Moins de 10 % des candidats ont une formation scientifique

BLOGUE / C’est devenu ma petite tradition électorale personnelle : éplucher la biographie de tous les candidats des quatre principaux partis afin de compter ceux qui ont des formations scientifiques. Et les résultats ne sont pas moins déprimants cette année que d'habitude...

Quel parti fait la plus grande place à la science ? Il y a essentiellement deux manières de le déterminer. On peut regarder le contenu, que ce soit en analysant les programmes ou en questionnant les partis, comme l'ont très bien fait Olivier Bernard, alias Le Pharmachien, et le chercheur de l'UL Serge-Étienne Parent dans leur projet 10 questions de sciences, qui n'a malheureusement pas suscité l'intérêt qu'il méritait dans cette campagne.

Ou on peut dénombrer les candidats qui ont étudié et/ou qui ont fait carrière en sciences. C'est ce que j'ai fait de nouveau au cours des 10 derniers jours, et je vous donne tout de suite les résultats :

C'est la CAQ qui compte le plus de scientifiques dans ses rangs, avec 18. Les autres partis ne sont pas loin derrière, remarquez, puisque c'est le PQ qui ferme la marche cette année, avec 11 scientifiques. Dans l'ensemble, c'est à peine plus de 9 % des candidats des quatre principaux partis qui ont une formation scientifique, ce qui est le pire score depuis que je fais cet exercice (10 % en 2012 et 13 % en 2014).

On notera ce détail intéressant (et assez parlant) au sujet des savants de la CAQ : la moitié d'entre eux sont des ingénieurs (7) ou des informaticiens (2). Cela me semble très cohérent avec le fait que ce parti compte une forte proportion de gens d'affaires et de gestionnaires dans ses rangs. À l'opposé du spectre politique, les ingénieurs ne comptent que pour le cinquième (3/15) des scientifiques de Québec solidaire (un seul informaticien), et ils sont tous en génie agro-environnemental — une branche plus «écolo» des génies.

Notez que je n'ai mesuré la présence des scientifiques au sein des partis que de manière positive, je n'ai pas «enlevé de points» à quiconque. Si j'avais décidé de le faire, cependant, la CAQ aurait reçu un beau gros trait de crayon rouge, et c'est bien parce que le Code criminel interdit de donner des coups de règle sur les doigts : son candidat dans Mille-Îles, Mauro Barone, est cadre chez le grand manufacturier de produits homéopathiques Boiron Canada — une des pires pseudo-sciences de notre époque. À ce jeu, le PLQ aurait également perdu des points parce que sa candidate dans Brome-Missisquoi, Ingrid Marini, a une formation en naturopathie, une «discipline» connue pour diluer ses quelques conseils-santé judicieux dans des masses d'homéopathie et de «remèdes naturels» à l'efficacité mal établie (sinon carrément démentie) en science.

Méthodologie

J'ai considéré comme des «formations scientifiques» tous les bacs dans les quatre sciences «de base» (chimie, physique, bio et maths) et leurs déclinaisons (biochimie, par exemple), de même qu'en informatique. J'ai aussi inclus toutes les formations universitaires en génie de même que les diplômes en médecine, en pharmacie, en physiothérapie et en psychologie. Les étudiants qui sont en cours de formation ont été inclus dans leur discipline.

Je suis conscient qu'en procédant de la sorte, j'ai exclu des formations qui comprennent elles aussi de la science, notamment quelques techniques, mais il faut bien tracer une ligne à quelque part, ce qui comporte toujours une part d'arbitraire. J'ai délibérément choisi de pécher du côté «conservateur», qui limite davantage le nombre de scientifiques. Ainsi, j'ai préféré exclure certaines «maîtrises en environnement» auxquelles on peut accéder avec un bac en droit ou en sciences sociales — il est évident qu'il y a de la science dans ces maîtrises-là, mais je trouvais douteux de les mettre dans la même catégorie que des études supérieures en chimie ou en génie, par exemple, auxquelles on n'accède que par des bacs en sciences «dures».

Comme j'ai fait l'exercice avec une attention particulière mais pas exclusive pour les sciences, j'ai aussi créé d'autres catégories (affaires, avocats, communautaire, etc.), et il m'est apparu préférable de ranger les infirmières dans la catégorie «Santé» plutôt que «Sciences». Encore une fois, je sais très bien qu'il y a une part d'arbitraire là-dedans et on pourra certainement débattre de mes choix méthodologiques, mais j'aimerais simplement qu'on ne voit pas là-dedans de «hiérarchie» ou une forme de dénigrement du (noble et difficile) métier d'infirmière, parce qu'il n'y en a vraiment pas, OK ?

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