Le film de la semaine, la Palme d'or Une affaire de famille

BLOGUE / Il était écrit dans le ciel de Cannes que Kore-Eda Hirokazu finirait par remporter la Palme d’or. Une affaire de famille (Mankibi Kasoku), film parfaitement maîtrisé et portant la marque d’un grand humaniste, creuse le sillon habituel du réalisateur japonais, celui de ses interrogations sur ce qui constitue une famille...

Kore-Eda Hirokazu en était à sa cinquième présence en compétition officielle sur la Croisette, où, en 2013, il remporte le Prix du jury de Cannes pour Tel père, tel fils, comédie douce-amère qui s'interrogeait sur les liens filiaux et l'amour inconditionnel que portent les parents à leurs enfants. 

Notre petite sœur, en 2015, portait sur trois sœurs dans la vingtaine en deuil de leur père qui découvre avec stupéfaction qu’ils ont une demi-sœur... Nobody Knows (2004) racontait l’histoire de quatre enfants nés de pères différents qui sont abandonnés par leur mère.

Aucune surprise, donc, à ce que le cinéaste offre cette fois une variation sur le même thème, explorant ce qui unit les membres d'une maisonnée : liens du sang ou affectifs? 

Il met en scène une famille de Bougon (en moins extrême et dysfonctionnelle) qui évolue en marge de la société avec le système D. Elle tourne autour d’Osamu (Lili Franky), qui travaille au noir dans la construction et arrondit ses fins de mois avec du vol à l’étalage. Sa femme (Sakura Ando) travaille dans une blanchisserie et vide les poches des vêtements.

Ils ont «adopté» Shōta (Kairi Jō), un garçon trouvé dans une auto qui accompagne Osamu dans ses razzias, et Aki, une ado qui a quitté ses parents et travaille comme strip-teaseuse. Tout ce beau monde vit sous le toit d’Hatsue (feue Kirin Kiki), dans une modeste maison d’une banlieue de Tokyo, lorsqu’ils recueillent dans la rue Yuri (Miyu Sasaki), une petite fille qui semble livrée à elle-même.

Nos voleurs à la petite semaine, malgré leurs moyens limités, vivent heureux — parce qu’ils ont choisi et accepté les membres de leur ménage. Jusqu'à ce qu'un incident impliquant Shōta, qui commence à avoir des problèmes de conscience, vienne distendre leurs attaches. Une affaire de famille prend alors un tour beaucoup plus dramatique et bouleversant. 

Ce film délicat met en scène une réalité souvent cachée dans les sociétés dites riches : celle des laissés pour compte qui aspirent à une vie meilleure, mais qui sont souvent laissés à eux-mêmes. Ce nouvel opus du cinéaste compte sur des personnages attachants ainsi qu'une réalisation attentive et peu intrusive.

Kore-Eda Hirokazu a un talent fou pour filmer les enfants, qui s’avèrent toujours d’un naturel confondant devant sa caméra. Ce long métrage ne fait pas exception quand il braque son objectif sur Shōta et Yuri, toujours attendrissants. 

En fait, la véracité de l’ensemble ne se dément jamais, même dans les scènes où les personnages sont réunis dans leur modeste logis, souvent filmés en plan-séquence minutieux.

Il y a une grâce remarquable dans ce film en apparence tout simple, mais qui en dit long sur ce que nous sommes, sur nos aspirations autant que notre capacité à aimer. Kore-Eda Hirokazu a une inclination au mélo un peu agaçante que la beauté de sa réalisation fait rapidement oublier. Une affaire de famille n’a pas obtenu la Palme d’or pour rien.