Le top 10 du cinéma 2018

BLOGUE / Voici donc le moment venu de revenir sur les 10 films, toutes catégories, qui m'ont le plus interpellé ou fait vibrer, réfléchir, rire, pleurer; bref, qui m'ont fait sentir vivant. Une seule règle : le long métrage doit avoir pris l'affiche dans un cinéma de Québec en 2018 (je n’ai pas vu The Rider, La favorite et Sur le chemin de la rédemption). Ce qui explique l'absence de Roma et d’Heureux comme Lazzaro, diffusés sur Netflix, mais aussi de Si Beale Street pouvait parler et de La guerre froide qui prennent l'affiche en janvier. Une année cinématographique moins éclatante que d’autres, mais plusieurs films remarquables ont retenu mon attention. Les voilà.

1 Tu n'as jamais été vraiment là, Lynne Ramsay (États-Unis)

Il aura fallu six longues années après Il faut qu’on parle de Kevin avant que Lynne Ramsay revienne derrière la caméra. Et quel film! Un puissant suspense, (sur)prenant et audacieux, avec une touche de Taxi Driver, à propos d’un vétéran désorienté dont on ne sait trop s’il hallucine ou si sa réalité est distordue... Le long métrage lui a valu un très mérité Prix du scénario et un Prix d'interprétation pour la performance magistrale de Joaquin Phoenix au Festival de Cannes 2017.

2 Lady Bird, Greta Gerwig (États-Unis)

Eh oui! Lady Bird a pris l’affiche cinq semaines après tout le monde à Québec, en février. Nommé cinq fois aux Oscars, la comédie dramatique de Greta Gerwig est un superbe moment de cinéma. La cinéaste a su trouver le ton juste, à la fois touchant et drôle, pour évoquer ces moments marquants lorsqu'un ado prend son envol et quitte le nid familial. Saoirse Ronan y est d'une justesse renversante dans le rôle-titre. 

3 Annihilation, Alex Garland (États-Unis, Angleterre)

Alex Garland a frappé un grand coup avec Ex Machina (2015). Avec Annihilation, le réalisateur britannique pousse un cran plus loin. Avec une maestria peu commune, son fabuleux drame d'anticipation plonge le spectateur dans un rêve éveillé où se côtoient une incommensurable beauté et la terreur la plus viscérale. Une vision allégorique d’une catastrophe environnementale et un récit basé sur des questions existentielles ne l’ont pas empêché de tendre son arc dramatique au maximum. Fabuleux!

4 Transit, Christian Petzold (Allemagne)

En compétition officielle à Berlin, Transit est une œuvre exigeante où un triangle amoureux sert de toile de fond à une audacieuse décision de mise en scène. Ses protagonistes fuient les nazis dans la France occupée, mais le récit se déroule de nos jours. Petzold livre ainsi une parabole puissante, qui se sert d'une tragédie humaine pour évoquer la montée du fascisme et le désespoir des migrants. Une très belle réussite.

5 Jusqu’à la garde, Xavier Legrand (France)

Le film coup de poing de l’année, sans mauvais jeu de mots, sur une séparation houleuse où les enfants sont pris en otage. Rarement un film a réussi à saisir avec autant d'acuité la peur qu'un homme peut distiller dans sa famille qui éclate. Porté par un scénario implacable, une mise en scène épurée et maîtrisée ainsi que des performances éclatantes de ses acteurs, Jusqu'à la garde broie le cœur du spectateur avant de le laisser complètement hébété par une finale anxiogène presque insoutenable dans sa véracité. 

6 L’été, Kirill Serebrennikov (Russie)

Mon préféré au Festival de Cannes 2018, L’été (Leto) est un formidable hymne punk à la liberté, à l'amitié et à l'amour inspiré par le destin tragique du rockeur russe Viktor Tsoï. Le film est traversé par une grande liberté de ton, entre comédie musicale, hommage à la Nouvelle Vague (dans l'esthétique noir et blanc réaliste et sa superbe photo, notamment) et drame romantique. S’éloignant de la biographie traditionnelle, il dépeint aussi les espoirs d'une génération en quête de renouveau à l'aube de la perestroïka. Magnifique.

7 Opération infiltration, Spike Lee (États-Unis)

Spike Lee n’est pas reparti avec la Palme d’or qu’il espérait (il a obtenu le Grand prix 2018), mais son Opération infiltration (BlacKkKlansman) s’est avéré un véritable brûlot. Le réalisateur ne fait jamais dans la dentelle, mais il mélange habilement les genres pour dénoncer le racisme systémique qui se perpétue aux États-Unis. Caustique et enlevant, le film militant s'adresse autant à la réflexion qu'aux émotions. Un des meilleurs longs métrages du vétéran avec Do the Right Thing, Malcom X et La 25e heure.

8 Vice, Adam McKay (États-Unis)

Adam McKay livre un portrait dévastateur magnifiquement orchestré et maîtrisé, un drame biographique parfaitement vulgarisé, à l’humour caustique et qui évite la démagogie pour circonscrire ce Machiavel de l’ombre que fut Dick Cheney lors de son passage à la vice-présidence des États-Unis (2001-2009). Un film qui suscite une réflexion sur le pouvoir, mais sans oublier de nous captiver en racontant son histoire. Du vrai cinéma.

9 Trois étrangers identiques, Tim Wardle (États-Unis)

Un documentaire? Oui et tout un à propos de jeunes hommes, adoptés bébé, qui découvrent en 1980 qu’ils sont triplets! Une histoire surréaliste qui fait l'objet d'une œuvre qui dépasse l'anecdotique pour révéler quelque chose de totalement inimaginable grâce à la finesse de la réalisation. Qui a d’ailleurs valu à Tim Wardle le prix spécial du jury pour le récit au festival de Sundance. Avec raison : on en reste imprégné longtemps...

10 L’île aux chiens, Wes Anderson (États-Unis, Allemagne)

Je suis admiratif du talent créatif de Wes Anderson, capable de toutes les audaces, toujours avec un raffinement et une intelligence du propos qui le distingue. Même avec ses films d’animation en volume — celui-ci lui a d’ailleurs valu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin. Il faut aussi y voir une belle allégorie, qui rend le propos très humain et un sens de l’humour décalé (comme d’habitude). Un cinéaste dans une classe à part.

Mentions honorables

Paddington 2, Paul King

Un coin tranquille, John Krasinski

Veuves, Steve McQueen

La panthère noire, Ryan Coogler

Les frères Sisters, Jacques Audiard

Moi, Tonya, Craig Gillespie

Une affaire de famille, Kore-eda Hirokazu

Les Incroyable 2, Brad Bird

Le premier homme, Damien Chazelle