Jean-François Cliche

Grandeur et (surtout) misère des réseaux sociaux

BLOGUE / Je crois qu'on ne le répètera jamais assez : les médias sociaux carburent à l'outrage, à la colère, à la peur — bref, aux émotions négatives. Si vous voulez qu'un texte soit le plus largement partagé possible, arrangez-vous pour qu'il dépeigne un monde en noir et blanc, avec des méchants bien identifiés et des gentils de l'autre côté. Si vous faites l'«erreur» de pondre un texte nuancé, qui fait la part des choses, qui s'adresse à la raison plutôt qu'à l'émotion, il n'a aucune chance de devenir «viral».

Et dans le débat qui a (toujours) entouré la vaccination contre le VPH, nous avons assisté au Québec à une petite «expérience naturelle», comme je l'ai écrit dans ma chronique parue dans le dernier numéro de Québec Science. Le 5 octobre 2015, trois chercheuses de Concordia et de McGill signaient dans Le Devoir une lettre ouverte extrêmement (et très exagérément) alarmiste qui demandait un moratoire de toute urgence sur le vaccin anti-VPH. Il s'est avéré qu'elles présentaient une image lourdement tronquée et tordue de la littérature scientifique, comme d'autres chercheurs ont dénoncé trois jours plus tard (sans compter une quarantaine d'autres le mois suivant) mais le mal était fait. Et à cause de la nature des réseaux sociaux, il n'allait pas être facile de le réparer.

D'après ce rapport de la Santé publique, la première lettre ouverte (erronément alarmiste) a été partagée 24 564 fois sur Facebook — ce qui est un très gros «succès» à l'échelle du Québec. La seconde lettre, apaisante et qui remettait les pendules à l'heure, n'a quant à elle été partagée que 1697 fois. Quinze fois moins, imaginez.

Il est assez parlant (et désespérant) qu'en 10 ans de vaccination contre le VPH au Québec, le taux de couverture vaccinale ait reculé alors même que les études attestant de l'efficacité et de la sécurité du vaccin se multipliaient. Sur les réseaux sociaux, les données et la science ne font pas le poids face aux émotions.

Jean-François Cliche

L'âme des indécis

BLOGUE / Il y a une question, toujours la même, sur laquelle les sondeurs se cognent le nez depuis des décennies : qu'est-ce qu'on fait avec les indécis ? Comment on les répartit ? Doit-on seulement les répartir ? Les sondages Mainstreet que Le Soleil et les autres journaux de GCM publieront pendant la campagne utilisent une méthode de répartition un peu inhabituelle, du moins au Québec. Alors profitons-en pour examiner tout cela...

ERRATUM (23 août) : On me signale que la plupart des sondeurs procèdent grosso modo de la même manière que Mainstreet, contrairement à ce que ce texte laisse entendre, soit en demandant l'intention de vote et en demandant ensuite aux indécis s'ils ont quand même une certaine préférence pour un parti. Ce n'est qu'ensuite qu'ils répartissent les indécis restants de manière proportionnelle. La confusion, en ce qui me concerne, est venue du fait que la question de relance aux indécis n'est pas toujours explicitée dans les rapports de sondage, mais le résultat est le même : des passages importants de ce texte ne sont pas valides. Toutes mes excuses.


La manière classique de procéder est de carrément et simplement retirer les indécis du portrait. Par exemple, si vous avez 15 indécis sur un échantillon de 100 personnes, alors vous les écartez, vous ne retenez que les répondants qui ont exprimé une préférence et vous calculez vos pourcentages comme s'il n'y avait que 85 personnes dans l'échantillon. Ainsi, un parti qui aurait obtenu, disons, 30 appuis sur 100 AVANT répartition des indécis se retrouverait donc avec 30 ÷ 85 x 100 = 35,3 % des intentions de vote.

C'est une approche qui se défend très bien, soulignons-le. Dans une élection, il n'y a que les votes qui comptent, que l'opinion des électeurs décidés. Ceux qui n'ont pas pu se brancher à temps ne comptent pas, et c'est ce que la «répartition proportionnelle» (nom fréquemment employé pour désigner cette manière de «gérer» les indécis) reflète. Ce n'est pas pour rien que c'est l'approche la plus utilisée — même si ce n'est pas la seule, voir à ce sujet ce très beau survol que la spécialiste des sondages Claire Durand, de l'UdeM, a publié ce matin.

Mais en stats comme dans n'importe quoi d'autre, il n'y a jamais rien de parfait. Cette méthode présume que les indécis se répartissent exactement comme les autres, ce dont on ne sait rien, en réalité. Elle fait comme si les indécis n'iront pas voter, mais on sait qu'un certain nombre le feront — et à l'inverse qu'un certain nombre de «décidés» ne se rendront finalement pas aux urnes.

Bref, la répartition proportionnelle des indécis a de beaux avantages, mais ils viennent avec des inconvénients.

C'est précisément éviter ces inconvénients-là que certains sondeurs procèdent autrement. La firme Mainstreet commence par simplement demander l'intention de vote puis, quand la réponse est «ne sait pas», elle demande au répondant s'il a quand même un certain penchant pour un des partis en lice. Puis elle additionne les «enclins» et les «décidés» pour en arriver à un chiffre final plus complet. Il reste encore des indécis au terme de cet exercice, mais dramatiquement moins — autour de 2 % contre 13 % au départ, dans les chiffres les plus récents de Mainstreet.

C'est une approche qui, elle aussi, a ses plus et ses moins. Contrairement à la proportionnelle, elle ne présume pas de la répartition des indécis, mais les laisse plutôt se répartir eux-mêmes, pour ainsi dire. Bel avantage. D'un autre côté, cependant, alors que la proportionnelle ne se fonde que sur les décidés, la méthode Mainstreet introduit un élément un peu «mou», au sens où le vote des enclins est moins solide (et moins susceptible de se transformer en «vote sonnant et trébuchant») que celui des décidés. Mais ils sont pourtant regroupés ensemble.

Bref, pour les fins de la discussion, je proposerai ceci : ces choix-là me semblent être des trade-offs, comme on dit en français élégant. C'est-à-dire qu'en changeant d'approche, on se débarrasse des défauts de notre ancienne méthode, mais on abandonne aussi ses qualités.

Qu'en dites-vous ? Avez-vous une méthode favorite ? Et pour quelles raisons ?

Jean-François Cliche

Qui a peur des terrains de soccer synthétiques ?

BLOGUE / Les terrains de soccer synthétiques sont-ils toxiques pour les joueurs ? Les granulats noirs dont on se sert pour leur donner leur «texture» provoquent-ils des cancers chez les enfants, les ados et les jeunes adultes ? Il semblerait que oui, si l'on en croit un reportage tout récent de Radio-Canada. Mais... mais il y a un très gros «mais» qu'il faut ajouter, ici. Et sans doute plusieurs petits aussi.

La question est parfaitement légitime, entendons-nous. On peut affirmer avec un très grand degré de certitude que les granulats noirs contiennent des substances cancérigènes, notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) : on le sait puisque on les fabrique en déchiquetant de vieux pneus, qui eux en contiennent. Alors à première vue, l'hypothèse que ces terrains puissent causer des cancers n'est certainement pas frivole ou tirée par les cheveux.

Mais la question est : les doses auxquelles les joueurs sont exposés lors des matches sont-elles assez élevées pour justifier les inquiétudes ? Et à cet égard, ce reportage laisse beaucoup, beaucoup de choses de côté. Il fait reposer la thèse alarmiste essentiellement sur deux choses : une série de cas sans valeur scientifique colligée par une entraîneuse de soccer, Amy Griffin, de l'Université de l'État de Washington ; et un rapport publié l'an dernier par un groupe environnementaliste américain, Environment and Human Health Inc. (EHHI) qui critique certaines des études rassurantes mises de l'avant par l'industrie.

Or la santé publique de l'État de Washington s'est penchée sur la liste de cas de Mme Griffin et a conclu que «le nombre joueurs de soccer ayant un cancer rapporté par l'entraîneuse Griffin est inférieur [...] au taux de cancer chez les résidents de l'État de Washington». Cela aurait été pertinent à préciser, il me semble, mais cela n'apparaît nulle part dans le texte publié sur le site de Radio-Canada. Et le rapport d'EHHI n'amène pas de preuve qu'il y a un risque, il ne fait que critiquer les études passées — ce qui ne veut pas dire grand-chose puisque toutes les données ont leurs limites.

Comme le note le reportage de Rad-Can, une enquête de l'Environnement américain qui s'annonce la plus vaste jamais publiée à ce sujet doit paraître dans les prochains mois, et j'ai moi aussi bien hâte d'en prendre connaissance. Peut-être, je dis bien peut-être, qu'elle appuiera la thèse alarmiste, mais il est bien possible qu'elle la discrédite complètement. On verra.

Pour l'instant, les éléments dont on dispose ne me semblent pas justifier l'inquiétude qui se dégage du reportage de Radio-Canada :

- Le journaliste a eu la bonne idée d'interviewer la Santé publique de Montréal, qui s'est fait rassurante — ce qui démontre sa bonne foi, je pense. Mais la SPM n'est pas la seule instance du genre à avoir fait l'exercice. La santé publique du Connecticut, de même que celles de la Ville de New York, de l'État de New York, de la Californie, de la Norvège ainsi que l'EPA se sont tous penchés sur la question dans le passé et ont conclu à l'absence de danger. Même chose à Vancouver, d'ailleurs. Hormis Mme Griffin et EHHI, le reportage de Radio-Canada cite aussi deux chercheurs universitaires qui s'inquiètent, mais tout indique que leur position est minoritaire.

- Dans les études publiées jusqu'à maintenant, les degrés d'exposition sont toujours bien en-dessous des seuils inquiétants, que les mesures soient prises dans l'air ou dans l'urine (voir aussi ici). Je veux bien croire que ces études-là sont de petite envergure, comme l'EHHI le souligne, mais il demeure que les données dont on dispose sont celles-là (avec quelques autres quand même) et elles ont été publiées dans des revues savantes, que cela nous plaise ou non. Encore une fois, leurs défauts ne constituent pas une preuve de danger.

- Plus tôt cette année, une étude parue dans Cancer Epidemiology a comparé l'incidence de lymphomes malins (une des principales formes de cancer liées aux granulats de pneus) dans 58 counties de Californie, et n'a pas trouvé de lien avec la densité des terrains synthétiques dans ces endroits.

- Enfin, la nature même des cancers que l'on tente de lier aux terrains synthétiques (des cancers du sang : lymphomes et leucémies, principalement) rend l'hypothèse peu crédible, d'après cet article paru l'an dernier dans la revue médicale Sports Medicine. Ces cancers sont naturellement ceux qui surviennent le plus fréquemment chez les ados et les jeunes adultes, et ce depuis toujours ; en trouver chez eux n'est donc pas un signe que quelque chose «cloche». En outre, et c'est un point important, les données les plus récentes soulèvent des gros doutes sur la capacité des aromatiques polycycliques à provoquer ces types de cancers — ils en causent d'autres, mais pas eux. Et c'est sans compter le fait que les cancers causés par l'exposition à des polluants sont rares chez les enfants et les ados. C'est chez les adultes d'un certain âge que ces cancers-là se manifestent, ce qui est logique puisque les enfants n'ont par définition pas été exposés très longtemps.

Bref, même s'il n'existe pas de données parfaites, il y a beaucoup d'éléments dont le reportage de Radio-Canada ne parle pas. Et c'est très dommage, car il me semble pourtant qu'ils auraient été très pertinents.

Jean-François Cliche

Les légumes, le cancer et le faux équilibre

BLOGUE / J'ai toujours aimé, voire admiré Stéphan Bureau. Pour rendre compte de sujets souvent complexes et délicats de manière à la fois informative, intelligente et divertissante comme il l'a fait tant de fois dans sa carrière, il faut une longue liste de qualités que bien peu de gens possèdent. Mais il a aussi, comme tout le monde, les défauts de ses qualités, et comme ces dernières sont grandes, il arrive que ses écarts le soient aussi.

Hier matin, à l'émission Médium large de Radio-Canada qu'il anime en remplacement de Catherine Perrin, M. Bureau a consacré un long segment au documentaire The Food Cure, qui suit pendant cinq ans six patients qui ont décidé de traiter leur cancer avec la «méthode Gerson». Il s'agit d'un «traitement» complètement discrédité dans la communauté scientifique (j'y reviens), mais M. Bureau a tout de même invité la réalisatrice du docu, une des six personnes suivies dans le film et un seul véritable expert, Claude Perreault, chercheur à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l'UdeM.

Et comme d'autres, je crois qu'on a ici un cas patent de «faux équilibre journalistique» : on cherche parfois tellement à paraître neutre que l'on met sur un même pied deux hypothèses qui, de toute évidence, ne se valent pourtant pas du tout. Et encore, la triple entrevue n'était pas particulièrement équilibrée puisque M. Bureau semble avoir été à ce point convaincu par le documentaire qu'il confrontait Dr Perreault au moins autant qu'il ne sollicitait son expertise, mais passons.

En journalisme politique où l'on croise souvent d'insolubles confrontations de points de vue moralement égaux — perspective québécoise sur un sujet vs perspective canadienne, droits individuels vs droits collectifs, etc. —, la recherche d'équilibre à tout prix, ou presque, est un réflexe très utile, sinon nécessaire. C'est ce qui a mené, je crois, M. Bureau à faire son segment sur la «thérapie» Gerson de la manière (malheureuse) qu'il l'a faite. En tout cas, c'est la seule façon que je vois pour expliquer comment un journaliste du talent et de l'expérience de M. Bureau peut s'être fait prendre si complètement dans le piège du faux équilibre : il devait logiquement s'agir d'un vieux réflexe de journalisme politique.

Car sur le fond, c'est un euphémisme de calibre homérique de dire que la méthode Gerson est «controversée». Voici quelques petits points à ce sujet (sans doute pas les seuls pertinents, on pourra en discuter) :

- Le «traitement» Gerson a été mis au point au milieu du XXe siècle. Il part du principe (faux) que le cancer est un signe que le corps est pris avec un surplus de toxines dont il ne parvient plus à se débarrasser. Si on l'aide et qu'il se purifie, alors le cancer partira (faux encore). La méthode de «détox», puisque c'est bien de ça dont il s'agit, consiste essentiellement à manger des doses massives de fruits et légumes, accompagnées de suppléments alimentaires et de lavements rectaux au café (oui oui). Le médecin allemand qui a formulé cette théorie, Max Gerson, pratiquait à New York et il était si fermement convaincu de son efficacité qu'il a fini par perdre son assurance pour faute professionnelle en 1953. Son permis de pratique a également été suspendu pour deux ans en 1958 — il est décédé l'année suivante. Pas un départ très convaincant, disons...

- Quelques petites études ont été réalisées par la suite. En 1983, 21 patients traités à la diète Gerson ont été suivis pendant 5 ans ; un seul a survécu pendant toute la durée de l'étude. En 1989, 27 patients de la clinique Gerson et dont l'état a pu être vérifié de manière indépendante ont été inclus dans une autre étude, mais seulement 3 s'en sont remis. Quelques autres travaux ont suivi, mais aucun n'était de bonne qualité, notons-le.

- Sur les six patients présentés dans The Food Cure, tous ont survécu cinq ans, le seuil généralement retenu afin d'être considéré comme un «survivant» du cancer — certains sont toutefois décédés par la suite, apparemment. C'est un point qui a semblé impressionner énormément M. Bureau, et il est vrai que cela peut ressembler à une preuve empirique quand on regarde un peu vite, mettons. Mais il y a deux choses à faire ressortir, ici. D'abord, six cas, c'est un échantillon infinitésimal, presque homéopathique, et les habitués de ce blogue savent que ce n'est pas un compliment quand ça vient de moi. Aucune conclusion n'est possible sur cette base.

- Ensuite, on comprend des propos de la réalisatrice, la journaliste Sarah Mabrouk, qu'elle a sollicité beaucoup plus que six patients pour son documentaire, mais qu'elle a essuyé de nombreux refus — ce qui se comprend très bien, comme elle le dit elle-même avec beaucoup d'humanité. Je n'ai aucune information sur ces gens qui n'ont pas voulu que leur maladie soit filmée et rendue publique, mais je sais ceci : nous avons ici un pattern absolument I-DÉ-AL pour induire un beau gros biais d'échantillonnage. Si, par exemple, on s'installait dans un centre d'achats pour faire un sondage sur les habitudes sexuelles des Québécois, il y a de fortes chances pour que les gens prudes refusent pour la plupart de répondre, puisque ces choses-là les rendent mal à l'aise, et pour que ceux qui sont les plus intéressés par le sexe acceptent de participer proportionnellement plus que les autres. En bout de ligne, notre sondage décrirait une société qui, disons-le comme ça, passe beaucoup de temps au lit et a beaaaauuuucoup de fun dans la vie, mais le portrait serait en réalité très déformé : c'est simplement la méthode d'échantillonnage qui aurait sélectionné préférentiellement les gens les plus portés sur la chose. De la même manière, on peut penser que les gens les plus mal en point, les plus mal barrés, ont été moins susceptibles d'accepter l'invitation de Mme Mabrouk, et qu'elle s'est donc retrouvée avec un «échantillon» artificiellement favorable. Encore une fois, je n'en ai aucune preuve, mais c'est clairement une possibilité.

- Le documentaire, disons-le, ne présente tout de même pas que des cas bénins. Ainsi la patiente interviewée par M. Bureau, Marie-Josée Campagna, avait un cancer du sein dit «triple négatif», appelé ainsi à cause de l'absence de trois récepteurs hormonaux (œstrogène, progestérone et un facteur de croissance) sur la membrane des cellules cancéreuses. Les triple-négatifs sont généralement plus agressifs que les autres types de cancer du sein et le prognostique est moins bon. Mais les taux de survie ne sont quand même pas catastrophiques non plus, comme l'a signalé Dr Perreault (vers 25:00 dans l'entrevue), même s'ils sont plus bas que les autres : 77 % vs 93 % après cinq ans chez les patientes qui prennent la chimiothérapie. Et l'on sait maintenant que les triples négatifs sont une «famille» de cancers passablement diversifiée. Si une bonne majorité sont agressifs et plus difficiles à traiter que la moyenne, il existe des sous-types très indolents qui ne tuent presque jamais. J'ignore si c'est bien ce qui explique la guérison de Mme Campagna, mais c'est certainement la grâce que je lui souhaite.

- Ajoutons enfin que les doses massives de fruits et légumes ont plusieurs fois été testées pour le traitement du cancer, et qu'elles ne donnent pas de résultat.

Bref, il y a une raison pour laquelle les «séries de cas» comme ceux que présente The Food Cure sont considérées comme le plus faible des niveaux de preuve en science médicale : c'est parce qu'elles ne sont pas fiables. La seule chose que l'on peut concéder au documentaire, c'est qu'il est vrai que l'efficacité de la méthode Gerson n'a jamais été évaluée dans une étude scientifique en bonne et due forme, avec un groupe placebo, la double-aveugle, la randomisation, etc. Les études sont rares et on n'y compte aucun véritable essai clinique (voir ici).

Cela peut se comprendre, remarquez : comme les études pilotes dont je parle plus haut n'ont rien trouvé d'intéressant, il n'est pas anormal que la communauté scientifique se dise qu'il ne vaut pas la peine d'aller plus loin. Mais d'un autre côté, si cette même communauté scientifique a publié des dizaines d'études pour démontrer l'inefficacité totale de l'homéopathie, il n'y a pas de raison (hormis le gaspillage appréhendé de fonds de recherche déjà trop rares) de ne pas faire pareil avec la diète Gerson.

Au final, cependant, le constat reste le même : Médium large a donné hier une tribune complaisante pour un «traitement» dont on n'a pas le début de l'ombre d'une preuve sérieuse d'efficacité. À cause du biais apparent de l'animateur, à cause du faux équilibre journalistique et à cause de la forte charge émotive qu'amenait le témoignage de Mme Campana, la méthode Gerson a été présentée sous un jour indument favorable. Indûment, et irresponsablement, ajouterais-je malgré tout le respect que je dois à mon illustre collègue, car il y a des conséquences à agiter des remèdes-miracles sur la place publique, donc au nez de patients désespérés.