Le film de la semaine: Sicario — Le jour du soldat

BLOGUE / Quelle est la différence entre un bon film et un très bon film ? Le réalisateur. On en a la preuve éclatante avec Sicario — Le jour du soldat. Là où Denis Villeneuve avait transcendé le scénario intense de Taylor Sheridan en y imprimant son savoir-faire et ses préoccupations, Stefano Sollima se contente d’illustrer ce nouveau chapitre sur la violence frontalière entre les États-Unis et le Mexique. Un suspense sombre, et violent, tout de même supérieur aux films du genre avec son aspect drame social.

Sans le succès inattendu, tant sur le plan critique que populaire, de Sicario (2015), il n’y aurait pas eu de suite. Le réalisateur québécois n’était plus disponible, mais Sheridan a repris la plume après avoir complété sa trilogie de western contemporain avec Sicario, Hell or High Water (2016) et Wind River (2017, qu’il a lui-même réalisé).

Le jour du soldat reprend, dans la même tonalité,quelques années après que Matt Graver et  Alejandro Gillick eurent affronté le cartel du Sonora. Josh Brolin, l’agent sans foi ni loi du gouvernement, et Benicio Del Toro, l’ex-procureur vengeur, reprennent leurs rôles respectifs (mais aucune mention de la Kate d’Emily Blunt, sur laquelle reposait le premier film). 

Cette fois, ils doivent faire tomber Carlos Reyes, que la CIA soupçonne d’avoir facilité l’entrée de terroristes au pays par la frontière. La paire décide de kidnapper sa fille Isabel (Isabela Moner, surprenante)pour déclencher une guerre de cartels. Évidemment, ça ne déroule pas comme prévu. Gillick est forcé de prendre la fuite avec l’ado pour tenter de rentrer aux États-Unis de façon clandestine…

Sheridan se sert de ce prétexte pour tracer un parallèle entre Isabel, élevée dans la ouate, et un jeune (Elijah Rodriguez) entraîné par son cousin à s’enrôler dans un cartel pour devenir un sicario («tueurs à gages» dans l'argot des cartels). D’autant plus intéressant que celui-ci, d’origine mexicaine, vit pauvrement… aux États-Unis !

Comme dans le précédent, le scénariste oblitère la frontière entre les «bons» et les «méchants». Mais il exploite aussi les contradictions de ses deux personnages principaux, beaucoup moins monolithiques et caricaturaux que la norme. Le jour du soldat néglige toutefois les migrants, tous plus anonymes les uns que les autres. Il ne nous épargne pas non plus certaines exagérations, surtout à la fin (on soupçonne la commande du studio pour mettre la table à un 3echapitre, avec Emily Blunt, selon la rumeur).

Stefano Sollima fait un travail appliqué et réussit à maintenir une bonne tension. Mais l’Italien, qui a surtout travaillé en télé dans son pays, n’a pas la maîtrise de son prédécesseur. Sa mise en image de la violence est parfois gratuite et sans subtilité.

Il ne peut non plus compter sur le maître Roger Deakins (Blade Runner 2049) à la direction photo. Même si Dariusz Wolski (Seul sur Mars) fait un très bon travail avec la lumière dans les paysages désertiques. Quant à Hildur Guðnadóttir, qui a collaboré avec Jóhann Jóhannsson, elle se tire plutôt bien d’affaire avec la trame sonore anxiogène.

Évidemment, Del Toro et Brolin se glissent dans la peau de leurs personnages avec aisance et authenticité. Les deux acteurs à la feuille de route bien garnie savent exprimer les états d’âme d’un seul regard. Ce qui renforce la crédibilité d’un film qui en manque parfois. 

Mais la force d’impact de l’original, à propos des manœuvres opaques des gouvernements, de la corruption, de la violence et des inégalités sociales, est encore au rendez-vous. C’est déjà pas mal pour un deuxième essai.