Le film de la semaine: le spectaculaire Wolfe

BLOGUE / On n’a qu’une chance de faire bonne impression et Francis Bordeleau n’a pas manqué la sienne avec Wolfe. Son drame coup de poing sur des jeunes en mal de vivre frappe par la véracité du ton, la créativité de sa spectaculaire réalisation et la franchise crue avec lequel il aborde des thèmes délicats (aliénation, maladie mentale, suicide…).

Wolfe s’ouvre avec des «témoignages» (parfois à la caméra) et des entretiens (avec un psy(?), absent à l’écran), qui servent autant à la montée dramatique qu’à présenter les personnages. 

Tous étaient réunis pour le 21e anniversaire d’Andie (Catherine Brunet), une «dégénérée» qui manipule son entourage.

À commencer par Bibiane (Ludivine Reding, qui a tourné ce film avant Fugueuse), sa blonde trop naïve et douce qui se laisse emporter par la tempête. Puis Axel (Antoine Pilon, méconnaissable), un loser qui rêve d’être un grand criminel, toujours désespérément amoureux d’Andie. Ce qui rend malheureuse Manue (Léa Roy), son flirt actuel, une introvertie complexée encore plus mal dans sa peau que les autres.

Autour d’eux gravite Isaac (Godefroy Reding), jeune frère de Biabiane et témoin lucide du drame inéluctable qui va finir dans la mort.

Dans l’alternance des séquences des témoins des événements et de celles du funeste soir va se dégager peu à peu le portrait sans fard d’une certaine jeunesse déboussolée et qui hurle sa douleur. Très poignant.

Francis Bordeleau assume l’influence de Xavier Dolan sans aucun complexe (Manuel Tadros, le père du réalisateur de Mommy, prête sa voix au récit hors champ), jusque dans l’utilisation de la musique et une mise en scène parfois maniérée (parenthèse : on y décèle aussi l’énergie, le réalisme et la volonté de jouer avec les codes cinématographiques des premiers Godard). Mais il y a quelques plans-séquences, particulièrement au party, qui sont absolument remarquables et sont le propre d’une signature forte.

Il y a toutefois un fossé dans la direction d’acteurs. Bordeleau a tourné Wolfe dans l’urgence et le jeu s’en ressent parfois. Certains moments sonnent faux, plaqués. Rien, toutefois, pour gâcher l’ensemble.

À ce chapitre, les Reding, sœur et frère dans la vie, sont d’une complicité charmante. Leur forte présence renforce la justesse du film. Catherine Brunet, très incarnée, en fait parfois un peu trop même si le rôle commande de la démesure. 

Ce drame intense souffre toutefois de son dernier tiers, où il perd son élan. Bordeleau délaisse trop son sujet principal pour mettre l’accent sur un groupe d’aide pour personnes suicidaires. On comprend l’idée : il n’y a pas que les jeunes qui souffrent. Mais la démonstration, lourde et didactique, est de plus très statique.

N’empêche. Ce n’est pas tout le monde qui souffre à ce point. Reste que tous ceux qui vivent ou ont vécu une adolescence difficile ou une entrée tumultueuse dans le monde «adulte» vont s’identifier fortement. La finale lumineuse, très belle, met un peu de baume.

Francis Bordeleau dédicace Wolfe à Cyril Collard, le réalisateur de bruit et de fureur du fabuleux Les nuits fauves (1992). Bien vu. On va seulement souhaiter que le compteur du réalisateur québécois n’aille pas s’arrêter à un long métrage. Il a un avenir prometteur.