Le film de la semaine: le politique La panthère noire

BLOGUE/Pour plusieurs, dont moi, La panthère noire (Black Panther) était attendu avec encore plus d’impatience que la très grande majorité des superproductions, Star Wars compris, en raison de sa distribution presque exclusivement noire et de son metteur en scène. Ryan Coogler a relevé le défi avec panache. Son drame fantastique, bien réalisé et avec une trame riche sur le plan thématique, transcende le simple divertissement tout en procurant l’adrénaline d’un film d’action.

Avant même sa sortie, La panthère noire est devenu, aux États-Unis du moins, un véritable phénomène sociopolitique (et populaire : il a vendu plus de billets à l’avance que tout autre film du genre dans les dernières années). Qui s’insert, signe des temps, dans la montée du mouvement Black Lives Matter et de la présidence Trump. Et pas besoin d’avoir vu d’autres films de superhéros pour en apprécier toutes les qualités.

C’est, de loin, le film le plus politique de Marvel, un symbole du passé et un modèle d’espoir. Le titre fait directement référence au mouvement révolutionnaire Black Panther Party. Et les deux protagonistes principaux représentent, de toute évidence, le militantisme de Malcom X et le pacifisme de Martin Luther King.

Mais ses racines remontent à bien plus loin. Le film s’ouvre sur la tradition orale d’une légende africaine (un rappel du creuset de l’humanité tout autant que de l’esclavage). Elle évoque la création du Wakanda, qui devient un pays riche en culture et en technologie grâce au vibranium, métal indestructible et riche en énergie.

Le nouveau roi humaniste T’Challa (Chadwick Boseman), dans la peau de la panthère noire, doit le protéger des convoitises, tout en affrontant les factions rebelles qui veulent s’emparer du pouvoir. Sans compter un ennemi puissant (Michael B. Jordan) qui est lié au passé trouble de son père récemment décédé.

À sa cour matriarcale, il est entouré d’un corps de garde du corps d’élite féminin mené par une féroce générale (Danai Gurira), d’une belle espionne et ancienne flamme (Lupita Nyong'o), et de sa jeune sœur Shuri (Letitia Wright), mélange espiègle de Tony Stark et de Q, l’armurier de 007.

La panthère noire emprunte d’ailleurs autant à l’action effrénée et à l’humour en clin d’œil des James Bond qu’aux combats haletants des films d’arts martiaux (à la Kill Bill). Ryan Coogler s’est d’ailleurs fait la main dans les combats corps à corps avec son très solide Creed (2015).

À son troisième long métrage, il montre beaucoup d’aplomb avec une grosse machine futuriste — un peu comme l’a fait Denis Villeneuve avec Blade Runner 2049, la dimension onirique en plus. Malheureusement trop prévisible et avec une fin banale, La panthère noire souffre aussi d’un excès qui confine presque au kitsch.

Mais on remarque surtout la richesse thématique de son scénario, coécrit avec Joe Robert Cole : la famille, la transmission, le deuil, la résilience, la vengeance, la soif de pouvoir, la loyauté, le double, la radicalisation, l’isolationnisme, la dictature…

Cette riche trame narrative explore les fondements mêmes de la question raciale, de la discrimination et de la représentativité des Noirs à l’écran (et par la bande des minorités). Même s’il demeure un film hollywoodien à propos d’un pays fictif, il marque un jalon important dans le cinéma populaire. Tout en démontrant qu’il est possible de tourner une superproduction à succès public et critique, elle le sera, avec une très grande majorité d’acteurs noirs — d’ailleurs tous très bons et crédibles pour le genre.

La panthère noire, dans son existence et dans sa réussite, est un morceau de résistance et de bravoure qui s’oppose à la montée de l’extrême droite. Tout en procurant la satisfaction d’un bon film qui nous tient en haleine.

Comme disait mon fils de 10 ans, «trop cool». Je seconde.