Le film de la semaine: l'anxiogène Un coin tranquille

BLOGUE/Imaginez vivre dans le silence. Sans faire de bruit. Sous peine de mort. C’est la prémisse fort simple, mais terriblement efficace d’Un coin tranquille (A Quiet Place). John Krasinski a concocté un suspense d’horreur qui vous tord les tripes dans une lente et inexorable montée en puissance du genre à serrer les accoudoirs jusqu’à en avoir des crampes.

Le long métrage se déroule en 2020, dans un monde à l’abandon sauf, pour ce qu’on en sait, des Abbott : Evelyn (Emily Blunt), Lee (Krassinski) et leurs enfants Regan (Millicent Simmonds, vue dans Après la foudre), Marcus (Noah Jupe, vu dans Merveilleux) et Beau. Ce dernier est tué lorsque le bruit de son jouet attire une des créatures hideuses, sensibles au bruit, qui ont décimé la Terre. Et qui sont au nombre de trois dans leur secteur…

Neuf mois plus tard, la famille en est encore traumatisée et tous se sentent coupables. Dans ce climat un peu lourd, notamment un conflit père-fille bâti sur l’incommunicabilité, elle doit aussi composer avec la grossesse d’Evelyn. Tout ça en communiquant dans la langue des signes — l’aînée est sourde.

La menace, largement invisible tout au long du film, va se rapprocher quand père et fils vont quitter la sûreté de la ferme isolée pour aller pêcher…

Pour son troisième long métrage comme réalisateur, l’acteur connu pour son rôle de Jim Halpert dans la série The Office montre une belle maîtrise des codes du genre. Krasinski dit avoir étudié les films de Chaplin et Keaton pour en saisir les subtilités du langage du muet — dans un tout autre registre!

C’est très réussi, notamment dans l’utilisation des gros plans pour utiliser l’expressivité de ses acteurs, en particulier sa femme, Emily Blunt (Sicario), toujours aussi bonne. Il utilise aussi les trucs habituels pour nous faire sursauter (sans abus) avec une certaine habileté. Notamment en confinant dans le hors champ les trois créatures : ce qu’on ne voit pas, mais qu’on entend, nous terrifie, garantie.

Mais même à l’époque du muet, on accompagnait les images de musique. Le réalisateur américain en fait un très bon usage, surtout piano et cordes, à l’exception des moments plus tendus. Le reste du temps, il mise sur le bruit ambiant, sauf quand on épouse le point de vue de Regan — il n’y a alors plus aucun son. Un très bon flash qui contribue au climat anxiogène.

Le scénario est minutieusement construit (sauf un détail qui m’a fait tiquer : si le pays est décimé, comment se fait-il qu’ils aient de l’électricité?). Et même si la fin ouverte se déroule un peu brutalement, difficile d’en reprocher l’atteinte du climax.

Un tel film n’est pas innocent. Il explore évidemment les thèmes du deuil, de la résilience, de l’instinct de survie et des dynamiques familiales dans un contexte où leur unité est menacée par un envahisseur. Un coin tranquille évolue dans les mêmes eaux que le très bon Lorsque tombe la nuit (2017) de Trey Edward Shults.

Dans un cas comme dans l’autre, impossible de ne pas faire de rapprochement avec les romans La route de Cormac McCarthy et Station Eleven d’Emily St John Mandel sur le plan de leur exploration de la survie de l’humanité.

Sur le coup, par contre, vous n’y penserez pas trop tellement Un coin tranquille maintient la tension. Émotions fortes garanties.