Glyphosate : du labo à l'étang

BLOGUE / Petite devinette : si on teste une molécule sur des grenouilles en laboratoire et qu'elle s'avère toxique pour les batraciens, qu'arrivera-t-il si l'on contamine des étangs avec la même substance ?

À vue de nez, la réponse semble évidente : les grenouilles de cet étang vont mourir, ou du moins en souffrir, puisque c'est ce qui a été observé en laboratoire. Et pour tout dire, c'est LA chose la plus raisonnable à présumer dans un tel cas, et par une sacrée marge. Quand on observe une toxicité en labo, la règle générale est qu'on la verra aussi sur le terrain, point barre.

Mais le mot-clef, ici, est présumer, m'a expliqué le chercheur Vance Trudeau, de l'Université d'Ottawa, pour ma dernière chronique dans Québec Science. Plusieurs études ont par le passé prouvé très clairement que l'herbicide Roundup (que ce soit à cause de son ingrédient actif, le glyphosate, ou à cause d'un autre de ses ingrédients) était toxique pour, notamment, la grenouille des bois et ses têtards — voir ici et ici, entre autres. Mais ces travaux avaient tous été réalisés en laboratoire, si bien qu'ils montraient un «potentiel» de toxicité sur le terrain qu'il fallait ensuite aller vérifier.

M. Trudeau a donc fait le test dans cette installation fascinante qu'est la Long-term Experimental Wetland Area, soit une série d'étangs expérimentaux qui ont été aménagés en milieu naturel au Nouveau-Brunswick. Je vous laisse lire ma chronique pour le détail, mais disons simplement qu'il n'a trouvé à peu près aucun effet du Roundup sur les grenouilles en milieu naturel.

Cela ne signifie évidemment pas que les études de labo étaient erronées (elles étaient justes), ni que le glyphosate n'a aucune toxicité (il en a une), ni qu'on n'utilise pas trop de pesticides en agriculture (ce qui est une autre question). C'est juste un un très bel exemple pour rappeler un fait fondamental en recherche : les laboratoires sont, certes, des instruments fabuleux et absolument incontournables car ils offrent des conditions extrêmement contrôlées qui permettent de mesurer l'impact de différentes variables, une à une. Mais le problème, c'est que ces conditions extrêmement contrôlées n'existent tout simplement pas en dehors des labos. Dame Nature est une brouillonne notoirement compulsive qui s'est toujours montrée incapable de passer à côté d'un ensemble de variables sans en faire un inextricable spaghetti. Alors quand on mesure quelque chose dans des éprouvettes, cela soulève toujours la question : est-ce que c'est pertinent pour comprendre ce qui se passe dans la «vraie vie», est-ce qu'on va voir la même chose sur le terrain ?

Dans le cas de l'effet du Roundup sur les têtards, la réponse était non — ou du moins, avertit M. Trudeau, c'est non pour l'instant et aux concentrations actuellement réalistes, mais si les ventes de cet herbicides continuent d'augmenter, on se magasine peut-être des problèmes pour l'avenir. À voir...

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