Le film de la semaine: l'implacable Jusqu'à la garde

BLOGUE / Des enfants pris en otage d’une séparation houleuse, ça n’a rien de neuf. Mais rarement un film a réussi à saisir avec autant d’acuité la peur qu’un homme peut distiller dans sa famille qui éclate. Porté par un scénario implacable, une mise en scène épurée et maîtrisée ainsi que des performances éclatantes de ses acteurs, Jusqu’à la garde broie le cœur du spectateur avant de le laisser complètement hébété par une finale anxiogène presque insoutenable dans sa véracité.

Jusqu’à la garde s’ouvre avec un plan fixe d’un bureau de médiation. On y apprend que Julien (Thomas Gioria), 11 ans, et sa sœur Joséphine (Mathilde Auneveux), 18 ans, vivent depuis un an avec Miriam (Léa Drucker). Les enfants ne veulent pas revoir cet homme violent qui fait peur à leur mère, complètement tétanisée sur sa chaise…

Pourtant, Antoine (Denis Ménochet), un gros nounours bourru, est décrit par ses proches comme un homme calme et posé, qui n’a qu’un souhait : obtenir la garde partagée de ses enfants. Xavier Legrand prend à partie le spectateur : et si la victime, dans cette histoire, n’est pas celle qu’on croit?

La juge en charge du dossier, qui doit rapidement statuer, estime que le père est bafoué et lui donne raison. Tout de suite après, on voit Julien qui, pour sa première fin de semaine chez son père, a l’air d’un condamné à mort…

Maintenant que le réalisateur a campé le décor, il va pouvoir tranquillement nous révéler la vraie nature des membres de cette famille qui semblent avoir érigé l’incommunicabilité en système. Mais il va surtout s’attarder à Antoine qui, peu à peu, révèle sa vraie nature de grand manipulateur, ainsi qu’à Julien, pris entre l’arbre et l’écorce.

Legrand ne cherche pas l’émotion en gros plans. Non, il instaure un climat de silence et de tensions avec un formidable travail sur le son. Le cliquetis incessant d’un clignotant, par exemple, qui charge l’atmosphère d’une violence bouillonnante sur le point d’exploser. Des séquences chargées d’angoisse alors que le drame social percutant bascule dans le suspense haletant.

Léa Drucker est très bonne en mère protectrice qui tente de repousser un ex-conjoint possessif. Mais il faut voir la métamorphose de Ménochet, cette sourde rage intérieure qui laisse apparaître la bête qui est tapie derrière son masque de bon gars… Toute une performance.

Difficile de reprocher quoi ce soit à Xavier Legrand pour ce premier long métrage tourné comme la version longue de son court Avant que de tout perdre, retenu aux Oscars en 2014. Son sens du cadrage, l’efficacité de la mise en scène… Peut-être un manque de nuances dans le dernier droit, mais, si peu. Et cette finale, tellement intense! Jusqu'à la garde a d'ailleurs gagné les prix de la mise en scène et du premier film à Venise.

On ne voit pas assez souvent ce genre de longs métrages qui, sous des apparences un peu banales, révèlent une véritable tragédie. Du genre qui se déroule presque toutes les semaines. Dans la maison d’à côté. Ou celle d’un proche.

Ce qui rend la chose encore plus terrifiante. Il ne sert à rien de se mettre la face dans le sable. Jusqu’à la garde est un long métrage vital.