Denis Gratton

Mourir auprès des siens

CHRONIQUE / La Maison Mathieu-Froment-Savoie, qui est reconnue par le milieu médical et communautaire comme un maillon indispensable de soins palliatifs dans l’Outaouais, pourrait bientôt offrir un service d’accompagnement à ses patients qui désirent mourir à la maison.

La Maison Mathieu-Froment-Savoie compte déjà 12 chambres où les personnes en fin de vie peuvent vivre le plus sereinement possible les derniers moments. Une demande a déjà été déposée auprès du gouvernement du Québec pour l’obtention de cinq chambres additionnelles.

Chroniques

Trouver sa voie au milieu du désordre

CHRONIQUE / Une maman doit se sentir un peu moins seule à chercher son enfant au milieu du désert et dans l’immensité du continent africain quand un quotidien comme Le Monde publie un texte traitant de sa disparition.

Le volume de la caisse de résonnance médiatique augmente en marge de l’inquiétante disparition de la Sherbrookoise Édith Blais, attirée à 34 ans par l’entraide humanitaire dans le pays instable qu’est le Burkina Faso avec un copain italien, Luca Tacchetto, dont la famille est aussi sans nouvelles depuis le 15 décembre.

Imaginons sa mère Jocelyne Bergeron parcourant la revue de presse internationale sur internet à partir du logement de Sherbrooke qu’elle et ses proches ont transformé en bureau d’enquête d’Interpol, d’où elle aurait sans doute voulu réagir en propageant un message d’optimisme dans l’univers :

« Où que vous soyez sur la planète, si vous croisez une jeune femme toujours souriante aux yeux bleus, aux cheveux tressés, c’est immanquablement ma belle Édith! Rappelez-lui à quel point nous l’aimons et incitez-la à nous envoyer un petit coucou dès qu’elle en aura l’occasion ».

Mais voilà que les autorités canadiennes recommandent plutôt aux proches de Mme Blais de cesser les appels à l’aide. De réprimer leurs craintes en s’enfermant dans le mutisme, dans un silence ajoutant au poids de l’incertitude causée par des djihadistes se livrant encore dans ce pays à des purges religieuses et ethniques.

Bien que ce soit difficile à admettre, il ne faut surtout pas nourrir les ambitions de brigands assoiffés de rançons.

« Je me suis déjà retrouvé à l’étranger à devoir discuter et argumenter avec des milices armées qui nous bloquaient le passage. Sans connaître ce qui s’est vraiment passé dans le cas de Mme Blais, j’encourage sa famille à garder espoir. Il y a de très bonnes chances qu’elle et son ami soient toujours vivants. Ces situations sont stressantes et délicates, mais finissent généralement par se régler sans perte de vie », témoigne Patrice Raymond, un infirmier sherbrookois ayant le bagage d’une vingtaine de missions humanitaires.

M. Raymond est d’ailleurs en attente de confirmation d’un autre départ pour retourner combattre la maladie de l’Ebola au cours des prochaines semaines dans une région isolée du Congo où 150 groupes rebelles s’affrontent. Conjoncture locale pour le moins tendue, ne représentant toutefois pas un risque indu aux yeux du coopérant.          

« Ce n’est pas être entêté que de vouloir aider. Il y a toujours du danger, peu importe où l’on nous envoie. Nous sommes adéquatement formés pour composer avec le risque. Le personnel de la Croix-Rouge nous encadre et veille au respect de pratiques sécuritaires. Les besoins des populations locales sont trop urgents et trop importants pour suspendre les opérations de secours », estime-t-il.

Souci de solidarité et d’entraide que l’infirmier du CHUS-Fleurimont perçoit de plus en plus comme une valeur collective dans la ville étudiante qu’est Sherbrooke.

« Avec tous les projets lancés au secondaire, au collégial de même que dans nos deux universités, aucune autre communauté n’engage autant sa jeunesse dans l’entraide internationale que la nôtre. C’est devenu un choix de carrière, un mode de vie, une passion. Les hésitations ne surviennent pas au moment de partir, mais lorsqu’il faut revenir en sachant que ça nous replongera dans le train-train quotidien », affirme l’infirmier missionnaire, dont les fréquents voyages à l’étranger sont cautionnés par son épouse africaine qu’il a d’ailleurs rencontrée dans un contexte humanitaire. Le couple est parent de jumeaux mixtes âgés de neuf ans.

« J’arrive à conjuguer mes responsabilités parentales et mon désir de contribuer au mieux-être des populations durement éprouvées. Les inégalités humanitaires et monétaires nous imposeront dans le futur un devoir encore plus grand à cet égard, en particulier pour secourir des enfants et cela, en étant exposés à de plus en plus de citoyens violents et radicalisés.

« Dans les circonstances par contre, la solidarité commence ici, à Sherbrooke, en saluant l’engagement d’Édith et en épaulant sa famille. Souhaitons-leur un dénouement heureux », plaide Patrick Raymond en appuyant sans réserve le parcours de vie de sa jeune concitoyenne qui, à ses yeux, n’avait rien de trop téméraire.

Chroniques

Les lendemains de dette

CHRONIQUE/ « On ne meurt pas de dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire. » - Louis-Ferdinand Céline

Vous avez bien mangé, bien bu? Vous avez dansé jusqu’au bout de la nuit? Jusqu’au bout du crédit, vous avez bien dépensé? Si ça peut vous consoler, vous n’êtes pas seuls. Vous pouvez même vous considérer à la mode, en pleine tendance. Les célébrations des Fêtes demeurent le moment fort de l’année pour le commerce, et l’endettement. 

Mince consolation, un récent sondage Léger réalisé pour le compte du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) nous apprend que le Québec est encore cette année la province où on dépense le moins durant cette période, plus ou moins 500$ chez les Québécois contre 700$ pour les festifs Canadiens. Une autre exception bien de chez nous!

Plus fédératrice, la dette des ménages relie tous les Canadiens dans une propension marquée au surendettement. Statistique Canada nous apprenait récemment que le fardeau de la dette de ces ménages s’établissait à 173,8% de leur revenu annuel disponible. En moyenne, on vit au-dessus de nos moyens.

Hier encore, j’avais 20 ans et la bohème ne m’intéressait pas du tout. Je déambulais dans le centre commercial à la recherche du grand amour et d’une nouvelle casquette. Deux sympathiques brunettes m’ont alors harponné vers leur kiosque pour m’offrir un cadran. Oui, un cadran gratuit, et un formulaire pour l’obtention d’une carte de crédit. Pourquoi pas? C’est toujours pratique un cadran. Je ne m’attendais pas à me qualifier pour la carte de crédit, car j’avais allégrement arnaqué la compagnie Columbia en commandant des dizaines de cassettes. Oui, comme un jeune moderne qui ne paie rien pour ses heures de Youtube et de streaming, j’ai consommé du Public Enemy et du Samantha Fox sans débourser un sou.

Surprise! Columbia n’avait pas démoli la cote de crédit du ti-cul de quinze ans qui avait omis de rembourser ses découvertes musicales. Même que la banque m’offrait ma première carte de crédit, un petit millier de dollars, une fortune. Les différences entre le pouvoir d’achat, l’endettement et les actifs m’étaient étrangères. Belle prise pour la banque, le jeune poisson que j’étais a gobé l’hameçon. Aussitôt endetté, j’ai payé des intérêts à cette banque des années durant. Ils se sont amplement remboursé les cadrans et les salaires des démarcheuses du centre commercial en une seule signature.

À se faire répéter Carpe Diem, Vivez l’instant présent, Vous le méritez bien et autres appels à l’insouciance consumériste, on finit par succomber. Achetez maintenant et payez plus tard, et plus tard, et plus tard encore, et encore un peu d’intérêt. Finalement, payez deux à trois fois le prix de la bébelle et engraissez des banques qui croulent déjà sous les profits.

Ce n’est pas le cas des citoyens, ces consommateurs-clients qui se laissent séduire par les « produits financiers » de leurs banques voraces. On a battu un triste record au Québec en 2016, avec plus de 46 000 consommateurs et entreprises contraints à déclarer faillite ou à se soumettre à des ententes de paiements avec leurs créanciers. Malgré une légère amélioration les années suivantes, le taux d’insolvabilité est en hausse constante. Alors, qui est irresponsable? L’individu qui s’étrangle dans l’espoir de voir sa situation financière s’améliorer ou les institutions qui permettent ces endettements risqués? La réponse se trouve peut-être à mi-parcours, mais elle n’apparaît sûrement pas dans l’exemple donné par nos dirigeants.

À l’échelle internationale, les dettes des pays sont ridicules. Oui, celles des anciennes colonies exploitées puis asservies, mais celles des grandes puissances mondiales aussi. Des exemples de dettes extérieures? Plus ou moins 19 188 102 400 000$ US pour les États-Unis, soit 60 000$ par habitant(2016), 4 713 000 000 000 pour l’Allemagne avec sensiblement la même charge par citoyen(2010), le Canada paraît presque sage avec ses mille milliards de dollars, coupant de moitié ce que la dette fait peser sur les épaules de chaque citoyen. Évidemment, le citoyen en question en a peu conscience, tout occupé qu’il est à gérer ses propres dettes, marges de crédit et autres hypothèques en souffrance.

L’inconscience est aussi de mise pour la dette environnementale. Quand on voit l’écart entre les prévisions catastrophiques de milliers de scientifiques et les engagements insignifiants de nos dirigeants à la fumeuse COP 24, on est loin de notre profit. Endettez-vous maintenant et suffoquez plus tard!  Nous avons déjà 79 millions de tonnes de GES, oui, 79 mégatonnes de gaz à effets de serre de retard sur les engagements canadiens précédents. Et même si on chiffre maintenant les coûts occasionnés par le réchauffement climatique à plusieurs milliers de milliards de dollars, nos habitudes de pollueurs impénitents changent peu, ou pas. Ajoutez ça sur le bill!

J’ai perdu le cadran offert pour mon premier hameçonnage au crédit. Et pourtant, parfois, quand je m’attarde à mes dettes, à celles de mes contemporains, de mon pays et de ma planète, je crois entendre son alarme résonner au loin.

Chronique

La menace des pois chiches

CHRONIQUE / Ce qui est bon pour la santé de la population doit-il être nécessairement bon aussi pour l’économie du Québec et du Canada?

La dernière version du Guide alimentaire canadien n’est toujours pas connue que les Producteurs laitiers du Canada montent déjà aux barricades pour éviter que leurs produits soient détrônés par le tofu, les pois chiches, les noix ou l’eau.

L’excès de lobbyisme est indigeste. Qu’importe le produit en cause.

Lier de la sorte santé et économie est aussi agaçant.

Santé Canada doit se préoccuper de santé publique et non du nombre d’emplois et des parts de marché que peut gagner ou perdre un secteur d’activités. Le mandat de Santé Canada n’est pas économique. À d’autres ministères d’agir en la matière.

«La santé des Canadiens et celle d’un secteur canadien dynamique sont en jeu», écrivaient vendredi les Producteurs laitiers du Canada dans un communiqué.

Le groupe demande au premier ministre Justin Trudeau «d’ordonner» — rien de moins — à la ministre de la Santé de faire ses devoirs en tenant compte de toutes les données scientifiques disponibles avant la publication du nouveau Guide. 

Selon La Presse, le groupe alimentaire «produits laitiers» n’auraient plus la belle part dans le futur Guide. Les produits laitiers se retrouveraient dans les aliments protéinés où les légumineuses dominent.

Un changement que désapprouvent les producteurs qui font valoir que les produits laitiers et les autres aliments protéiques ne sont pas interchangeables. Attendons de voir le document final et sur quoi il s’appuie. 

Le groupe dit se soucier de la santé des Canadiens, mais la santé de l’industrie semble le préoccuper davantage. Déjà affectés par le contenu de nouveaux accords commerciaux, les producteurs craignent de subir un autre préjudice. 

Il faudrait être bien naïf pour croire que d’autres groupes ne font pas également pression pour tirer profit du futur Guide ou conserver leurs ventes. Les producteurs de viande bovine et de jus de fruits vont probablement aussi se faire entendre. 

M. et Mme Tout-le-Monde sont loin de remplir leur assiette en suivant le Guide à la lettre. Si tel était le cas, il y aurait probablement moins de gens souffrant d’obésité ou de maladies liées à une mauvaise alimentation. 

Le mois dernier, La Presse faisait état d’une étude publiée dans le Canadian Journal of Cardiology relevant que les recommandations du Guide alimentaire canadien étaient boudées par plusieurs. Les Québécois ont obtenu une note de 54 %. Les produits laitiers ou leurs équivalents, les fruits et les légumes, les grains entiers sont encore trop peu consommés alors que le sodium et les gras saturés le sont trop.

Le Guide inspire néanmoins ceux qui se soucient d’une saine alimentation, et aussi ceux qui doivent effectuer les achats des garderies, des écoles, des hôpitaux et des centres d’hébergement. 

Il y a du «volume» en jeu même si nous ne faisons évidemment pas tous et toujours l’épicerie et la sélection d’un menu en s’assurant de suivre toutes les suggestions de Santé Canada. 

C’est justement parce qu’il y a un intérêt économique important que les études scientifiques financées par les groupes de pression doivent être traitées avec prudence.

Lorsqu’une pétrolière ou une minière soutient que son projet n’a que des aspects positifs, le public est sceptique. La population ne veut pas que le gouvernement s’en tienne à ce type de recherche pour prendre une décision. Elle réclame des preuves impartiales et récentes. 

La même logique doit prévaloir lorsque l’industrie alimentaire est visée et qu’il s’agit de proposer des choix alimentaires éclairés aux citoyens. L’industrie ne manque pas de moyens pour mousser ses produits.

Environnement

L’urgence d’agir?

CHRONIQUE / Il y a plusieurs décennies que les groupes environnementaux ont mis de l’avant l’urgence d’agir pour éviter les impacts catastrophiques escomptés de toutes les formes de pollution.

Rarement, ces injonctions ont été suivies d’effets concrets. En cette fin d’année, après le rapport spécial du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) paru en octobre, après le rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) sur le fossé qui se creuse entre la trajectoire à suivre pour maîtriser le réchauffement et les engagements réellement mis en oeuvre par les États et après la COP24 (24e Conférence des Parties) qui se déroulait à Katowice en Pologne, tout le monde crie à l’urgence. Certains ont même établi que dans deux ans, il sera trop tard pour éviter la catastrophe et que le désastre sera irrémédiable. Est-ce là une bonne tactique pour changer les choses ? J’en doute.

En famille

Foutons-nous la paix!

L’autre soir, je suis tombée par hasard sur l’émission Nombreux et heureux, présentée à Canal Vie. Comme il n’y avait pas grand-chose d’autre d’intéressant à regarder, je me suis stationnée sur cette chaîne.

L’épisode de ce jour-là racontait les défis du quotidien d’un couple ayant décidé d’avoir huit enfants. HUIT ! J’ose même pas imaginer le nombre de brassées de lavage, de vidage et remplissage de lave-vaisselle et, surtout, la facture d’épicerie qui vient avec !

Nous les humains

Choisis ton pauvre

CHRONIQUE / La madame cherchait une famille pauvre à qui offrir un panier de Noël. Mais avant, elle voulait faire sa connaissance.

Une école primaire d’un quartier défavorisé de Québec l’a mis en contact avec Mélanie Veilleux*, une mère monoparentale. Le rendez-vous a été fixé durant une journée de semaine, chez Mélanie. 

C’était une sorte d’entretien de qualification, mais l’interviewée ne le savait pas. La dame était la déléguée d’un département d’une entreprise. Mélanie a dit à sa fille cadette que cette femme «venait voir ce qu’on avait besoin pour qu’on passe un beau Noël». 

La déléguée est arrivée avec des chocolats. Puis, elle a posé des questions. Qu’est-ce qui vous aiderait? De la nourriture? Des vêtements? 

«Je ne savais pas trop quoi dire, raconte Mélanie. J’étais pas pour lui sortir une liste d’épicerie et lui dire : “mes enfants ont besoin de suits, ont besoin de mitaines...” C’est comme un peu humiliant.» 

Mélanie, qui a des enfants de 10 à 16 ans sous son toit, lui a expliqué qu’elle réussit à se débrouiller même si les fins de mois sont difficiles. Le père, toxicomane, n’habite plus à la maison. Mélanie ne peut plus compter sur le salaire de son ex ni même sur une pension alimentaire. Avec un revenu de commis dans un magasin, elle a de la misère à payer tous ses comptes. 

«Mais j’ai ma fierté», dit Mélanie. «J’essaie de montrer à mes enfants que, dans la vie, oui, on a des passes dures, mais qu’on réussit à s’en sortir. Je ne suis pas du genre à m’apitoyer sur mon sort et à aller crier sur les toits que je m’en vais à la banque alimentaire ou que je vais à la friperie». 

Puis, la déléguée est repartie. Deux jours plus tard, Mélanie a reçu un appel de l’école. L’entreprise avait rappelé pour demander s’il n’y avait pas autre famille à qui remettre le panier de Noël. Celle de Mélanie n’entrait pas dans leur «cadre». 

«Ils auraient voulu avoir une famille qui avait vraiment besoin de nourriture, dont le frigidaire était vraiment vide. Qui aurait vraiment eu besoin de vêtements», explique Mélanie. 

En gros, la déléguée aurait juste pu dire : «désolée, mais vous n’êtes pas assez pauvres». 

Mélanie était bouche bée. Pour obtenir le panier de Noël, «est-ce qu’il aurait fallu qu’il n’y ait rien dans mon frigo et que je vide une partie de la maison?»

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C’est une tendance forte en philanthropie : les donateurs veulent rencontrer les gens à qui ils donnent. 

Normalement, ils le font après avoir offert un panier de Noël ou un chèque, et ça donne parfois des moments poignants d’humanité. (Quoiqu’un organisme de Québec a été obligé d’interdire les selfies avec les familles pauvres, parce que les donateurs publiaient les photos sur les réseaux sociaux...)

Parfois, aussi, les donateurs demandent de rencontrer les gens avant de donner. Et ça peut entraîner le genre d’humiliation que Mélanie a subie. 

Karina Bédard, de l’organisme Cuisine collective Beauport, voit de plus en plus «de personnes qui ont beaucoup de sous qui appellent pour dire : “moi, j’aimerais ça faire un panier de Noël pour une famille et la gâter de A à Z”. Ça part de super belles intentions. Mais ils demandent : “on aimerait ça aller les visiter pour voir ce qu’ils ont de besoin”». 

Ces donateurs ont le «goût de voir qu’ils vont vraiment faire la différence», poursuit-elle. «Mais quand on donne... le bien, il est où? On le veut pour nous ou pour l’autre?»

Des gens démunis se sentent obligés de se conformer à un certain stéréotype de pauvreté, souligne Mme Bédard. Les donateurs ont des attentes. Ils veulent choisir leur pauvre. 

Environ 75 % des gens veulent donner à des familles avec de jeunes enfants, estime Karina Bédard. Les personnes seules? Pas mal moins populaire... 

Bruno Marchand, président-directeur général de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, voit dans cette tendance à vouloir sélectionner ceux qui reçoivent les dons un reflet de l’individualisme et du consumérisme ambiant. «On veut donner sur le principe de ce qui nous fait plaisir, de ce qu’on trouve important», dit-il. «Je veux pouvoir choisir comme quand je vais au magasin choisir une chemise». 

Dans le même esprit, les gens se disent qu’ils sont les mieux placés pour s’assurer que leur argent est bien utilisé. «Je suis prêt à donner, mais je veux pas me faire enfirouaper par des gens qui en abuseraient ou des gens qui n’en auraient pas vraiment besoin», illustre M. Marchand. 

Une sorte de méritocratie du pauvre. Le «bon» pauvre est celui qui ne mérite pas son sort, qui a été malchanceux. Le «mauvais» pauvre est celui qui l’a un peu cherché, qui n’a pas travaillé assez fort pour s’en sortir. Les enfants malades et les cancéreux sont dans la première catégorie. Les prostituées, les ex-détenus, les malades mentaux sont dans la deuxième. 

Les causes les plus «nobles» sont favorisées. Résultat, on se retrouve avec «un filet humain où on aurait des mailles que pour certaines causes et un paquet de trous dans notre filet parce qu’on se dit : “bien ça, c’est des causes moins nobles, moins la saveur du mois”», dit Bruno Marchand. 

Évidemment, il y a encore une foule de bienfaiteurs qui donnent généreusement et font confiance aux organismes. Karina Bédard, de Cuisine collective Beauport, raconte par exemple qu’un monsieur est récemment venu la voir pour lui offrir trois lits avec des matelas. Une famille dont les enfants dormaient sur des matelas défoncés a été très heureuse de les recevoir. Aucune rencontre requise... 

Mélanie Veilleux, elle, ne recevra pas son panier de Noël. L’an prochain, elle sait quoi répondre si on lui propose le même genre de visite qu’elle a reçue cette année : «Ça va être un non automatique».

* Le vrai nom de Mélanie a été modifié pour garder son anonymat.

Plaques personnalisées: «Les douze travaux d’Astérix» à la SAAQ

CHRONIQUE / Il faut croire que la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) n’avait peut-être pas prévu tous les scénarios, en ce qui concerne les plaques personnalisées. Parlez-en à Mickaël Simard, de Saguenay, qui a fait le choix de passer d’un véhicule à essence vers une voiture électrique...

Il s’agit d’une histoire abracadabrante dans laquelle on croirait que la main droite de la SAAQ ignore ce que la main gauche fait. D’abord lue dans le groupe public Facebook «Plaques immatriculation personnalisées du Québec», l’aventure de M. Simard rappelle sans doute la scène du laissez-passer A38 dans les Les douze travaux d’Astérix — qu’on pourra voir à Ciné-cadeau en première diffusion le 26 décembre à 18h30, à Télé-Québec.

M. Simard avait d’abord commandé sa plaque personnalisée «07» en juillet pour sa Mercedes-Benz Classe C, lorsque la SAAQ avait démarré son nouveau service. À ce moment, il n’avait rien à redire. 

«Ça a super bien été! J’ai été même agréablement surpris par la rapidité à laquelle j’avais reçu ma plaque personnalisée», dit le pharmacien de l’arrondissement Jonquière, à Saguenay.

Entre-temps, il décide de commander sa Tesla Model 3, au début de septembre, livrée le 1er décembre. Pour prévoir le coup, il décide de s’informer pour faire le changement de plaque personnalisée, pour qu’elle passe du bleu au vert. «J’appelle à la SAAQ qui m’informe de passer en succursale afin de remettre ma plaque personnalisée bleue et signer un document. Après ça, ma plaque personnalisée verte serait produite», explique-t-il. 

«Une fois arrivé en succursale [un bureau de la SAAQ et non un mandataire], ce n’était plus la même chose. Après trois visites en succursale avec des appels téléphoniques entre chefs d’équipe, on m’informe qu’il y aura des frais de réimpression de 50 $.

«Le 5 octobre, on décide de reprendre ma plaque bleue. Je signe alors un document, mais on ne me facture rien. Ce n’est que trois ou quatre semaines plus tard que je reçois un appel du siège social de la SAAQ qui me dit qu’ils ne savent pas quoi faire avec ma requête», ajoute M. Simard. Il reçoit ensuite l’avis de paiement de 50 $ pour effectuer le transfert. «Une somme que j’ai payée sans problème.»

M. Simard précise qu’il avait remis la plaque d’immatriculation non personnalisée qu’il avait avant la réception de sa première plaque personnalisée sur sa Mercedes.

Le 20 novembre, il reçoit sa plaque «07», imprimée en vert, avec les instructions pour l’activer. Une fois qu’il a essayé de suivre ces instructions, il reçoit comme réponse que le numéro est déjà pris et qu’il ne peut pas activer sa plaque verte.

Le 3 décembre, il vend sa Mercedes à un ami et passe en succursale pour en faire le transfert de propriété. «Je me suis dit j’apporte ma plaque verte pour essayer de l’activer, pour me faire répondre que les succursales ne gèrent pas les plaques personnalisées.»

Excès de prévoyance?

La semaine dernière, il parle à la SAAQ au téléphone. L’agent lui répond qu’«il n’y a pas de protocole établi». 

«Vendredi dernier, on me parle de frais d’administration, sans en spécifier la teneur, alors que j’avais déjà payé 50 $. Et on me redemande de retourner en succursale. Et là, je suis tombé sur le même chef d’équipe qu’en octobre qui se rappelait de mon dossier. Je comprends que c’est nouveau pour eux...» explique celui qui estime avoir été très collaboratif et qui est resté zen, malgré le jeu de ping-pong administratif.

Est-ce que M. Simard a péché par excès de prévoyance? Il aurait devancé possiblement la SAAQ qui n’avait pas prévu le coup. Et probablement qu’il n’est peut-être pas le premier à qui cela lui arrive. Et il ne sera surtout pas le dernier, en raison de la popularité croissante des véhicules électriques et des plaques personnalisées.

Impossible de le savoir au moment d’écrire ces lignes, car l’histoire de M. Simard a été publiée dans Facebook durant la fin de semaine. Mais quelque chose dit que la SAAQ apportera quelques éclaircissements sur le sujet dans les prochains jours.

Pour le moment, il est probablement plus facile d’immatriculer une galère que de faire passer du bleu au vert une plaque personnalisée.

EN FAMILLE

Tuer le père Noël

CHRONIQUE / Ma mère est entrée avec une question : « Le père Noël, tu crois qu’il fait comment pour apporter des cadeaux à tous les enfants en une seule nuit ? »

J’ai été prise par surprise. Je ne m’étais jamais posé la question. Je croyais au père Noël, un point c’est tout. Je ne m’intéressais pas à toute la logistique de la patente.

« Je ne sais pas », ai-je tout bêtement répondu. Et c’est alors qu’elle a déballé toute la vérité derrière LE mythe par excellence. « OK », fut ma seule réaction. Je n’ai été ni choquée, ni triste ni déçue et encore moins traumatisée. Pour tout dire, je trouve même que tout ça fait une histoire un peu plate à raconter…

Si je vous la raconte quand même, c’est qu’une amie, autour d’un café il y a plusieurs jours, m’a avoué que sa plus grande, qui est présentement en deuxième année, l’a questionnée pendant qu’elle préparait les patates pilées. « Le père Noël, est-ce qu’il existe pour vrai ? »

J’imagine que pour tout parent qui s’évertue à faire croire à ses enfants au sympathique barbu au costume rouge Coca-Cola depuis des années, cette interrogation de « grand » provoque un petit pincement au cœur. Ça souligne la fin d’une époque, celle de la naïveté, de l’innocence, voire d’un peu de magie.

Je trouve néanmoins que ma chum a servi à sa fille une réponse fort pertinente : « Toi, qu’est-ce que tu en penses ? As-tu envie de croire au père Noël ? »

De la pensée magique à la pensée concrète

Effectivement, quand l’enfant commence à émettre des doutes sur l’existence de papa Noël, l’une des méthodes les plus douces pour l’amener tranquillement à en faire son deuil est de lui retourner ses questions, croient plusieurs spécialistes, dont la psychologue Nathalie Parent.

« Jusqu’à l’âge de 7-8 ans, l’enfant est dans la pensée magique, imagine plein de scénarios et s’invente des histoires. Après, il développe la pensée concrète qui lui permet de rassembler des faits pour obtenir une conclusion logique. C’est lorsque l’enfant atteint cet âge qu’il pose beaucoup de questions à ses parents », explique-t-elle sur le site Educatout.

Elles tourneront d’abord autour de faits concrets, tels « Comment le père Noël peut entrer chez nous puisque nous n’avons pas de cheminée ? Comment passe-t-il dans la cheminée avec son gros ventre ? » Retourner la question à l’enfant permet de « susciter son imaginaire et ses fantasmes autour du sujet ».

« Si celui-ci ne donne pas de réponse et que l’adulte ne sait que dire, il peut toujours s’appuyer sur la magie de Noël pour répondre, surtout quand l’enfant est [encore] dans [un] mode de pensée [magique avant 7-8 ans] : “Ça doit être la magie !” ou “Il est magique n’est-ce pas ?” », poursuit-elle.

Viendront ensuite des questions plus élaborées : « Comment fait-il pour distribuer tous les cadeaux aux enfants dans toutes les maisons ? », « Comment peut-il fabriquer tous les jouets ? », « Pourquoi papa n’est jamais présent quand le père Noël arrive ? » « L’enfant cherchera alors à trouver les réponses à ses questions, il aura des doutes mais il voudra continuer d’y croire encore. […] Le processus se fera naturellement car, petit à petit, l’enfant entendra des choses qui vont ébranler ses croyances, mais il gardera ce qu’il sera prêt à prendre et à digérer », dit Mme Parent.

« Par contre, si les questions deviennent trop insistantes et que le jeu de la magie n’est plus drôle, par exemple : “Maman, papa, dites-moi la vérité ! Je sais que le père Noël n’existe pas pour vrai à cause de...”, à ce moment, ça ne sert à rien de continuer à faire semblant puisque l’enfant ne veut plus jouer », ajoute-t-elle.

À ce moment, question de ne pas briser le lien de confiance, il vaut mieux dire toute la vérité. 

Méthode douce

Si vous voulez tout de même préserver un peu de magie, vous pouvez toujours faire comme Charity Hutchinson, cette mère de famille américaine qui a partagé sur son compte Facebook une adorable façon d’expliquer à ses enfants que le père Noël n’existe pas, rapporte-t-on dans le Huffington Post. Elle a proposé à ses enfants, lorsqu’ils ont émis des doutes sur son existence, de devenir père Noël à leur tour. 

« Tu as vraiment grandi cette année, physiquement, mais aussi dans ton cœur. D’ailleurs, ton cœur est si grand que je pense que tu es prêt à devenir un père Noël ! 

Tu t’es probablement rendu compte que la plupart des pères Noël que tu vois sont simplement des gens déguisés. Des copains t’ont peut-être dit que le père Noël n’existe pas. Beaucoup d’enfants disent ça parce qu’ils ne sont pas encore prêts à ÊTRE un père Noël. Toi, si.

Je crois que le moment est venu d’accepter TA première mission de père Noël ! », propose-t-elle. 

L’enfant choisit alors une connaissance, souvent un petit voisin. Sa mission est de découvrir, sans attirer l’attention, ce que l’autre désire, avant de le lui offrir, dans un joli papier cadeau, et sans être vu. Il ne devra jamais révéler qu’il est l’auteur du cadeau, car un père Noël ne fait pas les choses pour qu’on lui dise merci mais par bonté de cœur.

Cute au boutte, n’est-ce pas ?

Patrick Duquette

La petite histoire du monde [PHOTOS]

CHRONIQUE / Dans une récente chronique, j’évoquais cette boîte d’archives que je garde au sous-sol. Elle renferme de vieux papiers qui datent de mon adolescence. Des poèmes, des journaux intimes, des photos… Chaque fois que je retombe sur cette vieille boîte, je remonte dans le passé. Un pan oublié de ma vie ressurgit, celle de mes jeunes années de révolte et d’idéalisme…

Je croyais ces vieux documents sans intérêt. D’ailleurs, s’il n’en tenait qu’à ma blonde, la boîte aurait pris le bord du recyclage depuis longtemps. Mais je suis incapable de m’en débarrasser. J’aime me replonger dans mes vieilles affaires. Un historien de l’Outaouais, Alain Roy, m’a écrit pour me dire que mes archives étaient peut-être plus précieuses que je l’imaginais.