CANNES: L'hommage au cinéma

BLOGUE / Chaque année il y a, dans la sélection du Festival de Cannes, un long métrage qui rend un hommage explicite au cinéma. Cette 71e édition ne fait pas exception, il s'agit du très attendu et un peu décevant Under the Silver Lake de David Robert Mitchell. Le réalisateur d'It Follows a ponctué son film néo-noir de nombreux hommages et références au 7e art, mais aussi à cette culture populaire qui nous submerge sans que nous y portions assez attention.

Dans la chambre de Sam (Andrew Garfield), il y a un poster de Kurt Cobain et un Playboy; dans son salon, des BD (dont Spiderman, rôle que Garfield a endossé deux fois) et des affiches de classiques du cinéma. Il y a, sous la surface de cette culture pop dans laquelle nous baignons, des choses et des enjeux qui nous échappent. D'où le titre du film.

Sam est d'ailleurs complètement largué. À 33 ans, il est passé à côté de son rêve. Il est devenu un perdant magnifique à qui la vie échappe (sans emploi, sa voiture saisie et sous une menace d'expulsion). Jusqu'à ce qu'apparaît Sarah (la sexy Riley Keough), une nouvelle et séduisante voisine. Qui disparaît aussitôt, en pleine nuit. Sous le voile de ce mystère en sont cachés plein d'autres...

Intrigué, notre jeune désœuvré va enquêter dans un Los Angeles décalé où «les personnages secondaires sont un peu comme des fantômes», révèle David Robert Mitchell. Il n'en dira pas plus — il se refuse à toutes interprétations, même les plus évidentes. Même chose pour les films cités. «Ça vient de mon amour profond du cinéma. Je ne pourrais pas tous les nommer, mais quand j'écris, ils me viennent en tête.»

On va l'aider un peu. Under the Silver Lake a une grosse dette envers Hitchcock, en général, Mulholland Drive de David Lynch et Chinatown de Polanski, en particulier. Il cite aussi La fureur de vivre et les comédies romantiques hollywoodiennes de l'après-guerre, notamment dans sa façon d'éclairer Sarah. Sans parler de ses longs métrages — il s'amuse avec les techniques du film d'horreur.

Ce récit halluciné et à moitié éveillé — Sam pourrait aussi bien avoir rêvé à tout ça, après tout on épouse son point de vue — propulse le spectateur dans un ailleurs inquiétant mais, en même temps, familier.

On aurait juste aimé que Mitchell se disperse moins (trop d'histoires parallèles) et se ramasse un peu. À 2h15, le réalisateur a eu trop d'indulgence pour son propre bien envers son troisième effort.