Paul-Robert Raymond
Le constructeur New Flyer, fondé en 1930 au Manitoba, produit des autobus urbains Xcelsior CHARGE qui subissent présentement des tests menés par la Société de transport de Montréal au centre d’essais PMG, à Blainville. JFSavaria
Le constructeur New Flyer, fondé en 1930 au Manitoba, produit des autobus urbains Xcelsior CHARGE qui subissent présentement des tests menés par la Société de transport de Montréal au centre d’essais PMG, à Blainville. JFSavaria

La relance de l'industrie automobile canadienne passerait par l’électrification?

CHRONIQUE / Pour l’industrie automobile canadienne, l’après-COVID-19 passerait-il par l’électrification? C’est ce constat que Mobilité électrique Canada (MEC) et d’autres acteurs du secteur ont dressé mercredi.

MEC a organisé mardi et mercredi des conférences virtuelles sur la mobilité pendant et après la crise sanitaire causée par la propagation du coronavirus. Parmi celles-ci, un panel réunissant des acteurs de l’industrie automobile du Canada mettait la table sur ce que pourrait être l’avenir de ce secteur d’activité économique.

Cependant, on est loin de la coupe aux lèvres. Jerry Dias, président du syndicat Unifor, très présent dans l’industrie automobile, a souligné que le Canada a déjà occupé la quatrième place mondiale dans les pays producteurs d’automobiles. Mais les fermetures et les coupes massives dans les usines, notamment celles d’Oshawa et de Windsor en Ontario ou la fin de l’usine de GM à Sainte-Thérèse, ont fait pâlir l’étoile du Canada dans la production d’automobiles.

«Présentement, les véhicules électriques représentent 3 % des ventes d’automobiles, mais ce chiffre pourrait s’élever jusqu’à au moins 15 % dans les années à venir», dit-il. «Et présentement aucun véhicule [de tourisme] électrique n’est construit au Canada. On a besoin d’une stratégie gouvernementale en la matière. Le gouvernement doit être agressif, car le temps presse. L’Europe bouge très rapidement dans ce secteur.»

Un constat partagé par Karim Zaghib, conseiller stratégique au comité de direction chez Investissement Québec. Il a travaillé sur une nouvelle technologie de batteries qui permettrait de stocker plus d’énergie dans moins d’espace. «Mais cette technologie n’est pas pour tout de suite», dit-il. «Mais pour les batteries lithium-ion, nous avons les technologies et les ressources naturelles à portée de mains, tant pour la production des batteries que pour le recyclage.»

M. Zaghib persiste à dire que l’industrie a besoin de plus de vision et de budget afin de bâtir une grappe industrielle qui regrouperait des fabricants et des universités.

Loin de partir de zéro

Et pourtant, le pays est loin de partir de zéro en la matière.

Tant que dans le reste du Canada qu’au Québec, des entreprises se démarquent dans la fabrication de véhicules électriques. Surtout dans les véhicules lourds. Le constructeur New Flyer, fondé en 1930 à Winnipeg au Manitoba, produit des autobus urbains Xcelsior CHARGE qui subissent présentement des tests menés par la Société de transport de Montréal au centre d’essais PMG, à Blainville.

La Compagnie Lion Électrique produit des autobus scolaires électriques, ainsi que des minibus et des camions de classe 8. La firme de Saint-Jérôme vient d’annoncer qu’un gestionnaire majeur de matières résiduelles aux États-Unis achète des camions Lion8, équipés d’une benne de collecte de déchets, entièrement électrique.

Enfin, Nordresa est une firme spécialisée dans la conversion de camions allant des classes 1 à 8 en véhicules électriques. Celle-ci a été acquise récemment par Dana, la même entreprise qui s’est entendue avec Hydro-Québec pour exploiter la technologie du moteur TM4, conçu par la société d’État. Et la liste peut continuer, car d’autres entreprises existent, mais elles ne faisaient pas partie du panel de mercredi.

Les entreprises énumérées plus haut font des affaires ici et aux États-Unis. Mais de l’autre côté de la frontière, il y a le Buy American Act, qui peut brouiller les cartes. Celui-ci peut bloquer les compagnies canadiennes quand vient le temps de fournir des services publics.

«Eux, ils ont le Buy American Act, mais nous, pas de Buy Candian Act. Pourquoi les pouvoirs en place n’en votent pas un?» a demandé Marc Bédard, pdg de Lion Électrique.

Daniel Breton, directeur général de MEC et animateur du panel, a conclu qu’il y a «beaucoup de potentiel au pays», mais que l’industrie a besoin d’une stratégie de la part des gouvernements. Un rapport devrait être déposé en septembre prochain.