Le film de la semaine: le puissant Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri

BLOGUE/Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) est l’un des meilleurs longs métrages de 2017. Ce film puissant et prenant force l’admiration. Martin McDonagh a réussi le tour de force d’équilibrer sa tragédie avec des accents de comédie noire en racontant le combat d’une mère prête à tout pour qu’on retrouve le meurtrier de sa fille.

Après des mois de surplace dans l’enquête policière, Mildred Hayes (Frances McDormand), partagée entre une sourde rage et un sentiment de culpabilité, décide de se payer trois panneaux publicitaires successifs qui interpellent le chef de police : «Violée pendant son agonie»; «Et toujours pas d’arrestation»; «Comment se fait-il, chef Willoughby?».

Sauf que William Willoughby (Woody Harrelson) est un membre respecté de sa communauté, atteint d’un cancer intraitable. Le message ne passe pas. Surtout auprès de Jason Dixon (Sam Rockwell), un policier au caractère bouillant porté sur la bouteille. La lutte de pouvoir entre cette femme déterminée et la police locale va prendre une tournure inattendue et explosive…

L’univers créé par Martin McDonagh (Bienvenue à Bruges) évoque celui des frères Coen, l’aspect déjanté en moins. Le ton est plus corrosif, presque virulent, quand il critique par la bande la mentalité «redneck» typique de la Bible Belt américaine. Ces relents de racisme et d’homophobie qui ne sont jamais loin quand on gratte la surface. Il aborde aussi d’autres thèmes tout aussi porteurs : vengeance, intimidation…

C’est ce qui est fascinant de ce film, qui n’est surtout pas un drame policier malgré son sujet. Il s’agit plutôt d’une critique sociale, mais aussi un regard particulier sur les contradictions et les émotions complexes qui guident nos actions.

Les personnages de Trois affiches… n’ont rien de monolithique. Ils ont une épaisseur dramatique consistante qui démontre qualités et défauts. On peut admirer l’opiniâtreté de Mildred Hayes, son courage aussi, tout en constatant son manque d’empathie et une forme d’égocentrisme. Ce qui rend la trame de ce long métrage aux dialogues acérés si véridique. Pas pour rien que McDonagh a remporté le Prix du scénario à Venise, en septembre.

Le dramaturge d’origine irlandaise sait comment maintenir une tension dramatique constante, notamment à l’aide de rebondissements étonnants, mais il se distingue aussi par sa superbe direction d’acteurs et le regard respectueux que pose sa caméra sur eux — bien des réalisateurs auraient depuis longtemps dit «coupez» alors que lui traque la véritable émotion qui surgit au moment opportun.

Frances McDormand, l’une des plus talentueuses actrices américaines vivantes, y est absolument superbe. Elle incarne à la perfection cette mère courage imparfaite, mais déterminée à faire payer le crime subi par sa fille. Woody Harrelson, en homme bon brisé par sa maladie, y tient un de ses meilleurs rôles de sa carrière (ce qui n’est pas peu dire). Sam Rockwell, en policier volatil, est remarquable. En fait, toute la distribution est très forte.

Elle porte une histoire somme toute assez simple, mais terriblement humaine et tragique. Trois affiches… est le genre de film qui nous interpelle et nous confronte. Aurions-nous baissé les bras ou cherché à garder l’enquête en vie par tous les moyens comme Mildred? La superbe fin ouverte permet aussi d’imaginer la suite des choses… Une très belle réussite.