Le film de la semaine: Creed II

BLOGUE / Un drame sportif comme Creed II se prête admirablement bien à la métaphore sportive. Du genre, une victoire sans appel. Ou un film coup-de-poing. Ou encore, celle-ci, qui s’applique vraiment : à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Arrêtons les frais et voyons-y une analogie avec sa sortie en pleine Action de grâce états-unienne. Creed II est au cinéma ce qu’est le pâté chinois à la nourriture : un plat réconfortant avec des ingrédients simples.

Elle était attendue cette suite, exactement trois ans après le film qui a relancé avec un succès inattendu la franchise des Rocky. Grâce à la solide et imaginative réalisation de Ryan Coogler (La panthère noire) et les performances remarquables de Michael B. Jordan et Sylvester Stallone (qui a obtenu le Golden Globe de l’acteur de soutien, mais pas l’Oscar).

La bonne nouvelle, c’est que les deux acteurs reprennent leurs rôles d’Adonis Creed et de Rocky Balboa. La mauvaise, c’est que Steven Caple Jr. a pris la place de Coogler derrière la caméra. Sa réalisation est appliquée, mais sans imagination, même si les scènes de combat dans l’arène de boxe sont plutôt bien filmées. La bouchée était grosse pour un deuxième long métrage.

D’autant que Caple Jr. ne pouvait compter sur un élément narratif aussi fort que Creed : le négligé. Tout le monde adore les laissés pour compte dans le sport. Surtout avec Rocky, son archétype, comme entraîneur. Mais Adonis est maintenant champion du monde des lourds et sa fiancée Bianca (Tessa Thompson) est enceinte.

Que faire alors? Puiser dans la mythologie de la série et ramener Drago (Dolph Lundgren). Le boxeur soviétique tue le légendaire Apollo Creed, le père d’Adonis, puis est défait par son ami sur le ring dans Rocky IV. Autrement dit, des destins liés par une même tragédie.

Déchu et amer, l’ex-gloire de l’URSS rêve depuis une trentaine d’années de prendre sa revanche. Il a entraîné son fils Viktor (Florian Munteanu) pour en faire un véritable colosse. Lorsque le défi pour un combat de championnat est lancé, Adonis ne peut résister à l’envie de venger l’honneur de son père. Même si tout le monde tente de le dissuader, à commencer par Rocky, devenu son père de substitution.

Creed II détient là un riche filon : les difficiles relations père-fils. Il exploite aussi le syndrome du survivant et sa culpabilité, le deuil, la résilience, la honte, l’orgueil, le patriotisme exacerbé, l’individualisme forcené…

Nous sommes dans une ligne narrative archiconnue, manichéenne et prévisible. Mon fils de 11 ans, qui a adoré, a tout vu venir de loin. Jusque dans le pas très subtil climax. Pourquoi changer une recette qui plait?

D’autant qu’elle a été élaborée par Stallone lui-même dès le premier Rocky (1976). Coscénariste, Sly n’a pu résister à l’envie de tirer la couverte de son bord pour ce chant du cygne (vraiment?).

On le voit beaucoup. Trop. Tout est fait, dans ce film, pour entretenir la légende des Rocky dans l’imaginaire collectif. Il y a là une douce ironie étant donné le leitmotiv de Creed II : Adonis doit créer sa propre légende. L’héritage est lourd à porter…

Cela dit, ce film est un divertissement pur bonheur qui peut compter sur la très forte présence de Michael B. Jordan. L’œil du tigre sur le ring et les failles émotionnelles à fleur de peau dans ses interactions avec Bianca et son mentor.

Quant à Stallone, avec ses inusables chapeau et manteau de cuir noir, il n’a pas besoin de jouer un rôle. Il est Rocky.