Le film de la semaine: l'exotique Ciao Ciao

BLOGUE / Le cinéma chinois se rend rarement à nos écrans, à l’exception des œuvres de Zhang Yimou et de Jia Zhangke. Notre vision de l’Empire du Milieu y gagnerait en compréhension. Ciao Ciao de Song Chuan s’avère donc autant une curiosité qu’une perspective intéressante même si l’opposition entre les modes de vie rural et urbain est un thème maintes fois rabâché, de même que l’obsession de l’argent et la corruption qui vient avec. Mais pour ce qui est de l’exotisme, on est servi à souhait.

Pour son deuxième long métrage, Song Chuan est retourné dans son village natal. Sa mise en scène épurée repose sur Ciao Ciao (Xueqin Liang), venue aider ses parents vieillissants après avoir connu l’ivresse de la grande ville. La jeune femme ne rêve d’ailleurs que de retourner vivre à Canton afin de monter une affaire avec une amie. Désœuvrée, la superbe mais froide célibataire est l’objet de bien des convoitises, notamment celle de la brute Li Wei (Yu Zhang), petit glandeur sans ambition fils du trafiquant d’alcool local, Monsieur Li (Hong Chang).

Le drame dépeint la perte de repères dans un village où tous sont obsédés par le matérialisme. Notamment Monsieur Li, qui offre des pots-de-vin au maire et aux policiers pour qu’ils ferment les yeux sur son trafic. Tout comme les parents de Ciao Ciao, trop contents d’offrir leur fille en mariage en échange d’une dot pour leurs vieux jours.

Le portrait sans fard de  Song Chuan y est également très cru. On y voit des scènes sexuelles explicites qui contrastent avec la retenue habituelle des films chinois. Mais elles sont le reflet de la déshumanisation et de l’aliénation des personnages, obsédés par leur éventuel confort matériel. Ciao Ciao et Li Wei forment un couple dépareillé, deux êtres seuls et incapables de réellement s’unir pour s’affranchir des stéréotypes que leur impose la tradition pourvivre leur vie.

Le scénario bancal et convenu de Song Chuan, aux dialogues minimalistes, empêche toutefois le film de réellement prendre son envol. Même chose pour le choix des plans longs, cadrés large, dans un souci d’hyperréalisme, qui finit par devenir répétitif. Ce qui offre un fort contraste avec la trame sonore techno de Sun Dawei et les images aux couleurs presque saturées, notamment celles des superbes paysages des champs entourés de montagnes.

Le ton incisif de Song Chuan et sa critique de la Chine actuelle sont néanmoins la marque d’un réalisateur à la forte personnalité, capable de dépeindre avec ironie les travers de son pays. La somme des qualités de son film surpasse celle de ses défauts.