Télé et radio

«Bébéatrice»: douce irrévérence

CHRONIQUE / Que voulez-vous pour souper? Des œufs grouillés? Du poulet mignon? À moins que vous ne préfériez des petites crevettes de Manhattan? Les mots sont de Béatrice, que son père Guy A. Lepage citait sur Twitter avant de coucher sur papier ses plus savoureuses réflexions, avec l’illustrateur Éric Godin. L’idée a grandi puis donne lieu aujourd’hui à ce qu’on présente comme la première sitcom animée, «Bébéatrice».

Pour une fois, tout vous sera offert gratuitement. D’abord, sous forme de neuf capsules de cinq minutes, dès aujourd’hui sur ICI Tou.tv, et neuf autres le 21 novembre. Puis durant les Fêtes, regroupées en quatre demi-heures, sur ICI Radio-Canada Télé.

Les extraits qu’on nous avait montrés jusqu’à maintenant n’annonçaient rien d’extraordinaire. Pourtant, on succombe au charme de la petite Bébéatrice, qui n’est pourtant pas un ange, et se montre aussi capricieuse qu’entêtée. Bébéatrice n’est pas une série qu’on regarde en se tapant sur les cuisses; son humour fait sourire plus qu’il fait rire, et rappelle à quel point les enfants peuvent se montrer éloquents et nous sortent souvent des perles.

Bébéatrice a donc quatre ans et demi dans la série, et n’a évidemment pas encore commencé l’école, une période bien particulière de l’enfance. Son histoire est inspirée à moitié de la véritable existence de la famille Lepage-Campeau; le reste a été imaginé par les auteurs. Oubliez le 3D ou l’animation très réaliste des grands films d’animation; l’illustration d’Éric Godin est minimaliste, mais tout à fait appropriée au genre. Bébéatrice se regarde très bien en capsules, à petites doses.

On a annoncé une série irrévérencieuse; peut-être parce qu’on est habitué à un humour beaucoup plus vulgaire et provocant, parlons donc d’une douce irrévérence, comme lorsque Bébéatrice répète avec un brin de provocation les jurons de son père. On joue quand même d’audace, en abordant le black face, quand Bébéatrice arrive le visage barbouillé pour «imiter» son ami haïtien. Un procédé que permettent l’enfance et le dessin animé, mais qui aurait été impensable avec de vrais acteurs.

Comme dans la vie, Papa Guy n’y a pas beaucoup d’autorité. Pour que Bébéatrice mange ses brocolis, il lui promet deux parts de gâteau. Mais ne parlez pas de délicatesse à la petite démone : elle tranche la tête de sa poupée, et malmène son petit chien, Attaque. On lui offre un poussin? Craignez le pire.

Pour prendre vie, Bébéatrice emprunte la voix d’Élia St-Pierre, une jeune comédienne de 10 ans, qui a déjà une longue feuille de route de doublage (Le grincheux, Les Minions, Le bébé boss), et que vous avez peut-être vue dans O’, dans le rôle de Coralie. Une enfant brillante, adorable, qui a impressionné tout le plateau, et qui est des 110 scènes des 18 premiers épisodes.

Pour les autres personnages, Guy A. Lepage joue lui-même Papa Guy, et Mélissa Désormeaux-Poulin est Mamanie, l’alter ego de Mélanie Campeau, épouse de Guy et co-productrice de la série avec Luc Châtelain. Guillaume Lambert prête sa voix à Théo, le grand frère, qui étudie à Londres. Le vrai Théo, lui, a quitté Londres pour compléter un doctorat à Providence. Enfin, Muriel Dutil joue grand-maman Suzanne, en plus de Laurent Paquin, Bruno Landry, Émilie Bibeau et Sylvie Potvin qui incarnent des rôles secondaires. La chanson-thème, signée Coeur de pirate, est vraiment charmante. L’artiste l’interprète en compagnie de Béatrice Lepage, la vraie, avec qui elle avait chanté sur le plateau d’En direct de l’univers.

L’équipe travaille déjà à une deuxième saison. On y illustrera entre autres la réaction de Bébéatrice à la rencontre d’une personne transgenre. L’héroïne est comme tous les autres enfants, a des réactions parfois gênantes, comme lorsqu’elle arrive devant la voisine, Mme Moreau, à qui elle lance : «Je t’aime, même si t’es grosse!» Ou lorsqu’elle la console de la mort de son mari au salon funéraire : «Ça sert à rien de pleurer comme ça, y reviendra pas.» Pas de méchanceté dans son propos, juste trop de franchise.

Contrairement aux autres séries d’animation, on a conçu les dessins à partir des textes français, et non anglais, comme c’est la norme. Mais déjà, des producteurs se sont montrés intéressés au dernier Mipcom, marché de l’audiovisuel, où on a montré des épisodes en français de France et en anglais.

Musique

Touchantes retrouvailles avec Bernard Lavilliers

CRITIQUE / Pour son retour à Québec après 30 ans d’absence, Bernard Lavilliers n’a pas ménagé ses efforts pour satisfaire ses fans qui remplissaient mardi soir le Palais Montcalm. Dans un spectacle mené rondement, pendant plus de deux heures, le chanteur bourlingueur a fait voyager le public à travers son vaste répertoire d’hier et d’aujourd’hui.

Pour ses deux représentations en sol québécois — il sera à Montréal jeudi — le poète et chanteur français rêvait de neige. On peut dire qu’il ne pouvait pas mieux tomber. «Je voulais chanter l’hiver en novembre, mais on m’a dit que ce ne serait pas l’hiver. Mon producteur a demandé de la neige», a-t-il lancé d’entrée de jeu, remerciant les spectateurs de «s’être déplacés par ce frimas».

Dans une forme splendide à 72 ans, habillé en noir de pied en cap, avec veston à bandes jaunes, Lavilliers a mis un moment avant de chauffer la salle, ses premières chansons, dont plusieurs tirées de son dernier et 21e album, 5 minutes au paradis, lui valant des applaudissements polis. Dès que les premiers accords de Stand the Ghetto se sont fait entendre, la soirée a pris son erre d’aller pour ne jamais baisser en intensité.

La longue (une dizaine de minutes) et entraînante interprétation de ce grand succès reggae de 1995, qui puise sa source au pays de Bob Marley, a donné lieu à un solo endiablé du bassiste Daniel Romeo, chaleureusement applaudi par l’assistance.

À cet égard, rarement a-t-on vu un chanteur remercier et mettre en valeur avec autant de générosité ses musiciens, tous plus chevronnés les uns que les autres. Outre Romeo, Olivier Bodson, Xavier Tribolet et Michaël Lapie ont été salués une fois et une autre par Lavilliers. 

À mi-parcours, le chanteur a fait monter l’émotion dans la salle, avec la reprise d’Est-ce ainsi que les hommes vivent? d’après les mots d’Aragon et la musique de Léo Ferré. Puis, seul avec sa guitare, sur son tabouret, il s’est fait d’une tendresse infinie avec Fortaleza (qui lui a valu une ovation méritée) et son succès de 1988, On the Road Again, livré en version intimiste, de concert avec la foule.

Ses plus vieux admirateurs ont certainement apprécié son interprétation des Aventures extraordinaires d’un billet, où il donne la parole à un billet de banque. «Mon grand-père, d’origine sicilienne, m’a toujours dit que dans la vie, soit tu travailles, soit tu gagnes de l’argent…»

Sur les chapeaux de roues

Le reste de la soirée a déboulé sur les chapeaux de roues, avec Traffic et Idées noires, qui a fait taper des mains. Pour La salsa, Lavilliers, nullement en panne d’essence grâce à son entraînement régulier en gymnase, s’est permis de descendre de la scène pour aller chanter et danser dans l’allée, en compagnie de son trompettiste Olivier Bodson. Chaud devant…

Plus militant que jamais, grand défenseur du peuple ouvrier, Lavilliers est revenu en rappel pour interpréter Les mains d’or, qu’il a dédiée à son père qui lui a appris «à travailler l’acier», ainsi qu’aux 2500 employés québécois de Bombardier mis à pied récemment.

Mais le chanteur n’allait pas repartir sur une note morose, aussi a-t-il pris soin de livrer un message d’espoir, avec la poignante chanson justement intitulée L’espoir, tirée de son dernier album. 

Expositions

L’expo sur Leonard Cohen fera le tour du monde

MONTRÉAL — L’exposition montréalaise célébrant les œuvres et la vie de l’artiste Leonard Cohen fera le tour du monde dès le printemps prochain.

Leonard Cohen: Une brèche en toute chose commencera sa tournée à New York, a annoncé mardi le Musée d’art contemporain de Montréal dans un communiqué.

Livres

Ce qu'il faut savoir sur le livre et la tournée de Michelle Obama

La tournée de Michelle Obama aux États-Unis sera très suivie. Parce que l’ex-première dame des États-Unis, qui vient de lancer son livre «Becoming» («Devenir» en français), n’est pas n’importe quelle auteure. Voici quelques informations sur son ouvrage et sa tournée.

• Ce qu’on retrouve dans le livre

Dans ce livre lancé officiellement mardi, Michelle Obama raconte sa jeunesse dans le quartier South Side de Chicago, et décrit ses années à l’école secondaire Whitney Young et à l’université Princeton. Elle relate les défis économiques et sociaux auxquels elle a fait face comme enfant et jeune adulte.

Comme l’indique le titre, elle parle aux lecteurs de son parcours comme avocate, femme de l’ancien président Barack Obama et mère de deux filles, mais aussi de son expérience à la Maison-Blanche, qui a duré huit ans.

Elle dévoile des informations très personnelles, notamment sur le racisme qu’elle a subi et sur une fausse couche dont elle a souffert. Elle critique vertement le président Donald Trump pour avoir propagé la fausse rumeur selon laquelle son mari n’était pas un vrai citoyen américain.

Mme Obama a reproché à l’actuel président Trump d’avoir «mis sa famille à risque». Et pour cela, a-t-elle écrit, elle «ne lui pardonnera jamais». Donald Trump a rétorqué que l’ancienne première dame «avait été payée chèrement pour écrire un livre» avec des déclarations «controversées». Il a ajouté qu’il ne pardonnerait jamais à son prédécesseur d’avoir rendu le pays «très dangereux».

L'animatrice Oprah Winfrey, qui a sélectionné Becoming dans son influent club de lecture, a dit aux lecteurs qu’ils apprendraient «tout ce qu’ils voudraient savoir, et bien plus».

• L’accueil du public

En bref, il s’agit de l’une des autobiographies politiques les plus attendues depuis des années. Le livre figurait en première position des ventes sur le site Amazon la fin de semaine dernière.

Lundi, le libraire Barnes & Nobles annonçait que les précommandes  étaient les plus importantes dans la catégorie livres pour adultes depuis Go Set a Watchman (Va et poste une sentinelle, la suite de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur), de Harper Lee, datant de 2015.

On s’attend à ce que le livre se vende à plusieurs millions d’exemplaires.