Le film de la semaine: le ludique Charlotte a du fun

BLOGUE/Sophie Lorain a fait un choix audacieux pour son deuxième long métrage avec Charlotte a du fun : le désir sexuel des adolescentes et le double standard entre les gars et les filles. La réalisatrice a décidé d’opter pour un ton ludique et irrévérencieux ainsi qu’une magnifique facture noir et blanc. Cette évocation de la génération Z est malheureusement plombée par un scénario conventionnel et trop sage.

La comédie dramatique tourne autour de Charlotte (Marguerite Bouchard) et ses deux amies, l’anarchiste Mégane (Romane Denis) et la rêveuse Aube (Rose Adam). Sur le coup d’une séparation, la dépendante affective va chercher à se guérir en sautant sur tout ce qui bouge à la grande surface de jouets où elle travaille à temps partiel.

Après avoir eu du fun et, du coup, une réputation, Charlotte est envahie par un sentiment de culpabilité. Le trio va convaincre leurs collègues se lancer dans une grève du sexe, au grand désarroi des séduisants garçons qui les côtoient à l’entrepôt.

Sophie Lorain se défend d’avoir voulu faire un film à messages, mais sa comédie douce-amère dénonce néanmoins le double standard en matière sexuelle. Un gars qui a du succès a une réputation de séducteur alors qu’une fille est, encore et toujours, même en 2018, une salope. Comme le disent elles-mêmes nos héroïnes délurées dans leur langage cru et libéré.

Charlotte a du fun a le grand mérite de nous présenter trois jeunes femmes décomplexées qui boivent et qui fument, même si elles n’ont pas encore l’âge légal, sans porter de jugement. Tout ça est bien inoffensif — on est loin de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée.

Le scénario de Catherine Léger (La petite reine) reste malheureusement à la surface des choses. Ses personnages sont trop unidimensionnels (Mégane l’indépendante tête forte, Aube la fleur bleue, Étienne le sensible…) et peu développés en dehors de leurs caractéristiques premières. Sans parler de la finale tellement convenue et, dans l’optique du film, terriblement conventionnelle.

Ce qui contraste d’ailleurs avec l’audace des choix esthétiques de la réalisatrice des Grandes chaleurs (2009). Sophie Lorain a choisi de tourner dans un noir et blanc lumineux et magnifique, qui rappelle la belle époque de la screwball comedy des années 1930-1940 (Capra, Hawks, Sturges…), caractérisée par des personnages féminins libres et aux personnalités fortes. L’apport d’Alexis Durand-Brault à la direction photo est remarquable.

Elle exploite également avec beaucoup de bonheur un extrait de Maria Callas chantant L’amour est un oiseau rebelle, que Charlotte visionne en boucle. Sa mise en scène, imaginative, et sa direction d’acteurs assurée, pour des jeunes qui ont l’âge de leurs personnages (17-20 ans), pimentent le récit parfois terne.

Reconnaissons tout de même à Sophie Lorain et à Catherine Léger d’avoir su aborder un sujet encore tabou de façon frontale, sans tomber dans l’humour niais ni gras. Nul doute que les jeunes vont se reconnaître dans ce portrait de l’âge ingrat où on a encore un pied dans l’enfance et l’autre qui s’avance dans la vie adulte. Avec tout ce qu’il y a de terrifiant et de terriblement excitant. Aussi bien avoir du fun