(Mon dernier) Retour sur les albums de 2017

BLOGUE / C'est l'heure de passer l'année discographique au tamis, cet exercice à la fois passionnant et torturant, où l'on ne veut rien oublier et qui ne doit surtout pas être l'occasion de copier la publication du voisin - ce qui se fait trop à l'ère du Web. Voici donc une série d'albums qui ont façonné mon année 2017. Ce ne sont pas les seuls, mais certainement ceux qui m'apparaissent les plus réussis au plan artistique: textes, musique, arrangements, réalisation, interprétation...

Cette revue de l'année est particulière, car elle sera ma dernière dans les pages -virtuelles et papier- du Soleil. J'ai en effet décidé, un peu plus tôt en 2017, qu'après 15 ans de loyaux services au Soleil, le temps était venu pour moi de relever de nouveaux défis. Ç'a été un grand plaisir et un immense privilège de couvrir des événements culturels ou autres, ici et à l'étranger, de mener des entrevues avec des personnalités de tous horizons, de dénicher des scoops, d'élaborer différents dossiers et, bien sûr, d'interagir avec vous, chers lecteurs. On saura se recroiser au détour d'un concert...

Un palmarès, c'est bien sûr l'occasion de débattre. Je vous invite à le faire dans la page Facebook du Soleil ici.

Laura Marling - Semper Femina

C'est un grand album que signe Laura Marling avec Semper Femina, le genre d'oeuvre qui se fait de plus en plus rare dans la musique populaire. Du haut de ses 27 ans, la Britannique célèbre la féminité sous toutes ses formes, avec une profondeur et une densité remarquables dans ses textes et ses référents culturels, tout en s'assurant de demeurer accessible. Le charme opère dès la première écoute, notamment parce que ses mélodies, ses musiques folk et ses arrangements sont de calibre aussi élevé que les textes. Tout ça, sans compter la qualité des interprétations. Du grand art.

Richard Barbieri Planets + Persona

L'ex-Japan et ex-Porcupine Tree a sans doute accouché ici de son oeuvre la plus réussie en carrière. Planets + Persona est une aventure à mi-chemin entre l'électro et le jazz, avec un fond d'expérimentation qui ne rend jamais la proposition hermétique. Barbieri rappelle qu'il est un sculpteur sonore d'exception, doublé d'un compositeur méticuleux et inspiré. Il oppose les sonorités électroniques et acoustiques, les mélodies aux rythmes, les segments touffus aux passages dénudés, comme en témoigne, à elle seule, la saisissante Night Of The Hunter.

Gov't Mule - Revolution Come... Revolution Go

Avec ce Revolution Come... Revolution Go, qui se veut bien de son temps dans le contenu de certains titres, Warren Haynes et ses complices démontrent à quel point leur formation a bien mûri, affichant une cohésion exceptionnelle et un son pleinement maîtrisé. On se retrouve avec des titres épiques (Thorns of Life), des pistes qui font honneur au racines rock sudistes du band, une relecture audacieuse du mythique Dark Was The Night, Cold Was The Ground et d’autres, comme la soul Sarah, Surrender, qui sont de nouvelles explorations.

Sufjan Stevens, Nico Muhly, Bryce Dessner, James McAlister - Planetarium

Fascinante aventure que ce Planetarium, qui est ni plus ni moins qu'une rencontre entre la musique orchestrale, la pop, le rock et l’électronique dans un concept articulé autour du système solaire. Sufjan Stevens, Nico Muhly, Bryce Dessner (The National) et James McAlister ont eu la chance d'étrenner leur matériel sur scène et donc d'arriver avec quelque chose d'achevé. On se retrouve avec des titres exploratoires (Earth, Mars), des envolées vocales angéliques (Uranus) de superbes passages aériens (Pluto) ou des segments électroniques plus mordants (Jupiter).

Liam Gallagher - As You Were

et

Noel Gallagher's High Flying Birds - Who Built The Moon?

Pas grand monde ne s'ennuyait de cette tête à claques de Liam Gallagher, or cet automne, il a lancé un étonnant premier album solo, pétri d'influences classic rock. À l'écouter livrer ses excuses dans l'accrocheuse For What It's Worth, on croyait presque qu'il cesserait d'haranguer son frérot. Nullement déstabilisé, Noel Gallagher, lui, a rebondi avec le pertinent troisième album de ses High Flying Birds, affichant une liberté nouvelle dans le registre des airs rétro du psychédélisme ou du glam rock. Après ça, qui s'ennuie d'Oasis, hormis Liam?

The XX - I See You

The XX poursuit son évolution de belle façon avec I See You. Sans omettre la retenue et cette belle interaction entre Romy Madley Croft et Oliver Sim, le trio met de l'avant des sonorités plus électroniques, de même que des interprétations davantage lumineuses et extraverties.

Ryan Adams - Prisoner

C'est quand il a le coeur brisé et qu'il évolue dans une folk qui emprunte autant au rock qu'à la country que Ryan Adams est à son meilleur, comme le souligne cet excellent Prisoner. Ici, Adams n'a pas besoin de réinventer quoi que ce soit pour faire mouche.

Dan Auerbach - Waiting On A Song

Mon album de l'été. Des airs acoustiques ensoleillés dans des habillages vintages, servis sans prétention et avec un plaisir évident par la moitié chantante des Black Keys.

St. Vincent - Masseduction

Poursuivant dans la veine électro-pop qu'on lui connaît, qu'elle teinte de portions plus exploratoire et de segments hautement mélodique,  Vincent pond un solide album, avec une dose d'audace, de critique sociale et de sensibilité.

Sampha - Process

Un premier album introspectif et subtil pour ce collaborateur des Solange et autres Kanye West. Si les manipulations et les sonorités électroniques sont présentes, Sampha peut tout autant privilégier le piano, les samples de kora africaine ou même de cornemuse.

Father John Misty - Pure Comedy

S'armant tantôt d'un piano, tantôt d'une guitare, faisant parfois appel à des cordes, Joshua Tillman partage sa vision pas très jojo du monde sur Pure Comedy. C'est dense, sombre, mais aussi plein d'intelligence et de finesse.

Sharon Jones & The Dap-Kings - Soul of A Woman

Avant de s'éteindre prématurément, Sharon Jones a concocté cet excellent Soul of A Woman, qui rappelle la reine du soul, du r'n'b et funk qu'elle était, entourée par la formidable équipe des Dap-Kings.

Afghan Whigs - In Spades

In Spades démontre sans l'ombre d'un doute que les Afghan Whigs ont retrouvé la forme. Les Américains accouchent d'un album riche aux plans sonore comme poétique, qui peut faire écho au passé, mais qui n'en regarde pas moins devant.

Steven Wilson - To The Bone

Wilson a la bonne idée d'opter pour une facture pop avec To The Bone, quesiton de se renouveler, collaborant notamment avec Andy Partridge (XTC). Parmi les points forts: deux superbes duos: un avec Sophie Hunger et un avec Ninet Tayeb.

Deep Purple - Infinte

Parce que toute bonne chose a une fin, Deep Purple s'apprête à boucler la boucle après quelque 50 ans d'activités - ce qui n'est pas rien. Le groupe le fait avec Infinte, un album étonnant, qui recèle plusieurs titres remarquables, comme quoi les gars ont encore le feu sacré. En prime, l'excellent clip de The Surprising, qui fait écho à chaque album du band.