Top 5 du cinéma québécois en 2018

BLOGUE / La dernière année ne passera pas à l’histoire du cinéma québécois, sur le plan de la fréquentation en salles. La Bolduc et 1991 se sont bien débrouillés, La chute de l’empire américain aussi, mais on est loin de la popularité des comédies De père en flic 2 et Bon Cop, Bad Cop 2 en 2017. C’est plutôt l’arrivée fracassante de nouveaux cinéastes qui a retenu l’attention : Sophie Dupuis, Pascal Plante, Ian Lagarde, Francis Bordeleau, Yan Giroux...

1 Chien de garde

Il y avait longtemps qu’un premier film québécois n’avait frappé aussi fort. Sophie Dupuis a démontré un étonnant sens de la mise en scène et beaucoup de maîtrise pour un premier long métrage. Son puissant et poignant drame met en scène une famille dysfonctionnelle prête à imploser, mais il révèle surtout son attachement à proposer des personnages qui ont l’épaisseur du réel. Les prix de la meilleure réalisation et du scénario ont échappé à la cinéaste au Gala cinéma Québec, mais Chien de garde était le représentant du Canada aux Oscars pour le meilleur film en langue étrangère. C’était totalement mérité.

2 Les faux tatouages

Pascal Plante a aussi réussi à se faire remarquer de bonne façon avec son premier essai. Sa chronique sentimentale douce-amère s’est en effet taillé une place au Slamdance Film Festival puis à la prestigieuse Berlinale. On remarque dans ce très beau film naturel une touche sensible et une direction d’acteurs remarquable avec ses deux jeunes acteurs, qui incarnent des amoureux apprenant à se découvrir. Avec, en prime, une finale magnifique, l’une des plus belles de 2018, toutes catégories cinématographiques confondues.

3 Les salopes ou le sucre naturel de la peau

Pour son deuxième long métrage, Renée Beaulieu a joué d’audace. Son film explore le désir et la sexualité féminine, mais aussi le double standard encore en vigueur chez les hommes et les femmes. En suivant une femme de tête qui aime le cul, la cinéaste invite les spectateurs à une discussion sur différents tabous qui entourent encore la sexualité en 2018. Le plaisir des sens est, ici, prétexte et matière à réflexion. Sans pour autant négliger son récit et la progression dramatique. Ni porter de jugement sur ses personnages.

4 Charlotte a du fun

Une autre qui a joué d’audace : Sophie Lorain, tant sur le fond que la forme. Son propos rejoint celui de Renée Beaulieu, mais à propos de la sexualité des adolescentes — son film devait d’ailleurs s’intituler Salope (dans le bon sens du terme)! La réalisatrice a décidé d'opter pour un ton ludique et irrévérencieux ainsi qu'une magnifique facture noir et blanc. Le scénario est un peu trop sage, mais la cinéaste et Catherine Léger ont su aborder un sujet tabou de façon frontale sans tomber dans la vulgarité. Une belle réussite dans les circonstances.

5 La disparition des lucioles

Pressenti pour Cannes, c’est finalement au festival de Toronto (TIFF) que La disparition des lucioles a fait sa marque, remportant le titre du meilleur film canadien. La comédie dramatique de Sébastien Pilote, sur la relation platonique mais mouvementée entre une ado en perpétuelle colère et un perdant magnifique, marque un changement ton pour le cinéaste du Vendeur (2011) et du Démantèlement (2013). Il ne m’a pas autant convaincu qu’avec ses deux premiers, mais le Saguenéen démontre encore une fois ses grands talents de cinéaste, attentif aux détails.

Mention honorable

1991, Ricardo Trogi

All You Can Eat Bouddha, Ian Lagarde

Wolfe, Francis Bordeleau

À tous ceux qui ne me lisent pas, Yan Giroux