Télévision

Surprise et honneur sauvé au gala Emmy

LOS ANGELES — «La fabuleuse Mme Maisel» a créé la surprise lundi soir aux Emmy Awards, raflant cinq prix dont celui de la meilleure comédie, tandis que le mastodonte «Game of Thrones», de retour après un an d’absence, a sauvé l’honneur en arrachant un troisième Emmy de la meilleure série dramatique.

Pourtant donnée favorite par de nombreux experts, tant pour sa qualité que pour les thèmes féministes qu’elle aborde dans l’Amérique de #MeToo, La Servante Écarlate, abondamment primée l’an dernier, n’a rien reçu de la soirée hormis des applaudissements.

La série, qui explore une Amérique en proie à un régime théocratique dans lequel les femmes sont sévèrement opprimées, avait été nominée à vingt reprises pour ces Emmy Awards, équivalent des Oscars pour la télévision américaine. Elle n’a finalement obtenu que trois prix «techniques» la semaine dernière.

«Un futur imaginaire dans lequel un groupe entier est contraint par la force de travailler et de faire des enfants contre son gré», a résumé l’un des présentateurs de la soirée, Michael Che. «Pour les noirs, ça s’appelle l’Histoire», a ironisé l’humoriste afro-américain.

Les quelque 22 000 professionnels de l’Académie ont bien privilégié des femmes - très politiques dans leur genre également - mais ont jeté leur dévolu sur Mme Maisel et rien moins que la reine d’Angleterre.

La fabuleuse Mme Maisel dépeint une femme au foyer juive qui s’invente une nouvelle vie et fait scandale dans les années 50, après avoir été trompée et quittée par son mari.

Produite par le géant du commerce en ligne Amazon, elle a recueilli au total huit récompenses, si l’on ajoute les Creative Awards techniques.

«Ça parle d’une femme qui trouve une nouvelle voix. C’est quelque chose qui se produit partout dans le pays en ce moment. Et ce qu’on peut faire de mieux avec nos voix, c’est de voter», a déclaré Rachel Brosnahan, après avoir reçu la statuette de la meilleure actrice dans une comédie pour son rôle de Midge Maisel. Un appel au vote lancé alors que les élections de mi-mandat, déterminantes pour un président Donald Trump très polémique, doivent se tenir début novembre.

Fonzie récompensé 

Autre femme politique à l’écran, la comédienne britannique Claire Foy a reçu lundi le prix de la meilleure actrice dans une série dramatique pour son interprétation d’Elizabeth II dans The Crown.

La série phare de la plateforme en ligne Netflix a été un tremplin pour l’actrice de 34 ans, qui était jusqu’ici surtout connue pour ses apparitions à la télévision anglaise et a depuis décroché plusieurs rôles de premier plan.

Absente l’an dernier en raison d’un calendrier de diffusion défavorable, la célébrissime série Game of Thrones de HBO était celle qui comptait le plus de nominations (22). Elle n’a pas vraiment transformé l’essai, peut-être victime de ses succès passés : en 2016, la saga du Trône de Fer avait récolté douze Emmy Awards, devenant la série la plus titrée depuis la création de ces récompenses en 1949.

La série médiévale-fantastique, qui s’achèvera l’an prochain sur une huitième saison, a tout de même sauvé la mise, et l’honneur, en arrachant de haute lutte l’Emmy de la meilleure série dramatique. Peter Dinklage, qui incarne Tyrion Lannister, a lui aussi été primé au cours de la cérémonie.

Au total, les dragons de Westeros emportent tout de même dans leurs serres 9 statuettes, le plus grand nombre gagné lors de cette 70e édition.

Chez les hommes, c’est le Gallois Matthew Rhys qui a reçu lundi soir le prix très convoité du «meilleur acteur dans une série dramatique» pour son rôle dans The Americans. Succès populaire et critique peu récompensé, la sixième et dernière saison de cette saga sur des taupes soviétiques du KGB durant la Guerre froide s’est terminée au printemps.

Autre surprise, le western futuriste Westworld (HBO) et ses androïdes trop humains, récompensé à travers la Britannique Thandie Newton, Emmy du meilleur second rôle féminin.

Soirée en demi-teinte pour l’équipe de The Assassination of Gianni Versace, dont Penelope Cruz, Ricky Martin et Edgar Ramirez ont tous échoué à monter sur le podium des «miniséries». Seul Darren Criss, qui campe le tueur du designer, a triomphé, face à des pointures comme Antonio Banderas (Pablo Picasso) ou Benedict Cumberbatch (Patrick Melrose).

Le vétéran Henry Winkler, légendaire «Fonzie» de la série Happy Days dans les années 70, a lui enfin connu la consécration aux Emmy Awards avec une récompense pour son rôle dans Barry (HBO) dont la vedette est un tueur à gages solitaire pris dans le petit monde du théâtre amateur à l’occasion d’un contrat.

+

Cinéma

Soon-Yi Previn à la défense de Woody Allen

NEW YORK — Soon Yi-Previn sort du silence: la femme de Woody Allen a pris la défense du réalisateur dans une entrevue inédite, révélant du même coup une histoire personnelle longtemps occultée par celle du prolifique metteur en scène.

Dans une entrevue publiée dimanche par le New York Magazine, Soon-Yi Previn, 47 ans, adoptée par Mia Farrow dans un orphelinat sud-coréen quand elle avait six ans, attaque longuement l’ex-compagne et muse de Woody Allen. Elle accuse l’héroïne de La rose pourpre du Caire d’avoir poussé son autre fille adoptive, Dylan Farrow, à relancer des accusations d’abus sexuels contre Woody Allen datant de 1992, lorsque Dylan avait sept ans. Et de l’avoir maltraitée elle-même, enfant.

Livres

Kim Thúy et Éric Dupont finalistes au prix Giller

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — Les auteurs Kim Thúy et Éric Dupont sont en lice pour le prix Giller cette année.

La traduction du roman Vi de Kim Thúy, de même que celle de La fiancée américaine (Songs for The Cold of Heart) d’Éric Dupont, font partie des 12 œuvres qui se disputeront le prix, assorti d’une bourse de 100000$. Les finalistes recevront chacun 10000$.

Le gagnant de l’an dernier, Michael Redhill, a dévoilé les finalistes lors d’une cérémonie, lundi, à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador.

Une courte liste sera dévoilée le 1er octobre et le gagnant sera révélé lors d’un gala à Toronto le 19 novembre.

Parmi les autres finalistes se trouve Esi Edugyan, nommée pour Washington Black. La romancière avait remporté le prix Giller en 2011 pour Half-Blood Blues. Elle avait alors eu le dessus sur Patrick DeWitt, dont le dernier roman, French Exit, est aussi sur la première liste de finalistes cette année.

Le jury de cinq membres affirme que les 12 titres sélectionnés parmi 104 livres soumis «véhiculent l’imagination canadienne actuelle».

«Les œuvres retenues sont proprement canadiennes et universelles. Elles sont exaltantes, tout simplement excellentes et n’ont rien à envier aux autres grandes œuvres de ce monde. Les lire est un réel plaisir», écrit le jury.

Le jury était composé des Canadiens Kamal Al-Solaylee, écrivain et journaliste, Maxine Bailey, dramaturge et vice-présidente pour l’avancement du Festival international du film de Toronto (TIFF), et Heather O’Neill, écrivaine. L’écrivain américain John Freeman et le romancier britannique Philip Hensher faisaient aussi partie du comité.

Les 12 finalistes:

• Paige Cooper pour Zolitude

• Patrick DeWitt pour French Exit

• Éric Dupont pour Songs for The Cold of Heart, traduit par Peter McCambridge

• Esi Edugyan pour Washington Black

• Rawi Hage pour Beirut Hellfire Society

• Sheila Heti pour Motherhood

• Emma Hooper pour Our Homesick Songs

• Thea Lim pour An Ocean of Minutes

• Lisa Moore pour Something for Everyone

• Tanya Tagaq pour Split Tooth

• Kim Thúy pour Vi, traduit par Sheila Fischman

• Joshua Whitehead pour Jonny Appleseed