Pendant ce temps, à Trois-Rivières...

BLOGUE / «Le premier volet qui souffre quand alourdit la tâche des professeurs, c’est toujours la recherche. Parce que autrement, il faudrait couper dans ce qu’on fait pour les étudiants, dans le fonctionnement de l’université, etc. Alors on sacrifie d’abord la recherche.»

On en entend peu parler hors de la région de Trois-Rivières, mais les professeurs de l’UQTR sont en lock-out depuis le 2 mai. Et le chercheur en génétique des populations à l’UQTR Emmanuel Milot a pris son bâton de pèlerin, cette semaine, pour aller plaider leur cause au congrès de l’ACFAS, afin que tout le monde réalise bien une chose : les conséquences de ce lock-out débordent largement de l’UQTR et pourraient «déferler» dans bien d’autres universités si les profs cèdent aux demandes patronales.

Parmi ces demandes, en effet, se trouve celle-ci : que les profs de l’UQTR donnent cinq cours par année (sauf exemptions) au lieu des quatre qui sont la norme. D’où les craintes de M. Milot au sujet de la recherche, notamment. «Si ça passe, avertit-il, on peut imaginer que ça va déferler ailleurs dans le réseau de l’UQ, peut-être dans d’autres universités. C’est le modèle universitaire qui est remis en question [ndlr : des professeurs qui allient enseignement et recherche], il faut que les gens le réalisent. […] Il y a des profs qui sont performants en recherche et qui vont l’être moins, parce qu'ils auront moins de temps. Ça prend aussi des profs qui prennent des tâches administrative pour diriger les programmes, les départements, pour répondre aux questions des étudiants, voir à la grille de cours, etc. Gérer tout ça, c’est déjà une tâche très lourde, tellement d’ailleurs que ceux qui la font sont dégagés d’un de leurs quatre cours par année. Mais si on en ajoute un cinquième, c’est comme s’ils ne sont plus dégagés de rien. Et ce cinquième cours-là change complètement ce qu’il est possible de faire en recherche.»

M. Milot souligne d’ailleurs qu’il n’y a pas que les profs qui «payent» pour ce lock-out, dont les conséquences régionales ne sont absolument pas confinées au campus. «La date limite pour remettre nos notes est le 18 mai et c’est seulement ensuite que le processus de diplomation s’enclenche. Mais on est en lock-out depuis le 2, alors il y aura des retards pour les finissants.»

Imaginez, d’ailleurs, la situation de ceux qui doivent adhérer à un ordre professionnel pour commencer leur carrière : tous les autres finissants du Québec dans le même domaine pourront enclencher le processus et bientôt commencer à travailler mais, si le lock-out s’éternise, ceux de l’UQTR devront regarder les postes se combler de leur salon…

Sans compter les étudiants étrangers qui n’ont pas tous les moyens financiers d’attendre, les stagiaires et doctorants qui ne peuvent plus être payés (ce sont les profs qui administrent les fonds de recherche), les présentations annulées à divers congrès, etc.

Bref, ce qui se passe à Las Vegas reste peut-être à Las Vegas, mais ce qui se passe présentement à l’UQTR ne reste(ra) pas à l’UQTR. Je pense, comme M. Milot, qu’il est bon de le rappeler…

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