Acupuncture : qu'est-ce qu'on fait avec cette étude-là ?

Il y a une règle générale, dans le petit monde de la santé naturelle, qui veut que les études positives sont généralement de moindre qualité et que plus on monte dans l'«échelle de la rigueur scientifique» (grosso modo : études exploratoires, puis essais cliniques randomisés, puis méta-analyses), plus les bénéfices allégués de la santé naturelle tendent à disparaître. Il peut y avoir des exceptions, bien sûr, mais c'est-là une tendance générale assez claire. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait quand une étude sérieuse contredit la tendance (et d'autres travaux antérieurs) ?

C'est le sujet général de ma chronique de ce mois-ci dans Québec Science. Je suis parti d'une étude qui a été présentée en décembre dans un colloque d'oncologie, aux États-Unis. Essentiellement, elle a trouvé que l'acupuncture réduit significativement (d'un point de vue tant statistique que clinique) la souffrance de femmes qui se battent contre un cancer du sein et qui prennent des médicaments nommés inhibiteurs de l'aromatase — dont un effet secondaire connu est de provoquer de la douleur dans les articulations. Alors il y a un intérêt évident à trouver un moyen de l'alléger sans passer par les opioïdes.

Dans ce cas-ci, on ne peut pas reprocher à la nouvelle étude de reposer sur un échantillon ridiculement petit (226 femmes, ce n'est pas gigantesque mais ce n'est pas assez mince non plus pour être une faiblesse, il me semble). Et bien sûr, on peut dire que cela n'a pas encore été publié dans une revue à comité de révision, mais comme les auteurs jouissent d'une belle réputation, cela semble n'être qu'une formalité.

Le hic, c'est que des méta-analyses (soit le fait d'agréger les résultats de plusieurs essais cliniques afin d'avoir un plus gros échantillons et de dégager une tendance générale) récentes ont conclu que l'efficacité de l'acupuncture contre la douleur était soit incertaine, soit très mince dans le meilleur des cas (trop pour que le traitement soit cliniquement pertinent).

Alors, on fait quoi ? Ma position personnelle est qu'on n'a pas le choix de tenir compte de la nouvelle étude — du moins, on n'aura pas le choix dès qu'elle sera publiée —, mais qu'il faut aussi tenir compte de l'ensemble de la littérature scientifique pertinente. Et dans la «balance des évidences», comme disent nos voisins nord-américains, un nouveau point de données ne suffit généralement pas à invalider une tendance. Donc on continue de présumer que l'acupuncture ne fonctionne pas, en ajoutant simplement un nouvel astérisque à côté de l'affirmation.

Mais c'est une opinion de profane qui peut certainement être débattue. Alors à votre avis, qu'est-ce qu'on doit faire avec ça ?

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