La jeune sensation du tennis canadien Denis Shapovalov est un gaucher.

Quand ça presse, mieux vaut être gaucher

BLOGUE / C'est bien connu : être gaucher dans un monde de droitiers est un inconvénient dans presque toutes les sphères de la vie sauf dans les sports, où cela devient un avantage. Quand vous jouez du «mauvais côté», cela peut décontenancer vos adversaires, qui n'y sont pas habitués. Et une étude vient d'ajouter une belle tournure à cette histoire...

Cet avantage compétitif est d'ailleurs une des principales hypothèses avancées pour expliquer pourquoi nous ne sommes pas tous droitiers, pourquoi les gènes qui inversent la latéralisation chez certaines personnes : à cause du petit plus que cela confère dans les combats.

Le chercheur allemand en sciences sportives Florian Loffing, de l'Université d'Oldenburg, s'est demandé pourquoi la proportion de joueurs gauchers d'élite n'était pas la même dans toutes les disciplines. Et il s'est dit que cela avait peut-être quelque chose à voir avec le temps de réaction : plus celui-ci est court, plus il devient difficile de s'ajuster au «mauvais côté», et plus l'avantage des gauchers est marqué.

Il a donc examiné le top 100 mondial entre 2009 et 2014 de quatre sports de raquette (badminton, squash, tennis et ping-pong) ainsi que l'équivalent chez les lanceurs de cricket et de baseball. Puis, dans un échantillon de plusieurs centaines de parties par discipline, il a mesuré le délai moyen entre deux coups de raquette, ou entre le lancer et l'élan du frappeur.

Résultats, publiés dans le dernier numéro des Biology Letters : les gauchers sont nettement plus nombreux dans les sports où le temps de réaction est court, mais pas dans les autres. Au tennis par exemple, où il s'écoule autour environ 1,2 seconde entre deux coups — ce qui est long —, les gauchers ne sont pas particulièrement nombreux, soit 8 % chez les femmes et 14 % chez les hommes, contre 10 à 12 % dans la population en général. Même chose au squash : 1,4 seconde de temps de réaction moyen, et entre 8 et 9 % de gauchers chez les deux sexes.

Mais au ping-pong, c'est une toute autre histoire. Il ne s'écoule que 0,6 seconde en moyenne entre deux coups de raquette, et les gauchers représentent près de 20 % des joueuses et 26 % des joueurs. Idem du baseball, avec un temps de réaction de 0,4 seconde et des lanceurs qui sont gauchers dans 30 % des cas.

Bref, le temps de réaction exacerbe manifestement l'avantage des gauchers.

Cela dit, cependant, il y a peut-être un ou deux petits astérisques à apporter, ici. Je ne veux certainement pas nier qu'il y a un intérêt à jouer «du mauvais bord» — j'ai pu le constater moi-même quand je jouais au soccer, où j'étais une des très rares «pattes gauches» même si j'écris de la main droite. Mais j'ai fait quelques petites recherches sur les gauchers dans les sports de combat, puisque s'il y a un endroit où l'avantage évolutif de la gaucherie doit se voir, c'est bien là. Et cette étude parue en 2013 me donne un petit doute. Elle compare les droitiers et les south paws dans les arts martiaux mixtes ; elle a trouvé qu'il y a plus de combattants qui se battent en gaucher (il peut y avoir un peu de faux gauchers là-dedans, cependant), soit environ 17 %, mais que leur pourcentage de victoire n'est pas meilleur que pour les autres.

Cela suggère que la proportion de gauchers dans un sport n'est qu'un indicateur pour mesurer leur avantage, mais que comme tous les indicateurs, il ne mesure pas toute la réalité d'un seul coup.

Enfin, puisque nous sommes au Québec, endroit où toute discussion sur les sports dérive invariablement vers le hockey, je me suis amusé à compter le nombre de droitiers (ce qui est la position minoritaire au hockey) parmi les 50 meilleurs compteurs de la LNH. En date d'hier, ils étaient 20, ou 40 % du lot, ce qui n'est pas tellement différent de la population en général, qui compte environ 35 % de hockeyeurs droitiers pour 65 % de gauchers, si l'on se fie aux ventes de bâtons. Notez que l'on parle ici du nombre total de points (buts + passes), mais que cela peut changer si on fait la ventilation — apparemment, les droitiers comptent plus de buts et les gauchers font plus de passes.

Ce qui se comprend aisément, remarquez, puisque tous les gauchers savent très bien que les droitiers sont généralement de fieffés mangeux de puck... ;-)

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