La congestion routière se résume au fait qu’il y a 25 millions de sièges vides qui circulent chaque jour sur les routes du Québec.

Comment réduire 60 % des GES des transports routiers d’ici 2030?

CHRONIQUE / Afin de respecter notre engagement de l’Accord de Paris de 2015, il faut réduire de 60 % les gaz à effet de serre (GES) produits par le transport terrestre d’ici 2030. Dans un mémoire présenté récemment, le physicien Pierre Langlois donne certaines pistes de solution.

Le scientifique qui se présente comme consultant en mobilité durable, auteur et conférencier a déposé son mémoire lors de la Consultation pour le Plan d’électrification et de changements climatiques du gouvernement du Québec. Cette consultation est quelque peu passée sous le radar il y a presque deux semaines.

Ce document intitulé Points importants concernant les véhicules électriques légers et une nouvelle opportunité industrielle pour le Québec relève au moins quatre actions à faire et deux autres à éviter. Dur de résumer dans une chronique de plus de 700 mots un mémoire de 18 pages, qui, de l’avis de son auteur, aurait pu faire «une centaine de pages minimum». Restons dans les grandes lignes.

Et le temps presse, selon M. Langlois. «Puisque les émissions de GES dans les transports routiers n’ont pas diminué de 2016 à 2019 […], on a 10 ans pour réduire les émissions de GES des transports routiers de 60 %!» écrit-il dans son mémoire.

Quatre actions à faire

La première mesure préconisée par M. Langlois est de diminuer l’utilisation de véhicules et d’opter pour le transport actif, soit le vélo, la marche ou le télétravail. Il ne s’attarde pas trop sur cette mesure, car cette «solution nécessite des réaménagements urbains et constitue une solution à plus long terme. Il faudra avoir plus de services à distance de marche, car les vélos l’hiver au Québec, ce n’est pas évident.»

Ensuite, l’augmentation du nombre de passagers par véhicule, soit par le covoiturage ou le transport collectif. Le premier étant celui qui «a le plus de potentiel afin de diminuer la consommation de carburant à moindre coût».

«Comme le disait l’article percutant de Jérôme Laviolette dans La Presse du 20 juin 2018, la congestion routière se résume au fait qu’il y a 25 millions de sièges vides qui circulent chaque jour sur les routes du Québec», ajoute M. Langlois.

La troisième mesure serait d’utiliser des véhicules électriques. Par contre, pour atteindre la cible de réduction de 60 %, il faudrait 3 millions de véhicules électriques (VÉ) d’ici 2030. Ce qui représente le triple de l’objectif établi par le gouvernement du Québec pour la même période.

De plus, il risque d’y avoir un problème d’infrastructures. Si on veut conserver le ratio actuel de 60 VÉ par borne rapide à courant continu (BRCC), il faudrait installer jusqu’à 24 000 bornes de 50 kW (ou 12 000 de 150 kW) d’ici 2030 pour les 3 millions de VÉ. Un investissement de l’ordre de 1 milliard $.

Enfin, pour arriver au chiffre magique de 3 millions de VÉ, il faudrait que les autorités implantent un système de bonus-malus, comme dans certains pays européens comme la Norvège ou la France.

Les choses à éviter

Pierre Langlois avise qu’il faudrait au moins éviter deux choses. D’abord, exclure les véhicules hybrides rechargeables, parce qu’ils utilisent toujours un moteur thermique.

Comme je le dis souvent, l’utilisation d’un véhicule varie d’une personne à l’autre. Une voiture électrique à faible autonomie peut convenir à une personne qui ne sort pas ou à peu près pas de la ville. Cependant, la personne qui doit un aller-retour interurbain, ne serait-ce qu’une fois par mois, serait mieux servie par un hybride rechargeable. Dommage que General Motors ait abandonné la Chevrolet Volt, qui était le meilleur des deux mondes…

Enfin, la filière de l’hydrogène serait à éviter ou à prendre à petite dose. Elle «coûte beaucoup trop cher à implanter. La station à hydrogène […] à Québec a coûté plus de 5,2 millions $, incluant les modules d’électrolyse pour la fabrication de l’hydrogène, les compresseurs et les cylindres de stockage, en plus de la pompe elle-même. La station peut faire une cinquantaine de pleins par jour. C’est au moins 20 fois plus cher pour l’infrastructure de distribution d’hydrogène que des BRCC, et passablement plus complexe à opérer.»

D’autant plus que la production d’hydrogène nécessite trois fois plus d’électricité que d’alimenter un VÉ si cet hydrogène est produit par électrolyse avec de l’hydroélectricité.

C’est pour cette raison qu’Hydro-Québec a annoncé la semaine dernière qu’elle souhaite se lancer dans la production d’hydrogène? Pour vendre plus d’électricité? Poser la question, c’est peut-être y répondre.

Pour consulter le mémoire de Pierre Langlois : www.planglois.com