Du plastique dans l'engrenage

BLOGUE / Les médias du monde entier ont beaucoup parlé du projet Ocean Cleanup, et on comprend aisément pourquoi. C'est une «belle histoire» de conviction et de lutte contre la pollution dans laquelle un jeune homme, le Néerlandais Boyan Slat (18 ans quand il s'est lancé dans l'aventure) parvient à lever 30 millions $ pour construire un dispositif qui nettoiera les océans. Une authentique «feel good story», comme on dit dans le métier. Mais voilà, il semble maintenant qu'il y ait pas mal de plastique dans l'engrenage, et depuis pas mal de temps...

C'est en tout cas ce qui se dégage de cet article de l'océanographe Craig McClain, paru hier sur son blogue Deep Sea News. Le projet Ocean Cleanup a consisté essentiellement à mettre au point une structure flottante passive d'environ 600 mètres de long en forme de U, conçue de manière à «écumer» les morceaux de plastique sur les 3 premiers mètres de la colonne d'eau. L'engin a été lancé dans le Pacifique Nord l'automne dernier afin d'y nettoyer petit à petit le mal-nommé «continent de plastique», et il doit en principe revenir périodiquement à quai afin de se décharger du plastique récupéré. Mais il a subi des avaries majeures il y a une semaine le contraignant à cesser temporairement ses activités — et il est apparu de toute manière que le système ne parvenait pas à retenir le plastique recueilli.

Ces ratés, écrit M. McCain, étaient entièrement prévisibles. Le bris survenu à la fin décembre est en effet dû à la «fatigue du matériel», une chose qui survient immanquablement pour tout équipement déployé en plein océan (du point de vue de l'usure, les vagues sont impitoyables) et dont on doit tenir compte lors de la conception, avant de lancer le projet «pour vrai». En outre, un prototype plus petit (100 m) déployé en 2016 avait lui-même connu le même genre de problème après deux mois d'usage dans la Manche, dans des conditions plus clémentes qu'au beau milieu du Pacifique...

Et l'incapacité du système à garder le plastique récupéré aurait également pu être réglée si Boyan Slat avait consacré plus de temps à la conception et aux simulations, poursuit M. McClain. Le système flottant n'est mu par aucun moteur mais se déplace au gré des vents et des courants — et c'est de cette manière qu'il «récolte» le plastique. Cependant, il ne parvient pas à le garder parce que sa vitesse est trop faible, ce qui aurait pu être prédit à partir de ce qu'on connaît bien les régimes de vent et de courant de ce secteur.

«Bref, Ocean Cleanup n'est capable ni de ramasser le plastique, ni de résister au Pacifique», déplore M. McClain, qui qualifie l'entreprise de «gâchis» (boondoggle).