BLOGUE/Le film de la semaine: le saisissant Chien de garde

Le moins qu’on puisse écrire, c’est que Sophie Dupuis fait une entrée fracassante avec son premier long métrage. Chien de garde est un puissant et poignant drame criant de vérité sur la dure réalité d’une famille dysfonctionnelle prête à imploser quand le fils aîné réalise qu’il est temps pour lui de lâcher prise sous peine d’y laisser sa peau…

JP (Jean-Simon Leduc) vit avec son survolté frère Vince (Théodore Pellerin), sa mère Joe (Maude Guérin) et sa copine Mel (Claudel Laberge) dans un petit appartement de Verdun. Le jeune homme doit composer avec la sobriété fragile de sa mère, l’inconscience de son frère provocateur et les exigences de plus en plus violentes de son oncle Dany (Paul Ahmarani), petit revendeur aux grandes ambitions.

Dans ce monde de bruit et de fureur, JP sent le sol qui se dérobe sous les pieds alors qu’il tente de conserver un semblant d’équilibre mental. Sensible et juste, il a de plus en plus de difficulté à concilier son rôle de collecteur pour Dany et de protecteur de Vince. Instable, le frère de 19 ans est un électron libre toujours sur le point d’exploser dans des débordements aussi soudains que violents. Tout l’entourage de JP lui fait subir un chantage émotif taxant…

Sophie Dupuis, qui démontre un étonnant sens de la mise en scène et beaucoup de maîtrise pour un premier long, filme avec une énergie brute, dans une esthétique crue en lumière naturelle et en son ambiant. La réalisatrice immerge le spectateur dans cet univers où on ne fait pas de quartier, mais sans misérabilisme. Le personnage tragicomique de Vince vient toutefois, dans ses excès, servir de soupape quand la tension devient trop grande.

À ce chapitre, il faut souligner l’interprétation hallucinante de Théodore Pellerin (premier rôle d’Ailleurs de Samuel Matteau, à l’affiche la semaine prochaine). Son Vince, branché sur le 220 — le genre TDAH —, est plus grand que nature. À l’opposé, Jean-Simon Leduc (Et au pire, on se mariera) garde le profil bas, ce qui souligne d’autant le contraste entre les frangins. Maude Guérin livre une Joe à la fois fragile et farouchement indépendante. Et Paul Ahmarani est parfait dans la peau du pusher manipulateur qui fait passer ses profits avant ses neveux…

Le portrait de cette famille tricotée serrée aux relations toxiques a l’épaisseur du réel. Il s’agit, pour utiliser une image usée mais tellement adéquate, d’un film coup de poing, à la langue crue sur fond de rap pesant (les Dead Obies participent à la trame sonore).

Pas grand-chose à reprocher à ce premier essai, si ce n’est une scène superflue de battle rap (qui évoque le 8 Mile culte de Curtis Hanson).

Ce n’est pas pour rien que Chien de garde s’est retrouvé en clôture des Rendez-vous Québec cinéma. Bien sûr, la jeune réalisatrice abitibienne y a été récompensée pour ses courts. Mais il s’agit surtout de la reconnaissance indéniable d’un long métrage marquant, quelque part entre l’Eldorado (1995) de Charles Binamé, Le ring (2007) d’Anaïs Barbeau-Lavalette et  L’amour au temps de la guerre civile (2014) de Rodrigue Jean