En famille

Coupable!

CHRONIQUE/ Réunie récemment avec des amis pour le souper de fête d’une des petites, j’ai été confrontée dans mes convictions parentales.

Choquée, ce que j’ai trouvé de mieux à faire a été de m’éloigner de la scène qui venait heurter mes valeurs. «Cette maman est en train d’éduquer sa fille selon ce qu’elle croit être le mieux pour elle, à partir de ce qu’elle sait et de ce qu’on lui a appris», ai-je tenté de me convaincre.

Science

Un café 2 laits 2 velcros svp!

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi tout ce qui est sucré est collant? Le miel l’est, le sirop l’est, alors pourquoi?» demande Michel Lévesque.

Il y a deux grandes manières de faire coller deux choses ensemble. On peut procéder par réaction chimique, comme avec les colles. Par exemple, les «super-colles» (dont la célèbre Krazy Glue) sont des molécules nommées cyanoacrylate, qui sont des liquides à température de la pièce. Cependant, en présence ne serait-ce que d’un tout petit peu d’eau — même l’humidité de l’air suffit —, elles réagissent entre elles pour former de longues chaînes. Et une fois sous la forme d’un paquet de chaînes enchevêtrées, pour ainsi dire «prises en pain», les cyanoacrylates deviennent des solides : c’est ce qui fait durcir la colle.

L’autre façon de coller deux choses ensemble passe par des interactions moléculaires, qui sont pas des liens aussi solides et permanents que les réactions chimiques, mais qui peuvent quand même être relativement forts. Et c’est un type d’interaction en particulier, que les chimistes appellent ponts hydrogène, qui rend collantes les substances sucrées.

Quand on dit que deux atomes «réagissent» ensemble, cela signifie qu’ils «partagent» des électrons. Chacun y met un électron, et la paire qu’ils ont désormais en commun les tient ensemble. Or il y a des atomes qui attirent les électrons plus fortement que d’autres. Dans une molécule d’eau (H2O), par exemple, l’atome d’oxygène attire les électrons beaucoup plus fortement que les deux hydrogènes. Et comme les électrons ont une charge électrique négative, l’oxygène prend lui-même une (légère) charge négative; les hydrogènes sont au départ neutres, mais le fait de se faire plus ou moins «voler» un électron chacun les rend légèrement positifs. Cela nous fait donc une molécule qui est, dans l’ensemble, neutre, mais qui a des «bouts» qui sont magnétiques.

Alors que va-t-il se passer quand deux molécules d’eau vont se rencontrer ? Eh bien en magnétisme, les contraire s’attirent, alors les bouts positifs de l’une vont avoir tendance à s’aligner sur le bout négatif de  l’autre. Encore une fois, ça n’a pas la force d’un lien chimique en bonne et due forme, si bien que nos deux molécules d’eau ne resteront pas «attachées» longtemps et passeront rapidement leur chemin. Mais ces «ponts hydrogène», de leur petit nom, ont quand même des effets tangibles — par exemple, l’eau s’évaporerait à bien moins que 100°C si ce n’était de ces attractions.

Maintenant, explique le chercheur en chimie de l’Université Laval Normand Voyer, ces ponts hydrogène agissent un peu à la manière du velcro : «S’il y a seulement un ou deux crochets qui se prennent, ça ne tiendra pas bien. Mais s’il y en a beaucoup plus, alors là, ce sera plus solide.»

Or c’est en plein ce qui se passe avec les molécules de sucre. Si l’eau est une bien petite molécule (H2O), le sucre est dans une autre catégorie : 6 molécules de carbone, 12 d’hydrogène et 6 d’oxygène (C6H12O6). Alors cela fait beaucoup plus de «bouts» chargés positivement (les hydrogènes) et négativement (les oxygènes) que dans une molécule d’eau, donc beaucoup plus de ces «crochets de velcro», souligne M. Voyer. Et c’est pour cette raison que le sirop et le miel sont collants.

Maintenant, pourquoi le sucre blanc en granules ne colle-t-il pas ? «C’est parce que quand le sucre est sec, il est très dense. Alors c’est comme si le velcro était tout pris ensemble», explique M. Voyer. Quand on y ajoute un peu d’eau, cela dissout le sucre (au moins une partie), ce qui vient défaire la «boule» dont il parle. «Et ça, ça va libérer des centaines de milliards de petits crochets de velcro qui vont aller s’accrocher à n’importe quelle surface.»

* * * * *

«Nous avons eu un questionnement en famille récemment : quel sel utiliser pour faire cuire les homards ? Le sel de table, le gros sel, le sel de mer ? Mon beau-frère dit que cela ne change rien puisque ça reste du chlorure de sodium, mais qu’en est-il ?», demande Chantale Boivin, de Cap-Rouge.

Il est vrai que tous ces sels sont constitués très, très principalement de chlorure de sodium (NaCl). La part varie selon le type de sel, le fabricant et le site web consulté, mais pour le sel de table, elle tourne autour de 95 à 99 %, le reste étant constitué de traces d’autres minéraux et d’additifs comme l’iode (ajouté pour prévenir des carences qui causeraient des problèmes de développement) et des agents qui empêchent les grains de sel de s’agglomérer. [http://bit.ly/2w88ICE]

Et le sel de mer? Sur le site de Marisol [http://bit.ly/2Vz6ve2], un fabricant portugais de fleur de sel (soit les cristaux qui finissent par flotter sur de l’eau de mer que l’on fait évaporer), on apprend que la fleur de sel contient environ 97% de NaCl, le reste étant composés de minéraux divers, comme le magnésium. J’ai aussi trouvé d’autres analyses de sels de mer [http://bit.ly/2WPZWoO] dans lesquelles la part de chlorure de sodium varie entre 87 et 93 %, ce qui laisse plus de place pour les autres minéraux, mais elles comprennent une quantité (non-divulguée) d’eau, si bien que la part du NaCl y est sous-estimée.

Cela n’empêche pas qu’il y ait des différences avec le sel de table, remarquez. Les sels de mer peuvent receler des restants d’algues ou des traces d’argiles, par exemple, qui vont les colorer et leur donner une saveur particulière. Donc oui, c’est presque juste du NaCl (c’est pour cette raison, d’ailleurs, que les autorités médicales disent toutes qu’aucun type de sel n’est vraiment moins pire que les autres), mais il reste des différences.

Maintenant, lequel choisir pour le homard ? C’est une question de goût qui sort du cadre de cette chronique, mais quelque chose me dit que le homard est toujours bon de toute manière…

* * * * *

Vous vous posez des questions sur le monde qui vous entoure ? Qu’elles concernent la physique, la biologie ou toute autre discipline, notre journaliste se fera un plaisir d’y répondre. À nos yeux, il n’existe aucune «question idiote», aucune question «trop petite» pour être intéressante ! Alors écrivez-nous à : jfcliche@lesoleil.com.

Isabelle Légaré

Code blanc

CHRONIQUE / Un usager qui perd son calme et se montre agressif, ça arrive. Pas tous les jours, mais le risque d’être victime de la violence verbale ou physique est réel pour les gens qui travaillent dans le milieu de la santé.

Nul n’est à l’abri d’une insulte, d’être solidement agrippé par le bras, d’un crachat, d’une morsure, d’une chaise lancée comme un projectile, d’être bousculé, d’une claque au visage…

Chronique

La mort est mon métier [VIDÉO]

CHRONIQUE / On ne sait trop d’où venait «Black Bob» ni comment il s’était retrouvé à Québec. Plusieurs des bourreaux de l’époque étaient noirs. Ce n’était pas des esclaves, mais pour ce métier ingrat, les shérifs recrutaient souvent des gens déjà exclus de la société, notamment par la couleur de leur peau. «Black Bob», de son vrai nom Robert Lane, fut le plus connu des bourreaux de Québec et plusieurs historiens en font mention. En fonction de 1778 jusqu’à sa mort en 1796, il a présidé à 7 ou 8 pendaisons publiques à la potence des plaines d’Abraham, près de la tour Martello no 2.

Plusieurs centaines, parfois des milliers de personnes, venaient assister à ces exécutions-spectacle.

«Il était important dans l’esprit du pouvoir de l’époque de marquer l’esprit du public. C’était salutaire. Ça allait les empêcher eux-mêmes de pécher», raconte le professeur de sciences historiques de l’Université Laval Donald Fyson.

Les bourreaux avaient aussi le mandat d’exécuter les sentences de fouet et de mise au pilori. Les crimes de vol, de viol, de sodomie, de trahison et de meurtre étaient punissables de mort. 

Les peines étaient souvent commuées en prison à vie ou en exil dans des colonies pénales, mais pas toujours.

En vertu du Murder Act de 1752, pendre les condamnés pour meurtre ne suffisait pas. On leur enlevait aussi le droit à une sépulture et, après la mort, leur corps restait exposé un moment au bout de la corde avant d’être livré au chirurgien pour une dissection publique. Je vous épargne ici le reste des détails.

On ne s’étonne pas que le métier de bourreau menait à l’exclusion sociale. Ces hommes étaient d’ailleurs logés à l’écart, à la prison, avec leur femme s’ils étaient mariés, où ils étaient payés, nourris et habillés. 

«Black Bob» a ainsi logé à la redoute royale (démolie en 1808 pour faire place à la prison de Québec, l’actuel Centre culturel Morrin ou Morrin Centre), puis à la prison commune des Nouvelles-Casernes où il habitait encore à l’heure de son décès, à l’âge de 48 ans. 

Les bourreaux étaient craints. Détestés pourrait-on penser. 

Chronique

Modèle de base et école publique

CHRONIQUE / Le système scolaire public s’apparente de plus en plus à l’achat d’un «char». Les moins fortunés doivent se contenter du modèle de base alors que les mieux nantis ont plusieurs options et le choix du modèle qui pourra les conduire plus loin.

Le gouvernement Legault aime dire qu’il poursuit le travail amorcé dans les années 1960 par la commission Parent avec son projet de loi sur la laïcité.

Dommage qu’avec son projet de loi 12 sur les frais scolaires, il ne manifeste pas le même souci de poursuivre, voire de préserver, le volet majeur du rapport Parent : la gratuité scolaire et la démocratisation de l’accès à l’éducation.

«Réparons le système et offrons ce qu’il y a de mieux à nos enfants», a dit cette semaine à l’Assemblée nationale le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. 

L’affirmation du ministre est trompeuse.

Lui et son gouvernement acceptent que des élèves aient accès à l’école publique à des programmes stimulants (sports, arts, langues, informatique, éducation internationale) parce que leurs parents ont les moyens de payer les centaines de dollars exigés, tandis que des milliers d’autres enfants ont accès uniquement aux services de base, à la classe «ordinaire». 

«Le droit à la gratuité, là, c’est les matières de base, c’est les services particuliers, c’est tout ce qu’il faut pour amener nos jeunes qui ont soit de la douance, soit une facilité normale ou soit des difficultés, des besoins particuliers, de donner 100 % des services professionnels pour que chaque jeune aille au bout de son potentiel. C’est ça notre mission», a soutenu le ministre.

Le portrait est incomplet. 

Dans une même école publique, d’autres enfants ont tout ça et plus encore, et seulement du fait que leurs parents peuvent assumer une facture qui va au-delà des fournitures scolaires.

Sans aller jusqu’à payer un programme de sports équestres à 10 000 $ par année à tout le monde, le Québec doit rétablir l’équité dans le système scolaire public et ce n’est pas en ajoutant des activités parascolaires et deux sorties culturelles gratuites par année qu’il y parviendra. 

Il coûterait des centaines de millions de dollars pour financer la gratuité et les crédits ne permettent pas de financer cette gratuité, a indiqué le ministre Roberge.

Son gouvernement a pourtant trouvé des crédits pour compenser les commissions scolaires qui perdront des centaines de millions de dollars chaque année, et ce parce que la CAQ a promis de réduire les comptes de taxes scolaires en uniformisant le taux de taxation à celui le plus bas existant au Québec.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a signalé au ministre les brèches que comporte son projet de loi en regard de droit à l’instruction publique gratuite et à l’exercice de ce droit sans discrimination pour les enfants en situation de pauvreté. La Commission a rappelé la mise en garde formulée en 2007. 

Frais illégaux et vice caché

En vain. Même si le ministre lui-même a reconnu qu’il était illégal d’imposer des frais aux parents pour des programmes particuliers et qu’il s’agissait en quelque sorte d’un «vice caché» par les gouvernements précédents, il ne corrige pas le tir et ne voit pas la nécessité de contrer la ségrégation scolaire et l’école publique à deux vitesses.

M. Roberge estime que l’entente conclue entre les commissions scolaires et les parents qui les poursuivaient pour des frais en trop — 153 millions $ — préserve le milieu scolaire d’un autre recours du genre devant les tribunaux. Le but de son projet de loi est aussi de ne pas exposer les commissions scolaires à un autre recours collectif. 

C’est à suivre. Apprenant que le ministère savait que réclamer des frais pour les programmes pédagogiques particuliers était illégal, un père dont le fils a suivi un programme de sport-études-hockey a déposé cette semaine une demande d’action collective au palais de justice de Montréal.

Il est désolant de voir que le gouvernement se limite à réduire la facture des frais scolaires plutôt que de favoriser une véritable égalité des chances. 

Au secondaire, les élèves qui fréquentent une école privée ou un programme particulier dans une école publique ont deux fois plus de chances d’accéder au cégep, et respectivement neuf fois et six fois plus de chances d’aller à l’université que ceux inscrits à une école «ordinaire» publique. C’est le rappel que faisait en janvier le professeur Égide Royer, de l’Université Laval.

Le ministre soutient que son projet de loi a été rédigé en suivant trois principes : la clarté, l’équité et l’accessibilité. 

«L’accessibilité, parce qu’avec l’adoption de ce projet de loi là il y aura plus de gratuité qu’avant, et nos écoles seront plus accessibles. Il y aura moins de frais qui seront chargés aux parents». 

«Plus de gratuité qu’avant» pour l’école qui est obligatoire jusqu’à 16 ans ne rend pas les programmes d’éducation internationale, de sports, de langues, d’informatique, de science ou de musique plus accessibles aux enfants de familles moins nanties financièrement.

«[…] les jeunes aiment ces parcours particuliers, les enseignants les aiment, les parents les demandent», disait mardi le ministre. Il a raison.

C’est d’ailleurs pourquoi plusieurs élèves et leurs parents les préféraient au modèle de base.

Richard Therrien

Le Trône de fer: la saison à refaire?

CHRONIQUE / Aussi bien vous le dire tout de suite : cette chronique contient des éléments qui risquent d’insatisfaire ceux et celles qui n’ont pas vu l’avant-dernier épisode du «Trône de fer» («Game of Thrones»), diffusé dimanche dernier. Alerte aux divulgâcheurs.

Voilà, c’est dit. Les fans l’ont attendue avec impatience cette huitième et ultime saison, presque deux ans après la chute du mur et l’invasion des marcheurs blancs. À quelques jours de la grande finale, ils sont sens dessus dessous. Cet épisode d’Apocalypse, sans doute le plus violent, m’a laissé sur le cul dimanche soir. On nageait en plein film d’horreur, se demandant ce qui allait rester de Port-Réal. Eh bien, à peu près rien. La scène de bataille entre Sandor et Gregory était aussi interminable qu’insoutenable, yeux crevés et couteau dans la tête inclus.

Ce cinquième épisode, qu’on dira maudit, a obtenu la plus faible cote de toute la série sur le site Rotten Tomatoes. À l’inverse, il a rassemblé 18,4 millions de télé­spectateurs, un record pour la série. La grogne est bien réelle, des fans ont même lancé une pétition pour faire réécrire la dernière saison de la série. L’auteur des romans, George R.R. Martin, qui a travaillé étroitement avec HBO jusqu’à la cinquième saison, avait prédit cette polémique. N’empêche, il a confié à 60 Minutes que son histoire ne devrait pas trop différer de celle de la série télé, sauf pour les personnages secondaires. Il peut toujours changer d’idée.

Bien entendu, je souhaitais depuis le premier jour voir Cersei Lannister périr dans d’atroces souffrances, à la hauteur de sa cruauté. Mais je n’avais pas imaginé que cette femme forte, qu’on a confinée à regarder par sa fenêtre du donjon rouge, mourrait bêtement ensevelie sous les pierres, enlaçant son jumeau et amant, une scène ridiculisée sur les réseaux sociaux. Tout ça après l’idylle bâclée entre Jaime et Brienne.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette huitième et ultime saison très attendue a déstabilisé les fans de la première heure. De l’avis de plusieurs, les personnages ont pris une toute autre dimension, souvent incohérente avec leur véritable nature. Le meilleur exemple en est Daenerys Targaryen, la mère des Dragons, pacifique depuis toujours, épargnant les innocents et même les coupables, mais devenue soudainement cruelle et sans pitié. La voir détruire Port-Réal à dos de dragon, faisant fi des cloches indiquant la reddition de l’armée de Cersei, avait quelque chose de surréaliste. Déception pour ceux qui, comme moi, s’accrochaient à la profondeur d’âme de ce personnage de pouvoir. Or, d’autres se sont souvenus que Daenerys avait eu une vision de la salle du Trône recouverte de cendres, dès la deuxième saison. Un rêve prémonitoire en quelque sorte. D’autres scènes ont servi de présages à cette hécatombe. Il n’y a rien qui arrive pour rien.

De tous, Jon Snow est celui qui est resté le plus fidèle à lui-même, mais il regrettera sans doute amèrement sa confiance presque aveugle en Daenerys. Quoi qu’on en dise, cette cinquième saison aura atteint des sommets d’effets visuels mystifiants. La bataille nocturne, qui a nécessité 55 nuits de tournage, était particulièrement saisissante, mais jamais autant que la destruction de Port-Réal. Et les dragons m’apparaissaient réels, même si personne n’aurait été capable de se tenir sur leur dos comme l’ont fait Daenerys et Jon Snow.

Comment se conclura cette grande saga? La fin apaisera-t-elle un peu les fans déçus? Rendez-vous dimanche à HBO à 21h, en simultané à Super Écran, avec sous-titres français, avant la diffusion de l’épisode en version doublée, lundi à 22h. Mon seul souhait : ne tuez pas Jon Snow.

Monde

Autrement dit

La citation

«À ce niveau de prix […], ce ne sont pas les historiens d’art ni même les collectionneurs qui arbitrent, mais les banquiers.»

— Stéphane Corréard, spécialiste de l’art contemporain, commentant le fait qu’un lapin métallique du sculpteur Jeff Koons vient d’atteindre 91 millions $, lors d’une vente aux enchères. La surenchère devient une habitude, même si bien peu d’artistes profitent de la manne. Dans l’art contemporain, les 20 artistes vivants les plus recherchés se partagent 64 % du marché mondial.

Source :  Le Monde

***

Nous, les humains

Les ordures printanières

CHRONIQUE / Julie et Michel n’ont pas de chien, mais ces jours-ci, ils traînent des sacs de plastique quand ils vont prendre une marche.

Cette semaine, par exemple, ils sont allés se promener sur le sentier de la côte Gilmour et au parc naturel du Mont-Bélair, à Québec. «La récolte a été très fructueuse», m’a écrit Julie dans un courriel accompagné de deux photos où on peut voir Julie et son conjoint à côté de sacs bleus remplis d’environ 400 canettes ou de sacs noirs débordant de déchets.

La semaine précédente, Julie m’avait fait parvenir une autre photo. Lors d’une promenade au parc des Braves, elle avait retrouvé une vingtaine de sacs de crottes de chien que les maîtres avaient laissé traîner là.

C’est comme ça depuis que la neige a commencé à fondre : Julie et Michel enlèvent les cochonneries laissées par des inconnus dans les endroits publics et les terrains vagues. 

«Se pourrait-il que l’humain s’habitue à la présence de déchets et finisse par ne plus les voir?», m’a écrit Julie. [...] En attendant, je continue de ramasser les déchets que je trouve sur ma route même si je me sens bien seule.» Au moins, il y a Michel à ses côtés. Et d’autres bons samaritains qui font comme eux. 

C’est un phénomène intrigant. Pourquoi certaines personnes s’autorisent-elles à jeter leurs ordures dans l’environnement? Et pourquoi d’autres se dévouent-elles à nettoyer après leur passages? 

On pourrait vite conclure que les gens qui salissent leur quartier ne sont qu’une bande d’égoïstes malpropres. Mais ce n’est pas si simple que ça. 

Des scientifiques ont étudié ceux qui souillent leur environnement et ont observé qu’un des facteurs les plus importants n’est pas le je-m’en-foutisme des gens, mais les «normes sociales» qui règnent à leur époque ou dans leur culture. 

Dans les années 60, par exemple, les citoyens étaient beaucoup plus susceptibles de jeter leurs ordures dans des espaces publics. Dans les années 1980, le vent a commencé à tourner et il est devenu de plus en plus mal vu de le faire. Aujourd’hui, c’est encore plus tabou de jeter ses vidanges par la fenêtre de la voiture, par exemple. 

Or, comme Julie et Michel le constatent, les normes sociales ne sont pas à toute épreuve. Il reste encore des gens qui polluent leur environnement quand les autres ne regardent pas. 

Mais ce n’est pas forcément parce qu’ils s’en fichent. Souvent, c’est une question bêtement pratique. Une étude du professeur P. Wesley Schultz, de la California State University, près de San Diego, a montré que la distance par rapport à une poubelle ou un bac à recyclage était le facteur le plus important pour prédire qui allait jeter ses déchets dans les endroits publics. 

Alors, plus les villes mettent des poubelles ou des conteneurs de recyclage à disposition des citoyens dans les espaces publics, moins les gens se délestent de leurs déchets n’importe où. 

Comme pour bien d’autres enjeux environnementaux, ils sont bien prêts à poser un geste écolo, mais tant que ça ne leur demande pas trop d’efforts, a expliqué Schultz à The Allegheny Front, une radio publique en Pennsylvanie qui se concentre sur les enjeux environnementaux. 

Mais la distance n’est pas le seul facteur. Plus il y a d’ordures dans un parc ou une rue, plus les gens ont tendance à se laisser aller. «Ainsi, si vous êtes dans un endroit déjà très pollué, vous aurez beaucoup plus de risques de le faire que si vous êtes dans un endroit propre ou exempt de déchets», a expliqué Schultz. 

Autrement dit, les gens qui décident de faire le ménage de leur rue ou de leur parc montrent l’exemple et peuvent en inspirer d’autres.

Julie et Michel ont peut-être l’impression de se battre contre Goliath en cette période d’ordures printanières. Mais en se promenant avec leurs sacs de poubelles, ils changent chaque fois un peu plus la norme sociale. Et un jour, peut-être, ils pourront marcher en paix.

Chronique

L'art de tordre les chiffres

CHRONIQUE / Il faut vraiment tordre les chiffres et la géographie pour trouver dans cette Enquête de déplacements origine-destination la démonstration d’un besoin pour un troisième lien autoroutier à l’est. On y trouve au contraire la confirmation que les trois quarts des déplacements vers la rive nord à l’heure de pointe du matin se font de l’ouest de Lévis (Saint-Nicolas, Saint-Romuald, Saint-Jean-Chrysostome, etc.) à l’ouest de Québec.

Il est invraisemblable de penser que les citoyens qui y habitent vont faire un détour par l’île d’Orléans pour aller travailler ou étudier.

Contrairement à ce qu’on fait miroiter, un troisième lien à l’est ne pourra avoir qu’un effet très marginal pour soulager le trafic sur la rive sud à l’approche des ponts.

Le poids de l’ouest était connu. La précédente étude (2011) l’avait bien montré et le portrait des déplacements a peu changé depuis, sinon que leur nombre a continué d’augmenter et que la part de l’auto-solo est en hausse. 

Pour le reste, ce sont les mêmes quartiers d’origine, les mêmes destinations de travail et d’études, le même réseau routier et la même offre de transport en commun. 

Il aurait été étonnant que les axes de déplacements aient changé. Pas de surprise donc.

Les partisans du troisième lien, le ministre des Transports François Bonnardel en tête, ont pourtant trouvé réconfort dans cette étude. 

Ils n’allaient pas se laisser démonter par les statistiques, même si celles-ci plaident plutôt contre le projet. 

Je ne veux pas vous assommer avec des chiffres. La méthodologie de l’étude est complexe et je risquerais de me perdre dans les détails. 

Je retiendrai seulement celui-ci, mis de l’avant par le ministre à l’appui du projet de troisième lien : 21 000 déplacements entre l’est de Lévis et l’est de Québec. Un nombre «important», analyse M. Bonnardel, surtout que les déplacements est-est ont davantage progressé que dans l’ouest. Dans les faits, ce n’est pas si clair. D’autres tableaux tirés de la même étude suggèrent au contraire que les déplacements est-est stagnent. 

Ce que M. Bonnardel n’a pas précisé, c’est que pour arriver à 21 000 déplacements, il a inclus plus de 8000 déplacements provenant de l’est de Québec à destination de l’est de Lévis. Ces 8000 déplacements se font à contresens du trafic du matin sur les ponts et peuvent difficilement servir d’argument pour un troisième lien qui prétendrait soulager la congestion. 

Pour arriver à 21 000, M. Bonnardel a aussi été très «créatif» dans son découpage géographique entre l’est et l’ouest. Une portion du territoire entre les rivières Chaudière et Etchemin a par exemple été «déplacée» dans l’est pour étoffer la thèse du ministre et en faire des clients potentiels d’un troisième lien. 

Le ministre a aussi «étiré» la carte pour placer dans l’est trois des cinq principaux pôles de destination, dont le centre-ville de Québec et Lebourgneuf. Les citoyens qui s’y rendent utiliseraient «nécessairement» un troisième lien, croit M. Bonnardel. 

Rien n’est moins sûr. Les gens ne sont pas fous. Ils se logent autant que possible à proximité de leur travail et voudront limiter les distances et les détours. 

À preuve, dans chacun des douze secteurs à l’étude, ce sont les déplacements locaux intrasecteurs qui sont les plus nombreux. Ça veut dire quelque chose. Les citoyens ne font pas exprès de se compliquer la vie. 

À voir les partisans et promoteurs du troisième lien aussi inébranlables devant les constats de l’Enquête origine-destination, on a le goût de citer Mark Twain : «Never let the truth get in the way of a good story». Traduction libre : ne laissez pas les faits nuire à une bonne histoire. 

Le troisième lien suivra donc son chemin. Peu importe ici qu’il ne permette pas d’atténuer la congestion, qui était pourtant la principale motivation à vouloir le faire. 

À défaut de chiffres convaincants sur la circulation, on entendra d’autres arguments.

• Celui de la sécurité publique par exemple. Il faut «sécuriser le réseau», plaide le ministre. Les deux ponts ont été bloqués en même temps cet hiver (verglas) a-t-il rappelé. Il faut donner une «option additionnelle». 

• Celui du transport lourd et du transport interrégional, qu’on voudrait détourner de Québec grâce à un troisième lien. Je n’ai jamais vu de statistiques permettant de quantifier cette réalité, mais je ne désespère pas d’en obtenir.

• Celui du besoin d’un périphérique, que le chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Québec présente comme une évidence «d’urbanisme». Je ne connais pas cette théorie. Il faudra que je me renseigne.

• Celui d’un meilleur équilibre de l’économie entre l’est et l’ouest. Il faut cependant savoir qu’un rééquilibrage vers l’est aura nécessairement des conséquences sur l’étalement urbain et sur l’érosion des terres agricoles. Je vois mal le bénéfice.

Un local perdu au bout d’un dédale d’escaliers, de passages, de portes verrouillées. Les guides chargés de nous y mener avaient dû faire une répétition le matin pour ne pas s’égarer eux-mêmes entre l’origine et la destination. Une salle sans WiFi, sans table pour poser les ordis et écrire, sans papier pour suivre. Les copies sont arrivées 40 minutes en retard, en noir et blanc pour des graphiques et tableaux couleur. Essayez de suivre des pages de chiffres sans support. J’ai rarement vu une présentation de presse aussi mal foutue. 

Personne ne va s’apitoyer sur les petits aléas du travail de journaliste. 

Je ne crois pas aux théories du complot et ne suis pas très parano. On a cependant senti un malaise. 

Cette période de questions artificiellement écourtée par un horaire planifié trop serré. Cette absence planifiée de tableaux et de réponses sur tous les chiffres pouvant éclairer l’enjeu du troisième lien. Comme si personne n’avait vu venir que ce serait le principal sujet d’intérêt. Ou comme si on avait voulu s’assurer de ne pas fournir de matériel et d’éclairage pouvant faire mal paraître le projet du ministre. 

Cela tient de l’anecdote, mais je note que ce ministère des Transports, qui choisit un local inefficace perdu au bout d’un dédale, est le même qui dessine vos autoroutes et planifie votre troisième lien. 

Pas de rapport vous dites. Je le souhaite aussi.