Le film de la semaine, le très réussi Nos batailles

BLOGUE / Une famille qui éclate, c’est un drame terrible, mais courant. Mais quand c’est une femme qui prend la fuite, laissant derrière son conjoint désemparé, son fils de neuf ans et sa fille de cinq ans, on a assurément la matière dramatique pour un bon film. Surtout avec un traitement respectueux et intelligent comme dans Nos batailles de Guillaume Senez.

Le deuxième long métrage du réalisateur belge, après Keeper (2015), travaille doucement sa mise en place. Olivier (Romain Duris) en père absent dont le travail de chef d’équipe lui fait passer de longues heures à l’usine. Et Laura (Lucie Debay), qui travaille dans une boutique, en mère débordée et au bout du rouleau qui ne sait comment exprimer sa détresse.

Un beau jour, Laura quitte le foyer sans crier gare. Le père se retrouve dans un rôle qu’il connaît mal, démuni face à un départ qu’il n’a pas vu venir et empêtré dans son sens des responsabilités au boulot. Le sentiment est familier : la charge mentale qui pèse sur beaucoup d’entre nous, toujours à courir pour tout concilier.

Olivier devra mener deux combats de front. Le premier, celui qui le force à s’impliquer plus dans l’éducation de ses enfants, d’abord de façon chaotique puis plus ordonnée quand il mesure toutes les implications de ses absences, et le second, à la défense de ses collègues de travail qui affrontent une direction inhumaine.

Il est tout de même ironique que cet homme qui ne jure que par le travail d’équipe au travail peine à comprendre qu’il doit appliquer la même recette à la maison. C’est sa sœur Betty (Laetitia Dosch) et sa mère (Dominique Valadié), dans une moindre mesure, qui lui en feront prendre conscience.

C’est toute la véracité de Nos batailles, celle d’un personnage imparfait, avec ses grandes qualités humaines, mais aussi ses défauts, qu’il lui faut corriger dans l’intérêt de ses enfants.

La réalisation de Senez, somme toute conventionnelle, tend vers le naturalisme cher à Mike Leigh (Secrets et mensonges) et à Stéphane Brizé (surtout La loi du marché et En guerre). Comme eux, il investit à la fois les sphères du social et de l’intime, misant sur une caméra de proximité et une mise en scène minimaliste, sauf dans le jeu des acteurs, plus distancié, pour éviter le racolage, ce qui réussit à générer une belle spontanéité.

De cette façon, il réussit à briser les tics de jeu de Duris, moins dans la séduction et plus dans le jeu tout en retenue de la honte et de la culpabilité qui habitent Olivier. Laetitia Dosch, révélée dans Jeune femme (Léonor Serraille, 2017), démontre à nouveau à quel point la lumineuse actrice peut habiter un personnage, même secondaire. Elle dévoile la grande fragilité de Betty sans fausse pudeur.

Le scénario de Senez et de Raphaëlle Valbrune-Desplechin (la sœur du réalisateur Arnaud Desplechin) nous fait la grâce de plusieurs pistes et d’une fin qui resteront ouvertes. Comme ce mystérieux accident à Elliot, qui lui a brûlé la poitrine, alors qu’il était sous la garde de sa mère.

On se demande vraiment, dans le dernier tiers, comment Senez va réussir à conclure. Il réussit à le faire, tant au travail qu’au boulot, en toute logique et en respect à la fois de son personnage et de l’intelligence du spectateur. Chapeau.