U2: Songs of Experience, ni meilleur ni pire que son prédécesseur

BLOGUE / U2 croyait avoir en main un intéressant concept avec la double aventure «Songs of Innocence/Songs of Experience», une référence au recueil de poésie de William Blake, «Songs of Innocence and of Experience», mais d'emblée, le projet a pris l'eau.

Songs of Innocence, en 2014, s'alignait pour avoir droit au lancement d'album le plus imposant de tous les temps. Si ç'a été le cas, l'effet obtenu n'était pas celui désiré. La méthode préconisée, qui rendait l'album disponible gratuitement chez ceux qui étaient branchés sur iTunes - l'équivalent de 500 millions de personnes, selon le grand manitou d'Apple- a déplu. Cette idée qu'on enfonce les nouvelles chansons dans la gorge a été mal reçue et U2 n'a jamais été capable, par la suite, de se débarrasser de cette image négative.

Pourtant, Songs of Innocence, en dépit de ses creux de vague, était loin d'être mauvais. On y trouvait des morceaux costauds, comme The Miracle (of Joey Ramone), Iris (Hold Me Close) ou Raised By Wolves.

Le problème, c'est qu'après un projet accueilli de manière tiède, le groupe s'était déjà commis à poursuivre dans la même voie, question d'achever son cycle créatif. Pas sûr que le coeur y était pleinement. Songs of Experience, en tout cas, ne témoigne pas d'une vive inspiration ou d'un plaisir communicatif. Il faut dire que le projet a été retardé par les mésaventures de Bono et un souci de vouloir coller davantage aux bouleversements politiques et sociaux de la dernière année.

Néanmoins, l'essence de cette double création demeure: après les chansons articulées autour de la jeunesse, Bono s'est proposé de poser un regard mature sur différentes thématiques, si bien que les chansons prennent l'allure de lettres destinées à différentes personnes et écrites d'un point de vue extérieur.

Songs of Experience s'ouvre avec Love Is All We Have Left où l'on a la désagréable impression d'avoir affaire à U2 qui se prend pour The XX, avec un titre en retenue, appuyé sur des nappes synthétiques et où les effets d'autotune viennent conférer un petit côté faussement branché.

D'entrée de jeu, les Irlandais nous rappellent que, bien que le band se maintienne au sommet, ce n'est pas parce qu'il est encore un leader au plan artistique, mais plutôt parce qu'il s'efforce de surfer sur les vagues. Tout au long de l'album on a parfois l'impression d'entendre les Black Keys, The Killers ou autre... Une brève présence de Kendrick Lamar est également au programme - les vétérans veulent être de leur temps.

Quelques indices illustrent aussi que l'accouchement a été difficile, comme la présence de nombreux réalisateurs. On entend clairement le collage qui arrive au milieu de Summer of Love, comme si la greffe avait mal prise- tandis qu'on sent des vides à la fin des refrains de la délicate The Landlady, donnant l'impression que la tâche n'a pas été entièrement achevée...

Les plus grandes faiblesses m'apparaissent dans les refrains de plusieurs chansons, qui ont souvent moins d'impact que couplets ou alors forcent trop la note au point de devenir racoleurs.

Cela dit, comme tout ce qu'a pu faire U2 ces dernières années, ce n'est ni entièrement noir ni entièrement blanc. Pour presque tout le négatif qu'on peut identifier, il y a du positif. Bono apparaît comme le liant de tout ça avec ses textes, bien sûr, ficelés adroitement, et son chant chaleureux, qui est d'ailleurs fortement à l'avant-plan.

The Blackout fait assurément partie du meilleur, avec son côté énergique et son texte appelant à la lumière et à la résistance sociale. Idem pour Lights of Home, avec son riff rock et son détour musical en fin de parcours. On peut ajouter Red Flag Day, de même que l'autodérisoire et sympathique The Showman (Little More Better) dans le lot.

Au final Songs of Experience apparaît le parfait pendant de Songs of Innocence, dans le bon comme dans le mauvais: l'album d'une formation un peu fatiguée, mais qui est encore capable d'échapper du bon matériel. L'enregistrement d'un groupe qui force un peu trop la note pour essayer d'épater la galerie à chacune de ses sorties et qui ne se fait peut-être plus suffisamment confiance pour être lui-même. Avec les années, le band a fini par trop s'appuyer sur l'aide extérieure pour créer une magie qui devrait venir de l'apport conjuguée de chacun de ses membres - celle qu'on retrouve encore sur scène.

La section commentaires du blogue est en construction. Vous pouvez réagir dans Facebook ici.