CANNES: Leto, un formidable hymne punk à la liberté

BLOGUE / Le 15 août 1990, l'auto de Viktor Tsoï percute un autobus et le chanteur rock, mort à 28 ans, entre dans la légende. Du moins celle de l'ex-URSS. Reste que son souvenir dérange à ce point le pouvoir actuel que Vladimir Poutine a fait arrêter puis assigné à résidence le réalisateur Kirill Serebrennikov. Plus ça change... On comprend pourquoi : le superbe Leto (L'été) est un formidable hymne punk à la la liberté, à l'amitié et à l'amour. Un très beau film aussi, chaleureusement accueilli par la presse à Cannes.

Il aurait été facile pour Serebrennikov (Le disciple) de tourner un drame biographique. Le réalisateur russe a plutôt recréé l'effervescence de la scène rock underground de Leningrad au début des années 1980, tout en dépeignant les espoirs d’une génération en quête de renouveau à l’aube de la Perestroïka. Kino, le groupe de Tsoï, demeure très populaire en Russie, ont assuré les artisans du film.

 Leto est traversé par une grande liberté de ton, entre comédie musicale, hommage à la Nouvelle Vague (dans l'esthétique noir et blanc et sa superbe photo, notamment) et drame romantique. 

Le réalisateur a placé au centre de son récit un délicat ménage à trois à la Jules et Jim. Mike Naoumenko (Roman Bilyk), guitariste doué et vedette locale qui carbure à Bowie, à Lou Reed et à Mark Bolan, partage ses nuits entre la scène et la belle Natacha (Irina Starshebaum). Jusqu'à ce que Viktor (Teo Yoo), musicien timide et poète naïf, entre dans leur vie. Partagé entre son désir de reconnaissance et son anxiété à se lancer, Mike va se glisser dans le rôle du mentor avec générosité et humilité.

Serebrennikov a réussi à traduire l'insouciance de la jeunesse, même dans un régime despotique, grâce à une mise en scène forte, axée sur la joie de vivre du trio et de la bande qui les entoure. Il y a bien quelques longueurs et répétitions,  le film s'essouffle vers la fin, mais Leto vibre d'une énergie particulière, porté par le jeu naturel de ses interprètes.

La trame sonore est évidemment formidable, de Bowie à Iggy Pop. Mais encore fallait-il l'incarner. Le cinéaste insère des vidéoclips joués par ses interprètes qui viennent briser l'apparence de réalité, notamment sur un délirant Psycho Killer fantasmé des Talking Heads dans un train, y ajoutant même des éléments grattés sur la pellicule à la Norman McLaren et des bouts chantés par les passagers (un effet raté, malheureusement). Puis son alter ego s'adresse à la caméra pour dire : ça ne s'est pas passé comme ça...

Encore plus formidable : Leto est un pied de nez à tous les régimes totalitaires. Vous pouvez étouffer la pression tant que vous voulez, la jeunesse va toujours faire sauter le couvercle!