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Chronique

Oui au «mea-culpa», mais faut pas exagérer!

CHRONIQUE / Après avoir reconnu mardi ses erreurs dans la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le gouvernement de François Legault n’avait pas envie mercredi de mettre, en plus, un genou à terre. Il estime en avoir déjà fait assez dans le «mea-culpa».

Le groupe parlementaire caquiste a donc repoussé une motion l’invitant «à collaborer avec la fonction publique québécoise» et à «tenir compte de son expertise dans l’élaboration des politiques publiques».

Sur le fond, personne au sein du gouvernement ne se déclarera en désaccord avec un tel énoncé. On n’entendra aucun ministre argumenter qu’il ne faut pas s’appuyer sur la fonction publique!

Mais en acceptant cette motion parlementaire de Québec solidaire, le gouvernement Legault aurait attesté que le ministre Simon Jolin-Barrette n’a pas pris en compte des avis de la haute fonction publique sur la réforme du Programme de l’expérience québécoise; et, par extension, que la gouvernance a connu des dysfonctionnements.

Un élément de perspective tout de même : ce n’est quand même pas la première fois que des avis de la haute fonction publique sont ignorés! Éloignons-nous dans le temps : sous d’autres gouvernements, ce sont même des avis juridiques internes qui ont été rejetés en toute conscience.

Si le problème autour du PEQ a beaucoup porté sur des erreurs de fait, c’est aussi que des garde-fous ont manqué. Des boulons devront être resserrés dans les mécanismes de gouvernance entre ministres et entre ministères.

Jusqu’au bout

Simon Jolin-Barrette n’avait pas le choix d’admettre des erreurs, mardi. Comment pouvait-il en être autrement dès lors que la réforme présentée il y a deux semaines avait été officiellement suspendue? Il devait passer par cette reconnaissance, mais c’était tout de même sans surprise.

Dans la foulée, le ministre a promis qu’il consultera ses «partenaires» des milieux économiques et de l’enseignement supérieur pour confectionner la prochaine mouture de son plan. Il n’a pas parlé de la fonction publique.

On peut toutefois être certain qu’il voudra aussi écouter très attentivement les avis qu’elle lui fournira dans la révision qu’il réentreprendra du PEQ — lequel peut permettre de décrocher assez rapidement un certificat de sélection du Québec, qui lui-même mène à l’obtention de la résidence permanente et, éventuellement, à la citoyenneté canadienne.

Le ministre sait bien qu’il n’aura pas droit à une autre erreur du genre. Il s’organisera pour être capable de défendre sa prochaine mouture et la porter jusqu’au bout. Et il n’aura pas le choix de s’assurer au préalable que tout le gouvernement pourra la défendre avec lui et la mener à terme.

Une liste?

Le gouvernement a rejeté mercredi une autre résolution parlementaire dans ce dossier. Soumise par les libéraux, elle demandait que la prochaine réforme du PEQ soit épluchée par les députés en commission parlementaire.

L’équipe gouvernementale ne pourra cependant pas, pour cette prochaine mouture, sauter l’étape de la «prépublication» de son règlement afférent dans la Gazette officielle du Québec. Cette prépublication permettra à tous ceux qui voudront commenter le règlement de le faire avant son entrée en application — y compris ceux que le ministre aura déjà consultés au préalable.

La prochaine «liste des domaines de formation en demande et des emplois en déficit» sera très certainement plus large que moins. Mais le dossier demeurera délicat et le gouvernement ne convaincra vraisemblablement pas ceux qui s’opposent à l’idée même d’une liste ciblée. 

Cela dit, y aura-t-il bel et bien encore une liste du genre ou le gouvernement trouvera-t-il une autre façon de mieux lier l’immigration économique au marché du travail? Trouvera-t-il une autre façon de parvenir à cet objectif auquel il tient?

S’il existe une liste associée au PEQ, et que celle-ci est appelée à changer régulièrement, il aurait avantage à instaurer une clause de droit acquis pour les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires qui s’inscriront dans des formations en demande ou qui travailleront dans des secteurs en déficit de main-d’œuvre. Ils seront ainsi protégés même si ces domaines d’études et de travail ne figurent plus dans le fameux document une fois leur parcours complété.

Chronique

«Cette clientèle-là»

CHRONIQUE / Mes enfants sont assez grands maintenant, je n’ai plus à les asseoir dans le chariot pour éviter qu’ils courent partout dans les allées de l’épicerie ni à craindre qu’ils fassent tomber les boîtes qui sont à leur portée.

Stéphanie Leclerc, elle n’a pas cette chance, même si sa fille a 10 ans.

Elle est encore aux couches.

Atteinte du syndrome de Phelan-McDermid, une maladie rare qui provoque un retard global de développement moteur et intellectuel, sa fille parle peu, elle a des comportements qui peuvent s’apparenter au trouble du spectre de l’autisme. Aller à l’épicerie avec elle relève de l’exploit.

Elle n’est pas seule dans son cas, évidemment, des centaines de parents d’enfants lourdement handicapés doivent composer avec des enfants qui agissent comme des petits, mais qui sont trop grands pour s’asseoir dans le chariot. 

Et ils ne peuvent pas les laisser à la maison.

Il existe une solution, et elle est toute simple en plus, elle a été imaginée aux États-Unis par les parents d’une enfant handicapée, Caroline. Ils ont conçu un chariot d’épicerie qui a presque l’air d’un chariot normal, mais où l’arrière a été remplacé par un siège adapté avec des sangles pour que l’enfant soit en sécurité.

Ils l’ont tout bonnement appelé le Caroline’s Cart, l’ont fait breveter et ont trouvé une compagnie pour les produire.

Les parents d’enfants handicapés sont très débrouillards.

Quand Stéphanie Leclerc a entendu parler du Caroline’s Cart, elle a tout de suite fait des démarches auprès des commerces pour qu’ils en achètent un, certains l’ont fait, plusieurs ont jugé que ce n’était pas nécessaire parce que, de toute façon, «cette clientèle-là» ne fréquentait pas leur établissement.

Stéphanie fulmine, elle m’a écrit un long courriel. «Nous essayons de leur répondre calmement : en effet, vous ne les voyez pas, puisque les proches aidants ne peuvent faire leurs courses chez vous avec cette “clientèle-là”. On doit payer pour que quelqu’un en prenne soin à la maison, on fait certains achats en ligne, on quitte le travail plus tôt pour arrêter rapidement au commerce avant d’aller chercher notre enfant à l’école…»

Ce n’est jamais simple, avoir un enfant handicapé.

Chronique

Transformation extrême pour Fleur de Lys

CHRONIQUE / Le projet de transformer Fleur de Lys en un nouveau quartier multifonctionnel habité commence à se préciser.

Le Soleil a mis la main sur des documents de travail qui laissent entrevoir un virage spectaculaire qui fait éclater le concept traditionnel du centre commercial replié sur lui-même au milieu d’une mer de stationnements. 

Les promoteurs Jonathan et William Trudel souhaitent faire de Fleur de Lys un milieu de vie et de séjour pour des résidents permanents, des touristes et des spectateurs en route pour le Centre Vidéotron. 

Ces derniers utilisent déjà les stationnements (gratuits) de Fleur de Lys, mais ne s’y attardent pas, faute d’attraits ou parce que les commerces sont souvent fermés aux heures de spectacle. 

L’autre objectif est de mieux utiliser l’espace en densifiant le site, ce qui entraînera une réduction du stationnement de surface pour lui substituer des espaces équivalents en étages ou en souterrain.

Il est aussi prévu de diversifier les usages. S’ajouteront aux fonctions commerciales et de divertissement actuelles des usages résidentiels, d’hôtellerie, d’éducation et enseignement, de services et de vie communautaire, ainsi que des espaces publics, parcs et liens piétons-vélos.

Cette vision de relance d’un centre commercial en déclin n’est pas unique à Québec. On retrouve ailleurs beaucoup d’exemples inspirant qui intègrent ainsi des valeurs d’urbanisme et de développement durable aujourd’hui recherchées par les villes : moins de gaspillage du sol, diversité des usages pouvant réduire les déplacements, réduction des îlots de chaleur causés par les stationnements, encouragement à la mobilité active, accès au transport collectif, plus grande perméabilité du site favorisant les échanges avec le voisinage, large adhésion sociale au projet, etc. 

On peut saluer ici la démarche assez exemplaire des promoteurs Trudel qui ont consulté des marchands (70), ce qui peut sembler aller de soi, mais aussi des groupes communautaires (60) et citoyens (2300) plutôt que de travailler en vase clos. La Ville de Québec a aussi été associée à la réflexion.

Chronique

L’idéal du ministre de la Famille

CHRONIQUE / Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, estime que le Québec doit se doter d’un réseau de services de garde éducatifs entièrement subventionné. «Il faut tendre vers ça», explique le ministre en entrevue.

Un «idéal» qui s’accompagnerait évidemment d’une facture plus salée pour l’État, mais qui permettrait d’offrir plus de services aux tout-petits qui ont des besoins particuliers.

Une position logique et cohérente de la part d’un gouvernement qui souhaite agir tôt dans la petite enfance afin que tous les jeunes puissent exploiter leur plein potentiel et faire leur entrée à l’école avec moins de retard de développement.

Une place dans une garderie privée non subventionnée pour laquelle le parent a droit à un crédit d’impôt coûte en moyenne 5800 $, souligne le ministre. Une place subventionnée : 11 600 $.

S’assurer de la qualité des services offerts aux 0 à 5 ans et augmenter le nombre de places subventionnées a un coût, mais la prévention et le dépistage précoce s’avèrent aussi payants. Le gouvernement Legault semble vouloir l’assumer.

Sous les libéraux, le nombre de places en garderies privées non subventionnées avait augmenté à vitesse grand V. Financièrement, il était devenu plus avantageux de fréquenter ce type d’établissement plutôt qu’un CPE (centre de la petite enfance) ou une garderie subventionnée.

L’économiste Pierre Fortin a déjà décrit l’approche libérale comme une «gogosse financière qui fait faire de l’argent au président du Conseil du Trésor». Il calculait en 2016 qu’en modulant les tarifs selon les revenus et en accordant un crédit d’impôt aux parents plutôt que de subventionner un CPE ou une garderie privée, le gouvernement économisait 26 $ par jour.

Le ministre des Finances a aboli la semaine dernière la «taxe famille» mise en place par les libéraux, et rétabli le tarif unique à 8,25 $ par jour pour une place dans un CPE ou une garderie privée subventionnée.

C’était la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) en campagne électorale, rappelle le ministre de la Famille.

Le gouvernement Legault n’a toutefois pas revu à la hausse le crédit d’impôt offert aux parents qui n’ont pas réussi à obtenir une place dans un CPE ou une garderie privée subventionnée, qui ont opté par choix pour une garderie privée non subventionnée ou parce que ce type de service de garde s’avérait avant la semaine dernière plus avantageux financièrement pour eux.

M. Lacombe admet qu’il ne peut rendre tous les gens heureux. Depuis jeudi, des parents crient à l’injustice, à l’iniquité car ils payeront plus que d’autres pour un service de garde, faute de place dans un milieu subventionné.

Le ministre note que le crédit d’impôt offert aux parents du Québec est le plus généreux au Canada. L’augmenter n’aurait été selon lui qu’un plaster, et ne garantissait pas aux petits un accès à plus de ressources, à de meilleurs services de garde éducatifs.

Pour rendre le système plus juste et assurer un développement «plus structurant», le ministre propose de convertir des places non subventionnées en places subventionnées. Les gouvernements précédents — péquistes et libéraux — s’opposaient à une telle conversion.

Selon M. Lacombe, c’est une façon de mettre l’enfant au cœur des décisions, de lui assurer une stabilité et une plus grande étendue de services. Parents et entrepreneurs y trouveraient également leur compte.

Le ministre veut, en collaboration avec l’Association des garderies non subventionnées en installation et la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec, lancer un projet-pilote à cette fin en 2020.

Marie-Claude Collin, présidente de la Coalition, reconnaît que tout reste à faire. Elle s’attend néanmoins à des changements dès la rentrée de septembre. Après avoir répété ses demandes à six ministres de la Famille, elle estime que c’est un bon départ avec le gouvernement de la CAQ. Qualité et équité doivent guider le processus de conversion, selon Mme Collin.

Quels seront les critères pour déterminer quelle garderie sera convertie, combien changeront de statut et où? M. Lacombe ne pouvait s’avancer mardi sur un nombre ni confirmer celui de 3000 places suggéré dans un article de La Presse.

Il précise par ailleurs qu’il ne met pas le développement des centres de la petite enfance sur pause. CPE et garderies privées subventionnées peuvent selon lui se développer côte à côte avec le même ratio éducatrice/enfants, le même programme éducatif, les mêmes mesures de qualité, de santé et de sécurité.

L’idéal du ministre ne pouvant se réaliser rapidement, des parents déploreront de ne pas avoir une place à tarif réduit. Mathieu Lacombe est conscient de marcher sur des œufs et se dit sensible à leur situation.

Ce sont toutefois des familles à revenus plus élevés qui devront payer un peu plus pour la garde de leurs enfants.

Chronique

Ce PQ qui veut vivre

CHRONIQUE / Au Parti québécois (PQ), certains disent vouloir désormais surtout travailler à faire valoir les bienfaits du projet souverainiste. Très bien.

Je serais cependant étonné que cette volonté supplante la conviction de plusieurs souverainistes pour qui la meilleure carte passe par une série de fins de non-recevoir du gouvernement canadien à des demandes formulées par le Québec.

Je serais davantage convaincu de la volonté du PQ de renouer avec la promotion de la souveraineté s’il définissait les contours du projet qu’il veut proposer aux Québécois.

Le plus dur pour lui ne sera jamais de réaffirmer sa foi en la souveraineté, comme il l’a fait la fin de semaine dernière, mais de la définir.

Une monnaie commune avec le reste du Canada? Non? Oui?

Une armée commune? Oui? Non?

Quel type de frontières?

Des institutions en partage? Lesquelles?

De nombreux péquistes avaient sursauté en 2014 lorsque Pauline Marois avait laissé tomber qu’un Québec indépendant conserverait le dollar canadien et qu’aucune frontière ne le séparerait du reste du Canada. Pourquoi? Parce que ces questions étaient et demeurent éludées depuis plus de 25 ans.

Pourquoi? Notamment parce que les péquistes n’ont jamais vraiment partagé entre eux la même vision des choses. Et que s’avancer sur ce terrain a souvent été vu comme un risque. Plus on fournirait de détails, plus on donnerait de prises aux adversaires...

Mais que risquerait le PQ aujourd’hui à mieux définir son projet?

Le Parti québécois conserve toute sa pertinence sur l’échiquier politique québécois. Ce n’est pas parce qu’on est moins populaire que d’autres qu’on n’a pas des choses à dire.

Mais puisqu’il a décidé de revenir à ses convictions de base, il devrait en dire davantage sur les contours du Québec souverain qu’il souhaite. Ne serait-ce que pour animer son projet.

Pas le choix

Pour exister, le PQ a décidé de remettre l’indépendance au cœur de son action... Une fois de plus.

Il n’avait pas le choix d’y revenir une énième fois, puisque le gouvernement Legault a investi le terrain du nationalisme sur lequel il se repliait régulièrement. Il devait donc renouer avec son ADN.

Depuis les dernières élections générales au Québec, il ne restait qu’à officialiser la chose. Cette officialisation était tellement sans surprise que la direction du parti n’a même pas attendu la réunion de son instance militante pour aller de l’avant. Avant ce retour au jeu de base, le mot indépendance figurait déjà sur les pancartes électorales du candidat péquiste concourant dans la partielle de Jean-Talon.

La fin de semaine dernière, le PQ a aussi résolu de ne pas discuter de la «mécanique», mais de l’objectif. Une fois de plus là aussi, pourrait-on ajouter. Il veut parler de l’indépendance du Québec, mais pas du moment où un référendum serait déclenché. Dès une éventuelle reprise du pouvoir? Dans un éventuel deuxième mandat?

Pour l’heure, compte tenu de sa petite santé politique, aucun de ses adversaires n’exigera de la clarté à ce sujet. Mais soyons certains que si le Parti québécois devait retrouver du tonus, ce débat reprendrait de plus belle.

Les partis fédéralistes lui demanderaient de se commettre afin d’éviter qu’il ait une carte blanche en poche; et des péquistes et des indépendantistes le feraient pour être sûrs qu’un gouvernement péquiste ne passerait pas à côté d’un possible rendez-vous référendaire.

Cela pour dire que la situation politique déterminera beaucoup plus la direction que prendra le PQ dans l’avenir que ce qui a été décidé ces derniers jours.

Et il va sans dire que l’identité de son prochain chef comptera beaucoup plus que tout cela. Surtout qu’il existe — hormis en ce qui concerne l’objectif de la souveraineté — des visions très différentes entre les trois candidats pressentis jusqu’ici : Sylvain Gaudreault, Paul St-Pierre Plamondon et Frédéric Bastien.

Dans le contexte actuel, pas plus qu’il ne perdrait à dessiner les contours de la souveraineté qu’il désire, le PQ ne perdrait rien non plus à permettre non seulement à ses membres, mais à des sympathisants de participer au choix de son prochain chef — s’il y en a plus d’un qui se lance.

Chronique

Don d’organes: le droit de dire oui

CHRONIQUE / Une des rares fois où j’ai failli déroger à ma règle de ne jamais signer de pétitions, c’était pour appuyer le consentement présumé au don d’organes, je venais d’écrire une chronique sur une amie qui attendait un cœur depuis un an.

Ça me paraissait aller de soi.

J’avais fait l’apologie du système en Espagne, où on tient pour acquis que la personne décédée voulait qu’on prélève ses organes, à moins qu’elle ait préalablement signifié son refus. Tout le contraire d’ici où, faute d’un consentement préalable, on présume que la personne ne voulait pas.

Peu après la publication de ma chronique, il y a presque cinq ans et demi, j’ai reçu le courriel d’une mère, Denise m’invitait à aller prendre un café pour me parler de son garçon, mort à 18 ans dans un accident de la route. Son fils n’avait pas signé dans l’espace prévu pour le consentement au don d’organes.

Ils n’avaient jamais abordé le sujet.

C’était en 2003, son gars revenait de sa semaine de relâche, une tempête s’est levée en chemin, il a appelé sa mère pour lui dire qu’il serait en retard, elle lui a dit d’être prudent.

Il n’est jamais arrivé.

C’est l’hôpital qui a appelé, son fils était entre la vie et la mort. Denise a pris la route dans la tempête vers lui. Les médecins devaient le stabiliser, surtout faire diminuer la pression dans son crâne. Ils ont tout essayé pendant trois jours. À 13h30, le 10 mars, il a rendu l’âme, Denise lui tenait la main.

C’est là que Québec-Transplant est entré en scène, on est venu voir Denise pour savoir si elle acceptait que les organes de son gars soient prélevés. «Quand la dame de Québec-Transplant est venue me voir, elle n’a pas pu terminer sa phrase : “Est-ce que vous avez envisagé…” Ma réponse a été oui tout de suite.»

Denise a pu dire oui.

Et ce «oui», m’avait-elle confié, a fait une énorme différence pour la suite, pour son deuil. «À travers toute la peine qu’on avait, toute la douleur, le don de ses organes a été la seule parcelle de réconfort. Qu’on ait pu poser ce grand geste, un geste de générosité, savoir qu’il avait sauvé, changé des vies…»

Dans un système de consentement présumé, on ne lui aurait pas demandé de dire oui, mais de ne pas dire non.

Ce n’est pas la même chose.

Peu importe le système, la famille a le dernier mot sur le prélèvement des organes, quelqu’un peut donc s’opposer à la volonté du défunt, quelle qu’elle soit. Actuellement, au Québec, environ 30 % des proches refusent le don d’organes, difficile de dire si le renversement du consentement ferait une différence.

Dans des pays comme l’Espagne, le nombre d’organes a augmenté, mais on a aussi adopté un train de mesures pour améliorer le taux de succès des transplantations, où chaque seconde compte.

Au Brésil, où on avait instauré le consentement présumé en 1997, le changement a eu l’effet inverse, le nombre d’organes a chuté, tellement que le pays a fait demi-tour.

Au Pays de Galles, on a noté un effet subtil.

Directeur médical chez Transplant Québec, Matthew Weiss a confié il y a un an et demi au collègue Ian Bussières que le consentement présumé n’est pas une panacée. «Il y a deux ans, j’ai voyagé en Espagne, qui est l’un des pays du monde où il y a le plus de dons d’organes. Oui, ils ont le consentement présumé, mais ce n’est pas ce qui fait la différence. Il faut éduquer les professionnels de la santé pour qu’ils ne manquent aucune opportunité de don d’organes.»

Transférer un organe est un ballet qui doit être réglé au quart de tour. «Il faut, insistait Matthew Weiss, prélever les organes immédiatement après avoir débranché le respirateur pour que les organes ne subissent pas les conséquences d’un manque d’oxygène.»

Denise l’a constaté. «C’est compliqué, donner des organes. Il y a le formulaire à remplir, mais il y a surtout l’attente. Ç’a pris toute la journée. Mon gars est parti à 13h30, il est mort, mais il respire encore. Il est encore chaud.» Les organes ont été prélevés le lendemain matin à 7h30. «Quand Québec-Transplant m’a appelée pour me dire qu’il y avait huit organes qui avaient été prélevés, j’étais tellement contente, je braillais de joie. Je me suis dit que c’était peut-être ça l’éternité, que ça aurait au moins servi à ça. […] En donnant ses organes, j’ai accepté que des personnes vivent grâce à lui. Les enfants qu’il n’aura pas, peut-être que d’autres en auront grâce à ça, qu’ils auront des vies de famille…»

Mon amie, mère de deux enfants, a eu son nouveau cœur, ça lui a sauvé la vie.

Chaque fois que le débat sur le consentement présumé refait surface, je pense toujours à cette mère. J’ai pensé à elle la semaine passée, quand le député libéral André Fortin a déposé son projet de loi pour que le Québec adopte la formule, dont on a dit qu’elle n’avait que des avantages, qu’elle ne faisait que des gagnants.

Pour Denise, ça aurait tout changé.

«Laissez aux gens le choix de donner. Laissez-leur la chance d’avoir cette douceur, dans ces temps où il n’y a rien de doux.»

Science

Comment remplir ses épaulières

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Depuis plusieurs années, on entend parler de jeunes hockeyeurs professionnels de 18, 19 ou 20 ans qui augmentent leurs poids en l’espace d’un été, en prenant uniquement des produits légaux. J’ai toujours été surpris de les entendre affirmer qu’ils doivent prendre du poids pour ainsi être prêt au camp d’entrainement de septembre, puis annoncer fièrement qu’ils ont augmenté leur masse musculaire d’une dizaine de livres pendant l’été. L’entrainement physique et les suppléments alimentaires légaux suffisent-ils vraiment pour obtenir de tels résultats?», demande Bernard Plourde, de Québec.

De manière générale, non, prendre 5 à 8 kilogrammes (10-15 livres) en l’espèce de deux ou trois mois n’est pas possible, répondent Jonathan Tremblay, spécialiste de l’encadrement des athlètes de haut niveau de l’Université de Montréal, et Anthony Karelis, qui mène des recherches sur l’exercice physique et le métabolisme à l’UQAM. Tous deux s’entendent pour dire qu’un athlète sérieux, qui s’entraîne plusieurs fois par semaine et se nourrit adéquatement (lire : bien et beaucoup), peut prendre autour de 0,5 à 1 kilo par mois (1 à 2 livres), sans plus.

«Si on parle de 10 ou 15 livres en deux mois, alors là je soupçonnerais qu’il peut y avoir eu des substances interdites qui ont été prises», dit M. Tremblay. Mais attention avant de sauter aux conclusions, avertit-il, car la période sur laquelle la prise de poids d’un athlète professionnel s’étale n’est pas toujours bien connue du public, ce qui peut faire partir le «moulin à rumeurs» inutilement. Le cas du joueur de centre des Canadiens de Montréal Jesperi Kotkaniemi a été évoqué récemment parce que le jeune homme, âgé de 19 ans, s’est présenté cet automne au camp d’entraînement avec une dizaine de livres de plus que l’année précédente. De là, plusieurs internautes et commentateurs ont conclu qu’il avait dû se muscler la charpente au cours de l’été, alors que c’est plutôt sur un an qu’il a pris ce poids — et M. Tremblay en sait quelque chose puisqu’il travaille avec l’équipe.

La règle générale en cette matière, dit pour sa part M. Karelis, c’est que «c’est très difficile d’ajouter de la masse musculaire. Si on parle de quelqu’un qui s’entraîne quatre ou cinq fois par semaine, alors oui, ça devient réaliste de penser gagner une ou deux livres par mois peut être réaliste».

Et encore, ajoute son collègue de l’UdeM, «il faut que la nutrition soit adéquate, sinon l’athlète ne prend pas de poids. (…) C’est important que l’alimentation soit riche en protéines, que les repas soient pris aux bons moment, généralement autour des entraînements avec une portion avant le sommeil (souvent double), etc.» Bref, pour atteindre le rythme de 1 kg par mois, non seulement il faut s’entraîner dur, mais l’alimentation devient pratiquement un travail à elle seule. «Il faut le planifier, il faut manger tout ça, ça prend du temps», dit M. Tremblay.

Pour M. et Mme Tout-le-Monde qui n’ont pas le temps de manger ni de s’entraîner autant que des athlètes professionnels, les gains en masse musculaire tournent souvent plus autour de 1 kg par six mois, dit M. Karelis — mais il peut y avoir de grands écarts individuels, dûs notamment aux gènes et au profil hormonal de chacun.

Alors pourquoi est-ce à ce point difficile de gagner de la «masse maigre», comme disent les nutritionnistes (parce qu’on s’entend que pour la «masse grasse», c’est pas mal moins compliqué) ? On n’a pas encore de réponse complète et définitive, dit M. Karelis. Mais une hypothèse probable est que certains mécanismes d’«économie d’énergie» hérités de lointains ancêtres pourraient être à l’œuvre. «Si on regarde la chose à l’inverse, il ne semble pas y avoir de saturation pour les gras, explique-t-il. Le corps en veut, il «aime» consommer de la nourriture et les tissus adipeux peuvent stocker des graisses presque sans limite. Le muscle, lui, fait le contraire : il n’emmagasine pas d’énergie, il en dépense. Même quand on est au repos, les muscles dépensent de l’énergie, alors plus ta masse musculaire est grosse, et plus ton métabolisme de base (ndlr : la quantité d’énergie que le corps dépense lorsqu’il est au repos complet, juste pour respirer, faire battre le cœurs, faire fonctionner les organes, envoyer des signaux nerveux, etc.) va augmenter. Alors s’il est à ce point difficile de gagner de la masse musculaire, c’est peut-être une question de survie : le corps veut consommer et stocker, pas dépenser.»

Enfin, M. Tremblay indique que ce n’est habituellement pas uniquement du muscle que les athlètes prennent dans un premier temps. «Habituellement, ça va leur prendre une diète riche en calories et ça, ça fait gagner d’un peu de tout : du muscle, bien sûr, mais aussi de l’eau et des graisses. (…) Souvent, on va d’abord chercher à juste leur faire gagner du poids en premier, et ensuite on va travailler à convertir ça en muscles», dit-il.

Jean-Marc Salvet

L’humiliation de Simon Jolin-Barrette

CHRONIQUE / La raison d’État a prévalu. En suspendant la réforme du Programme de l’expérience québécoise, François Legault a rendu l’une de ses plus difficiles décisions depuis qu’il occupe le poste de premier ministre du Québec. L’une de ses plus difficiles, car elle heurte de plein fouet le ministre Simon Jolin-Barrette, pour qui il a beaucoup d’admiration depuis longtemps.

La raison d’État, ici, en l’occurrence, c’est celle de son gouvernement. On ne voyait plus au bureau du premier ministre comment sortir de ce panier de crabes. On craignait une descente aux enfers.

Le projet était si bancal et faisait tant l’unanimité contre lui que le gouvernement aurait eu à faire face à de forts vents contraires pendant des semaines et des semaines.

Les partis d’opposition, mais aussi les chambres de commerce et les réseaux universitaire et collégial avaient encore des munitions pour monter aux barricades en raison de la liste bâclée des formations et des métiers donnant droit au Programme de l’expérience québécoise — lequel peut permettre de décrocher assez rapidement un certificat de sélection du Québec, qui lui-même mène à l’obtention de la résidence permanente et, éventuellement, à la citoyenneté canadienne.

La pilule sera nécessairement difficile à avaler pour le ministre Simon Jolin-Barrette, même si, officiellement, il est partie prenante de la décision prise de suspendre sa réforme.

Le seul? 

On a toujours estimé au bureau de François Legault qu’un geste difficile de ce genre montre non seulement qui est le patron, mais aussi que le premier ministre place les intérêts du Québec au-dessus de tout.

Comparaison n’est pas raison, mais son gouvernement avait gagné des points dans l’électorat lorsqu’il avait démis MarieChantal Chassé de ses fonctions de ministre de l’Environnement. 

Simon Jolin-Barrette ne sera pas écarté de ses fonctions, mais il sortira nécessairement écorché de cet épisode. Le premier ministre ne se fiera plus à lui aveuglément. Le ministre n’en mènera plus aussi large.

Mais Simon Jolin-Barrette est-il le seul à devoir porter le chapeau? Chose certaine, il y a eu un manque de collaboration et de consultations en amont dans ce dossier.

Au fond, c’est l’engagement pris par la Coalition avenir Québec lorsqu’elle était dans l’opposition de réduire les niveaux d’immigration qui est à l’origine de ce dernier cafouillage.

Semaine calamiteuse

Plus tôt cette semaine, le gouvernement avait déjà effectué un premier recul important en greffant une clause de droit acquis pour les étudiants étrangers actuellement aux études chez nous et les travailleurs temporaires ayant cumulé une année de travail au Québec. Le problème qui subsistait encore était celui de la fameuse liste des domaines de formation en demande et des emplois en déficit. 

Malgré la présentation jeudi de la mise à jour économique du ministre des Finances, Eric Girard, cette semaine demeurera l’une des plus calamiteuses vécues par le gouvernement Legault depuis son arrivée au pouvoir.

Actualités

Autrement dit

LE CHIFFRE

2,04 millions

Nombre de maisons en Californie qui se trouvent désormais dans des zones jugées à «haut risque» ou à «risque extrême» d’incendie, par les compagnies d’assurances. Mine de rien, cela représente près de 15 % des habitations.

Source : The Center for Insurance and Policy Research

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Jean-Marc Salvet

Vous avez dit «décorum»?

CHRONIQUE / Je ne comprends pas. Plusieurs considèrent que Catherine Dorion n’est que dans la provocation. Mais si ces personnes estiment qu’elle est dans la provocation pour faire parler d’elle, pourquoi perdent-elles leur temps à faire son jeu en parlant d’elle à ce point? C’est ce que je ne comprends pas; c’est ce que je ne comprendrai jamais.

Pour ma part, j’estime qu’on est depuis longtemps dans une sorte de délire collectif au sujet de l’élue de Québec solidaire dans Taschereau.

Il y a des parlementaires qui sont fatigués, certes. Normal. Le rythme de travail de plusieurs est effréné. Mais je crois aussi que d’autres n’ont pas grand-chose à faire pour se préoccuper à ce point des vêtements de Catherine Dorion.

Jeudi, certains se sont énervés devant le coton ouaté qu’elle portait. Quelle atteinte au «décorum»!

Ces députés ne devaient pas avoir beaucoup d’autres préoccupations en tête. Ce ne sont pourtant pas les dossiers sérieux qui manquent. Mais passons.

Vous avez dit «décorum», c’est ça? Moi, je me souviens de ce député qui, pendant les périodes des questions, dessinait des voitures plutôt que de même faire semblant de s’intéresser à ce qui se déroulait autour de lui. De jolies voitures tout de même...

Décorum? Je me souviens de députés qui, pour dire le moins, somnolaient pendant les travaux parlementaires.

J’ai en mémoire des députés que des collègues ont dû réveiller d’un aimable coup de coude pour qu’ils votent ou pour qu’ils quittent des yeux leur petit écran. Ou pour qu’ils se souviennent qu’ils étaient en commission parlementaire.

On pourrait d’ailleurs se demander jusqu’où va ce fameux décorum?

On pourrait en nommer plusieurs qui ont utilisé les tribunes solennelles du Parlement pour promettre des choses dans l’opposition qu’ils savaient qu’ils ne réaliseraient pas une fois au pouvoir. Je pense par exemple ici aux fameux trop-perçus d’Hydro-Québec dont les Québécois ne reverront pas tout à fait la couleur.

«Stupide», rien de moins!

On n’a pas à être d’accord avec ce que dit Catherine Dorion au Salon bleu ou ailleurs — pas plus qu’avec le programme de Québec solidaire.

La députée de Taschereau divise, qui plus est. Mais on pourrait dire cela de bien d’autres élus, cela dit.

Je ne comprendrai cependant jamais, je le répète, que ceux qui l’accusent d’être dans l’outrance en raison de certains vêtements qu’elle porte (parfois) lui accordent toujours tant d’importance, puisqu’alors, pour être logiques avec eux-mêmes, ils ne devraient pas lui prêter l’attention qu’elle chercherait à obtenir, non?

Catherine Dorion n’avait tout de même pas mis le capuchon sur sa tête! Gare aux polices du bon goût.

Des atteintes bien plus graves sont régulièrement commises contre le décorum à l’Assemblée nationale. Pensons seulement au chahut. Pensons aussi aux invectives que certains lancent à micro fermé à leurs adversaires.

À la période des questions, jeudi, un élu libéral a traité un ministre de «stupide» — hors micro, bien entendu. C’est du décorum, ça?

Il y a tellement plus à dire sur le décorum à l’Assemblée nationale que le pauvre coton ouaté de Catherine Dorion.

Nous, les humains

Les précrastinateurs

CHRONIQUE / Bruno est un employé modèle. Il répond à ses courriels du tac au tac, termine ses tâches bien avant la date butoir et semble abattre plus de besogne que la plupart de ses collègues.

Ses patrons voient en lui une étoile montante. Mais l’un d’eux a une opinion divergente. Il s’est penché plus attentivement sur le boulot de Bruno et a remarqué une chose : il tourne les coins ronds et son travail ne sort jamais de l’ordinaire. 

On connaît tous des procrastinateurs, à commencer par nous-mêmes. Vous savez, ce sont ces gens qui remettent constamment à plus tard ce qui doit être fait maintenant. Mais il y a aussi des gens comme Bruno qui ont tendance à terminer rapidement leurs tâches dans le seul but de faire les choses le plus tôt possible. On les appelle les «précrastinateurs». 

J’ai un bon exemple pour vous. Le mien. À l’époque, j’étais étudiant et je travaillais comme vendeur dans une boutique de vêtements.

Après nos journées de travail, le gérant nous réunissait au fond du magasin et dévoilait le montant de nos ventes du jour. Les gagnants étaient félicités; les perdants ne se faisaient rien dire pantoute, mais on sentait dans l’indifférence du patron toute sa réprobation.

J’ai vite adopté la stratégie qui me semblait la plus fructueuse : je me garrochais sur les clients dès qu’ils touchaient un vêtement. «Voulez-vous que je vous dépose ça dans la cabine?»

Pendant qu’ils essayaient des jeans, une robe, une chemise, un chandail, je m’empressais d’aller voir d’autres clients, si bien que je roulais parfois jusqu’à trois en même temps, courant presque dans la boutique.

Ça fonctionnait. Je faisais régulièrement partie des meilleurs vendeurs. Mais un jour, j’ai travaillé avec une employée permanente qui était LA meilleure vendeuse — appelons-la Sophie. Sophie prenait son temps avec les clients, elle essayait vraiment de trouver ce qui les ferait scintiller et de leur proposer des accessoires auxquels ils n’auraient pas songé. 

C’était impressionnant. Une Madame ou un Monsieur venait pour des jeans et repartait aussi avec un chandail et une ceinture, parfois même avec un manteau et des chaussures. J’avais demandé à Sophie de me dévoiler son secret. «Je leur déroule le tapis rouge», m’avait-elle résumé.

Chaque fois qu’on travaillait ensemble, c’est elle qui ravissait les honneurs. Ses clients revenaient souvent au magasin. Ils la demandaient : «est-ce que Sophie travaille aujourd’hui?»

Moi, ça ne m’arrivait jamais. J’étais précrastinateur, pressé de faire des ventes. Le patron n’y voyait que du feu. Mais dans l’intérêt futur de la boutique, il aurait dû me convertir à la méthode de Sophie.

David A. Rosenbaum, le professeur et chercheur à l’Université de Californie à Riverside qui a mis le doigt sur la précrastination en 2014, donne des exemples quotidiens de précrastination dans un article de la revue Scientific American. 

Il cite les gens qui répondent immédiatement à leurs courriels plutôt que de vérifier s’ils n’ont pas écrit de conneries dans leur réponse; ceux qui paient leurs factures dès leur arrivée et se privent ainsi des intérêts; ceux qui ramassent des articles lourds au début de leur l’épicerie et les transportent tout le long jusqu’à la caisse, au lieu les cueillir à la fin. 

Mais les effets de la précrastination peuvent être encore plus graves. On peut être pressé de déménager une laveuse, négliger de porter les courroies de déménagement et souffrir d’un mal de dos à vie. On peut se hâter de déneiger un toit en pente et se casser plusieurs membres en tombant, faute d’avoir porté un harnais. On peut conduire saoul parce que ça va plus vite que d’attendre un taxi.

Plusieurs adages familiers, souligne Rosenbaum, mettent également en garde contre les risques de précrastination : «Mesurez deux fois, coupez une fois», «Qui se marie à la hâte se repent à loisir», «Regarde avant de sauter».

En général, explique le chercheur, les gens précrastinent pour une raison de conservation de l’énergie : ils veulent ménager leurs efforts mentaux. Quand on ne fait pas une tâche immédiatement, on doit la reporter à plus tard et faire l’effort de s’en souvenir. 

Il y a aussi une autre explication. Accomplir une tâche, aussi petite soit-elle, est un acte satisfaisant en soi. Les tâches qui peuvent être accomplies rapidement nous exaltent plus que celles qui prennent plus de temps, parce que la récompense vient plus vite. 

Alors, quoi faire de Bruno? On peut lui dire que rien ne l’oblige à répondre à ses courriels ou à remettre son travail aussi vite. Qu’on préfère la qualité à la quantité. Et qu’on l’encourage à se bloquer du temps pour faire du travail à haute valeur ajoutée. Bien sûr, sans précrastiner...

Brigitte Breton

Tabler sur ses 69 ans

CHRONIQUE / C’est plutôt rare d’entendre une personne tabler sur ses 69 ans dans le cadre d’un emploi. La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, le fait.

Elle n’hésite pas à dire qu’elle n’a rien à perdre, qu’elle n’a pas à se préoccuper de sa carrière.

Est-ce une ministre qui n’a rien à perdre qui finalement va obtenir des gains pour les personnes âgées que les gouvernements et la société oublient trop aisément?

Au récent forum sur la santé mentale des adultes, Marguerite Blais signale qu’elle est dans la même situation que sa collègue de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, plus jeune de quelques années.

Une façon pour cette communicatrice de dire aux participants et devant les médias qu’elle est en poste pour les aînés, pour les proches aidants. Pour une cause et non pour sa personne et son propre rayonnement.

«Pensez-vous que je suis en train de faire carrière?» À 69 ans — elle souligne qu’elle est la plus âgée à l’Assemblée nationale — elle indique n’avoir pas besoin de travailler et répète n’avoir rien à perdre.

«J’ai une passion, une mission. J’aime les aînés et les proches aidants.»

Et on la sent sincère. Sa passion n’est pas récente.

Elle rappelle en entrevue qu’en 1979, elle avait à Radio-Canada une chronique quotidienne sur les personnes âgées et qu’elle a participé en 1986 à un comité sur les abus faits aux aînés. Thérèse Lavoie-Roux était alors la ministre de la Santé et des Services sociaux.

François Legault a réalisé une bonne prise lorsqu’il a recruté dans ses rangs Marguerite Blais, ancienne ministre responsable des Aînés sous le gouvernement libéral de Jean Charest.

Mme Blais a la confiance et la sympathie de bien des personnes âgées et de proches aidants. C’est un atout pour le gouvernement Legault.

Mais, une ministre qui n’a rien à perdre, qui n’a plus de plan de carrière, peut aussi s’avérer difficile à contrôler et tenace pour un premier ministre qui doit procéder à des choix, à des arbitrages.

L’âge donne des coudées franches.

Récemment, à une période de questions à l’Assemblée nationale, Marguerite Blais a reconnu que le gouvernement libéral avait sabré les budgets dévolus aux personnes âgées.

«La personne qui sait qu’on a coupé dans les effectifs, c’est moi. Je le sais parce que j’ai joué, moi, dans le film à l’Assemblée nationale. […] On a coupé dans les effectifs pour atteindre les budgets. Je le sais. Ça fait des années qu’on coupe, mais ça fait des années qu’on sait aussi qu’il y a un vieillissement de la population, qu’il y a quelque chose qui ne va pas en quelque part.»

«Tous les gouvernements qui ont été au pouvoir pendant des années ont coupé dans les effectifs pour arriver à un budget équilibré au niveau de la santé».

Les aveux et la critique concernaient les libéraux. Les attentes sont grandes à l’égard du gouvernement caquiste et de la ministre Blais. La Coalition avenir Québec a promis une trentaine de maisons des aînés. Le gouvernement veut aussi ajouter des places dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

C’est la première fois que Mme Blais a la responsabilité des CHSLD. «Personne ne me dit : “Marguerite, moi mon rêve c’est d’aller finir mes jours en CHSLD”.»

Au cours de la dernière année, elle en a visité 82. «J’ai vu des horreurs et j’en ai vu de très beaux.»

Va-t-elle réussir à redorer l’image de ces établissements, à fournir des milieux de vie dignes aux personnes qui doivent y vivre, à rassurer ceux qui y «placent» un père, une mère?

Elle dit sentir avec M. Legault un appui qu’elle n’avait pas avec les libéraux. Un appui qui s’accompagne d’investissements.

La blonde «incomplète»

Au forum sur la santé mentale, Mme Blais a aussi parlé des problèmes de santé mentale qu’elle a vécus.

Les difficultés de son fils qui l’ont menée en psychiatrie, et la dépression qui a suivi le décès de son mari.

À l’issue du forum, elle raconte qu’elle vient d’un milieu ouvrier et que son père lui répétait qu’une personne qui n’était pas allée à l’université n’était pas «complète».

Sa fille Marguerite avait fait le conservatoire de musique en piano et en orgue. Elle faisait du «show business».

«J’ai dit ça à la psychiatre : je ne suis pas une personne complète.»

À 45 ans, elle s’inscrit pour la première fois à l’université pour un baccalauréat. Elle a communiqué avec la psychiatre pour lui dire que «la fenêtre venait de s’ouvrir».

Elle a poursuivi avec une maîtrise et un doctorat en communication, puis un postdoctorat en 2008.

Bien des efforts et de la persévérance pour se sentir «complète».

À ce propos, la ministre ajoute qu’elle est de l’époque où les filles blondes, étaient vues comme des «cocottes». «Les filles blondes qui travaillaient en communication étaient les faire-valoir des gars. […] Je fais partie de cette génération.»

«Je n’étais peut-être pas féministe comme les autres, mais au fond, j’étais féministe. J’ai pris ma place, j’ai parlé, je me suis exprimée, j’ai fait plein de choses, j’ai fait un bout.»

Les personnes aînées et leur famille, ainsi que les proches aidants, attendent aussi que Marguerite Blais et son gouvernement fassent un bout appréciable pour eux.

Jean-Marc Salvet

Conte de fées, yoyo et cachotteries

CHRONIQUE / Le conte de fées vécu jusqu’ici par le gouvernement Legault tient beaucoup à l’accent qu’il a mis sur les questions dites identitaires, ainsi qu’à l’incroyable situation des finances publiques — laquelle a de nouveau permis jeudi au ministre des Finances, Eric Girard, de répéter qu’il remet «de l’argent dans le portefeuille des Québécois».

Mais comme disait feu Bernard Landry, dont s’est réclamé François Legault cette semaine, plus on gouverne, plus on accumule le nombre de mécontents... C’est inévitable.

Qu’en sera-t-il après cette semaine calamiteuse pour le gouvernement, qui a pensé avoir raison contre tous sur le Programme de l’expérience québécoise?

Tout conte de fées se termine un jour. Pour un gouvernement, le tout est de retarder l’effet de la fameuse addition des mécontents. Mais encore faut-il, pour que cette addition ait un effet politique, qu’il ait au moins devant lui un parti d’opposition jugé crédible par suffisamment de citoyens.

Le gouvernement Legault a cumulé plusieurs vraies erreurs. Mais il lui reste des munitions politiques dans sa besace. Le ministre Eric Girard n’a dévoilé qu’une partie des atouts qu’il possède, jeudi.

À examiner les surplus budgétaires qu’il a présentés, ce n’est même plus un contraste avec les débuts des gouvernements de Pauline Marois et de Philippe Couillard; ou avec celui de Lucien Bouchard — pour remonter plus loin dans le temps. C’est totalement un autre monde! Jamais depuis longtemps une équipe gouvernementale au Québec n’a disposé d’autant de moyens.

La «réserve de stabilisation», qui peut permettre de faire face à un éventuel ralentissement économique, est en plus bien garnie.

L’année financière terminée le 31 mars dernier affiche finalement un surplus budgétaire de 8 milliards $ — de 4,8 milliards $ après les versements effectués au Fonds des générations. Dire que le ministère des Finances avait prévu au tout départ qu’il faudrait puiser 1,5 milliard $ dans la réserve de stabilisation pour parvenir à l’équilibre financier!

Ce n’est pas un mince écart sur un budget global de 115 milliards $. Un éventuel Directeur parlementaire du budget, comme le propose Québec solidaire, permettrait d’y voir plus clair plus rapidement.

Certes, tout ne se prévoit pas. Les variables sont nombreuses. Mais, à force, on finira par avoir l’impression de cachotteries.

Pour l’année financière en cours, celle qui se terminera le 31 mars prochain, le ministère des Finances prévoit maintenant un surplus budgétaire de 1,4 milliard $ (après un versement de 2,6 milliards $ au Fonds des générations). Il aurait été gênant cette fois-ci de ne prévoir qu’un simple équilibre des comptes, comme cela a été le cas ces dernières années.

La prévision aurait été encore plus élevée si le gouvernement n’avait pas devancé la réalisation de certains engagements, soit la bonification complète de l’Allocation famille, le retour du tarif unique pour les services de garde subventionnés et la baisse des tarifs de stationnement des établissements de santé. Avec raison, ces mesures seront appréciées par les familles québécoises et par bien des Québécois en général.

Mais là où je veux en venir avec la mise en exergue de ce grand yoyo budgétaire entre prévisions et surplus réels, c’est à la chose suivante : ce n’est pas parce que le ministère des Finances a établi ses prévisions des prochaines années en tenant compte d’une augmentation globale des salaires des employés des secteurs public et parapublic collée à l’indice d’inflation qu’il faut prendre cela pour argent comptant. En filigrane, il y a un yoyo qu’on ne voit pas dans les chiffres, mais qui est là.

Pour l’heure, ce qu’a inscrit le ministère des Finances dans ses documents n’est qu’une position de négociation; une position de départ.

Brigitte Breton

Être sur la bonne liste

CHRONIQUE / Il n’y a pas qu’en matière d’immigration que le gouvernement Legault priorise des domaines d’études et d’emplois de façon bien arbitraire.

Il l’a fait également l’été dernier en créant un programme de bourses de soutien à la persévérance et à la réussite des stagiaires qui a laissé des étudiants sur le carreau, et ce, même si leurs compétences sont recherchées sur le marché du travail et qu’une pénurie frappe aussi leur secteur d’activité.

La formation des étudiants, selon leur domaine, n’a pas la même valeur aux yeux du gouvernement caquiste.

Il faut dorénavant être sur la bonne liste. «Sa» liste. 

C’est le cas pour les étudiants étrangers qui veulent adhérer au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et c’est également le cas pour les étudiants stagiaires québécois.

L’infirmière en stage a droit à une aide financière accrue et à une bourse de soutien à la persévérance et à la réussite, mais non la physiothérapeute ou la nutritionniste.

La majorité des 133 programmes de formation au cégep comporte un stage. Cependant, seuls les étudiants de cinq programmes ont accès au nouveau programme de soutien des stagiaires. Le ministre de l’Éducation a lui aussi retenu le critère de pénurie de main-d’œuvre.

À écouter cette semaine le premier ministre Legault et son ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, défendre les nouveaux critères du PEQ, c’est à croire que la planification de la main-d’œuvre et l’arrimage formation-emploi sont une science exacte, infaillible.

«Est-ce qu’on veut, dans les domaines où il y a manque de façon urgente de main-d’œuvre, se concentrer sur ces domaines-là pour doubler, tripler, quadrupler le nombre d’étudiants dans ces secteurs-là?» a demandé jeudi M. Legault, au chef péquiste par intérim, Pascal Bérubé, qui s’inquiétait de la vitalité et du sort des cégeps en régions.

Quelles seront les disciplines demandées dans 5 , 10 ou 15 ans? Cette question aussi le gouvernement doit l’avoir en tête, de même que reconnaître que des disciplines artistiques ou sociales sont aussi fort utiles dans une société, et même dans une industrie comme celle des jeux vidéo.

Un marché qui évolue 

Le ministre du Travail, Jean Boulet, parle de façon plus juste et réaliste de la fameuse liste des emplois en déficit. 

Il soutient bien sûr que sa confection est rigoureuse — même si des gens d’affaires, des recteurs et des directeurs de cégeps contestent le nombre limité de formations retenues. M. Boulet rappelle qu’elle est confectionnée sur une base annuelle, qu’elle n’est pas statique, qu’elle est évolutive et «qu’elle s’adapte aux besoins changeants du marché du travail».

Chambres de commerce et associations patronales notent aussi de leur côté que les «métiers en équilibre théorique peuvent devenir en forte demande dans un court laps de temps». 

Les besoins du marché du travail étant changeants et le but d’aller au cégep et à l’université n’étant pas uniquement d’avoir un job à vie dans un domaine d’étude spécifique, il est souhaitable d’avoir une vision à plus long terme. Les amis Facebook du premier ministre seront probablement d’accord avec cela. 

Il arrive aussi que la main-d’œuvre formée ne soit pas intéressée par les emplois disponibles, car les conditions de travail ou de salaire offertes ne sont pas à la hauteur. C’est même noté dans l’édition 2018 de «État d’équilibre du marché du travail. Diagnostics pour 500 professions», produit par le ministère du Travail et la Commission des partenaires du marché du travail.

M. Legault se disait prêt jeudi à doubler, à tripler, voire à quadrupler le nombre d’étudiants en sciences infirmières et en techniques de l’informatique.

Un bel exemple. Si les conditions d’exercice des infirmières ne s’améliorent pas et si le secteur privé traite mieux que le secteur public les techniciens en informatique, le gouvernement du Québec risque de devoir composer encore longtemps avec des pénuries. 

Un autre cas, celui des médecins omnipraticiens et spécialistes, illustre aussi la difficulté d’établir avec précision les besoins de main-d’œuvre.

Le Québec a par le passé erré dans la planification des effectifs médicaux. Même si le Collège des médecins avait avisé dès 1997 le ministère de la Santé et des Services sociaux d’un manque d’effectifs, le gouvernement a tardé à revoir les contingentements en médecine.

Une erreur qui a causé bien des problèmes aux malades, aux établissements de santé et au ministre de la Santé. Il faut du temps pour corriger le tir, d’autant plus lorsque la durée de formation est longue.

C’est certes une bonne chose que le PEQ inclut des formations professionnelles courtes. MM. Legault et Jolin-Barrette ne peuvent toutefois ignorer qu’Emploi-Québec prévoit que les emplois créés d’ici 2026 seront «hautement qualifiés» et exigeront minimalement un diplôme d’études collégiales.

Des emplois qui sont généralement mieux rémunérés et qui contribuent pleinement à l’économie et à la prospérité du Québec, soulignent le ministère du Travail et la Commission des partenaires du marché du travail.

Cela devrait réjouir et surtout guider le premier ministre qui veut des emplois plus payants pour les Québécois.

Chronique

Encore un petit effort, M. le Ministre

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault a opté pour la seule voie possible, celle d’une clause de droit acquis pour les étudiants étrangers actuellement aux études chez nous et les travailleurs temporaires ayant cumulé une année de travail au Québec.

Avec ce recul annoncé tôt mercredi matin, le gouvernement met de côté la froide logique dans laquelle il était dangereusement en train de s’enfoncer. Il reconnaît avoir mal évalué la situation.

Ce recul tout de même honorable donne un peu de corps à un message qu’avait déjà lancé François Legault, soit qu’il faut savoir écouter et corriger ses erreurs.

C’en était une vraie, d’erreur!

S’il y avait eu des discussions préalables avec les représentants du réseau universitaire québécois — pour ne prendre que cet exemple —, le gouvernement n’aurait pas appris seulement après coup que pour les recruter, les universités ont fait miroiter à des étudiants étrangers qu’ils pourraient s’établir assez facilement au Québec une fois leur diplôme obtenu.

Elle est là aussi l’erreur, dans cette absence de dialogue préalable.

Car le contrat avait beau n’être que tacite avec ces étudiants et travailleurs étrangers, il n’en demeure pas moins que des milliers de ceux actuellement au Québec entendaient et entendent profiter de la voie rapide qu’offre le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour décrocher rapidement un certificat de sélection du Québec — un premier pas vers l’obtention de la résidence permanente au Canada et, éventuellement, de la citoyenneté canadienne.

Le contrat moral avait été rompu brutalement. Il devait être rétabli pour toutes ces personnes déjà sur le sol québécois. Il l’a été et c’est très bien ainsi.

En annonçant la composition de son conseil des ministres l’an dernier, François Legault avait demandé aux membres de son équipe de gouverner avec un souci de «proximité», d’«humanité» et d’«ouverture». D’humanité.

Aucun gouvernement n’aime reculer. D’un point de vue strictement gouvernemental, celui de François Legault vient donc de faire un pas important, même s’il demeure et demeurera insuffisant aux yeux de nombreux citoyens, des réseaux universitaire et collégial, ainsi que du monde des affaires.

Pas d’illusions

Que personne ne se fasse toutefois d’illusions. Le ministre Simon Jolin-Barrette ne reculera pas sur sa volonté de lier la voie rapide du PEQ à certains domaines d’études et d’emploi pour les prochaines cohortes d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires. On est là dans l’un des grands projets de l’équipe de François Legault. Le gouvernement ne reculera pas sur le fond.

Le Québec demeurera malgré tout attractif. Un rappel : on avait beaucoup entendu dire au moment où les droits de scolarité à l’université ont augmenté pour les étudiants français, sous le gouvernement de Philippe Couillard, que ceux-ci seraient de moins en moins nombreux à choisir le Québec. Or, ils ont continué d’être plus nombreux chaque année. Il y a toujours des prophéties de malheur qui sont prononcées un peu trop rapidement.

Ajustement

Les autorités gouvernementales doivent cependant maintenant faire en sorte que toutes les personnes qui viendront étudier au Québec dans un domaine désormais jugé prioritaire puissent profiter du PEQ même si la liste des métiers et professions en demande est modifiée au cours de leur cheminement. Autrement dit, que ces personnes qui viendront un jour ou l’autre puissent profiter de la voie rapide du PEQ si elles s’inscrivent dans des cursus universitaires considérés comme répondant à un besoin du marché du travail, même si ceux-ci ne figurent plus dans la fameuse liste à la fin de leur parcours.

Ce n’est qu’ainsi que la clause de droit acquis s’appliquera comme il se doit.

Encore un effort, donc, M. le Ministre! Encore un ajustement, pour dire les choses plus précisément. Car ce n’est plus qu’un ajustement à opérer.

La liste devra aussi être peaufinée, car elle est imparfaite.

En reculant dans ce dossier, le gouvernement a sans doute rassuré certains de ses députés ébranlés par la pluie de critiques. Il s’est peut-être épargné une sortie publique de l’un ou l’autre d’entre eux, sortie qui aurait mis à mal son unité.

Au cours des prochaines heures, il devra toutefois expliquer les raisons de la désorganisation dans ses rangs qui lui a fait perdre un vote en fin de journée mercredi dans ce dossier. Il est rare qu’une telle chose se produise.

Même si elle n’a pas vraiment de caractère contraignant, une résolution parlementaire lui demandant de jeter tout son projet à la poubelle a été adoptée grâce aux voix des partis d’opposition et parce qu’il n’y avait que trois caquistes au Salon bleu à ce moment-là. Une telle désorganisation est gênante pour lui.

Des humains, toujours des humains

C’est un hasard, mais cette semaine de travaux parlementaires à l’Assemblée nationale démontre parfaitement à quel point les dossiers qui y sont débattus touchent très directement les citoyens.

Pensons évidemment à celui du Programme de l’expérience québécoise. Mais pas seulement. Pensons aussi au projet de loi du libéral André Fortin proposant que le Québec passe au «consentement présumé» pour le don d’organes et de tissus après le décès. La ministre de la Santé, Danielle McCann, a dit qu’elle était disposée à l’examiner.

Pensons également aux consultations lancées sur l’exploitation sexuelle des mineurs.

Pensons enfin au mandat touchant «à la consommation de psychostimulants chez les jeunes en lien avec le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité».

Des humains, toujours des humains.

Chronique

De l’air pour les enseignants

CHRONIQUE / Le Québec est déjà confronté à un manque d’enseignants et de classes, ce qui n’empêche pas la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) de proposer des modifications à la convention collective qui nécessiteront plus d’enseignants et de locaux. Un non-sens? Pour la présidente Josée Scalabrini, c’est plutôt le moyen de donner de l’air et de l’espoir aux enseignants en poste, et d’assurer une relève.

Ne sautez pas tout de suite à la conclusion que l’organisation syndicale est irréaliste et déconnectée.

Elle sait pertinemment que les changements qu’elle propose dans la ronde de négociations qui s’amorce avec le gouvernement ne peuvent tous se concrétiser en quelques années. 

«Ça fait 15-20 ans qu’on déconstruit en éducation. Ça va prendre quelques années pour reconstruire», affirme Mme Scalabrini qui effectue cette semaine une tournée des médias pour expliquer la démarche et les objectifs de sa fédération qui représente 63 000 enseignants d’écoles primaires et secondaires. 

Est-ce que cette ronde de négociations sera la bonne pour les enseignants? Avec le gouvernement Legault qui répète que l’éducation est sa priorité et qu’il veut valoriser la profession enseignante, avec les surplus budgétaires, la syndicaliste constate que les attentes de ses membres sont très grandes.

Est-ce que les gens cesseront de focaliser sur les deux mois de vacances des profs et leur congé des Fêtes pour s’attarder à ce qu’ils font au quotidien dans une école publique devenue fourre-tout et dont près de 20 % des élèves ont des difficultés d’adaptation, d’apprentissage ou des handicaps?

Mme Scalabrini est persuadée que le vent a changé, que la population est maintenant prête à reconnaître le travail des enseignants à leur juste valeur. 

Une reconnaissance qui doit aller bien au-delà de la paye pour attirer et retenir les enseignants dans les classes.

Oui, la fédération syndicale réclame une majoration de traitement de 8 % au 1er avril 2020 en plus des augmentations salariales annuelles. Mais la composition de la classe est aussi un élément majeur et extrêmement important. «Les enseignants ont besoin d’air et de compensation». Il faut travailler sur les deux plans.

De l’air, ça vient notamment avec des baisses de ratio maître/élèves en maternelle 4 ans, 5 ans et en première année. Le syndicat adhère à l’idée, partagée par le gouvernement, qu’il faut agir tôt. Il met donc de côté le mur-à-mur et ne réclame pas de baisses de ratio pour toutes les classes du primaire. 

De l’air, ça vient aussi avec des moyens pour diminuer le nombre d’enfants en difficulté dans les classes de la 2e à la 6e année du primaire et mettre fin à «l’intégration sauvage». Là aussi, pas d’uniformité, de mur-à-mur. «On va où sont les besoins».

La fédération réclame aussi davantage de classes spéciales. Elle veut aussi que des sommes à cette fin soient inscrites dans une annexe de la convention collective au lieu d’être une simple règle budgétaire que le ministre peut changer d’une année à l’autre.

La fédération souhaite également que l’intégration d’un élève handicapé ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage en classe régulière soit le fruit d’une «démarche analytique rigoureuse» où l’on prend en considération les besoins et les droits de cet élève, mais aussi ceux des autres élèves de la classe. 

Mme Scalabrini ne peut chiffrer le nombre d’enseignants qu’il faudra embaucher pour alléger la tâche des enseignants, réduire leur temps en classe, faire du mentorat et ouvrir des groupes où les besoins sont plus grands.

Plus de 40 % des enseignants du primaire et du secondaire sont à statut précaire. Un bon nombre pourrait donc obtenir une tâche plus complète avec les modifications proposées.

La porte-parole syndicale estime que Québec n’a pas le choix d’investir et d’envoyer des signaux positifs pour garder les enseignants en poste, en attirer dans la profession et faire revenir en classe des enseignants qui ont délaissé la profession, comme le souhaite le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. 

Il y a beaucoup de souffrance sur le terrain, rapporte Mme Scalabrini. Des profs en pleurs, ça existe aussi. 

«Ça ne peut plus seulement être des promesses de politiciens. Il faut que ce soit inscrit dans les conventions collectives». 

La présidente est toujours en attente de gestes concrets de la part de M. Roberge, un ancien enseignant. 

Le négociateur de la fédération, Mario Labbé, a déjà indiqué à ses vis-à-vis patronaux que la négociation ne peut se faire à coût nul et sur un mode «donnant-donnant» cette fois-ci. «C’est impossible.»

Dans quelques semaines, le ministère de l’Éducation et le président du Conseil du Trésor arriveront assurément à une autre conclusion.

Chronique

L’étrange tradition de Jean-Talon

CHRONIQUE / Les trois derniers députés de Jean-Talon, tous libéraux et anciens ministres, ont démissionné avant la fin de leur mandat. Les départs de Philippe Couillard (25 juin 2008), Yves Bolduc (26 février 2015) et Sébastien Proulx (30 août 2019) ont forcé la tenue d’élections partielles qui auront coûté aux citoyens plus de 1,7 million $.

L’ex-ministre Raymond Garneau avait tracé la voie quelques décennies plus tôt en démissionnant lui aussi de son siège de député de Jean-Talon après avoir été défait par Claude Ryan dans la course à la direction du Parti libéral.

Aucune de ces démissions ne fut attribuable à ce qu’on pourrait appeler un cas de force majeure (maladie, obligation ou urgence familiales, etc.).

Elles furent le résultat de déceptions politiques, d’orgueils blessés, de volontés de réorientation professionnelle voire d’une stratégie de carrière politique. S’effacer pour mieux revenir.

Ces raisons personnelles sont en soi légitimes. Un élu a le droit d’avoir des ambitions et de vouloir réorienter sa trajectoire professionnelle s’il ne se sent plus la flamme de continuer.

Mais cela devient très discutable pour ne pas dire indécent quand on vient de solliciter la confiance des citoyens et fait campagne en disant vouloir se mettre à leur service.

Partir ensuite à la première contrariété, déception ou manifestation d’ennui ne fait pas honneur à la fonction d’élu et nourrit le cynisme dans la population. C’est une sorte de rupture de contrat social.

Sans parler des dépenses pour les élections partielles : 550 000 $ par élection partielle et davantage en 2008 (625 000 $) lorsque le Directeur général des élections (DGE) a profité de l’élection pour tester un nouveau système informatique.

Au moins, il n’y a plus d’indemnité de départ pour récompenser ce genre de pratique.

La candidate libérale Gertrude Bourdon ne peut être tenue responsable des choix de MM. Couillard, Bolduc, Proulx ou Garneau.

Ce qu’elle doit assumer cependant, c’est son choix de représenter le Parti libéral dont la «marque» est entachée dans Jean-Talon par cette suite de démissions capricieuses.

Comment croire que Mme Bourdon sera plus fidèle à la fonction d’élue qu’elle sollicite?

Sa séance de magasinage, à la veille des élections générales de 2018, a démontré que ses ambitions personnelles pesaient plus lourd que ses convictions politiques.

Après s’être laissée courtisée par la Coalition avenir Québec (CAQ), elle s’est retournée vers le Parti libéral qui lui permettrait d’espérer un meilleur sort au conseil des ministres.

Mme Bourdon, qui avait beaucoup vanté en campagne ses qualités de gestionnaire, se voyait à l’évidence au conseil des ministres. Peu importe la couleur du parti.

Ayant échoué à se faire élire dans Jean-Lesage sous la bannière libérale, elle a tenté plus tôt cette année de retrouver son ancien poste de pdg du CHU de Québec. Si elle y était parvenue, on peut penser qu’elle ne serait pas candidate aujourd’hui.

D’où la question. Que se passera-t-il si Mme Bourdon, qui se voit dans des fonctions d’importance, est élue lors de la partielle de Jean-Talon?

Va-t-elle retourner à nouveau sa veste et essayer de joindre le gouvernement de la CAQ en espérant accéder au Saint des Saints?

Va-t-elle se satisfaire longtemps d’un rôle de «simple» députée d’opposition? Ou suivra-t-elle les traces des députés libéraux qui l’ont précédé et quitté à la première occasion si on lui offre un poste de direction d’hôpital ou un autre emploi prestigieux?

Je ne veux pas présumer des réflexions futures de Mme Bourdon si elle est élue et peut-être me trouverez-vous injuste et déplacé de soulever ainsi des doutes.

Mais convenez que la tradition récente des élus libéraux dans Jean-Talon et la trajectoire personnelle de la candidate invitent à se questionner sur la sincérité à vouloir servir les citoyens de cette circonscription.

Cela n’enlève rien aux qualités humaines et professionnelles de Mme Bourdon, remarquez.

Je ne mets d’ailleurs pas en doute sa grande connaissance du réseau de la santé où elle a gravi les échelons après y être entrée comme infirmière.

Je ne doute pas non plus de ses compétences de gestionnaire qui sont très largement reconnues et appréciées.

Ce dont je doute, c’est de son profil pour faire oublier la légèreté avec laquelle les derniers élus libéraux de cette circonscription ont traité les électeurs de Jean-Talon et les fonds publics.

Il y a là dans cette candidature un manque flagrant de flair politique. De la part de la candidate comme de la part du parti qui a fait le choix de l’envoyer au front porter ses couleurs.

Depuis 1966, année de la création de la circonscription, les frontières géographiques de Jean-Talon ont plusieurs fois changé pour couvrir aujourd’hui l’essentiel du territoire de Sainte-Foy et de Sillery.

En plus d’un demi-siècle, la fidélité au Parti libéral ne s’est jamais démentie.

Huit députés sur huit, dont les cinq derniers ont été ministres. Avec Raymond Garneau qui avait été ministre quelques années avant, cela fait six.

Jean-Claude Rivest qui fut aussi député de cette circonscription, n’a pas été ministre, mais il était un proche conseiller de Robert Bourassa, ce qui contribue à la tradition d’une proximité de Jean-Talon avec le pouvoir.

Seul le premier député, Henri Beaupré, ex-directeur du journal Le Carabin Laval de l’Université Laval (1940-1943) et ex-conseiller municipal à Québec a joué un rôle plus discret à l’Assemblée nationale.

Que sept des huit députés libéraux de Jean-Talon aient été ministres et/ou proches du pouvoir en dit long sur les compétences et qualités professionnelles des élus qui s’y sont succédé. Et sur le poids politique de cette circonscription voisine du Parlement.

Mais d’avoir vu la moitié de ces députés (et ministres) de Jean-Talon quitter avant la fin de leur mandat suggère qu’il y a un prix à payer pour ces candidatures de «prestige». Leur ego et leur peur de l’ennui les rendent plus vulnérables au chant des sirènes.

Chronique

La froide logique de Jolin-Barrette

CHRONIQUE / Le plus difficile pour un gouvernement est de reculer. Reculer, c’est reconnaître qu’on s’est trompé. Mais le premier ministre François Legault a dit plus d’une fois qu’il fallait être capable de reconnaître ses erreurs. Problème : son gouvernement n’en reconnaît aucune dans les modifications qu’il a apportées au Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Il aurait raison contre à peu près tout le monde.

En arrivant au pouvoir, M. Legault avait rappelé qu’il avait lui-même commis des erreurs durant la campagne électorale. Lors du débat télévisé des chefs sur les ondes de TVA, il s’était même livré à un mea-culpa. «Je ne suis pas parfait. Ça m’arrive de faire des erreurs», avait lancé le chef caquiste en faisant référence à ses réponses inexactes sur l’immigration.

«J’écoute les gens et je corrige mes erreurs», avait-il ajouté. L’immigration… Déjà à ce moment-là!

Brutalement

Dans le plus récent volet des réformes en immigration du gouvernement, la solution maîtresse passait et passe toujours par l’instauration d’une clause de droit acquis — comme le ministre Simon Jolin-Barrette en a greffé une à sa loi sur la laïcité de l’État, ce qui l’a rendue plus acceptable aux yeux de plusieurs opposants à toute interdiction en la matière. Et ce qui a réduit les drames humains.

Le gouvernement a fait de l’adéquation entre le marché du travail et l’immigration économique un mantra. Personne ne peut s’en surprendre. On peut déplorer cette logique strictement utilitariste, mais elle peut aussi se défendre. Tout comme le fait de modifier une mesure comme le Programme de l’expérience québécoise pour, par exemple, mieux tenir compte de formations menant à des métiers manuels.

Le problème est de couper du jour au lendemain les ailes de ce programme dans maints domaines de formations universitaires et collégiales. Avec une période d’adaptation, le grand objectif du ministre de l’Immigration serait pourtant atteint, même s’il était repoussé dans le temps.

Illogisme : M. Legault ne cesse de répéter qu’il veut des emplois payants au Québec. Ces étudiants à qui l’on restreint l’accès au certificat de sélection du Québec y contribueraient en bonne proportion.

Le PEQ concerne non seulement les étudiants étrangers diplômés au Québec, mais également des travailleurs étrangers temporaires ayant cumulé un an de travail chez nous. Les modifications apportées ici mènent à un autre illogisme, puisqu’il s’agit de gens déjà en emploi.

Les autres voies d’immigration dont parle Simon Jolin-Barrette n’offrent pas la même garantie de réussite. Le contrat avait beau n’être que tacite, il a été rompu.

Coup de poing

C’est une conférence de presse coup de poing qu’ont organisée conjointement mardi le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois. Pour illustrer une situation, rien ne vaut des visages. En l’occurrence, c’étaient ceux de personnes happées par le rétrécissement du PEQ.

Il y a plusieurs années déjà que les partis d’opposition ont pris l’habitude de se présenter en conférence de presse avec des citoyens touchés par telle ou telle mesure gouvernementale. Mais celle-ci était l’une des plus chocs. 

Pour l’heure, elle n’a pas ébranlé la froide logique du gouvernement.

Chez les caquistes, plusieurs ont très hâte de parler des mesures du mini-budget à venir.

Chronique

«Sauvetage ultime»: on envoie un hélico

CHRONIQUE / Je ne m’étais jamais senti autant en sécurité dans un visionnement de presse qu’à celui de «Sauvetage ultime», mardi matin. Peut-être une fois, quand j’ai pris un vol piloté par le commandant Robert Piché, et que la Dre Christiane Laberge faisait partie des passagers. Disons que ça rassure.

À tout moment, mardi, le téléphone aurait pu sonner pour les six membres de l’escouade de recherche et sauvetage de la Sûreté du Québec. Au moins deux d’entre eux auraient dû nous quitter pour aller à la rescousse d’un chasseur perdu en forêt ou pour sortir du pétrin un randonneur trop aventurier. Un quotidien qui diffère passablement du nôtre, et qui nous est montré pour la première fois dans Sauvetage ultime, une série de 12 demi-heures, diffusée sur ICI Explora dès le lundi 18 novembre à 22h, à raison de deux épisodes à la suite.

En parallèle, on nous montre chaque semaine des cas bien réels et on s’immisce au camp des recrues, dont sortiront seulement deux agents embauchés. Et attendez de voir ce qu’on leur fait faire, sur des murs d’escalade ou en piscine. Au moins, pas d’humiliation et de cris comme dans GTI : groupe tactique d’intervention, la série de Canal D. Certains sacres, mais le sourire n’est jamais bien loin.

On l’a vu dans De garde 24/7 et dans tous les docuréalités qui peuplent notre télé depuis quelques années : ça nous prend des personnages attachants. Et c’est le cas dans Sauvetage ultime, avec le plus loquace d’entre tous, Karl Sasseville, surnommé K2, doyen et fondateur de l’escouade, et ses hommes, Martin Leclerc (Moe), Denis Desruisseaux (DD), Martin Lecomte (TH) et François Gourbil (514). Pourquoi des surnoms? Parce qu’en situation d’urgence, deux Martin, c’est pas pratique. Il n’y a hélas pas encore de femmes, mais ça ne saurait tarder si on en croit l’optimisme de K2.

Le premier épisode démarre lentement avec le sauvetage d’un ermite qui s’est perdu dans le brouillard, sur un sentier de raquettes. Quatre-vingts pour cent des sauvetages se font en hélicoptère en pleine nuit. Ça peut avoir l’air héroïque, mais «c’est pas plus confortable qu’un autobus jaune», fait-on remarquer. Au deuxième épisode, l’escouade porte secours à un adolescent de 17 ans victime d’un accident de véhicule tout terrain aux Monts Valin, dans le nord du Saguenay. À leur arrivée, Olivier, qui ne portait pas de casque, est à peine conscient, babillant quelques mots. L’accident le laissera dans un fauteuil roulant, mais on suivra l’évolution de son état dans la série. Ce sauvetage illustre bien les conditions dans lesquelles ces agents doivent travailler, dans un laps de temps très court. Des vies sont en jeu. Ça prend des nerfs d’acier, mais aussi un calme, un sang-froid qui n’est pas donné à tout le monde. Et ce ne sont souvent pas les plus jeunes qui y parviennent; ce travail, rencontre entre maturité et force psychologique, convient généralement aux gens de plus de 40 ans.

Contrairement aux policiers «réguliers», qui sont rarement bien accueillis par les criminels à qui ils passent les menottes, ceux de l’escouade sont bien souvent reçus avec le sourire de victimes, heureuses d’avoir été retrouvées à temps. Hélas, d’autres n’ont pas survécu, comme cette personne qui se suicide du haut d’un pont en Mauricie. Des images qui ébranlent les agents et restent gravées dans leur mémoire. N’ayez crainte, aucune image ne vous traumatisera; on en montre le moins possible. L’idée est de montrer le travail admirable de ces gens, pas de nous empêcher de dormir. Reste que souvent, on peut souligner l’imprudence de certaines victimes, avec qui les agents doivent avoir de bonnes conversations, et à qui ils remettent des consignes à respecter pour leur prochaine expédition.

Comme l’escalade gagne des adeptes, que ce soit en Gaspésie, dans Charlevoix ou au Saguenay, l’escouade doit se mettre à jour en la matière. On simule entre autres le sauvetage d’une femme victime d’une avalanche — de préférence en 15 minutes, après, c’est risqué — dans les Chics Chocs. Puis, on teste le vertige des recrues sur une structure du pont Jacques-Cartier.

L’équipe du réalisateur Guillaume Sylvestre et de la productrice Renée-Claude Riendeau a dû se faire discrète pour ne pas alourdir le travail de ces hommes. C’est réussi, on croit souvent y être. «Si cette émission peut sauver une vie, notre objectif sera atteint», nous dit Karl Sasseville, qui croit au rôle de prévention, et bien prêt à rembarquer pour une deuxième saison.

Chronique

La CAQ voulait une loi sur l’interculturalisme...

CHRONIQUE / Le gouvernement de François Legault ne s’est pas montré particulièrement intéressé jusqu’ici à l’idée de présenter un projet de loi sur l’interculturalisme «comme modèle d’intégration et de gestion de la diversité» — pour reprendre les termes de la députée indépendante et indépendantiste Catherine Fournier. Pourtant, alors qu’elle était dans l’opposition, la Coalition avenir Québec (CAQ) plaidait la nécessité d’une telle législation. Mais peut-être ne faut-il pas présumer de l’avenir dans ce dossier…

Car il est bien possible que le gouvernement caquiste trouve un intérêt politique à avancer sur ce front d’ici les prochaines élections, puisqu’il pourrait inclure cette éventuelle loi dans le corpus de sa fameuse «gouvernance nationaliste» — celle qui lui a permis jusqu’ici de gagner des points dans l’électorat au point parfois de faire écran à des erreurs. Je ne reviendrai pas encore une fois ici, en guise d’exemple, sur les futurs remboursements aléatoires des trop-perçus d’Hydro-Québec.

Catherine Fournier

La semaine dernière, la députée Catherine Fournier a présenté à l’Assemblée nationale un projet de loi sur l’interculturalisme. Elle estime qu’il est «primordial» que le Québec consacre officiellement son modèle d’intégration en immigration par une loi. Elle fait valoir que «cela est nécessaire pour faire contrepoids au modèle canadien du multiculturalisme».

Le gouvernement Legault a repoussé une résolution parlementaire qui lui demandait de se saisir de ce projet de loi ou d’en produire un de son cru.

Pourtant...

Pourtant, en mars 2015, le député caquiste Simon Jolin-Barrette, en conférence de presse, avait plaidé en faveur d’une loi sur l’interculturalisme. Assis aux côtés de François Legault, il expliquait alors que cette législation devrait inclure les principes suivants : le français est la langue publique et officielle de la nation; la nation québécoise, en tant que francophonie nord-américaine, est titulaire de droits collectifs et sa culture doit être préservée; le Québec est une société qui s’emploie à respecter ses minorités ethnoculturelles; et le Québec prône le respect des valeurs communes inscrites dans la Charte des droits et libertés de la personne.

Payant plus tard?

Pour beaucoup, cette éventuelle loi ne ferait que consacrer ce qui existe déjà au Québec. C’est ce que suggère Catherine Fournier et c’est aussi ce que laissait entendre la Commission Bouchard-Taylor en 2008. Les deux commissaires faisaient en effet valoir que c’est «pour mieux établir l’interculturalisme comme modèle devant présider aux rapports interculturels au Québec» que l’État québécois devait en faire «une loi, un énoncé de principe ou une déclaration en veillant à ce que cet exercice comporte des consultations publiques et un vote de l’Assemblée nationale».

Entendons-nous : il existera toujours des nuances sur ce que recoupe l’interculturalisme. Et ce n’est pas parce qu’une loi consacrerait essentiellement ce qui existe déjà que chaque porteur de ballon n’irait pas d’une touche ou de touches reflétant sa propre vision des choses.

Dans sa proposition, la députée Catherine Fournier préconise par exemple d’«aider les individus issus de la diversité ethnoculturelle à lutter contre toute discrimination».

En passant, la libérale Dominique Anglade a promis que sous sa gouverne, un gouvernement libéral doterait le Québec d’une loi sur l’interculturalisme. 

Oui, l’idée traverse les lignes de parti.

Mais elle n’est souvent depuis longtemps que tactique. Prenons-en conscience.

Pour l’heure, le gouvernement de François Legault ne paraît plus vouloir aller dans cette direction — si l’on se fie à sa réaction à la proposition de Catherine Fournier. J’insiste sur le verbe paraître.

Car il est bien possible qu’il attende tout simplement pour agir un moment qu’il considérera plus stratégique, c’est-à-dire plus payant sur le plan politique — s’il juge alors qu’une telle loi pourrait avoir cet effet.

Chronique

Bon pour le Québec et pour la CAQ

CHRONIQUE / «Les Québécois ne s’attendent pas à ce qu’on soit parfait, ils s’attendent à ce qu’on les écoute, puis qu’on fasse de notre mieux, qu’on s’améliore, qu’on se retrousse les manches pour les aider. On a le droit de faire des erreurs.» Ce sont des paroles que le premier ministre François Legault prononçait l’an dernier.

Rester proche des Québécois, rester proche des préoccupations des Québécois. Faire preuve d’humilité et s’élever au-dessus des considérations partisanes, disait-il aussi. 

Après maintes années d’arrogance libérale, les mots du nouveau premier ministre étaient l’an dernier de la musique aux oreilles des Québécois.

Avec le temps, l’esprit d’ouverture, d’humilité et de proximité prôné par le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) s’est malheureusement étiolé à cause de son obsession à vouloir remplir à tout prix des promesses électorales.

Implantation des maternelles 4 ans, réforme en immigration, âge légal pour consommer du cannabis, fixation des tarifs d’électricité, abolition des élections scolaires et transformation des commissions scolaires sont autant de dossiers où de nombreuses voix indiquent au gouvernement Legault qu’il ne prend pas la bonne direction.  

Évidemment, les électeurs souhaitent, autant que faire se peut, que les politiciens respectent leurs promesses. 

Mais si celles-ci s’avèrent plus onéreuses que prévu (maternelles 4 ans), si celles-ci vont à l’encontre d’avis d’experts scientifiques (âge légal pour consommer du cannabis), si celles-ci après analyse sont jugées contraires aux intérêts du Québec (immigration et besoin de main-d’œuvre), quel électeur lui en tiendra rigueur d’apporter des ajustements, de modifier, voire de mettre de côté un engagement?

À la suite de la dernière campagne électorale, M. Legault avait réalisé qu’il était possible de reconnaître une erreur, comme il l’avait fait dans le dossier de l’immigration dont il ne maîtrisait pas tous les éléments. Il disait en tirer une leçon. 

Dommage que cette leçon et cette humilité n’animent pas toujours ses troupes.

Prenons le projet de loi sur l’établissement des tarifs d’Hydro-Québec. Les grandes et les petites entreprises ainsi que les consommateurs s’y opposent. Quatre anciens ministres de l’Énergie et des Ressources naturelles estiment que le projet de loi menace les exportations d’énergie vers les États-Unis. Mais, le gouvernement ne bronche pas. «Nous n’avons pas l’intention de renoncer au projet de loi», affirme le ministre Jonatan Julien. 

Dans le dossier de l’immigration, entreprises et chambres de commerce répètent que les seuils fixés par Québec ne permettent pas de répondre pleinement aux besoins criants et pressants de main-d’œuvre partout au Québec. 

Succès mitigé jusqu’à maintenant, mais petite lueur d’espoir depuis lundi. Le premier ministre Legault a indiqué qu’il était ouvert à apporter des ajustements à ses réformes. Et pour cause. 

Radio-Canada faisait état lundi des inquiétudes exprimées par le fondateur de l’Institut québécois en intelligence artificielle, le chercheur Yoshua Benfio.

Ce dernier craint que les réformes en immigration du gouvernement caquiste, notamment le resserrement de l’accès au programme d’expérience québécoise, perturbent le recrutement des étudiants internationaux et de jeunes professionnels talentueux. 

Québec investit et mise sur l’intelligence artificielle. À quoi bon s’il ne peut attirer et retenir chercheurs et ingénieurs? Le premier ministre semble avoir saisi le danger et se montre ouvert à des correctifs. 

Le Québec s’en portera mieux et le premier ministre, son gouvernement et la CAQ y gagneront aussi.

Pourquoi ne pas appliquer la même logique et faire preuve d’une réelle écoute dans d’autres secteurs, notamment en éducation? 

Jean-Marc Salvet

Don d’organes, un sujet pour les députés

CHRONIQUE / Le député André Fortin présentera cette semaine un projet de loi visant à instaurer «une présomption de consentement au don d’organes ou de tissus après le décès». Malgré les réticences légitimes que bien des citoyens peuvent ressentir devant le «consentement présumé» au don d’organes, il faudrait au moins en discuter.

Je dis cela, car, à l’Assemblée nationale du Québec, les façons de faire font en sorte qu’une proposition législative émanant d’un député d’opposition reste toujours sur une tablette — sauf rarissimes exceptions. Or, André Fortin est un élu libéral.

Mais il serait pertinent que le gouvernement de François Legault permette d’ici la fin de son mandat que ce projet de loi soit au moins étudié.

Ce ne serait pas la première fois que l’Assemblée nationale se pencherait sur le sujet. En 2006, elle a d’ailleurs adopté une loi parrainée par le député William Cusano, qui lui-même avait reçu un nouveau cœur. L’objectif que poursuivait cette législation était de faciliter les dons d’organes et de tissus. Un objectif qui n’a toutefois été réellement appliqué qu’après l’adoption d’une autre loi, celle-là en 2010. Portée par le ministre de la Santé d’alors, Yves Bolduc, elle a entre autres créé le Registre des consentements au don d’organes et de tissus.

Depuis, régulièrement, l’Assemblée nationale reçoit des pétitions réclamant que le processus de don d’organes et de tissus soit modifié pour privilégier un modèle fondé sur le «consentement présumé». Ce, afin «que les personnes décédées soient présumées donneuses d’organes et de tissus, à moins qu’elles n’aient signé un document signifiant leur refus» — pour reprendre le libellé de l’une de ces pétitions.

Pourquoi l’Assemblée nationale devrait-elle profiter de la présentation du projet de loi d’André Fortin pour se repencher sur cette question? Parce que nos parlementaires sont bien placés pour écouter les arguments de ceux qui affirment que le consentement présumé sauverait davantage de vies et pour bien entendre le malaise que vivent de très nombreux citoyens devant cette perspective. Et pour dire ensuite où en est la société québécoise à cet égard et où elle devrait être, le cas échéant.

Que ce projet de loi, au moins, n’aille pas s’empoussiérer sur une tablette. Car il existe des discussions comme celle-là qu’on peut — qu’on doit — régulièrement tenir.

Ne serait-ce que pour permettre aux citoyens de se resensibiliser à ce que nous pouvons déjà faire aujourd’hui.

La mission de Ian Lafrenière

Une commission parlementaire spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs débute ce lundi à l’Assemblée nationale. Il va sans dire qu’on est là aussi devant un autre vrai sujet.

Présidée par l’ex-policier et député caquiste Ian Lafrenière, cette commission aura pour mandat de comprendre comment des adolescentes (et des adolescents) en viennent à se prostituer et ce qu’il est possible de faire pour éviter cette descente aux enfers.

«Les filles travaillent entre cinq et six jours par semaine, font entre 5 et 10 clients par jour. Ce sont nos jeunes filles. Une fois malades ou mal en point, qu’est-ce qu’on fait? Bien, ce n’est pas compliqué : elles sont vendues; vendues à un autre proxénète», a exposé M. Lafrenière au Soleil le printemps dernier.

À n’en pas douter, les députés membres de cette commission feront un travail utile. Car il y a des pierres comme celle-là qu’il faut sans cesse retourner.

C’est une incontournable et impérieuse mission que conduira M. Lafrenière avec ses collègues de Québec solidaire, du Parti québécois et du Parti libéral du Québec.

Le déguisement de Catherine Dorion

À l’évidence, les deux sujets précédents sont beaucoup plus importants que le suivant. Le tailleur revêtu par Catherine Dorion la semaine dernière pour se «déguiser en députée» en cette Halloween 2019 ne nous mènera pas bien loin...

Certains s’énervent parce que la photo illustrant ce moment a été prise au solennel Salon rouge de l’Assemblée nationale et parce que la députée de Taschereau s’est assise sur le pupitre du président de séance pour faire immortaliser ce cliché... Mais ce n’était qu’un clin d’œil!

Si un député s’était déguisé en Charlie Chaplin et s’était fait prendre en photo au même endroit, pas sûr que beaucoup de ses collègues se seraient énervés. Gare à ne pas trop perdre de vue l’essentiel.

RICHARD THERRIEN

«TLMEP»: ce grand monsieur du hockey

CHRONIQUE / Les nostalgiques du temps où le Canadien les gagnait toutes avaient sûrement un grand sourire, dimanche soir, à revoir Ken Dryden, mon étoile du match, leur raconter ces belles années. Ce «Tout le monde en parle» intéressant d'un bout à l'autre a aussi permis à Maripier Morin de répondre aux critiques, sévères à son endroit, et à Bleu Jeans Bleu de nous remettre «Coton ouaté» dans la tête pour toute la semaine.

Grand monsieur que ce Ken Dryden – il mesure six pieds quatre –, accueilli en héros, à juste titre. Il a été bien peu question de la biographie Scotty : une vie de hockey d'exception, dont il est l'auteur, mais surtout de lui-même, dans cette entrevue qu'il a accordée presque uniquement en français. Pour Dryden, Bowman n'est rien de moins que le meilleur entraîneur de l'histoire du hockey. Son autre livre, intitulé Le match, publié en 1983, est encore considéré par plusieurs comme le meilleur ouvrage à avoir été écrit sur notre sport national. M. Dryden arrivait accompagné de son fameux masque de gardien de but, qui est entré dans la légende, portant encore les marques des grandes années. Il a refusé qu'il soit exposé au Temple de la renommée à Toronto, préférant le garder précieusement dans une boîte au sous-sol. La carte du fou du roi: «Avec vos multiples carrières, on peut dire que si Ken Dryden arrêtait tout, il n'y a vraiment rien pour arrêter Ken Dryden!»

Maripier Morin, qui s'est séparée de Brandon Prust, a dû vivre avec les réactions engendrées par sa rupture. «Les gens sont d'une grande délicatesse. Moins les médias. [...] Est-ce que je suis obligée de parler de ma rupture? [...] Moi j'ai lu nulle part un contrat qui m'obligeait à m'exprimer sur comment je me sens en ce moment.» Au sujet de sa série Mais pourquoi?, diffusée à Z, elle n'a pas du tout aimé danser nue au Lady Mary Ann, un bar de danseuses de Québec, «pour voir ce qui se passe dans le regard des gens qui sont là». «T'es un numéro. Y sont pas là pour apprendre à te connaître ou savoir si t'as quelque chose à dire», a-t-elle constaté. Elle qualifie Studio G de «show sans prétention», et souligne que l'émission qu'elle anime à TVA attire en moyenne 916 000 fidèles chaque dimanche. «Les critiques sont toughs à ton égard», a remarqué Guy A. «Si ça avait été [fait par] un gars, on crierait au génie», répond-elle au sujet de Mais pourquoi?, qui a reçu un accueil mitigé mais plus favorable que Studio G.

Intéressant segment sur les fausses nouvelles, avec le trio des Décrypteurs sur ICI RDI, l'animateur Alexis De Lancer et les journalistes Bouchra Ouatik et Jeff Yates. Si Donald Trump a popularisé le concept de «fake news», c'est loin d'être nouveau. La plus vieille fausse nouvelle au Québec remonte à 1893 et parle d'actes de cannibalisme associés à une famille autochtone en 1893. On a notamment rappelé qu'une loi au Canada contre les fausses nouvelles avait été invalidée par la Cour suprême en 1992. Les médias traditionnels ne sont pas à l'abri des erreurs. Alexis De Lancer cite le cas d'ABC News, qui a diffusé des images d'une attaque en Syrie, avant qu'on découvre qu'elles avaient été tournées dans un champ de tir au Kentucky.

Récipiendaire d'un 17e Félix la semaine dernière, et après avoir endisqué à quatre reprises, Fred Pellerin refuse toujours de se dire chanteur. «Tu fais quatre tartes, ça veut pas dire que t'es pâtissier!» blague le sympathique conteur. Dans un segment délirant et vraiment très drôle, Fred Pellerin a tenté d'exprimer, en des termes que même lui ne semblait pas comprendre, que son œuvre serait disponible sur plusieurs plateformes, comme si le numérique venait d'être inventé. «On rentre dans le futur!» s'est-il écrié. «Non, on rentre dans le présent», a répondu Guy A. Bien sûr, on est revenu sur la bisbille entre Pellerin et la municipalité de Saint-Élie-de-Caxton. «Je n'avais plus de fun», a-t-il expliqué, ajoutant avoir tiré personnellement zéro revenu de cette collaboration. Il ne quitte pas pour autant le village qu'il a mis sur la mappe et promet de s'y investir autrement.

La Dre Marie-Eve Morin et la psychiatre Amal Abdel-Baki craignent toutes deux les conséquences de la loi caquiste qui fait passer l'âge légal d'achat et de possession de cannabis de 18 à 21 ans. «C'est vraiment un projet de loi qui est politique, qui n'est pas scientifique ni médical, et ça va à l'encontre de la santé publique», croit la Dre Morin, médecin de famille oeuvrant en dépendances et en santé mentale, très éloquente. Ceux qui s'approvisionnaient à la SQDC, aussi peu soient-ils, vont forcément retourner sur le marché noir, où on vend le cannabis avec d'autres drogues plus dangereuses, croit-elle. Étrangement, la plus forte croissance de consommation du cannabis s'observe chez les 65 ans et plus.

L'émission s'est conclue joyeusement avec trois des membres de Bleu Jeans Bleu, proclamé groupe de l'année à l'ADISQ, et dont la chanson Coton ouaté est devenue un ver d'oreille. Même leur air des épiceries IGA pour ne pas oublier ses sacs est accrocheur. C'est le leader, Claude Cobra, de son vrai nom Mathieu Lafontaine, qui accordé 99% de l'entrevue sans rouler ses «r» comme dans ses chansons, les deux autres jouant volontiers les figurants. «Il parle!» s'est exclamé Guy A. quand l'un d'eux a voulu en placer une. Les gars ne sont pas des danseurs, et ont appris la chorégraphie de leur vidéoclip cinq minutes avant de le tourner. Ça n'a pas empêché le vidéo de faire fureur sur le web.

En début d'émission, Guy A. a voulu souligner avoir invité les auteurs du livre PLQ Inc., publié par les Éditions du Journal (Québecor). «Une fois de plus, leur grand patron en a décidé autrement. Dommage», a conclu l'animateur.

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François Bourque

C'était plus simple avant

CHRONIQUE / Le renvoi sur les planches à dessin du pôle d’échange du Phare et la confusion des messages publics ont semé (ou conforté) chez plusieurs l’impression que le projet de tramway est improvisé et mal barré.

La Ville s’en défend. Elle plaide qu’il est normal pour un projet de cette ampleur de ne pas connaître encore tous les détails et de devoir reprendre des analyses et faire des ajustements.

Il en sera ainsi pendant toute la période de planification, soit trois années encore. 

À quel moment faudrait-il commencer à s’inquiéter de la gouvernance d’un grand projet? Y a-t-il des signaux ou indicateurs auxquels il faudrait être attentif? 

Je n’ai pas trouvé de réponse à cette question. Ce qu’on sait cependant, c’est qu’il y a des imprévus dans tous les grands projets. Dans celui du REM à Montréal par exemple. 

En 2016, il a fallu arrêter le chantier d’un centre d’entretien à Pointe-Saint-Charles, près du pont Champlain, puis démolir une partie de ce qui venait d’être construit. 

Ce n’est pas un modèle à suivre, direz-vous. Vous avez raison. Mais sans doute valait-il mieux arrêter le chantier que de continuer à dépenser pour un éléphant blanc.

Les grands projets d’infrastructures sont aujourd’hui beaucoup plus complexes qu’à l’époque de la Révolution tranquille, rappellent les économistes Louise Lambert, Luc Meunier et Denis Robitaille, dans un article paru l’été dernier1.

Leurs observations, tirées de leur expérience dans l’appareil d’État, me semblent valoir aussi pour de gros projets privés comme le Phare.

À l’époque, on a souvent pu construire sur des «terrains vierges», ce qui était plus simple que les projets d’aujourd’hui dans un tissu urbain beaucoup plus densifié.

Il n’y avait pas alors les mêmes obligations de protéger l’environnement. (Le BAPE n’a été créé qu’en 1978.)

«On ne pourrait plus, comme dans les années 1960, utiliser la terre extraite pour la construction du métro de Montréal afin de créer une île dans le fleuve Saint-Laurent», notent les économistes.

Pensons aussi au boulevard Champlain et à l’autoroute Dufferin-Montmorency sur les battures du fleuve, au béton sur la rivière Saint-Charles, etc. 

Lorsqu’il faut reconstruire aujourd’hui ces infrastructures rendues au bout de leur vie utile, il y a le défi de maintenir une «qualité de service» pendant les travaux. 

Et puis il y a la pénurie de main-d’œuvre et le risque de surchauffe des prix à vouloir mener plusieurs grands projets en même temps.

Cela force à une planification «sophistiquée» et «rigoureuse» pour s’assurer de bien répondre aux attentes. «L’analyse du besoin est l’étape fondamentale du processus de planification», insistent les économistes.

Une des grandes difficultés des projets actuels est de vouloir les lancer rapidement sur la base d’un concept général. On estime les coûts en faisant une règle de trois avec des projets menés ailleurs. 

On se commet sur un prix et sur la portée du projet avant d’avoir fait les études requises et les plans précis. 

Lorsque ces informations arrivent, on découvre souvent qu’il faudrait modifier le projet pour l’améliorer, ce qui peut faire changer les coûts. 

On est alors pris avec les énoncés publics du départ et il devient difficile de modifier le projet ou de reculer. 

Cela pose un enjeu de communication. À quel moment a-t-on suffisamment de réponses techniques pour informer les partenaires financiers et le public, sans trop nuire à l’image du projet et de ses promoteurs?

On s’empêche parfois de bonifier un projet parce qu’on est embourbé dans la machine administrative et politique, m’a confié un ex-gestionnaire de projets d’infrastructures.

«On sent, dit-il, que les autorités au gouvernement ont de la misère à s’ajuster en cours de route». 

D’autres ont le jugement plus sévère. 

Le géographe et professeur Martin Simard, du Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT) de l’Université du Québec à Chicoutimi, est de ceux-là. 

«La montée des politiciens populistes ou entrepreneurs aux opinions bien arrêtées va visiblement à l’encontre de cette leçon de l’histoire en faveur de réflexions mûries et nuancées.»

Dans un article paru l’été dernier2, M. Simard s’attarde aux trois grands «dilemmes urbains» de Québec : le tramway, le Phare et le troisième lien. 

Ces projets sont «promus par des leaders politiques qui en font une affaire personnelle dans bien des cas», perçoit-il. 

Ils défendent leurs idées «avec un certain autoritarisme» et selon «la temporalité des échéances électorales». 

Cela donne des débats «fréquemment empreints de partisanerie», observe-t-il. Les études techniques de faisabilité ou d’impact sont souvent absentes ou peu considérées dans le processus décisionnel.

Il s’inquiète de la place de la science et de l’urbanisme dans les décisions publiques.

Il n’y a pas de laboratoire pour reproduire les dynamiques urbaines et prévoir exactement ce qui va se passer, convient-il. Mais on peut apprendre du passé. L’histoire de l’urbanisme est faite d’essais et d’erreurs, rappelle-t-il. C’est en soi une source de connaissances de grande valeur si on veut s’en servir. 

Une étude imparfaite vaut mieux, croit-il, qu’une absence complète de réflexions documentées.

  1. Les infrastructures publiques au Québec : de la Révolution tranquille à aujourd’hui, Louise Lambert, Luc Meunier et Denis Robitaille, Chaire de recherche en fiscalité et en finances, Université de Sherbrooke, juillet 2019
  2. Québec et ses dilemmes urbanistiques : les enseignements du terrain et des débats médiatiques, Martin Simard, Revue Organisations & Territoires, Volume 28, No 2, juillet 2019

Richard Therrien

Énola: jamais deux sans trois

CHRONIQUE / Imaginez un instant : vous participez à un concours prestigieux qui sélectionne 40 finalistes, mais vous finissez... au 41e rang. C’est arrivé le 20 octobre dernier à Énola Bédard, originaire de Charlesbourg, qui venait pourtant de briller à l’émission Révolution, parmi d’autres étoiles.

Les réactions des maîtres après sa prestation singulière sur la chanson Ta reine, de l’artiste belge Angèle, laissaient réellement croire à une victoire. «C’est sûr que ça a été une déception, un choc. Surtout que j’avais vraiment suivi les conseils des maîtres en travaillant sur ma révolution. Je me suis dit: ‘‘qu’est-ce que je dois faire de plus?’’ On met tellement d’effort là-dessus; pour les deux prestations, je me suis entraînée durant trois mois, à raison de cinq heures par jour. C’était comme les Olympiques pour moi», m’a confié la danseuse d’à peine 19 ans, déçue sans être amère.

Énola en était d’ailleurs à sa deuxième participation à l’émission de TVA, ayant pris part à la première saison à l’automne 2018. L’égérie de l’émission, Sarah-Jeanne Labrosse, l’a mise au défi de revenir dans une éventuelle troisième saison. Jamais deux sans trois? «J’ai reçu beaucoup de messages de gens frustrés que je n’aie pas gagné. Je n’ai presque pas le choix de revenir», répond la jeune femme, qui avoue d’emblée avoir une préférence pour un maître en particulier. «C’est Larry! En regardant ma prestation, il avait essayé de voter pour moi à la première ronde, mais son frère [Laurent, des Twins] l’en a empêché.» Une scène qu’on a vue clairement à l’écran, et qui n’a pas échappé aux téléspectateurs qui souhaitaient la voir en finale. Mais voilà, les Twins, qui ne valent à eux deux que pour un seul vote, doivent s’entendre. «Quand j’ai été éliminée au ballottage, Larry voulait vraiment que je passe», me dit Énola.

Si sa participation à Révolution ne lui a pas donné le statut de Yoherlandy ou de Team White, finaliste et duo gagnant de l’an dernier, elle n’aura pas été vaine pour autant. Elle est allée se perfectionner à Los Angeles, sans savoir qu’elle y décrocherait une apparition dans une production de Netflix, Julie and the Phantoms, prévue pour 2020. C’est par l’entremise du chorégraphe Paul Becker, qu’elle connaissait déjà, qu’Énola a pu passer une audition et faire sa place dans cette production comme danseuse, dans le rôle d’une cheerleader. «Nous répétons depuis un mois pour deux jours de tournage. J’ai vraiment hâte de voir le résultat. Je vis un peu mon rêve, c’est mon premier véritable emploi en tant que danseuse professionnelle», affirme Énola, que j’ai jointe à Vancouver, alors que s’achevait le tournage. Inspirée d’une série jeunesse brésilienne, Julie and the Phantoms est réalisée par Kenny Ortega, aussi chorégraphe, à qui l’on doit notamment la trilogie High School Musical. Une jeune fille y développe une passion pour la musique et apporte son soutien à trois fantômes.

Énola Bédard a commencé à 13 ans à l’école Danse Attitudes à Québec, en prenant part à des compétitions de hip-hop et de jazz contemporain. Puis, à 15 ans, elle a voulu se démarquer en solo et trouver son propre style, un défi dans son domaine. «Ce dont je suis le plus fière, c’est que je réussis à me différencier des autres, parce que j’ai toujours plein d’idées. Ça donne des résultats bizarres, comme ma première prestation [elle incarnait un étrange personnage vert]. Faire toujours les mêmes sauts, ça peut être impressionnant, mais ce n’est pas original pour moi.»

Comme on l’entend souvent, il est difficile pour un danseur de faire carrière sans sortir du Québec; les emplois ne sont pas si nombreux chez nous. Avant Révolution, Énola était apparue dans le sketch «Bollywood», parodie de Justin Trudeau sur la légalisation du cannabis, au Bye Bye 2018, puis à En direct de l’univers, au Tricheur et dans LOL :-). De là l’intérêt d’Énola pour Los Angeles, où elle a déjà passé plusieurs mois. Son objectif du moment : obtenir son visa pour travailler aux États-Unis, ce qui n’est pas une mince tâche. Et retrouver sa famille à Québec, qu’elle n’a pas vue depuis des mois.

Au fait, Énola, ça vient d’où? D’un personnage du film Un monde sans Terre, qu’avaient vu ses parents chacun de leur côté, et qui les avait visiblement marqués. Un joli prénom aussi unique et singulier que le style et le talent d’Énola, qui la mèneront peut-être très loin.

Nous, les humains

Repenser l'infidélité

CHRONIQUE / En voyage d’affaires aux États-Unis, Jacinthe s’est assise au bar de l’hôtel. Le gars à côté d’elle, un Californien au look californien, s’est mis à la draguer.

«C’était la première fois en 10 ans que je me faisais cruiser», raconte Jacinthe, 44 ans, professionnelle dans une entreprise technologique de Québec. 

C’était en février. Jacinthe s’est laissée courtiser, a même flirté un peu elle aussi. Le soir, en appelant son chum Olivier à Québec, elle lui a avoué qu’elle aurait aimé froisser les draps avec son courtisan. 

Olivier a eu une réponse étonnante pour un gars en couple monogame depuis 2007. «Si t’en as envie, vas-y», se souvient-il lui avoir dit. «Dans le fond, c’est juste un one-night».

Dans les jours qui ont suivi, Jacinthe a continué à flirter avec le Californien. Puis, un soir, elle lui a texté son numéro de chambre. 

Ce ne fut pas une baise exceptionnelle — l’étrange chorégraphie charnelle de deux corps qui s’ignoraient jusque-là. Mais pour Jacinthe, le jeu de séduction a été une révélation. 

«Passé 40 ans, je me disais que je n’étais plus séduisante. J’avais comme mis une croix là-dessus. J’ai comme redécouvert mon pouvoir de séduction». 

Quand le couple s’est retrouvé à Québec, les deux amoureux ont convenu de former un couple ouvert. Olivier a eu une aventure avec une amie qu’il désirait depuis des années. Jacinthe a eu deux aventures et a amorcé une liaison virtuelle avec un autre Américain avec qui elle échange des photos coquines. 

Paradoxalement, alors qu’elle pantouflait depuis un bon moment, la vie sexuelle du couple a été requinquée par son ouverture. Maintenant, Jacinthe et Olivier font l’amour au rythme de nouveaux amants et explorent des fantasmes dont ils n’avaient jamais osé parler. «C’est rendu très chaud dans notre couple!», dit Olivier. 

Bien sûr, la possibilité d’aller voir ailleurs vient avec l’angoisse que l’autre ne revienne pas. Mais Jacinthe et Olivier préfèrent vivre dangereusement que de sombrer dans le statu quo. «La jalousie, ça se contrôle», dit Jacinthe. 

***

En fin de semaine prochaine, Jacinthe est tentée d’assister au premier colloque sur le polyamour à Québec. Couples ouverts, polyamoureux, trouples, anarchistes relationnels (voir notre lexique) : le colloque se penchera sur les relations qui existent en dehors du couple monogame traditionnel. 

On y explorera des enjeux pratiques comme la gestion du temps quand on jongle avec plus d’une relation en même temps, des enjeux philosophiques comme les recoupements entre polyamour et le bouddhisme et des enjeux affectifs comme la gestion de la jalousie. 

Tous ceux qui investissent ces formes de liberté amoureuse et sexuelle ont au moins un point en commun. Ils sont allés au-delà du tabou de l’adultère et se sont demandé : «coudonc, c’est-tu vraiment si pire que ça?» Et ils ont vérifié concrètement s’ils seraient capables de tolérer l’infidélité. 

La jalousie est une émotion très désagréable. Sous sa gouverne, on a peur d’être abandonné, on se sent humilié ou même enragé. On espionne les textos de notre partenaire, on pique des crises, on fait savoir à nos rivaux que c’est notre territoire. 

La jalousie nous happe quand on a l’impression qu’une relation importante pour nous est menacée par un tiers parti. En amour, la plupart des gens veulent protéger à tout prix leur couple contre l’envahisseur et s’efforcent d’être fidèles. 

Mais comme Jacinthe et Olivier, certains réalisent que la jalousie est tolérable quand l’amour libre apporte d’autres bénéfices. Parfois, les cocus vont très bien. 

À plusieurs égards, le couple monogame suffoque. Selon les plus récentes données de Statistiques Canada, environ 4 couples sur 10 finissent par se séparer. Dans les cabinets de sexologues, le manque de désir sexuel est le motif numéro un de consultation. Des études longitudinales montrent que la passion amoureuse décline après 1 à 3 ans. 

Andréanne Simard, une artiste de 33 ans de Québec, croit que le couple traditionnel monogame ne contraint pas seulement le désir sexuel, mais aussi l’amour. 

«Combien de fois dans la vie tu rencontres une personne fabuleuse et tu te dis : “ah, ben non, j’n’irais pas vers cette personne-là parce que je suis en couple”», dit-elle. «Moi, j’avais vraiment envie d’avoir la liberté de pouvoir aimer une autre personne». 

Andréanne, qui se dit «anarchiste relationnelle», a une relation en «V» : un mari dans la cinquantaine et un chum dans la trentaine. Même si elle habite avec son mari, elle considère que son chum est aussi important dans sa vie. Elle ne veut pas hiérarchiser ses amoureux, qui la comblent différemment. «Je trouve ça très difficile de classer l’amour», dit-elle. 

Instigatrice du colloque sur le polyamour les 8 et 9 novembre à la Maison de la coopération et de l’économie solidaire de Québec, sur le boulevard Charest, Andréanne pense que plusieurs couples songent à briser la monogamie, mais ne savent pas comment. Et elle estime qu’il est temps que les curieux et les assumés puissent se réunir pour en jaser. 

***

Quand j’ai vu l’affiche du colloque dans une épicerie à Limoilou, il y a deux semaines, je me suis imaginé en parler avec ma blonde : «chérie, ça te tente-tu qu’on essaye le polyamour?» J’ai ri en ressentant la résistance viscérale que m’inspirait cette possibilité. Et je me suis demandé pourquoi on chercherait d’autres partenaires si on s’épanouit dans la monogamie. 

En même temps, en discutant avec des polyamoureux, je n’en ai éprouvé que plus d’admiration pour ces gens qui osent braver les dogmes amoureux, mais qui sont encore vus par plusieurs comme une bande de dépravés. 

En testant les frontières de la jalousie, du désir et de l’amour, les polyamoureux ont sûrement compris beaucoup de choses qui échappent à la majorité monogame. Alors si vous croisez Jacinthe, Olivier ou Andréanne, il y a au moins une question à leur poser : «un café?»

Jean-Marc Salvet

La CAQ veut en mettre plein la vue

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault a-t-il voulu cette semaine en mettre plein la vue, alors que des centaines de militants caquistes se réuniront samedi dans la capitale pour fêter la première année de pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ)? A-t-on forcé le calendrier ou n’était-ce qu’un hasard? Peu importe, le résultat est le même.

Frais de stationnement des hôpitaux, signature du «pacte fiscal» avec les municipalités, «test des valeurs», premier mouvement dans la lutte contre les changements climatiques, etc. Tout ne se vaut pas dans cette liste, mais tout permet et tout permettra aux ténors du gouvernement de répéter leur mot de ralliement préféré : «On livre la marchandise!» Même si c’est parfois avec quelques contorsions.

Allons-y dans l’ordre.

Lundi, jour du lancement de l’élection partielle dans Jean-Talon, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a confirmé qu’un plafond sera bientôt imposé sur les tarifs de stationnement des hôpitaux. Sous réserve des modalités (qui devront faire en sorte que la mesure ne bénéficie qu’aux personnes qui se rendent bel et bien à l’hôpital et que les établissements ne perdront pas de revenus), ça ne peut qu’être populaire. Et avec raison! L’engagement pourra bientôt être officiellement coché. Très bien.

Mardi, le gouvernement a livré sa promesse de faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis au Québec. Une promesse beaucoup moins heureuse que celle sur les stationnements des hôpitaux — et qui aurait dû être réévaluée.

Les effets de la loi du ministre Lionel Carmant risquent d’être contraires à ceux recherchés. Car ce n’est pas le marché noir et les criminels qui amélioreront la situation. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que ce projet de loi est celui qui, jusqu’ici, a donné le plus de fil à retordre au gouvernement d’un point de vue parlementaire. Mais la CAQ pourra clamer qu’elle a honoré son engagement… C’est regrettable.

«Promesse tenue»

Mercredi, François Legault a signé le nouveau pacte fiscal liant son gouvernement aux municipalités. Très bien pour cela.

Ce même mercredi, le ministre Simon Jolin-Barrette a présenté le fameux test des valeurs sur lequel la CAQ avait trébuché durant la campagne électorale, même si elle porte ce projet depuis 2015. L’an dernier, ses adversaires le qualifiaient de «test d’expulsion».

Au mieux, on peut dire que l’examen auquel devront se soumettre les candidats au certificat de sélection du Québec accroîtra leur sensibilité aux «valeurs québécoises» — lesquelles correspondent, cela dit, à des valeurs considérées comme universelles (même si elles ne sont pas partagées par tous partout sur la planète).

On peut aussi dire que cet examen ajoutera à l’engagement sur les «valeurs communes» que doivent déjà signer les candidats, et qu’il fera donc surtout œuvre pédagogique. D’autant qu’il ne devrait disqualifier à peu près personne.

Ce qu’avait présenté la CAQ jusque-là était difficilement applicable. Ottawa a jusqu’ici refusé de permettre au Québec de lier l’obtention de la «résidence permanente au Canada» à des conditions qui ne relèveraient pas de lui.

Le gouvernement Legault pourra tout de même dire qu’il va de l’avant avec son fameux test, même si ce n’est pas le même qu’il avait envisagé.

Personnellement, j’estime que les investissements qu’il a consentis en francisation sont incommensurablement plus porteurs pour l’intégration des personnes immigrantes et la société québécoise en général que ce futur examen.

Jeudi, en présentant son projet de loi sur «la gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques», le ministre Benoit Charette a parlé d’une «étape charnière». Le titulaire de l’Environnement contrôlera le Fonds d’électrification et de changements climatiques qui remplacera le controversé Fonds vert. Une mainmise qui n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Tout dépendra de ce qui en sera fait et du sérieux des garde-fous qui seront mis en place.

Mais les mesures que M. Charette décidera de financer à travers ce fonds ne correspondront pas toujours à ce que tout le monde considérera comme relevant de la lutte contre les changements climatiques.

Le ministre a affirmé que sa proposition législative est une... «promesse tenue». La CAQ le répétera samedi.

Perlimpinpin

Impossible de ne pas en parler, puisqu’il était aux côtés de M. Charette jeudi. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a dû faire face toute cette semaine aux tirs parlementaires des trois partis d’opposition sur son projet de loi sur les tarifs d’Hydro-Québec. Là-dessus, je ne peux que réitérer ce que j’ai déjà dit en juin, lors de la présentation du projet de loi, soit qu’il y a beaucoup de poudre de perlimpinpin là-dedans, puisque les hausses du prix de l’électricité au Québec ces dernières années ont été en deçà de l’indice d’inflation.

En passant, on peut remarquer que le gouvernement n’avance plus vraiment en guise d’argument que sa proposition législative vise à rembourser les fameux «trop-perçus» de la société d’État.

Le conseil général de la CAQ de ce samedi se déroulera sous le thème «le meilleur est à venir».

Chronique

L’étude sur le transport collectif nous laisse sur notre appétit

CHRONIQUE / L’étude comparative qui devait clore le débat sur le choix du meilleur mode de transport collectif pour Québec laisse plusieurs questions sans réponse.

Je ne mets pas en doute la conclusion de Systra voulant qu’un tramway soit plus approprié pour Québec qu’un métro (trop coûteux), un train léger (trop dérangeant) ou un monorail (trop incertain en hiver). 

Mais la démonstration qui y est faite, basée sur des généralités et des approximations éloignées de la réalité de Québec, nous laisse sur notre appétit.

Tant qu’à payer une étude pour clarifier les choses et améliorer l’acceptabilité sociale du projet, il aurait valu la peine d’aller au bout de l’exercice et de retourner toutes les pierres. Cela n’a pas été fait.

Une «étude incomplète», a dénoncé le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Jean-François Gosselin. Il a un peu raison. 

On aurait aimé des réponses plus spécifiques pour ceux qui croient qu’un métro serait plus économique à long terme. 

Un métro coûterait quatre à cinq fois plus cher qu’un tramway, dit l’étude : 25 millions $ à 45 millions $ du kilomètre pour un tramway; 100 millions $ à 200 millions $ pour un métro. Ces estimations proviennent de projets réalisés ailleurs.

Une analyse basée sur les «vrais» chiffres de Québec et de l’Amérique du Nord aurait été plus crédible. 

Le bureau de projet de Québec, qui connaît ces «vrais» chiffres, parle de 100 millions $ du kilomètre. Le double des estimations de Systra.

Cela pourrait donner l’impression que le projet de Québec est hors de proportion ou est hors de contrôle, mais dans les faits, rien n’indique que ce soit le cas. La différence est que le bureau de projet a tenu compte des coûts associés au climat, à la géographie, aux enjeux techniques et obstacles à franchir sur sa ligne du tramway. 

Les professeurs de HEC Montréal qui ont validé la méthodologie de l’étude Systra ont rappelé avec à-propos les faits suivants : 

Le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal est provisoirement estimé à 776 millions $ du kilomètre et celui de l’Ontario Line de Toronto à 703 millions $/km. C’est ici encore, bien au-delà des estimations théoriques de Systra. 

À ce prix, remplacer les 23 km de tramway de Québec par un métro coûterait plus de 17 milliards $, ce qui serait impensable. 

Si on veut faire le calcul autrement, on pourrait dire que les 3 milliards $ prévus pour le tramway de Québec permettraient de faire au maximum quatre ou cinq kilomètres de métro. 

À peine la distance entre l’Université Laval et la Colline Parlementaire, ce qui ne serait d’aucune utilité pour soulager les citoyens pris dans le trafic. Sans parler de l’impossibilité technique (ou presque) de loger en haute-ville un garage d’entretien pour les voitures d’un métro. 

Voilà de quoi faire réfléchir ceux qui persistent à croire que l’écart de coûts entre tramway et métro n’est pas si grand.

 ***

L’étude conclut qu’un métro serait «surdimensionné» pour Québec, mais n’a pas pris en compte les facteurs locaux qui influencent l’achalandage et l’attractivité d’un métro ou un tramway : niveau de la congestion routière, tarifications, tracés, proximité des stations, fréquence du service, durée des déplacements, confort des véhicules, climat, état de l’économie locale, perceptions du public sur le mode de transport, etc.

Les conclusions auraient sans doute été les mêmes, mais la démonstration aurait été plus convaincante.

Cela dit, il serait illusoire d’espérer qu’un tramway ou un métro, même très attractifs et achalandés, pourraient éliminer toute la congestion sur les routes. 

Suffit de regarder Montréal. Malgré son réseau de métro, ses trains de banlieue, son tramway à venir et son REM en chantier, il y a et aura toujours de la congestion. 

 ***

L’étude ne parle pas de l’interconnexion avec Lévis. Cela ne faisait pas partie du mandat du consultant Systra. J’aurais quand même été curieux de voir. 

Le professeur Jacques Roy de HEC croit que cela n’aurait «pas changé la grille d’analyse» ni les conclusions. Peut-être pas, mais en laissant le sujet sur la touche, la question reste ouverte. 

Dans leur rapport, M. Roy et Robert Gagné de HEC comparent la faible densité de Québec avec celle d’autres villes qui ont opté pour le métro. Ils y ont vu un argument supplémentaire pour le tramway.

Il est vrai que ce sont généralement les villes plus denses qui optent pour le métro. Mais la densité d’une ville n’est pas le seul critère ni le meilleur. 

Des spécialistes du transport collectif vous diront que c’est davantage le nombre de déplacements dans un corridor donné à différentes heures du jour qui devrait dicter le choix du mode de transport approprié.

Des villes de taille ou de densité modestes ont parfois trouvé intérêt à une ligne de tramway ou de métro. Une analyse spécifique des «corridors» de déplacement sur les territoires de Québec et de Lévis aurait permis d’en avoir le cœur net. 

 ***

On peut penser qu’aucune étude, aussi convaincante fût-elle, n’aurait pu satisfaire les opposants au projet de tramway (et des experts autoproclamés de la solution métro). 

Il se trouvera toujours des questions supplémentaires, des calculs discutables ou un nouveau doute pour nourrir leur résistance. 

Mais moins il restera de doute et de questions sans réponse, meilleures seront les chances d’accroître l’acceptabilité sociale du projet. 

À condition de ne pas s’enfermer dans le déni de l’évidence : un métro coûte beaucoup plus cher qu’un tramway. Trop cher pour le bénéfice additionnel que Québec pourrait espérer en tirer.

Chronique

«Qu’on accuse ou qu’on s’excuse»?

CHRONIQUE / Il y a deux ans jour pour jour ce jeudi, le président de l’Assemblée nationale d’alors, Jacques Chagnon, souvent moqué pour ses voyages et ses plaisirs de table, avait lancé un tonitruant «qu’on accuse ou qu’on s’excuse» en plein Salon bleu. L’Unité permanente anticorruption (UPAC) avait interpellé quelques jours plus tôt le député libéral Guy Ouellette — devenu indépendant depuis.

Exactement deux ans plus tard, s’ils le pouvaient, bien des députés composant l’actuelle Assemblée nationale emploieraient les mêmes mots que Jacques Chagnon en pensant cette fois-ci à l’ex-premier ministre Jean Charest. Eux aussi lanceraient «qu’on accuse ou qu’on s’excuse», bien que les motivations varieraient d’un groupe parlementaire à l’autre.

Certains le feraient pour que M. Charest paie pour ses crimes, s’il en a commis; d’autres, pour que son honneur soit rétabli; d’autres encore, pour que cette histoire qui n’en finit plus de s’étirer cesse de contribuer au discrédit de l’UPAC. Cette affaire devenue saga court depuis des années sans aucun résultat.

Le chef libéral intérimaire, Pierre Arcand, et le premier ministre du Québec, François Legault, étaient au diapason cette semaine sur cette question. «Tout ce que je souhaite, c’est que les enquêtes finissent par aboutir», a affirmé le premier en voulant bien sûr dire «dans un sens ou dans l’autre».

«Je n’ai pas le droit de dire à l’UPAC quoi faire. Mais moi, comme tous les citoyens, je souhaiterais que cette enquête-là se conclue le plus rapidement possible», a pour sa part déclaré M. Legault.

L’enquête de l’UPAC sur Jean Charest est revenue dans l’actualité à la faveur de la sortie du livre PLQ inc. publié chez Les Éditions du Journal, de Québecor. Elle revient épisodiquement sur le tapis depuis des années.

Lourde responsabilité

La longueur de l’enquête de l’UPAC nous dit d’abord qu’il existe indéniablement un faisceau d’éléments pouvant raisonnablement laisser croire à des enquêteurs, ou ayant pu leur laisser croire, à la possibilité de déposer un jour des accusations contre M. Charest — ou contre l’ex-argentier du Parti libéral du Québec, Marc Bibeau.

Le fait que cette enquête traîne autant en longueur nous dit toutefois autre chose : même si des ralentissements ont découlé de procédures judiciaires parallèles, l’UPAC n’est pas parvenue à établir ou à réunir un ou des éléments probants pouvant servir contre l’ex-premier ministre Charest devant un tribunal — pour ne s’en tenir qu’à lui.

Cela étant, l’UPAC n’aura pas à s’excuser nécessairement, même si elle ne rassemble pas de preuves contre lui. L’ouverture d’une enquête ne mène pas toujours là.

Le corps policier aurait cependant à le faire s’il s’avérait que ce sont des dysfonctionnements internes qui ont contribué à faire traîner indûment les choses.

Et c’est là, à cette perspective, qu’on ressent un vrai trouble — sans compter celui ayant trait au financement des partis politiques québécois jusqu’à il y a quelques années, et singulièrement celui du Parti libéral du Québec. Car il n’y a plus de démonstration à établir sur la mise en place d’un système de «financement sectoriel» et l’existence de prête-noms. Tout cela a existé.

Là où des preuves doivent être rassemblées, c’est sur l’existence de liens entre ces éléments et l’octroi de contrats publics sous les gouvernements de Jean Charest — si tant est que de tels liens ont existé.

Le tout nouveau patron de l’UPAC, Frédérick Gaudreau, a une lourde responsabilité sur les épaules. S’il veut redorer le blason de son organisation, en pensant au futur plus qu’au passé, il devra bientôt dire publiquement si cette enquête est un échec et si elle a été menée pour rien. Et exonérer Jean Charest le cas échéant, entendu que toute enquête peut toujours être réactivée dès lors que de nouveaux éléments sont portés à la connaissance des policiers.

Si Frédérick Gaudreau ne profite pas bientôt du regard neuf qu’il possède et de l’autorité que lui confère le fait que sa nomination ait été approuvée récemment par l’Assemblée nationale pour tirer un trait de la sorte, on sera justifié de conclure que ses enquêteurs et lui-même ont encore de vrais espoirs de pouvoir aller plus loin. La nomination d’un nouveau patron à l’UPAC doit mener à cette croisée des chemins : que M. Gaudreau parle ou fasse déposer des accusations.

Chronique

Maladie mentale: en parler même si ce n’est pas sexy

CHRONIQUE / «Les deux tiers des gens qui souffrent de maladie mentale — c’est un million de personnes — ne vont pas chercher de l’aide à cause de préjugés, par crainte d’être stigmatisés, parce qu’ils ont honte, parce qu’ils pensent être les seuls», indique Lysa-Marie Hontoy, doctorante en psychologie clinique et fondatrice d’Humain avant tout. «Je rêve du jour où une ou un député dira publiquement qu’il a fait un burnout.»

Le rêve est devenu réalité.

Rencontrée mardi au forum Adultes et santé mentale qui se déroulait depuis la veille à Québec, Mme Hontoy venait de m’exprimer sa crainte que la prévention et la lutte à la stigmatisation soient négligées dans le futur plan de santé mentale que Québec doit présenter en 2020. 

Bien que moins de tabous entourent la maladie mentale, Mme Hontoy estime qu’il reste encore à faire pour que les gens en parlent plus librement, à visage découvert et sans appréhender de nuire à leur carrière, à leurs relations.

La jeune femme n’a pu assister à l’allocution de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, à la fin du forum. Elle aurait été ravie et touchée.

Mme Blais a livré un émouvant témoignage sur la période sombre et le burnout qui ont suivi le décès de son mari en 2015, ainsi que les problèmes psychiatriques d’un de ses enfants adoptifs. 

Enfant en psychiatrie, par conséquent parent en psychiatrie, Mme Blais s’est sentie stigmatisée. Elle réalise cependant que l’accompagnement de son enfant à Sainte-Justine a contribué à faire d’elle une meilleure maman, une meilleure personne.

La «Marguerite heureuse» d’aujourd’hui est aussi celle qui a eu du mal à revenir à la vie après la mort de son conjoint. Elle a dû avoir recours à la médication pour y parvenir. 

Ce qui ne la disqualifie pas pour être ministre. «Ce n’est pas parce qu’on voit un jour un psychiatre qu’on a un trouble pour toute la vie», avait-elle déclaré un peu plus tôt.

Mme Blais note que ce n’est pas sexy le vieillissement et que la santé mentale n’est pas sexy non plus. 

Difficile toutefois de faire comme si cela n’existait pas. Trop d’adultes et de jeunes sont concernés. 

Un baume

Pour Lysa-Marie Hontoy, ce genre de témoignage est important et s’avère un baume pour les personnes aux prises avec une maladie mentale.

«Wow. Ça donne de l’espoir», a-t-elle lancé lorsque je lui ai fait part des propos de la ministre Blais.

Avec son projet Humain avant tout, Mme Hontoy et son équipe recueillent les témoignages et expériences d’hommes et de femmes qui éprouvent des problèmes de santé mentale ou qui traversent des périodes difficiles. Ils les publient, ainsi que leur photo, sur Facebook et Instagram.

«Ça enlève une couche de souffrances d’en parler. Les gens se sentent moins seuls». Elle croit aussi qu’il est plus facile d’aller chercher de l’aide psychologique lorsque l’on met la honte de côté. Certains lui ont d’ailleurs révélé que la lecture de témoignages les avait dissuadés d’une tentative de suicide. 

Quelque 15 000 personnes sont inscrites à Humain avant tout. Mme Hontoy signale que la campagne de financement participatif lancé par La Ruche jeudi dernier a atteint, en quatre jours, 40 % de l’objectif de 20 000 $. 

Avec cette somme, l’étudiante de l’Université de Montréal souhaite recueillir à travers le Québec des témoignages qui apaiseront la souffrance des uns et inciteront d’autres à demander de l’aide psychologique.