Sucre : sommes-nous bien informés ?

Autant vous le dire tout de suite : ce billet est une grosse «plogue» qui s'assume. Mais ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas démarrer une discussion intéressante. Alors voilà : je participerai ce soir, à partir de 17h30, à une table ronde sur le thème du sucre et de la question de savoir si nous sommes bien informés à son sujet.

Comme la réponse a déjà été cruellement éventée par un esprit malfaisant de Montréal, je peux tout de suite vous dire que non, je ne pense pas que M. et Mme Tout-le-Monde sont particulièrement bien informés sur le sucre. Et ce n'est pas tout-à-fait de leur faute. (Voir ici pour les détails de l'événement et comment s'y rendre.)

Je vais me concentrer ce soir sur le petit bout que je connais raisonnablement bien, soit la couverture médiatique de ce dossier. Il y aura d'autres intervenants autrement plus ferrés que moi sur le côté scientifique de l'affaire, dont le chercheur de l'Université Laval André Marette, qui a lui seul vaut le déplacement.

Les habitués de ce blogue savent qu'un des clous sur lesquels je tape le plus souvent ici est une forme de biais médiatique. Un journaliste, c'est quelqu'un qui est payé pour trouver des histoires à raconter. Et quand on place des gens dans ce genre de situation, ils portent spontanément (et souvent inconsciemment) beaucoup d'attention aux raisons qui justifient qu'on parle de quelque chose, et deviennent enclins à ignorer les faits/données/expertises qui «tuent l'histoire» ou en diminuent la portée. Le résultat est que quand des journalistes tombent sur une trame narrative «croustillante», ils font collectivement tout ce qu'ils peuvent pour la protéger — ce qui peut aller jusqu'à faire un tri très déformant dans les études et les expertises qu'ils présentent.

Tenez, j'ai fait une petite recherche rapide dans le site d'archives médiatiques eureka.cc, avec les mots-clefs «sucre», «étude» et «cancer». Le lien allégué entre l'apparition ou la croissance rapide des tumeurs et la consommation de sucre a été largement démonté en science — voir ici et ici, notamment —, du moins en tant que lien direct. Si on veut vraiment voir un lien entre les deux, alors il faut dire que ce n'est pas le sucre lui-même qui est en cause, mais que c'est l'excès de sucre qui mène à l'obésité et au diabète, qui eux sont des facteurs de cancer.

Mais malgré cela, j'ai trouvé 102 articles dans eureka.cc avec ces mots-clefs (publiés dans la presse écrite depuis deux ans dans le «Canada français»). Les deux tiers ne sont pas vraiment pertinents, mais il y en a tout de même 35 qui évoquent des études récentes au sujet du sucre et du cancer ou de la santé en général. Du nombre, 30 le font de manière négative, soit en liant directement sucre et cancer — même si c'est faux —, soit en en parlant comme d'un «poison» pour lequel il n'y a pas vraiment de dose sécuritaire, soit en évoquant un complot du lobby du sucre pour en masquer la toxicité. Et seulement 5 de ces articles évitent d'embarquer dans cette trame narrative — la plupart sont d'ailleurs des mises au point publiques d'experts.

Trente contre cinq... Si la science était très tranchée sur la nocivité du sucre, comme elle l'est sur le climat par exemple, ce genre de ratio serait tout-à-fait normal. Mais dans un cas comme celui du sucre, qui n'a pas de toxicité intrinsèque et où c'est l'excès qui cause des problèmes (et très indirectement le cancer), ça me semble plutôt être un cas de biais journalistique.

Qu'est-ce que vous en dites ? On en jase ce soir ?

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