 1998, lorsqu’il jonglait avec l’idée d’abandonner la direction du Parti progressiste-conservateur pour prendre celle du Parti libéral du Québec. Il était ardemment désiré par les fédéralistes québécois. La seule possibilité de sa candidature suscitait déjà l’effervescence chez les libéraux du Québec. Il était attendu, réclamé.

Il était considéré comme un «sauveur».

Il était arrivé à Québec avec cette auréole sur la tête. Il était vu comme celui qui allait sauver les fédéralistes québécois, ainsi que le Parti libéral du Québec.

Un Canada des provinces

Jean Charest réfléchit donc au projet de refaire à peu près le chemin inverse qui l’a conduit il y a plus de 20 ans d’Ottawa à Québec.

L’homme possède des atouts. C’est une «bête politique». Il est par ailleurs vrai que personne parmi les autres éventuels ou même putatifs candidats conservateurs ne connaît le Canada comme lui. Il est parfaitement bilingue de surcroît.

S’il redevenait chef conservateur, il promouvrait un Canada des provinces. Il faudrait voir le résultat, mais c’est très certainement ce qu’il mettrait de l’avant dans son discours. C’est l’élément qui le distinguerait le plus de Justin Trudeau.

Il indiquerait vouloir un Canada des provinces en faisant sans doute aussi valoir que ce pays est en mal de leader et de leadership. Non seulement sur la scène intérieure, mais aussi extérieure — une scène qu’il affectionne particulièrement lui-même.

Lors des débats télévisés des chefs, il serait un très redoutable adversaire devant Justin Trudeau.

Un dur pari

Mais pourrait-il se rendre jusqu’à de tels débats? Pourrait-il d’abord remporter la direction du Parti conservateur? Pourrait-il passer de «peu désiré» à «très désiré» ces prochaines semaines et ces prochains mois?

S’il décidait de reprendre la route d’Ottawa, Jean Charest serait handicapé par un sérieux boulet, celui de l’enquête Mâchurer de l’UPAC. Elle n’en finit plus de finir et le concerne à tout le moins en partie.

Bien sûr, se relancer dans l’arène fédérale serait une façon pour lui d’affirmer qu’il n’a rien à se reprocher. N’empêche que cette enquête le suivrait et le suivra, et que des doutes subsisteront dans bien des esprits même si l’UPAC décidait de fermer les livres faute de preuves probantes.

Pour l’heure, s’il se lançait, le fait que cette enquête soit toujours en cours entacherait sa candidature aux yeux d’un nombre significatif de citoyens québécois et canadiens.

Autre problème : Jean Charest a beau connaître le Canada plus que d’autres, il connaît le Parti conservateur du Canada beaucoup moins que d’autres. Ce parti n’est plus celui qu’il a connu il y a une génération. Une bonne partie de cette formation a migré vers une droite morale.

En outre, Jean Charest est vu par de très nombreux conservateurs comme un «libéral». Un défenseur de la Bourse du carbone, qui plus est.

Un constat à ce stade-ci qui en dit long : à l’heure actuelle, au sein de l’actuel Parti conservateur du Canada, il n’est tout simplement pas attendu comme un sauveur même s’il a des appuis.

Au Québec, comme dans le reste du Canada, ceux qui ne l’aiment pas sont prompts à le détester depuis de nombreuses années. Ceux qui l’aiment l’apprécient désormais sans l’aduler.

Tout changement constitue toujours un pari dans la vie, et ce, pour qui que ce soit. Mais la route d’Ottawa en constituerait un vrai pour Jean Charest, surtout pour la première étape qui consisterait à ravir la place qu’occupait Andrew Scheer. Il lui faudrait recruter des dizaines de milliers de nouveaux membres. Pour lui, cette aventure sera un quitte ou double s’il y va.

C’est toutefois le genre de pari qu’une bête politique peut avoir envie de prendre. À voir.

Bien au-delà de son éventuelle candidature, deux questions de fond demeurent pour les conservateurs du Canada. Qui parviendra à les unir? Et est-ce même encore possible?

Chronique

Le tramway va changer la ville

CHRONIQUE / La commande était à la fois simple et ambitieuse : redessiner le centre-ville autour des futures stations souterraines du tramway de Québec. Rendre agréables les chemins qui y mènent, «générer de l’urbanité» et imaginer de nouveaux espaces publics.

Le professeur GianPiero Moretti avait donné carte blanche à la vingtaine d’étudiants de sa classe de maîtrise en architecture et design urbain. Ne laissez pas les enjeux techniques prendre le dessus sur votre imagination, leur a-t-il demandé.

J’ai assisté peu avant Noël à la présentation des travaux de session de ces équipes d’étudiants de l’Université Laval, dans les locaux de l’École d’architecture au Petit Séminaire. Je ressens toujours une espèce de fébrilité quand je vais ainsi à la rencontre des rêveurs de ville.

J’y ai trouvé beaucoup d’illustrations dans l’air du temps et par conséquent un peu prévisibles, mais aussi plusieurs idées fortes et inattendues qui mériteraient que les autorités publiques en regardent la faisabilité. L’architecte de la Ville de Québec présent ce matin-là dans la salle a probablement pris des notes. 

J’ai retenu cinq de ces idées. 

1- L’église Saint-Jean-Baptiste 

Chronique

«On éteint toujours des feux»

CHRONIQUE / «J’ai été élevée sous une ligne à haute tension.»

C’est une image.

Quatrième de cinq enfants, Roxanne* a grandi avec deux parents alcooliques, plus trois de ses quatre frères. «J’avais quatre ans, mon grand frère consommait pendant qu’il me gardait, il me disait : “N’en parle pas”, il ne fallait surtout pas en parler, jamais, il fallait que ça reste secret.»

Caché, Tabou.

Elle le voyait bien que ça ne tournait pas rond, que l’argent manquait, que le câble était coupé, les sorties plus rares. «J’avais l’impression d’être assise sur le bord d’un lac et de les regarder se noyer sans pouvoir faire quoi que ce soit.»

L’impuissance.

Même chose pour Roger*, dont le garçon devient une véritable bombe quand il prend un coup. «À l’été 2018, ça a commencé à dégénérer, il devenait de plus en plus violent. À l’automne, il a fait une crise. Il est arrivé à la maison, il se frappait au visage, il frappait mon auto, il a cassé le pare-brise avec son poing.»

Roger, lui, ne savait pas à quelle porte frapper.

Il a consulté avec son fils des psychiatres, des intervenants, il est allé au CLSC, il a fini par obtenir une ordonnance de traitement qui n’aura pas duré plus de 48 heures, jusqu’à ce que son gars finisse par prendre le champ en état d’ébriété, qu’il lève la main sur sa blonde et qu’elle porte plainte pour violence conjugale. «Là, on lui a dit, soit tu t’en vas en cure fermée pendant six mois ou tu vas en prison.»

Il a choisi la cure, est sorti juste avant Noël.

Est-ce qu’il reboira?

Roger ne le sait pas, mais il sait que le choix sera celui de son fils. Il a compris ça en allant chez Al-Anon, un groupe destiné aux proches d’alcooliques. «On ne va pas là pour l’alcoolique, on y va à cause de l’alcoolique, on y va pour retrouver un équilibre. Tu apprends que tu ne peux rien changer, tu peux juste l’accompagner.»

Être là.

«Quand tu es un proche d’une personne alcoolique, tu ne te sens pas pris en considération dans le système. L’alcoolique est encore trop souvent vu comme un ivrogne, alors que c’est une maladie, comme le diabète. Et la personne qui consomme, elle doit faire son propre cheminement à elle.»

Hélène aussi est passée par là, elle qui a passé une bonne partie de sa vie avec un alcoolique chronique, avec qui elle a eu deux garçons. «Tu es toujours pris là-dedans. Quand tu vis avec un alcoolique, tu éteins toujours des feux, tu essayes toujours de tempérer, tu fais toujours les choses à sa place en te disant que tu l’aides.»

Ça ne l’aide pas.

Elle a vécu la même chose avec un de ses fils. «Quand tu surprotèges, tu lui envoies le message qu’il n’est pas capable. Un moment donné, je partais une semaine à Cuba et j’ai dit à mon fils : “Je pars, c’est ta vie, c’est à toi de prendre tes responsabilités.” J’ai appris à ne plus le protéger.»

Son fils a 52 ans, il est abstinent depuis cinq ans.

Elle a compris ça en joignant Al-Anon il y a 28 ans, elle assiste toujours à la réunion du dimanche, même si elle a rompu avec son mari depuis belle lurette, même s’il a arrêté de consommer depuis plus 25 ans maintenant. «Ce que j’ai appris, c’est que tu peux être heureuse, que l’alcoolique boive ou non.»

Elle est heureuse.

Roxanne fait partie d’Al-Anon depuis 10 ans, elle aussi assiste encore aux réunions du groupe «Ouvert», c’est son nom, ils sont une quarantaine. Ça se passe sur l’avenue D’Amours, ça ne s’invente pas. «En parlant, on se rend compte qu’on vit tous la même chose, on se rend compte de notre comportement par rapport à l’autre. […] Quand tu essayes d’aider, tu penses que tu fais pour le mieux, tu le fais par amour. Tu souffres aussi à cause de la situation et tu te dis : “En faisant ça, je vais améliorer mon sort”, mais c’est le contraire, tu tombes dans le trou avec…»

Et ils s’en sortent ensemble. «On ne parle pas de l’alcoolique, on parle de ce qu’on vit, explique Hélène. On apprend à avoir de la compassion pour nous-mêmes, on parle de nos rechutes : quand tu te remets à contrôler, quand tu te remets à payer… c’est ça, nous, nos rechutes.»

Chaque réunion finit par un Notre Père. «C’est peut-être une chose qui peut déranger certaines personnes. Moi, ça va, je suis croyant.»

Roger n’a qu’un regret, ne pas en avoir entendu parler avant. «J’ai rencontré plein de personnes, des policiers, des médecins, des psychiatres, des intervenants, personne ne m’a parlé d’Al-Anon. On me disait qu’il fallait que je prenne soin de moi, mais je ne savais pas comment faire.»

Il le sait, maintenant.

C’est Justine qui l’a accueilli un des soirs où on invite les p’tits nouveaux, une formule moins imposante que la réunion du dimanche.

Hélène, récemment, a fait la même chose avec une femme de 80 ans. «Il n’y a pas d’âge. Cette femme-là est arrivée avec sa canne, elle a vécu avec un mari alcoolique toute sa vie, elle a eu un fils alcoolique aussi.» Elle a parlé de ce qu’elle a vécu, peut-être pour la première fois de sa vie. 

«Elle a dit : “Ça fait du bien.”»

* Prénoms fictifs

Le site Web d’Al-Anon: al-anon-alateen-quebec-est.ca

Chronique

Cannabis: précieuse recherche

CHRONIQUE / La recherche faisait partie du deal lorsque le gouvernement Trudeau a convaincu la population de légaliser le cannabis au Canada.

Le gouvernement libéral a mis de côté l’inefficace et coûteuse prohibition pour miser sur une approche axée sur la santé publique et le contrôle de la qualité des produits du cannabis mis sur le marché.

Pour réussir dans cette voie, pour éviter les effets indésirables et imprévus de la consommation de cannabis «légal» et se retrouver avec d’autres problèmes de santé publique ou de sécurité, ou à l’inverse pour explorer les possibles vertus de cette drogue, il est nécessaire de s’appuyer sur des études, sur des données scientifiques. 

Or, une nouvelle publiée dans La Presse soulève des préoccupations. «Effets du cannabis : la bureaucratie freine la recherche», titrait lundi le quotidien.

Le journaliste a interrogé à travers le pays divers chercheurs qui estiment que Santé Canada leur met des bâtons dans les roues et retarde des projets de recherche prêts à démarrer. Des scientifiques expliquent qu’ils ont les fonds pour mener leur recherche, mais qu’ils peinent à fournir les informations exigées par le Bureau des essais cliniques de Santé Canada.

Un scientifique de Colombie-Britannique soutient même que les chercheurs sont «injustement menottés par des régulateurs gouvernementaux», et ce, même si le gouvernement est informé du problème depuis un an. 

Ottawa doit s’assurer d’une collaboration efficace entre Santé Canada et les milieux de la recherche à travers le pays. La population doit avoir l’assurance que tous ont leur santé et leur sécurité à cœur. 

Certes, les libéraux de Justin Trudeau ont rempli la promesse, faite lors de la campagne électorale de 2015, de légaliser le cannabis. 

Le travail n’est cependant pas terminé. Tant à Ottawa que dans les provinces, la recherche ne doit pas être négligée ou subir des retards. Il faut réunir les conditions gagnantes pour que le changement de paradigme effectué par Ottawa soit positif.

Dans le rapport final déposé en 2016 pour guider le gouvernement fédéral, le groupe de travail sur la légalisation et la réglementation du cannabis notait l’importance de la recherche avant de procéder à un changement législatif, mais aussi après, de «façon continue». 

Il préconisait que «les gouvernements investissent des efforts et des ressources pour élaborer, mettre en œuvre et évaluer des stratégies de prévention générales et holistiques pour traiter les facteurs de risque sous-jacents et les facteurs déterminants de la consommation problématique du cannabis, comme la maladie mentale et la marginalisation sociale». 

Il ne suffit pas pour les gouvernements de lever l’interdit, d’avoir un prix compétitif avec celui du marché noir et d’empocher les revenus provenant d’une substance qui enrichissait uniquement auparavant le crime organisé.

Le groupe de travail, présidé par l’ex-ministre libérale de la Santé et de la Justice, Anne McLellan, incitait les gouvernements à s’engager à utiliser les recettes de la réglementation du cannabis comme source de financement pour la prévention, l’éducation et le traitement. 

Il recommandait aussi de faciliter et surveiller les activités continues de recherche sur le cannabis et l’affaiblissement des facultés, en tenant compte des incidences sur les politiques en matière de santé et de sécurité au travail. 

Mme McLellan et son groupe signalaient que la légalisation comportait des risques et que la base de connaissances sur le cannabis et ses effets sur la santé et le développement humain avait des lacunes.

«Par conséquent, les recommandations énoncées dans ce rapport comprennent des appels pour une recherche et une surveillance permanentes et une souplesse pour s’adapter et répondre aux besoins permanents et nouveaux de politique». Le groupe conseillait aussi aux ministres de promouvoir la recherche préclinique et clinique sur la consommation du cannabis et des cannabinoïdes à des fins médicales.

Si le Canada veut que la légalisation du cannabis se traduise par des bienfaits et non par un échec comme l’ont été pendant plus de 100 ans la prohibition et l’approche répressive, les chercheurs doivent être au rendez-vous et pouvoir faire avancer leurs travaux rondement. 

Il faut compter sur eux pour suivre l’évolution des produits, leur commercialisation et les effets de leurs divers usages, ainsi que les habitudes de consommation, les comportements des consommateurs selon leur groupe d’âge et le traitement des dépendances, et ce afin de pouvoir procéder aux ajustements nécessaires.

Pour ne pas minimiser — ou à l’inverse pour ne pas exagérer — les effets du cannabis et de sa légalisation, il faut pouvoir se fier sur des données variées, fiables et récentes. 

Chronique

De Beauceville à Moscou

CHRONIQUE / «Le théâtre est un point d’optique. Tout ce qui existe dans le monde, dans l’histoire, dans la vie, dans l’homme, tout doit et peut s’y réfléchir, mais sous la baguette magique de l’art.»

C’est de Victor Hugo.

À l’école secondaire Jésus-Marie de Beauceville, c’est un professeur qui agite la baguette magique, Philippe Gobeil y a été embauché en 2009 et il a créé l’année suivante la troupe de théâtre Sous la chapelle, «parce qu’on joue sous la chapelle» tout simplement, pour que les élèves de tous les niveaux puissent s’initier à cet art.

Et, parfois, s’y révéler.

Quand il est arrivé, seuls les élèves de 5e secondaire montaient une pièce pour financer leur bal de finissants, il s’est vite arrangé pour que tous les élèves puissent faire de l’art dramatique, tellement que c’est devenu un profil à part entière. Drôle d’adon quand même, c’est une prof qui lui a donné, à la polyvalente Benoit-Vachon de Sainte-Marie, le goût du théâtre.

Il est né à St-Élzéar il y a 37 ans.

Et il fait pour les élèves de son école ce qu’Aline Carrier a fait pour lui, et pour beaucoup d’autres.

«Je n’ai pas de mérite à enseigner à de bons élèves, mais pour ceux qui ont plus de difficultés, eux, je sais que ça peut faire une différence.» Il a en tête des exemples, six gars, qu’il appelle ses fils. L’un d’eux vient d’entrer au Conservatoire. «Je l’ai approché à l’école, je lui avais suggéré de faire les auditions. On a monté L’Oiseau vert [de l’Italien Carlo Gozzi], je lui ai donné le rôle de Truffaldin. Après, c’était très clair pour lui, il a dit : “je veux faire le Conservatoire”.»

Télé et radio

Prix Roger: le pire de la télé en 2019

CHRONIQUE / Pour une neuvième année consécutive, je décerne mes prix Roger* à ce qui s’est fait de pire à la télé en 2019. Une sélection de perles, livrée avec une pincée de méchanceté, mais toujours avec humour. La sentez-vous, l’ironie? Et les Roger sont décernés à…

L’émission de 2019 dont on souhaite le moins le retour

À table avec mon ex. Tsé quand c’est fini, c’est fini. Faut-tu vraiment que je te l’écrive dans une assiette!?

Mylène Moisan

Le paradoxe de l’abondance

CHRONIQUE / La scène se déroule il y a plusieurs années, mon grand doit avoir quatre ans, il vient me voir dans la cuisine.

— Maman, tu utilises quelle marque de savon pour le lave-vaisselle ?

— Celle qui est en solde.

— Tu devrais prendre Finish, il déloge les taches mieux que les autres.

— …

J’ai compris ce jour-là la force de la publicité, celle dont il me parlait roulait en boucle pendant les pauses à Télétoon entrecoupant les épisodes de Diego ou de Bob le bricoleur. Il y avait aussi celle de l’Air Bra, un soutien-gorge.

Passons.

Mon grand croyait donc dur comme fer qu’il fallait acheter du Finish pour avoir des assiettes immaculées, alors qu’elles étaient toujours sorties propres de lave-vaisselle, peu importe la marque du détergent.

J’en ai profité pour lui en faire prendre conscience.

Je n’étais pas au bout de mes peines, mes deux garçons sont aujourd’hui fascinés par les grandes maisons et les grosses fortunes, convaincus que l’argent fait le bonheur, découragés par notre maison centenaire avec ses planchers qui craquent et notre trop petite télé.

On n’a même pas de tablette, c’est vous dire.

Je suis tombée récemment sur une étude qui date un peu mais qui est toujours d’actualité, on a démontré qu’au-delà d’un certain montant, l’argent mine le bonheur, que l’accumulation de la richesse n’est pas, contrairement à l’image qu’on en a, une condition pour être heureux.

En analysant les données d’un sondage Gallup réalisé auprès de 1,7 million de personnes dans 164 pays, le chercheur Andrew T. Jebb de l’Université Purdue en Indiana a conclu en 2018 que celles qui gagnent entre 60 000 $US et 95 000 $US sont plus susceptibles d’atteindre le bonheur, émotionnel et matériel.

Trop, c’est comme pas assez.

«Une fois un certain seuil atteint, des augmentations supplémentaires de revenu avaient tendance à être associées à une diminution de la satisfaction de vie et du bien-être émotionnel, a expliqué le chercheur. […] Une fois que le point optimal de satisfaction des besoins est atteint, les personnes peuvent être poussées par des désirs comme la recherche de gains matériels plus importants et entraînées dans des comparaisons sociales, ce qui, ironiquement, pourrait réduire le bien-être.» 

C’est le paradoxe de l’abondance.

Le concept ne date pas d’hier, il a été identifié pour la première fois il y a 45 ans par l’économiste Richard Easterlin, et il vaut autant pour les individus que pour la société en général. Le message n’a clairement pas porté, nous sommes en plein paradoxe de l’abondance, encore plus en cette période de soldes d’après-Noël qui suivent les soldes d’avant-Noël et les soldes d’avant-avant-Noël.

Le vendredi fou dure quatre jours.

Et c’est ce paradoxe de l’abondance qui fait que nous voulons toujours plus parce que nous ne désirons plus.

J’ai cherché une définition de ce phénomène et j’ai trouvé, faute de mieux, celle de Wikipédia. «La disponibilité en quantité non limitée d’une satisfaction précédemment rare, après une période d’excitation, voire de frénésie initiale, finit par engendrer une sorte de lassitude qui conduit à la passivité. Le paradoxe provient du fait que ce qui est devenu facile d’accès se retrouve à terme moins utilisé que lorsque l’accès en était difficile.»

C’est le syndrome Amazon.

Suffit de penser à toutes ces bébelles dont se désintéressent les enfants, à peine le cadeau déballé.

J’ai fait une expérience avec mes gars il y a quelques années quand, tout à coup, il leur fallait «absolument» un Hand spinner, cette espèce de bidule qu’il fallait faire tourner entre les doigts. Tout le monde en avait, ils devaient en avoir un. J’ai résisté, je leur ai dit qu’ils n’en avaient pas besoin et oui, j’étais une «mère plate». 

Je leur ai répété que c’était un faux besoin, que cette mode finirait aussi vite qu’elle a commencé, ils ne me croyaient pas. Quelques semaines plus tard, ils ont arrêté de me casser les oreilles avec ça. Le règne de cette toupie était terminé, les commerces tentaient d’écouler leurs invendus à un prix dérisoire.

Mes gars passaient devant les bacs de liquidation, ils n’en voulaient plus.

Je leur ai fait remarquer.

Et je leur rappelle chaque fois qu’ils arrivent avec une nouvelle saveur du mois pour qu’ils y pensent deux fois. Surtout maintenant qu’ils ont de l’argent de poche, je leur propose de l’acheter eux-mêmes s’ils en ont «absolument» besoin et c’est drôle, tout à coup, ils peuvent s’en passer.

Ils prennent même goût à économiser.

La partie n’est évidemment pas gagnée, mes gars continuent à se faire bombarder de publicités, ils grandissent dans un monde où on s’attend d’eux qu’ils consomment toujours plus, surtout pas mieux. 

Où on leur dit que leur bonheur en dépend.

Nous, les humains

J’ai mérité ma poutine

CHRONIQUE / Il y a un an, j’ai promis dans cette chronique que je ne mangerais pas de malbouffe en 2019.

Ai-je tenu ma promesse? Oui, à quelques exceptions près. 

Cet automne, j’ai succombé au pain à la citrouille de ma blonde. À l’occasion, je me suis autorisé de la pizza et des hamburgers faits avec des ingrédients de bonne qualité. Et, en vacances aux Îles-de-la-Madeleine, j’ai été incapable de refuser la pointe de tarte qui m’a été servie par des Madelinots qui nous ont si gentiment reçus. 

Sinon, j’ai été incorruptible. 

Durant 365 jours, j’ai résisté au roucoulement de la malbouffe dans ma propre maison. Les croissants au centre de la table le samedi matin; les chips sur le comptoir pendant la bière de fin d’après-midi; les biscuits aux pépites de chocolat qui sortent du four; les frites de take-out qui diffusent leurs effluves au rez-de-chaussée; la cargaison de bonbons que les enfants ramassent à l’Halloween ; les restes de bûche de Noël...

J’ai aussi trimballé mon abstinence chez ma famille, mes amis et au resto, où j’ai dit non merci à une armada de desserts, chaque fois un peu mal à l’aise : «Ah, ouin, c’est parce qu’au début de l’année, j’ai pris une résolution...». Souvent, mes filles finissaient par l’expliquer à ma place: «papa, il ne mange plus de sucre».

Certains diront que j’ai échoué, sachant que je me suis autorisé de rares exceptions. D’autres objecteront que la malbouffe est un concept trop flou et que ma promesse était bidon de toute façon. 

Peu importe, j’ai l’impression d’avoir tenu bon. Quand je repense à ces innombrables occasions où je me suis abstenu, alors que j’aurais pu grignoter des chips en paix, gober une Snickers vite fait ou me taper une poutine incognito au Ashton, oui, je peux dire : «mission accomplie».

Mais bon, à la limite, on s’en fout. Ce n’est pas tant le résultat qui compte que ce que j’ai appris au fil de mon insubordination aux tentations comestibles. Et ce que j’ai appris, en un mot, c’est comment persister. 

Plusieurs fois dans ma vie, j’ai amorcé l’année en me promettant de dire adieu à la malbouffe ou en tout cas d’en manger beaucoup moins. Gonflé par l’enthousiasme du Nouvel An, je persévérais quelques jours, quelques semaines, parfois même jusqu’en février. Après, j’abandonnais. 

Je suis loin d’être le seul. Ces ratés font partie intégrante de l’expérience humaine. Tu te lèves un matin, tu mets le poing sur la table et tu décides de changer un pan de ta vie : j’apprends une nouvelle langue, je respecte mon budget, je cesse de couper la parole à ma blonde, j’arrête de fumer, je me couche plus tôt, je perds ma bedaine, etc. 

Durant plusieurs semaines, tu tiens bon. Et là, la vie s’en mêle. Un rush au bureau. Une chicane de couple. Un avertissement pour fiston à l’école. Tu lâches l’espagnol, tu t’achètes un écran flambette, tu finis les phrases de ta douce, tu regardes une série jusqu’à minuit un lundi et t’avales deux hot-dogs et une rondelle d’oignon pendant que le saumon et les haricots attendent au frigo. Puis c’est bye-bye la résolution. 

Des chercheurs l’ont montré : quand on se sent distrait ou particulièrement fatigué ou surmené, nos intentions perdent les commandes et les habitudes reprennent le dessus. Dans ce temps-là, c’est tentant de s’autoflageller : «voyons, t’es donc ben faible, tu manques de discipline». 

C’est là qu’on se trompe. 

Une série d’études menées par les chercheurs Brian Galla et Angela Duckworth a montré que les champions de la maîtrise de soi ne sont pas plus doués pour combattre leurs impulsions. Ils sont juste plus doués pour éviter le combat. Comment ? En formant de (bonnes) habitudes. 

Les habitudes ont ceci de particulier qu’elles sont automatiques. Quand vous répétez un comportement assez souvent dans le même contexte, il finit par s’automatiser. Les bonnes habitudes exigent donc beaucoup moins d’effort mental que la volonté. C’est pourquoi elles sont plus efficaces dans la durée. 

Un des moyens les plus efficaces de former des habitudes est de modifier le contexte physique ou social pour faciliter ou décourager le comportement souhaité. 

La chercheuse Wendy Wood a par exemple demandé à des étudiants de lui rapporter toutes les fois où ils se disaient «oops, je n’aurais pas du faire ça» — ce qui se produisait surtout quand ils veillaient trop tard, s’empiffraient, procrastinaient ou paressaient. 

Au final, les étudiants qui avaient le plus de succès n’étaient pas ceux qui s’en remettaient à la dureté de leur mental. C’était ceux qui enlevaient la tentation de leur environnement. Pour contrer l’attrait du roupillon, ils partaient de leur appart et se rendaient à la bibliothèque pour étudier. Pour éviter d’engloutir les restes du gâteau le lendemain, ils les jetaient à la poubelle la veille. 

On peut aussi mobiliser notre environnement social pour se donner encore plus de chances de succès. C’est ce que j’ai fait en m’engageant publiquement à ne pas manger de malbouffe. Tout d’un coup, j’avais l’impression de devoir rendre des comptes sur mon alimentation à ma blonde, mes enfants, ma famille, mes amis, mes collègues et mes lecteurs. 

Même si la plupart avaient probablement oublié ma promesse en cours de route, j’avais quand même le sentiment qu’à tout moment on aurait pu me prendre en défaut si je ne l’avais pas tenue : «Aha! Je savais que t’allais manger des cochonneries !»

En me commettant ainsi devant vous, j’augmentais aussi le coût de me planter. Les gens auraient su ce que valent mes promesses du Nouvel An (pas grand-chose). Et si j’avais continué à manger de la junk après avoir échoué ma résolution, j’aurais eu l’impression de revoir mon échec au moindre craquement d’une chips sous mes dents. 

Chaque fois que je songeais à me goinfrer, c’était automatique : je pensais à la promesse que j’aurais pu briser. Et c’était suffisant pour m’arrêter. Une habitude mentale s’était formée. Elle a été assez robuste pour me permettre de tenir jusqu’au 31 décembre. 

Et maintenant ? Ma quasi-abstinence a certainement diminué mon appétit pour les sucreries et la friture, par exemple. Mais je ne voudrais pas retomber dans mes mauvaises habitudes, alors j’ai bien l’intention de maintenir une restriction assez stricte de ma consommation de malbouffe. Ce sera une fois par semaine, c’est tout. 

J’ai quand même envie de recommencer à manger du gâteau aux fêtes de mes enfants et de la bûche à Noël. J’ai aussi hâte de manger ma première poutine depuis un an. Je me demande encore où je vais aller renouer avec ce mélange divin de gras, de sel et de squik-squik. Des idées?