Behnaz Jafari et Jafar Panahi dans 3 visages.

CANNES: S'évader grâce au cinéma

BLOGUE / Jafar Panahi est interdit de tournage et de sortie du pays pour 20 ans depuis 2010. Ce qui ne l'empêche pas de le doué cinéaste de s'évader grâce au cinéma. Taxi Téhéran, où il se met en scène comme chauffeur de taxi, remporte l'Ours d'or à Berlin en 2015. Il utilise le même stratagème avec le très bon Se rokh (3 visages), présenté en compétition.

Le réalisateur de 57 ans joue son propre rôle. Tout comme la célèbre actrice Behnaz Jafari, qu'il conduit dans les montagnes du Nord-Ouest après avoir reçu une troublante vidéo d'une jeune femme qui implore son aide. Celle-ci veut étudier au conservatoire à Téhéran, mais elle est sous le joug de son village, en général, et de son frère, en particulier, un endroit où les traditions ancestrales dictent la vie locale. On ne l'a pas vue depuis trois jours.

Le duo va enquêter, confronté à des situations parfois bizarres et pittoresques, mais déteminé à retrouver Marziyeh. Tout en composant avec les autochtones aux comportements particuliers, disons.

Pas besoin de chercher bien loin pour y voir une belle allégorie de la situation de Panahi, prisonnier du pouvoir qui l'empêche de s'accomplir comme artiste. Il s'amuse à brouiller les frontières entre la réalité et la fiction, comme lorsque sa mère s'inquiète, au téléphone, qu'il soit en train de tourner un film. Ce qu'il fait en réalité, mais pas dans le film...

Le réalisateur n'est pourtant pas le sujet principal de 3 visages. Le titre fait allusion aux trois artistes féminines présentes dans l'œuvre, qui incarnent le passé (une actrice forcée d'abandonner sa carrière qui peint), le présent (la splendide Behnaz Jafari) et le futur (la jeune femme qui rêve d'être actrice).

Le long métrage, minimaliste, composé majoritairement de plan-séquence, est donc, malgré tout, empli d'espoir. Et d'humour. C'est tout à l'honneur du réalisateur. 

Panahi, représenté par une chaise vide en conférence de presse, continue à défier le régime des mollahs. Il aurait toutefois renoncé à présenter son film à Cannes s'il avait pu le projeter en Iran,  ont insisté ses trois actrices qui, ont-elles dit, représentaient trois fois Jafar Panahi dimanche. Mais pour l'instant, 3 visages peut seulement être présenté à l'étranger. Une véritable honte.